‹ Ancienne et nouvelle discipline de l'ÉgliseChapitre 89 sur 291 · CHAPITRE SOIX.\NTE-QUATORZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SOIX.\NTE-QUATORZIEME

LA PIETE DES SECULIERS A ASSISTER AUX OFFICES DU JOUR ET DE LA NUIT, OU A LES RÉCITER EN PARTICULIER. d'oU l'ON CONJECTURE l'oBLIGATION PLUS PRESSANTE DES CLERCS, PENDANT LES CINQ PREiMIERS SIÈCLES.

I. L'obligation îi la prière est la plus universelle et la plus indispensable.

II. C'est le premier et le plus essentiel de tous les devoirs des ecclésiastiques.

III. On le prouve par l'obligation que les saints Pères ont imposée aux laïques de prier, et de prier toujours. Terlullien, saint Jérôme, Cassien, saint Augustin.

IV. Saint Ambroise. Ces Pères veulent que les laïques prient souvent, prient pendant la nuit, récitent les psaumes, assistent aux offices.

V. Saint Chrysostome exhorte les laïques à lire les Ecritures, surtout celles du Nouveau Testament.

VI. Et à chanter des psaumes nuit et jour. Saint Basile. Saint Epiphane.

Vil. Exemple admirable de l'empereur Théodo.-e le Jeune et de tout son palais.

VllI. De sainte Macrine.

I. La prière étant le plus saint et le plus indispensable de tous les devoirs, je ne dirai pas des ecclésiastiques , mais de tous les chrétiens, quelle apparence y a-t-il que les ecclésiastiques n'y fussent obligés par aucune or-

donnance de J.-C. ou des Apôtres, ou de l'Eglise?

Le Fils de Dieu n'a-t-il pas commandé à ses apôtres , à ses disciples et à tous les fidèles de prier, et de prier sans interruption ? N'en a-t-il pas donné l'exemple ? Le grand Apôtre n'a-t-il pas exhorté les chrétiens à prier sans cesse ? Saint Luc ne nous apprend-il pas que ce divin apôtre, dans la prison même, chantait des psaumes à minuit ? Ne nous assure-t-il pas que les apôtres se déchargèrent du soin du temporel , afin de s'occuper entièrement à la prière et à la prédication ? Saint Etienne, qui fut un de ces admirables diacres qui soulagèrent les apôtres du soin des choses temporelles, ne paraît-il pas dans les mêmes Actes un homme d'oraison, et élevé même jusqu'à un très-haut degré d'oraison, où le Fils de

Dieu se montra à lui dans le trône de sa gloire ?

On sait que les prières ordinaires des Israélites dans le Temple, et ailleurs , étaient le? psaumes de David. Ainsi on ne peut douter que l'Eglise naissante de la Judée n'ait conservé une si sainte coutume.

Il est donc très-apparent que l'on ne fit aucun canon qui obligeàlles clercsà l'oflice canonique durant ces premiers siècles, parce que l'esprit de piété, et l'amour de la prière était encore dans sa première ferveur ; et il n'y avait personne qui ne regardât l'obligation de prier comme la plus douce, et en même temps la plus indispensable de toutes.

Comme les lois ne se font que pour remédier aux désordres qui se sont élevés, et que le juste trouve toutes les lois écrites dans le fond de son cœur, on n'a recouru à l'autorité, aux lois, et aux canons, que lorsque cette première ardeur a commencé de se ralentir.

II. C'est une défaite ridicule de dire que les ecclésiastiques avaient les occupations propres de leurs ordres, et qu'elles leur ont été recommandées par les canons , sans qu'il y soit parlé de la récitation , ou du chant des psaumes.

Bien loin de croire que la prière doive céder, ou être postposée aux autres occu[)ations, quelque saintes et quelque importantes qu'elles puissent être : qu'au contraire les Apôtres voulurent être soulagés des autres occupations , pour s'adonner entièrement à la prière et à la prédication, et à la prière avant la prédication. « Orationi et ministerio verbi instantes erimus (Act. VI, V. 4). »

Un exemple si illustre a autorisé cette maxime, qui a depuis toujours été incontestable parmi les Pères et les personnes de piété, que la prière est la première de toutes les occupations non-seulement des évêques et des prêtres, qui ont succédé aux fonctions apostoliques, mais aussi de tous les ecclésiastiques : qu'elle doit précéder toutes les autres occupations : qu'elle doit les accompagner , les régler par ses divines lumières, et les soutenir par ses puissantes influences.

Quoique dansqueUiue rencontre particulière, et dans une pressante nécessité, l'on doive laisser ou interromi)re la prière pour secourir le prochain , cela n'empêche pas que ce ne soit une règle générale et invariable dans la conduite et dans la vie des ecclésiastiques, que la

prière fervente, frétiuente , ou même continuelle doit être la plus importante et la |)lus indispensable, aussi bien que la plus sainte et la plus délicieuse de leurs occupations.

111. Or que l'esprit et l'amour de la [)rièrefùt si ardent dans les ecclésiastiques des premiers siècles, que ce soit là la véritable raison qui a empêché les conciles d'en faire des canons, et des commandements exprès : c'est ce (pi'il sera facile de justifier par les témoignages des saints Pères, lorsiiu'ils racontent les mœurs et la conduite des laïques. Saint Luc ne dit-il pas de tous les fidèles, qu'ils persévéraient dans la prière? « Erant persévérantes in doctrina Apostolorum, et communicatione fractionis panis, et orationibus (Act, u,v. i2). »

Tertullien nous apprend que les personnes mariées, et les femmes mêmes se levaient la nuit pour prier : « Cum per noctem exurgis oratum. » Et un peu plus bas : « Unde suffîciam ad enarrandam felicitatem ejus niatrimonii; quod Ecclesia conciliât, etc. Simul orant, etc. Sonant inter duos psalmi et hymni, et mutuo provocant, quis melius Deo suo canet. Talia Christus videns et audiens gaudet. Ubi duo, ibi duo et ipse (Ad uxor., l. n). »

Si les laïques vivaient ainsi, que devaient faire les clercs qui étaient leurs directeurs? Si les personnes mariées vivaient de la sorte, s'ils chantaient des hymnes et des psaumes le jour et la nuit, s'ils faisaient de leur maison une église, que jugerons-nous des ecclésiastiques (jui leur donnaient des instructions si saintes? Détruisaient-ils par leurs exemples lesbons enseignements qu'ils leur donnaient? Si les clercs mariés vivaient de la sorte, que faut-il penser des diacres, des prêtres et des évêques, et de tous ceux qui étaient les sacrificateurs de leurs propres corps par la continence?

TertuUien dit ailleurs que les fidèles commençaient et finissaient leur repas par la prière ; que durant le repas ils s'entretenaient des Ecritures, ou ils chantaient des hymnes à la louange de Dieu ; enfin qu'ils prenaient de telle sorte leur nourriture durant le jour, qu'ils pussent se lever la nuit pour prier : « Ita saturantur, ut qui meminerint etiam per noctem adorandum Deum sibi esse. »

Saint Jérôme écrit à la sainte vierge Eustochie qu'il faut se lever deux ou trois fois toutes les nuits, et interrompre son repos par des prières réitérées, et par la méditation des Ecritures. « Noctibus bis terque surgen-

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