DES CHAPELAINS ET ARCHICHAPELAIN
la châsse de saint Martin, qnand ils faisaient la guerre, « Qiiemdam in capellam suam assumpsit, quo nomine regesFrancorumproptercap* pam sancti Martini, quam secum ad sui tuitiouem et hostiam oppressionem jngiter ad bella pôrlabant, sancta sua appellare solebant (L. i, c. 4). »
II. La châsse de saint Martin était bien la principale, mais elle n'était pas la seule qui-fût gardée dans le palais des rois. Marculpbe fait mention, dans une autre formule^ des reliques que le roi envoyait dans les provinces, afin qu'on y fit les serments de fidélité qu*on lui devait ou à son fils, o Per loca sanctorum, yel ptgoora, quœ illùc pro eodem direximus, debéant promittere et conjurare (L. i, c. 40). ]>
III. Il est indubitable que ^s reliques étaient gardées dans une chapelle ou un ora-toire du palais des rois, et qu'il y avait des ecclésiastiques destinés pour y faire le service.
Le grand saint Grégoire et Grégoire de Tours BOUS font connaître, par beaucoup d'exemples, qu'on ne laissait jamais les reliques des Saints sans leur rendre un culte ordinaire de religion, et nos conciles mêmes de France nous apprenant que plusieurs seigneurs particuliers avaient leurs oratoires domestiques, IL est bien plus apparent encore que les h>iâ avaient aussi les leurs.
IV. Hincmar assure que depuis que Glovis eut été baptisé , ce fut up ivêque qui fit la fonction d'apocrisiaire, c'est-à-dire d'archichapelain dans le palais des rois. « Et in bis Cisalpinis regionibus, postqnam Clodovicus prœdicatione B. Remigii ad Christum conversus' etab ipso baptizatus . extitit, per successiones regum sancti episcopi. ex suis sedibus et tenpore competenti palatium visitantes, vicissim banc administrationem disposuerunt. »
Hincmar semble dire que les évoques venaient les uns après les autres faire la fonction d'apocrisiaires, ou d'agents universelsdu clergé de France dans le palais de nos rois, sans qu'il y en eût aucun qui fût chargé pour toujours de cet office. En effet, quand Charlemagne voulut en avoir un qui résidât ordiuairt ment dans son palais^ il en obtint premièrement la dispense du concile des é\éques français et ensuite du pape.
V. Him mar pourrait bien avoir jugé des premiers siècles de la monarchie française par les usages du sien. ^>i oh eût été anciennement ubdci-vé, Grégoire de Tours n'aiu*uit ^ as
apj)aremment omis une pratique d'une si grande conséquence. Dans le cours d'une si longue histoire, il aurait rencontré quelque action mémorable de ces évêques attachés au palais. Cependant il. ne parle nulle part que des clercs, des rois et des reines.
H est vrai que saint Grégoire le Grand écrivant à la reine Brunebaut, et lui parlant de l'évoque d'Autun, Syagrius, témoigne que ce prélat appartenait, d'une manière toute parti-, culière, à la reine (L. vu, c. 20, 30; L vfi!, c. 29): Aussi ce pape eut des égards tout particuliers pour lui^ il lui donna rang au-dessus des autres évêques de la province, il lui accorda Je pàllium, il le chargea du soin d'assembler un concile national : a Curam synodi fratri coepiscopoque nostro Syagrio, quem vestrum proprium novimus, specialiter delegare curavimus (L. vu, ep. cxiv]. b Mais on ne peut rien conclure de là, si ce n'est' que ce prélat était ou le favori, ou le confident et le ministre de la reine. Il n'y a rien qui nous puisse persuader qu'il fût ou son confesseur ou sc^n grand chapelain.
VI. Saint Rémi avait conseillé au grand Glovis de prendre conseil des prélats et des ecclésiastiques : a Consiliarios tibi adhibere debes, qui famam tuam possint ornare. Sacerdotibus tuis honorem debebis déferre, et ad eorum consilia sempejr recurrere. » Mais il ne s'ensuit pas que si les évêques étaient les conseillers des rois, qu'ils fussent aussi leurs chapelains. La qualité de conseiller leur était commune à tous, au lieu que celle de grand chapelain devait être affectée à un particulier.
Il est méipe véritable que Fulrad, qui fut archicbapelain du roi Pépin, fut aussi appdé son conseiller, tant .dans AnÀstase Bibliothécaire, que dans les autres monuments historiques du même temps. Mais il ne s'ensuit pas non plus, que si les archichapelains sont conseillers, les conseillers soient aussi archichapelains.
VU. L'artcien et savant écrivain, Etienne, abbé de Liège,' a certifié dans la vie de saint Modoald, évéque de Trêves,, que le palais de nos rois était alors, c'est-à-dire, sous le roi DagobertU, la plus sainte et la plus savante académie qui fût au nionde, d'où sortaient les plus saints évêques, d'où l'on tira un saint Arnould, évéque de Metz, un saint Cunibert, évéque de Cologne, saint Rémacle, cve<|ae do Tongres ou de Liège, saint Modoald^ évéque de
DIT SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPlftlE CENT-NEUVIÈME,
Trêves, et tant d'autres à qui il fallait faire une sainte violence et pour les faire entrer dans le palais des rois, et pour les faire passer de là sur les plus éminents trônes de TEglise; ils formaient dans le palais le conseil des princes, et ils n*en sortaient que pour aller eux-mêmes gçuvemer le royaume de J.-C. Ces saints et illustres condseillers des rois, dont on faisait ensuite des évéques^ pourraient bien avoir été fiinon leurs arducbapelains , au moins leurs cliâpelains.
Les paroles de cet auteur sont trop belles pour n'être pas rapportées. « Considerare nunc libet, quale erat illud tempus, quam acceptabile, quam serenum, quando regibus quidem regnantibus, sed reges cum regno justis et timoratis viris regentibus, justitia, fides, Veritas, modestia c^teraeque artes bonse, tam in belle, quam in pace custodiebantur. Quale, quam sancUim erat illud palatium, ex quotam claros, tamque illustres suscipiebat Ecclesia sacerdotes. Èjl quo procedebaht sectatores, non Simonis, sed Pétri : non mercenarii, sed veri ministri Christi : et qui curias regum non quœrerent, sed pôtius a regibus queererentur ; non ipsi honores per ambitionem appelèrent, sed magis oblatos per humilitatem refugerent. Ex quorum numéro, erant enim plurimi, ûiît Amulpbus Meiensis, Cunibertus Coloniensis, Tungrensis Renîaclus, Treverensis noster Hodoaldus, etc. Isti sunt plane viri sancti, quorum flde et sanctimonia Ecclesia corroborata est, etc. (Apud Surium die 12 Hfii ; 1. ii, c. 9). b
Celui qui gouvernait alors le roi et le royaume, selon cet auteur, était Pépin l'ancien, qui avait attiré au palais tous ces grands hommes, d'autant plus dignes et plus capables de cet honneur et des dignités qui en sont comme les suites naturelles; qu'ils en avaient' plus d'aversion, et s'y rendaient avec plus de répugnance, toujours prêts d'en sortir avec joie.
Saint Ansbert avait été aussi nourri dans le palais où il avait été chargé du petit cachet. «Gerulus annuli regalis, quo privilégia sigiiabantur (Du Chesne, tom« i, p. 68i, 683). i>Il quitta et le palais et l'emploi qu'il y avait pour aller fafre profession religieuse dans Tabbaye de saint Vandrille, d'où il fut porté sur le trône archiépiscopal de Rouen , avec une extrême joie du roi Thierry, qui le conlraignit de se soumettre à cet ordre du ciel, l'ayant fait appeler au château de Clichy, près de Paris, sous un autre prétexte, comme s'il eût voulu prendre
conseil de lui dans les importantes affaires qti se traitaient ajix états du royaume, parce qu*L était son confesseur.
YIIL Si le moine Angrad, qui a écrit la vie de ce saint, et de qui ceci est eropranté, n'a point altéré les histoires du temps passé, en y mêlant les usages du sien, comme il n'arrive que trop souvent, c'est une chose fort mémorable que dès le temps du roi Thierry I**, nos rois eussent leurs confesseurs, et qu'ils inisseot ordinairement leur avis dans les afSaires de conséquence.
c Ansbertum ad aulam regiam ire compellunt; rex tune morabatur in villa Clipiaco, ubi oonventum magnum populorum habens, de utilitate ac tutela regni tractabat^ ut ad ejos consuUuDo , «veluti agere consùeverat , nam confesser illius erat, de negotiis regni tractaret. »
Quoi qu'il en soit, il y a toutes les apparences du monde, qu'Ansbert était ecclésiastique dans le palais, lorsqu'il exerçait la charge du petit sceau, et surtout pour les^'gnatur^ de grâce, « Cœpit esse aulicus scriba àoctus, conditorque regalium privilegfOrQm , et gerulus annoli segalis quo eadem privilégia signabantur; • d'où il fut transporté par une ardente piété dans ' le cloître , et du cloître à l'épiscopat.
IX. Je ne dirai rien des évéques qui se trouvaient aux plaids du palais, soit avec le roi, soit avec le comte du palais, pour y terminer les causes réservées à ce souverain tribunal. Cétaient apparemment les évéques qui se trouvaient à Paris, pour les affaires particulières de leurs Eglises.
Nous ferons voir dans la suite de cet ouvrage que le tribunal du comte du palais était bieo différent de celui de Tarchichapelain. Ce que le moine d'AngouIéme Yapporte du grand roi Clovis serait bien plus à notre propos, s'il était certain^que ce roi eût donné, comme il le dit, l'évêché d'Angoulême à Aptoniusson chapdaîB (Nota Bignon. in Marcul., 1. 1, c. 25). »
Si Tauteqr de la vie de saint Ouen lui a , donné la qualité d*apocrisiaire, a Apocrisiarius régis Dagoberti, i» ce n'est vraisemblablement que parce qu'il était son chancelier, a Auricularius (Surius, Angust. die ai), d U est vrai que comme les charges de chancelier et de notaire n'étaient alors guère exercées que par des ecclésiastiques, elles pouvaient facilement s'allier avec celle de chapelain. Aussi dans le temps de la seconde Face de nos rois, il est