DES APQCRÎSIAIRES OU NONCES DU PAPE
Ce seul exemple suffit pour conclure que, dans toutes les conjonctures semblables, les éTéques qui avaient des affaires en cour usaient d'une conduite pareille, et que si les évêques particuliers trouvaient un grand avantage dans rappui et la faveur d'un de leurs confrères , celui de Constantjinople n'en trouvait pas un moindre à se fairç autant d'amis, et presque autant de créatures qu'il y avait d'évêques.
IX. C'est apparemmentla raison pour laquelle ies évêques de Constantinople trouvaient dans
les conciles généraux tant de facilité à se faire accorder ces degrés extraordinaires d'une nouvelle élévation, comme il parut dans le premier concile général de Constantinople et dans celui de Calcédoine. Quoiqu'il ne pût s'élever que par leur rabaissement, ils y donnaient néanmoins les mains sans beaucoup de peine, parce qu'ils s'acquéraient i!n puissant protecteur^ et un entremetteur nécessaire dans les aiTaires qu'ils avaient en cour.
X. C'est aussi probablement ce qu'à voulu dire Hincmar (Tom. ii^ p. 2061), quand îl a pris Forigine -des apocrisiaires dès le temps que l'empereur Constantin établit son séjour à Constantinople. a Apocrisiarii ministerium ex eotempore sumpsit exordium, quandb Constantinus Hagnus sedem suam, in civitate sua, quae aatea Byzantium vocabatur, aBdiGcavit. Et sic responsales, tam Romanœ sedis, quam et aliarum preecipuarum sedium, in palatio pro ecclesiasticis negotiis , excubabant. Aliquando per episcopos. aliquando vero per diaconos Apostolica Sedes boc offlcio fungebatur. »
Hincmàr n'a dit cela qu'en passant pour indiquer la première origine des apociisiaires ou des archipelains^ qu'on vit ensuite dans la cour- impériale de Charlemagne et de ses descendants , et il faut avouer qu'il a parlé trèscorrectement. 11 distingue deux sortes d'apocrisiaires^ les uns évêques., les autres diacres. Les évêques étaient ou apocrisiaires extraordinaires, et c'étaient les évêques que l'histoire ecclésiastique nous montre avoir été envoyés par les papes vers les empereurs en rhille diverses occurrences : ou ordinaires, et c'étaient les évêques mêmes de Constantinople^ comme nous venons de montrer. Les diacres étaient les apocrisiaires résidant continuellement à Constantinople de la part des patriarches, surtout de la part du pape.
XI. 11 est vrai qu'Hincmar n'a pas précisément désigné le temps que les p'kpes commen-
cèrent à envoyer des diacres seulement pour résidents ordinaires^ ou pour apocrisiaires à Constantinople; mais c'est aussi ce qu'il n'avait pas entrepris de faire, et ce qu'il ne faisait pas à son sujet. Il ne voulait que justifier par quelque image de l'antiquité l'établissement des arc)iicbapelains , ou apocrisiaires de nos rois , qui étaient des évêques, et non pas des diacres.
XII. Pendant qu'il y eut une ombre de l'empire dans l'Occident, et même pendant que Tbéodoric et les autres rois goths dominèrent puissamment dans Rome et dans l'Italie , les papes n'avaient pas besoin d'un résident ordinaire dans Constantinople, parce qu'ils avaient plus à démêler avec la cour impériale > ouroyale d'Occident, ou d'Italie, qu'avec celle d'Orient. Ainsi; ils se contentaient d'y envoyer des ambassades extraordinaires dans ies besoins, ou d'employer l'évêque de Constantinople : comme nous venons de voir que saint Léon n'employa Julien, évéque deCos, que parce qu'Anatolius, évêque de Constantinople, négFigeait étrangement les intérêts de la foi.
Le pape Célestin regardait sans doute Maximien, évêque de Constantinople» comme son agent auprès de l'empereur, et pour ainsi dire, comme l'àpocrisiaire de toute TEglise, quand il écrivait à l'empereur Théodose le Jeune que Maximien avait toujours -été comme un menibre de l'Église romaine, et que le concile d'Epbèse l'ayant élu pour succéder à Nestorius, il doit l'écouter et l'Appuyer pour la défense de la foi orthodoxe.
« Fert illi, ac. si sui corporis parti, Romana testimonium, quae hune semper inter suos habuit ac numeravit, Ecclesia. Huic taliter electoad componendum Ecclesise statum,'et omne virus pravae baeresis radicitus evellendum, obsecramuset poscimus, ut consuestis, arma praestetis (Concil. Ephes., part, m, c. 2i].p Et quand il écrit au peuple de Constantinople: « Nostro vobis loquitur ore collega, etc* A nobis datus est, qui est electus ex nostris (Cap. xxni); 0 '
XIII. Les démêlés qui survinrent entre les . papes et les évêques de Constantinople, secta- ' teurs du schisme d'Acacius, rompirent la bonne intelligence, de ces deux Eglises; mais Justinien s'étant peu de temps après rendu maître de Rome, et de la meilleure partie de lltàlie sur les Gotbs, le pape Agapet commença d'établir un de ses diacres pour son
DO SECOND ORDRE DES CLERCS.-^ CHAPITRE CENT-HUltlÈME.'
apocrisiaire , son nonce et son résident ordinaire à Constantînople. Libérât en Mtfoi: « His peractia conslituens papa apud imperatorem apocrisiariuin Ecclesiae suœ Pelagiura diaconum suum, dum in llaliam reverti dispoliit. Constant! nopoli obiit (Cap. xxii). »
Ce pape étant présent à CoDstantinopIe', y découTrant les avantages que les autres patriarches orientaux tiraient des apocrisiaires qu'ils y entretenaient , et appréhendant peutêtre, les anciennes brouilleries des évêques de Constantinople, jugea fort sagement qu'il était plus à propos d'avoir lui-même un résident ordinaire dans cette cour, surtout depuis que les empereurs de Constantinople étaient devenus les maîtres de Rome.
XIV. Mais d'où vient que ce pape ne laissa qu'un de ses diacres pour faire la fonction d'apoçrisiaire près de l'empereur? si ce n'est que les patriarches d'Orient en usaient de même, comme nous venons de voir par les exemples d'Analolius, apocrisiaire de Dioscore d'Alexandrie; et de Marc, apocrisiaire de Porphyre de Gaze; outre que cette légation ou nonciature étant de longue durées il n'était pas juste d'éloigner si longtemps les évêques de leur diocèse , puisque Tinstitution des apocrisiaires avait été faite au moins en partie pour obliger les évêques aune rigoureuse résidence.
XY. On pouvait avoir eu égard au concile de Sardique dans cette institution des diacres apocrisiaires. Car ce concile avait ordonné aux évêques qui auraient des affaires à la cour, d'y envoyer plutôt un diacre que d*y aller euxmêmes, c Ter proprium diaconum mittant, ministri enim persona non est invidiosa, et quse concessa fuerint > citius pejferri poterunt (Can.Tui). »
Cela ne regarde que les apocrisiaires extraordinaires, mais les mêmes raisons ont encore plus de poids pour les ordinaires. La personne et la résidence d'un diacre est de moindre xlépense, et moins exposée à l'envie et à la médisance, que celle d'un éjrêque.
XVI. Le canon suivant du même concile justifie ce que nous avons avancé de Févèque do Constantinople, qu'il était comme l'apocrisiaire universel de tous les évoques. Ce canon ordonne que les évêques qui auront besoin de la protection des empereurs, aient recours par lettres à révêque de la ville où tst leur séjour impérial : a Scribens videlicet ad fiatres et coepîscopos uuslios, qui scilicct Llutempore in locis
vel civitatibus agiint, in quibus pîissîmns imperator rempublic^tm gnberniai(Can.ix). »
XVII. Revenons à Pelage , que le pape Ag'pet laissa à Constantinople pour son apocrisiaire. 11 ne souscrivit au concile de Constantinople, sous Menas, qu'après le même Menas, patriarche de Couï^tantinople , et les autres évêques italiens avant les évêques grecs. Mais le pape Vigile, qui Pavait continué dans la même charge, aussi bien que Sylvère, successeur immédiat d'Agapet; Vigile, dis-je, le délégua pour aller faire le procès à Paul , évêque d'AtcT^andrie , ce qu'il fit avec les évêques d'Antiôche , de Jénisalem , et d'Ephèse , que Tempereuravait délégués avec lui pour cela* Procope, dans ses anecdotes, fait foi de la délégalion de Pelage par Vigile : a Archidiaconus Romae Pelagrus, Vigilii pontiflcis personam indulus, etc. b
Libérât rapporte là chose au long : < Mislt imperatorPelaglum diaconum etapocrisiarium primae Sedis RomdB Antiochiaro cum sacris suis, quibus pneoepit, ut cum Ephremio ejusdeih urbîs cpiscopo, etc. Venirent Goxam, et Paulo episcopo pallium auferrent, et eum deponerent. Pelagius cum memoratis patriarchis etepiscôpis venitGazam, et auferentes Paolo pallium, déposuerunt eum (Cap. xxix). »
C'était Pelage même qui avait procuré cet évèché à Paul ; et avait assisté à son ordination avec les autres apocrisiaire» des patriarches orientaux': a Paulus unus abbatum Tabennensium monachorum, a^ Alexandrinam sedem ordinatur episcopus , Pélagie intérveniente apocrisiario romano, plane orthodoxus. Ordinatus est a Mena Constanti nopoli^ présente eodem Pelagio responsario Vigilii , et apocrisiariisEphremii Antiocheni, et Pétri Hierqsolymorum (Ibidem). »
XVIII. Le crédit des apocrisiaires éclate admirablement dans ces exemples. Aussi Justinien voulant rétablir Paul, Procope dit que Vigile ne voulut point révoquer la sentence qu'il avait prononcée par la . bouche de son apocrisiaire.
La présence des apocrisiaires aux ordinations des évêques, et aux autres actions im porta ntes, en était comme une raliflcaiion de la part du prélat qui Us avaitenvoycs. Mais les intrigues et le crédit de Pelage ne parurent jamais plus que dans la condamhatiou des dogmes d*Origène, qu'il fit faire à l'empereur Justiuien , par un ressentiment d'animosité , contre Théodore,