IV, c. 125). d
On ne peut pas douter que l'impératrice Agnès ne récitât tous les jours son psautier, ou lebréviaire, puisqu'elle consulta Pierre Damien, si ce n'était point profaner une prière si sainte que celle du psautier, d'en méditer quelque chose, même dans le temps qu'on satisfait aux nécessités de-la nature. < Utrum liceret homini inter ipsum debiti naturalis egerium, aliquid ruminare psalmorum (Baronius, an. 1062, n. 96 ; et an. 973, n. i, 2). » Ce qui était une preuve certaine de l'application sans relâche
de cette pieuse princesse à la prière et à la récitation des psaumes. « Ut ne ad brève quidem punctum a di\iois obticescere iaudibus acquiesçât. » Ce sont les paroles de Pierre Damien.
C'était suivre de bien près l'empereur Othon I'', lequel, selon Yilikind^ assistait tous les jours à tout Tofflce, a Juxtamorem diluculo de lecto consurgens, nocturnis et matutinis Iaudibus intererat, etc.Missarumdeinde officiis celebratis, etc. vespertinis Iaudibus interfuit. » L'impératrice Matbilde sa mère avait inpiré par ses exemples à ce saint empereur cette assiduité au service divin, selon le même auteur.
Il est vrai que la règle de l'ordre militaire^ c'est-à-dire de la chevalerie, qui était proposée à tous ceux qu'on faisait chevaliers, exigeait simplement qu'ils entendissent tous les jours la messe, comme il parait de l'acte original de la cérémonie où Guillaume, roi des Romains^ fut premièrement fait chevalier, en l'an 4247. « Ista itaque régula est mili taris ordinis ; in primis eu m devota recordatione Dominicae Passionis missam quotidie audire (Goldast. Const. Imp., tom. ur, p. 400). »
Hais le concile d'Altheim, où le roi Conrad d'Allemagne fut présent, et dont le canon est rapporté dans nos décrétales , nous apprend que plusieurs pariiculiers donnaient la liberié à quelqu'un de leurs esclaves, afin qu'étant ordonné prêtre il leur récitât les heures canoniales (C. Nullus. De servis non ordin.].
Ce concile ordonne que ce prêtre sera déposé, s'il refuse de rendre ce service religieux à celui qui l'a affranchi, a Si quis de servis suis quemquam donaverit libertate^ et ipsum in presbyterum fecerit ordinari; ille autem postea in superbiam elatus y domino suo canonicas boras psallere noluerit , accusatus apud episcopum, qui ordinavit eum^ degradetur. »
IV. Il résulte de là que ce n'étaient pas seulement les grands princes ou les souverains qui fondaient des saintes chapelles et des chapitres dans leurs palais ou dans l'enceinte de leurs châteaux ; mais que les seigneurs particuliers aussi avaient des oratoires domestiques et y faisaient ordonner un prêtre, non pas simplement pour y célébrer tous les jours la sainte messe, mais pour leur chanter ou réciter chaque jour l'office canonial.
En voici encore une preuve admirable tirée de la vie de sainte Hedwige, duchesse de Po-
logne, où il est dit qu'elle se rendait à l'église aux offices de la nuit et du jour, et qu'elle n'imitait pas tant d'autres seigneurs moins fervents, qui entendaient chanter l'office dans leurs chapelles particulières.
< Divina orûcia, quae pubTIce peraguntur, nolebat privatim domi , aut in conclavi suo audire, ut soient nonnunquam principes et magnâtes; sed semper in ecclesia preces nocturnas, quas matutinas vocant, itemque vesperiinas et missam, atque alias Dei laudes coram se volebat cum cantu solemniter celebrari. Itaque ad signum precum noctumarum, mox cum juncta sibi familia ad eccldsiam properabai (Surius, die xv Octobr.). »
Thomas de Chantepré nous apprend que l'usage était encore d'apprendre à lire aux jeunes enfants dans un psautier [Cantiprat. , 1. i , c. 23, n. 3). La fille d'un homme assez pauvre demandant à son père un psautier , il lui dit d'aller premièrement apprendre à lire chez la maîtresse des filles nobles, et qu'après cela elle ne manquerait pas de psautier. C'était une défaite. Mais la fille également simple et pieuse «'en alla à l'école des filles nobles, et ayant pris en main un psautier, par un éirauge miracle, au même instant elle sut lire et lut Le bruit de ce miracle s'élant répandu, ce fut à Tenvi à qui lui donnerait un psautier.
Cet usage d'apprendre à lire dans le psautier, a Yade ad magistram, quœ filias divitum psalterium docet, » vient fort probablement de l'ancienne assiduité des laïques pour les heures canoniales, comme il a été dit ailleurs.
V. Quant à l'Espagne, le concile de Coyac, en i050 (Can. vi), se contenta d'enjoindre à tons les fidèles d'assister aux vêpres du samedi et à tout l'office du Dimanche, c'est-à-dire à matines , à la messe et à toutes les heures canoniales du jour. « Ut omnes Christian! die sabbati advesperascente ad ecclesiam concurrant, et Dominica matutina, missas, et omnes boras audiant. & Mais les rois, les princes et les personnes de qualité ne donnaient pas des <)K)mes si étroites à leur piété.
Ferdinand, surnommé le Grand, roi de Léon et de Castille, assistait à toutes les heures de l'office du jour et de la nuit, chantant luimême avec les ecclésiastiques les divins cantiques, et faisant même quelquefois l'office de chantre. Ce prince, qui se signala par taot de sanglantes batailles gagnées sur les Maures , savait bien de qui il tenait toutes ces victoires,