DES APOCRISIAIRES OU NONCES DU PAPE
utilité si fifrande. pour toute TEglise , qu'ils mérifeiil bien que nous en reprenions le discours de plus tiaut^ et que nous remontions^ • 5'il se peut, jusqu'à leur origine. Ensuite nous ferons voir des apocri^iaires auprès de nos rois, et auprès des empereurs du sang de CliuFlemagne, dans une élévation si grande et un si haut comble de puissance, que les archevêques mômes se croyaient honorés d'en faire les fonctions II est donc nécessaire de découvrir la source et le progrès de cette dignité.
II. Depuis que les empereurs. romains firent gloire de tenir leur sceptre de J.-C. et que l'Eglise, pour les intéresser en sa défense, voulut bien leur comniuniquer toutes ses plus importantes affaires, il est certain, et Thistoire ecclé* siastique en fait foi, que les papes furçnt sou* vent obligés d'envoyer des légats à la cour impériale, mais ces légations étaient èxtraordi. naires et limitées, tant pour le temps que pour les affaires.
Le premier à qui le Saint-Siège ait confié une légation ordinaire, ou une nonciature auprès des empereurs, a été Julien, évêque de lile de Cos dans Tarcbipel. Le pape s;iinl Léon rétablit légat ou nonce, pour résider à la cour de l'empereur Marcien, après le concile dé Cal- ^doine, et il ne lui donna autre charge ni autre pouvoir que celui de veiller, pour le maintien de la foi orthodoxe, contre les erreurs de Nestorius et d'Eutychès, contre lesquelles le patriarche de Constantinople Anatolius ne témoignait pas autant de chaleur et ie zèle qu'il eût été à souhaiter.
Dans la lettre que saint Léon écrivit à cet évêque, après lui avoir défendu de se mêler des causes qui regardent la juridiction des autres évêques,il lui promit de répondre. à. tous ses doutes touchant ses fonctions, et ne lui laissa que le soin d'entretenir toujours les empereurs dans leur ancienne ferveur contre les npuvelles hérésies.
a Con^ulente dilectione tua de his in quibus putaveris ambigendum, non>deerit relationibus tuis meae rcspon^ionis instrûetio, ut sequestrala earam actione causarum quae in quibuscumque ecciesiis priesulum suorum debout cogniiionefirmari, hac speciali cura mea vice functus utaris, ne haeresisKestoriana vel Eutychiana in aliqua parte revirescat, quia in episcopo Constantinopplilano catholicus vigor non est (Êpist. vi). b
lli. L'agrément de l'empereur était néces-*
saire, puisqu'il ne s'agissait qjie de ménager sa bienveillance |>our les catholiques , et son zèle contre les ennemis de la foi. Aussi ce pape lui en écrivit : «Vicem fpsi meam contra temporis nostris hœrèticos delegavi : utacomitatu vestro non abesset exegf, cujus suggestiones tanquam meas audipre dignemini (Kpist. lvh).»
IV. Mais écrivant à l'impératrice Pulchérie, ce pape touche une autre raison, pour avoir toujours à Constantinople comme un gage de son inviolable fidélité et de ses respects pour l'empire.
« Cum in causa fidei, vicem ipsi meam eatenus delegarim, ut ab ea quae vobis debefur ob' servantia non recédons, pietati me vestrs pnesentari non desinat, exequens in custodia fidei, et in ecclesiasticis disciplinis per omnia sollicitudinem, et opportunis suggestionibus, quod .universali Ecclesiae prosit insinuans; ut in ipso nec catbolicis vestrum praesidium , nec vobis meum desit obseqiiium (Epist. lvui). »
V. Il faut dire un mot de la légation dont ce saint pape avait, quelque temps auparavant, chargé l'impératrice Pulchérie même, envers son frère Tèmpereur Théodose, pouroblenir'de lui un véritable concilQ, après le faux concile d^Ephcse, afin d'y affermir les fondements de la foi qui semblaient avoir été ébranlés.
a Quod ut oblinere mereamur, probatissimse nobis fidei pietas tua, quae labores Ècclesiae semper adjuvat, supplicationem nostram apud clementissimum principem, sibi specialitera beatissimo Petro apostolo legatione commissa, dignetur asserere (Epist. ixvi). »
Les siècles suivants nous feront voir de grands et de saints rois être chargés et faire toutes les fonctions de la légation apostolique.
YI. Si le pape Léon avait donné la qualité d'apocrisiaire à JuUen, évêque de Cos, il en aurait eu un exemple en la personne d' Anatolius même, à la négligence duquel il opposait la vigilance de ce nouveau légat. Car Anatolius» avant sa promotion,, avait été apocrisiaire dé Dioscore, archevêque d'Alexandrie, à Constantinople. Témoin Libérât :>« Ordinatusque pro eo est Anatolius d^aconus, qui fuit Constantinopoli apocrisiarius Dioscori(Breviar., c. xu).»
Justinien suppose que les. patriarches et les primats avaient toujours leurs apocrisiaires à Constantinople, lorsqu'il ordonne aux évêques de se servir de leur ministère pour faire vider les procès qu'ils auront à Constantinople^ sans y venir eux-mêmes, ce qu'ils ne
peuvent faire salis contrevenir aux lois inviolables de la résidence.
a Prsesertim cum liceat^ si quœdam sint forte lites sanctissimis Ecclesiis, propter quas bas occasiones asserunt ; boc per eos quisub ipso sunt, religiosos clericos, aut apocrisiarios|^ aut œconomos movere, et petitiones ad imperium dtrigere, impetrare autem sperata. Propterea sancimus, si quando propter ecclesiastlcam occasionem inciderrt nécessitas, banc aut per eos, qui res agunt sacrarum Ecclesiarum, quos apocrisiarios vocant, aut per aliquos clericos bue destinatos, aut œconomos suos notam imperio facere (Nov. 6, c. n et ni). »
Cet empereur nous apprend encore plus nettement dans la suite que tous les patriarcbes, ou primats^ ou chefs de diocèse, entretenaient toujours à Constantinople un apocrisiaire, et il ordonne que ce soit par l'entremise de ces apo-' crisiaires, ou par le patriarcbe même de Constantinople, que les évêques qui y viendront avec la permission de leur métropolitain, ou de leur patriarche, "s'ils sont eux-mêmes métropolitains, se feront introduire devant Tem-; pereur.
a Hue advènientes non prœsumant per semetipsos se prius pronuntiare ad imperium, sed primitus aut ad Deo amabilem patriârcham proQcisci, aut ad uniuscujusque diœceseos ex qua sunt, apocrisiarios, et cum ipsis conférant causas, propter quas venerunt, et ingredi ad imperium ejus, et deinceps impérial! perfrui aspectu. x>
VII. Ces paroles domient lieu à deux remarques. La première, que les évêques de ~ Constantinople avaient été originairement les àpocrisiaires et les agents de tous les autres évêques et de toutes les églises du monde auprès de l'empereur, depuis que l'empire chrétien eût établi son trône dans Constantinople.
Rien n'était ni plus naturel, ni plus commode aux autres évêques, que de trouver à Constantinople Tévêque de la même ville comme un médiateur, ou introducteur général de ses confrères pu de leurs envoyés auprès des empereurs.
Aussi les empereurs renvoyaient ordinairement à révc.|ue de Constantinople le jugement de toutes les causes pour lesquelles les évêques ^ avaient recours à lui ; et Justinien ordonne encore que les évêques qui viendront en cour s'y fassent introduire par le patriarche de Cens-
tantinople, ou par les àpocrisiaires de chaque patriarcat.
VIII. En effet, la seconde remarque qu'il faut faire, c'est que ni les évêques, ni les mé- ; tropolitains n'avaient pas des àpocrisiaires résidents à Constantinople, mais les seuls patriarches, ou exarques, chefs de diocèses.
Justinien le répète encore dans le même endroit : c Per religiosos apocrisiarios cujusque diœceseos sanctissimorum patriarcharum (Nov. 6, c. m); » et s'il parle ailleurs des àpocrisiaires, que chaque évêque pouvait envoyer à Constantinople, ce n'est que des syndics que chaque évêque y pouvait envoyer, ou à son patriarche, ou à son métropolitain qu'il faut l'entendre ; et non de ceux qu'on envoyait à l'empereur, et qu'on faisait résider en cour, a Apocrisiarii cujusque EcclesisB, qui in regia civitate degùnt , aut ad beatissimos patriarchas, aut ad metropolitas a suis episcopis ordinati et destinati, etc. (Nov. 423, c. xxv). »
Les actes de saint Porphyre, évêque de Gara, nous fournissent des preuves évidentes de ces deux remarques. Ce saint évêque envoya premièrement son diacre Marc à Constantinople vers saint Chrysostome, qui enéteiit archevêque, pour obtenir de l'empereur Arcade la .démolition des temples des idoles : aScriptislitterisad sanctissimum episcûpum Consiantinopolitanum et redditislitterisbeatoJoanni, etc. Ego non cessabam quotidie eum admonere, etc« (Suriùs, die 26 Febr., cap. xx). »
Tous les temples de Gaza ayant été démolis par l'ordre qu'en donna cet empereur, excepté celui de Marnas, Porphyre vint 'lui-même à Constantinople, et s'y comporta comme le saint solitaire Procope lui avait prescrit, s'adressant d'abord à saint Chrysostome, et se faisant introduire par les amis qu'il avait en cour vers l'impératrice, parce que son zèle apostolique l'avait déjà fait tomber dans la disgrâce de la cour. « Primuni convenîte episcopum Joannem, ipse enim vobis est consulturus ea, quae ipsi revelavit Dominus. Non potest enim loquî in palatio , quoniara ei irascitur imperatrix Eudoxia, etc. Ipse vos commendabit Amantio cobipulario, qui introducet vos ad imperatricem (Cap.xXvn, xxvni). j)
Sans cette disgrâce, il est évident que saint Chrysostome eût été l'introducteur et le médiateur de cet évêque verâ l'empereur, auprès duquel il ne laissa pas de faire par ses amis ce qu'il ne pouvait pas faire par lui-même.