‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 133 sur 297 · DE L'ASSISTANCE AD CHŒUR · texte numérisé non relu

DE L'ASSISTANCE AD CHŒUR

«Guillaume de Saint* Amour ^ que non-seulement les gens de cour, mais quelques ecclénastiques et quelques docteurs aussi ne parlaient pas avec assez de respect de Tassiduité admirable de saint Louis aux offices de l'église, même aux jours fériaux. « Melius est regibus et principibus facere judicium etjustitiam, ad quœ tenentur, eliam omissis solemnitatibus divinorum officiorum in diebus profestis, qusB ipsos a prœdictis impediunt, etc. (VuiUelmus, de sancto Amore, p. 96). »

Hais ce grand roi faisait Yoir par son application infatigable aux affaires qu'il ne donnait à la prière que le temps que les autres donnaient au jeu et au divertissement. Aussi se plaignait- Il agréablement qu*on trouvât mauvais de lui voir donner à la prière le temps dont on eût trouvé bon qu'il eût donné le double à la chasse et au jeu. a Si in duplo tempore poneret in ludendo ad aléas et currendo per silvas pro venationibus et aucupiis^ nemo semper bis loqueretur. »

VII. Saint Gérald, comte d'Orillac, dont saint Odillon^ abbé de Cluny a écrit la vie, alliait aussi fort saintement les affaires à la prière. Il assistait tous les jours à matines et ensuite à la messe, a Post nocturnas laudes si quolibet proficiscendum erat, missarum subsequebatur solemnitas. d U disait presque tous les jours le psautier, a Consuetudinem statuit, ut psalte-rium penequolidie recitaret.x) Il avait toujours une troupe d'ecclésiastiques à sa suite , avec lesquels il chantait les psaumes : a Copia clericorum semper eum comilabatur, cumquibus in divino opère jugiter insudabat (Bibl. Clun., p. 73. 95, 98, 406). »

U aimait à s'écarter de la compagnie pour vaquer plus librement à la divine psalmodie, a Mos illi erat^ ut cooperto capite solus equitaret , quo psalmodiée liberius vacaret. » Ses maladies ordinaires ne Tempéchaient pas de se rendre aux offices du jour et de la nuit dans réglise. a Per omne sui languoris tempus, ita fatiscentes ad divinum obsequium impellebat artus, ut nec unum quidem nocturnale officium oisi in ecclesia pateretur celebrare. »

Enfin, quand la violence du mal lui eut ôté

le pouvoir de marcher^ il récita tous les jours son office avec ses clercs, au même temps qu'on le chantait dans l'église, ce qu'il continua le jour même qu'il mourut, c Jussit ut nocturnale coram se capellani peregissent^ episcopo cum suis in ecclesia illum célébrante. Cum psatlentibus autem et ipse psallebat, donec post matutinale officium omnes quoque boras diei compleret. Tum vero completorium finiens, etc. d

VIII. Le comte Elzéar de Provence ne fut pas moins fidèle à réciter tous les jours les heures canoniales du bréviaire romain, a Quotidie preces canonicas pro Romana Ecclesiœ ritu et consuetudime persolvit (Surius, die 27 Sept.,c. xx) (1).

L'abbé Guibert rend ce témoignage à sa pieuse mère, qu'elle He manquait presque point aux offices de la nuit, qu'elle assistait toujours à ceux du jour, et qu'elle s'occupait sans cesse avec ses chapelains aux divins cantiques, a Nocturnis offlciis, vix aut nunquam deerat, cum diurnis temporibus communia Dei populo frequenlaret. Sic equidem utcapellanorum studium indesinens nunquam peno apud ipsam a Dei laudis ceiebritate vacaret (De vita sua, 1. 1, c. 12). »

IX. C'était pour assister tous les jours aux divins offices, que Philippe, duc de Bourgogne, fonda sa sainte chapelle, et y entretint a une musique ordinaire, qui égalait celle des a rois, et qui chantait tous les jours en sa mai- « son tout le service d'une église cathédrale, a U y avait vingt et un chapelains, etc. (Laboua revLT, dans sa vie), d Le duc d'Orléans, qui fut tué à Paris par le duc de Bourgogne, entendait la messe et a et disait tous les jours le bréviaire. »

Son apologiste tâcha de repousser la médisance de ceux qui l'accusaient d'hypocrisie. Il nous suffit de dire que l'hypocrisie même rendrait un fidèle témoignage que les seigneurs et les princes pieux s'acquittaient ordinairement de ce devoir (Histoire de Charles YII , I. xxvni, c. 10).

L'ancien éloge de Charles VII, roi de France, composé par un auteur anonyme , témoigne

(1) On croirait qull s'agit ici d'un comte de ProTenee du nom d'Eizéar. Ce serait une erreur. U a'agtt de saint Elzéar de Sabran, né à Aoecuis, en Provence, mort en 1335, et canonisé par UriMin V environ cinquante ans après son décè<i. 11 mourut à Parla, tandis qu'il était ambassadeur de Robert II, roi de Naplea et comte de Provence. Son corps fut transporté dans l'église des Frèree-Mineurs de la ville 4'ApC en Provence, oh ae trouvait la tombeaa de ses ateoz. U pi»-

tiqna U virginité dans le mariage, et sa pieuse compagne, sainte Delphine, fat également accordée à la vénération des fidèles pai Urbain V. U existe, dans la bibliothèque publique de la ville d'Albi, nne vie manuacrite de saint Elzéar de Sabran et de sainte Delphine, écrite en provençal peadant le xnr« siècle, quelques années après leurtrépaa.

(Dr AMDRX.)

< qu*il oyait tous les jours trois messes, c'est <K à sf ayoir une grande messe courte et deux 0 basses messes, et disait ses heures chaque a jour sans y faillir (Histoire de Charles VH, aparGodefroi). d

X. Si de France nous passons en Angleterre, nous trouverons d'abord que la même piété y passa aussi autrefois avec le roi Guillaume le Conquérant. Ce valeureux prince entendait tous les jours la messe et TofQce canonial tout entier, c Diebus singulis missœ assistebat, matutinos hymnos et vespertinos diligenter cum horis regularis (Anno 1086). »

Guillaume de Malmesbury rend le même témoignage à la piété de ce prince, a Religionem Cbristianam quantum saecularis poterat, ita frequentabat^ ut quotidie missœ assisteret^ vespertinos et matutinos hymnos audiret (Haïmes., 1. m, reg. Angl.). »

Ce même historien, exposant les désordres étranges de TAngleterre^ qui lui avaient enfin attiré la colère du ciel et l'avaient fait tomber sous la puissance des princes normands, n'a pas omis Toubli et le mépris des offices divins, a Optimates guise et veneri dediti, Ecclesiam more cbristiano mane non adibant , sed in cubiculo et inter uxorios amplexus^ matutinarum solemnia et missarum a festinante presbytero auribus tantum libabant. »

Matthieu Paris dit la même chose, et semble avoir emprunté les termes propres de Guillaume de Malmesbury. Ce furent là les armes invincibles de Guillaume le Conquérant pour subjuguer l'Angleterre et la tenir ensuite assujétie à ses lois. Ce furent là aussi les véritables causes qui firent déclarer le ciel pour un prince religieux contre des princes et des peuples irréligieux et efTéminés.

Le saint évêque de Worcester Wolstan, qui vivait en même temps, ne se contentait pas de réternelle psalmodie qui occupait son cœur et sa bouche ; il punissait sévèrement ses domestiques s'ils avaient manqué même aux offices de la nuit; et exhortait tout ce qu'il y avait d'honnêtes gens à garder l'ancienne coutume

de réciter le bréviaire^ leur faisant lui-même quelquefois l'office de chapelain^ et leur récitant matines, a Si quis minislrorum, vel temulentia, vel somnolentia victus, matutinis non affuisset, acri ferulœ icta in illum ulciscL Postremo personas honestiores per se excitando , ipse matutinas eis cantare (Malmesb., de gestis pontiflcum, p. 280). »

U n'envoyait nulle part le moindre de ses officiers laïques qu'il ne lui prescrivit de faire sept fois la prière par jour, pour répondre aux sept heures canoniales, où il les faisait assister dans la ville. « Laicum nullum de suis quoquam misit^ cui non preces septies in die dicendas injungeret : hoc asserens, ut sicut clerici septem horas, ita laici septem orationes Deo libarent (Surius^ die 9 Januar., c. x). »

XL Le valeureux Richard, roi d'Angleterre, qui remplit FOrient et l'Occident de la frayeur de son nom, était toujours le premier levé pour se rendre à l'église , dont il ne sortait point qu'il n'eût entendu tout l'office canonial et la messe, a Ipse enim mane consurgens quotidie, primum quserebat regnum Dei, et justitiam ejus, et ab ecclesia non discedebat, donec more ecclesiastico omne divinum perageretur officium. Gloriosum siquidem est in principe^ quotidianos actus suos, et ab eo incipere, et finire in eo qui est principium sine principio^ et judicat fines terrse (Roger., p. 753). »

Henri 111, roi d'Angleterre, entendait tous les jours trois messes à note, outre les messes basses où il assistait (Valsing., t. i, p. 1 ; t. 2, p. 67). Saint Louis l'exhortait quelquefois à employer une partie de ce temps à entendre la prédication, à quoi il répondait qu'il aimait mieux voir plus souvent son ami que d'entendre parler de lui.

XII. Ces rois, qui étaient originaires de France, avaient aussi emprunté de la cour de France cet air de piété. Mais après tout » iis eussent trouvé un modèle achevé de la piété royale dans l'ancien roi d'Angleterre Alfred, dont nous avons parlé ci-dessus au chapitre Lxxxiii, num. 4 (1).

(1) A toas ceB exemples, noos pooToni ajouter celai de Stanlalu, roi de Pologne, père de la reine de France, Marie Leczinska. On sait qu'il était souverain de la Lorraine et qu'il résidait à Lunéville. Voici donc ce que nous lisons dans un récit de 1742, publié dans la Mevue des Soeiéiés ianantêê, t. m, p. 257 : «Le roi entend tous les fl jours une grand'messe sans musique, et immédiatement après une I petite en musique. Sa Majesté se prosterne par terre, se tenant les f bras tendus une partie de la messe. ■ Notre siècle a vu quelque chose de plus beau encore. Charles-Emmanuel IV, roi do Sardaigne, après avoir vécu sur le trône en vrai religieux, abdiqua, après La mort de Clotilde de France, son épouse, arrivée le 8 mars 1802, la

couronne royale en faveur de son frère, Victor-Emmanuel ler^ con« tinua de mener une vie toute céleste, et le U janvier 181 S» «atim comme novice de la ccmpagnie de Jésus, au noviciat de Saint-Aodré:, sur le mont Quirinal, à Rome, au moment oii Pie VII venait de rétablir cette société religieuse. Il mourut le 7 octobre 18<9, d^os sa petite cellule de simple jésuite, comme meurent les ssiata. Kcws sommes convaincus que Victor^Emoianuel II, en se remémorant oq magnifique exemple de l'un de ses prédécesseurs, se dira plua d'aoe fois : • Quid prodest homini si mundum universum lucretar, flinitug: vero suas detrimentum patiatur? ■

(Dr

Page 1