IV. Saint Aurélîen et saint Césaire, évêques
d'Arles, ont aussi composé des règles et sans
doute fondé plusieurs monastères en France.
Saint Césaire vit avant sa mort plus de deux
cents religieux sous la conduite de sa sœur,
sainte Césarie, dans le monastère qu'il leur
aTait fondé à Arles (Cyprianus in vita Cœsarii).
Saint Ouen, évoque de Rouen, peupla tout
son diocèse d'un si grand nombre de ces
saintes colonies, qu'on eût cru qu'il ne voulait
pas imiter la Tbébaïde de l'Egypte, mais la
surpasser; il en répandait même dans toutes
les provinces de la France, ne donnant point
de bornes à Tamour d'un bien qui n'en a
point.
a Ardebat snmmo studio monasteria et loca sacra peromnesFranciœ provincias construendi maxime vero in propriadiœcesi ; ubisanemulla cœnobia, eaque amplaetnobilia afundamentis oondidit; non pauca vero priorum antistitum et abbatum desidia neglecta instauravit, etc. Tanlus ibi erai numerus cœnobiorum diversi sexus, puta monachorum et monacliarum, quœ ad ejus iostitutionem, tanquam divinœ sationis messes quaedam , subito enituerc , ut mullitudine et religione ^Ëgypti mont^steria , ab Antonio quondam instituta, œquare videretur. »
Voilà le père de tant de magnifiques monastères qu'on admire encore dans le diocèse de Rouen (Surius, Aug. die 24]. Saint Eloy, évoque de Noyon , n'eut pas moins d'ardeur pour la construction des monastères. 11 en fonda un de religieuses à Noyon, mais ses disciples, en suivant ses célestes conseils, en bâtirent un fort grand nombre dans tout le royaume, où plusieurs d'entre eux furent évêques.
a Sed et alia multa nionasteria, quœque ejus opère, qua;que vero institutione a discipulis ejus cont^t^ucta, bodie intra Galliasnoscuntur: nam multi ex discipulis ejus ccclesias condiderunt, multi mona:jteria salubritcr rexerunt, multi etiam in regimen episcopale sublimati , Ecclesiis praefuerunt (S. Audoenus in vita sancti Eligii, 1. u, c. v), »
Saint Domnole, évéque du Mans, fonda plusieurs abbayes dans son évécbé des revenus et des fonds de sa cathédrale (Surius, die 16 Maii).
V. Saint Grégoire confirma la fondation du monastère et de l'hôpital d'Autun , faite par
Tn. — Tome lU
Syagrius , évéque de la ihême yille , et par la reine Brunehaut. « Quod in civitate Aagu^dunensi a Syagrio episcopo , et excellentissima ûlia nostra regina constructum «st, etc. (L. ii,
ep. x). D
Si les évêquesdeFrance peuvent passer après ces exemples pour les fondateurs de la plus grande partie des monastères de ce royaume , saint Grégoire les surpassait autant en cette sainte ferveur qu'en i'éminence de sa dignité. Les six monastères de Sicile et le septième de Rome qu'il bâtit et dota d'abord au commen* eement de sa conversion sont une assez grande preuve des richesses inépuisables de sa charité envers cette portion choisie du troupeau de J.-C. Les monastères n'étaient plus pauvresdès qu'il était informé de leiu* pauvreté (L. i, epist.
XUI, XLII, Liv).
L'empereur Maurice ayant fait une loi pour fermer la porte de tous les cloîtres à ses soldats, ce saint pape y apporta un sage et juste tempérament, en commandant qu'on les y reçût^ pourvu qu'ils ne fussent point comptables des deniers publics , et qu'ils témoignassent une sérieuse résolution de se convertir par une épreuve , ou un noviciat de trois ans, avant que de recevoir l'habit de religion.
Ce saint pape (L. vu, epist. xi), envoyant une troupe de ses admirables religieux en Angleterre, non-seulement y rétablit la foi dans les conquêtes des Anglais sur les Bretons , mais y renouvela la pureté de la foi et de la discipline dans les monastères des bretons même , où le nombre desmoines était si prodigieuxqueBède assure que le seul monastère de Bancor était divisé en sept bandes, dont chacune avait ses supérieurs et n'était pas composée de moins de trois cents religieux, qui vivaient tous du travail de leurs mains.
« In monasterio Bancor tantus fuisse fertur numerus monachorum, ut cum in septem portiones essctcum prœpositis sibi rectoribus monasterium divisum, nulla harum portio minus quam trecenlos homines haberet, qui omnes de labore manuum suarum vivere solebant (Hist. Angl., 1. ii, c. n]. o
\I. Les évêques d'Afrique n'avaient pas oublié que saint Augustin avait donné commencement aux monastères dans leur vaste conti- , nent. L'évê(|ue chez lequel saint Fulgence lit sa première retraite avait bâti un monastère dans le lieu de son exil (Ferrand., in vilaFulgenl., c. IV, xn).
DES CONGRÉGATIONS. — CHAPITRE SEIZIÈME
L'évèque de Syracuse qu'il Tîsita en allant à Rome^ avait aussi un monastère où il allait goûter les délices et la paix de l'esprit^ après rembarras de ses occupations épiscopales. c Mooachorum professionem super omniadiligebat, habens etîam ipse monasterinm proprium, cui semper adhœrebat, quoties ab ecclesiasticis Tacabat (Cap. un, xix]. »
Un autre évêque, banni de TAfrique, vivait en moine dans une tie voisine. Saint FuJgence, après sa promotion à Fépiscopat, donna ses premiers soins à bâtir un monastère. Enfla, étant exilé dans la Sardaigne, il bâtit un monastère à ses dépens près de Cagliari, et il y Técut avec quarante religieux^ jusqu'à son retour en Afrique (Cap. xx, xxvn).
VII. Le célèbre patriarche d'Alexandrie saint Jean TAumônier bâtit deux monastères nouveaux dans Alexandrie, et les dota des revenus de révécbé> ne croyant pas que le patrimoine des pauvres puisse être plus libéralement distribué qu'à ceux qui se sont dévoués à la pauvreté évangélique. Il n'exigea d'eux que les offices solennels de vêpres et des veilles de la nuit, et il éprouva que le sacré repos de ces solitaires est plus utile à TEglise que le travail apparent de beaucoup d'autres (Yita ejus, c. AA).
A l'exemple de ces religieux, toute la ville d'Alexandrie commença à chanter durant les nuits les louanges de Dieu, et se transforma comme en un grand et vaste monastère, a Et ad similitudinem monasteriiexhis civitas pêne vivit, in diversis locis pervigiles hymnodias Deo referens. »
VIII. Justinien commence ses ordonnances sur la police des monastères, par la permission que révêquè doit donner de les bâtir, par les prières qu'il doit faire lui-même, et la croix qu'il doit arborer en mettant les premiers fondements. « Si quis monasterinm aediûcare voluerit, episcopum advocel, ille manus extendat ad c(elum et per orationem locum consecret Deo, figens in eo crucem, sicque inchoet œdiflcium (Novel. v, c. i). »
En voilà assez pour justiQer que dans toutes les provinces de l'Eglise, les évêques ont été les Pères et les fondateurs de la plus grande partie, et en quelque manière de tous les monastères. Et afln de toucher en passant quel-% ques points importants de la profession monastique de ces mêmes siècles^ rapportons ici quelques ariicles qui turent arrêtés à ce sujet par ce^ empereur.
IX. Justinien prescrit dans la même iiot<^ que les laïques feront un noviciat de trois aa avec leur habit et leurs cheveux de laïques, avant de recevoir l'habit et la tonsure do moines, c'est-à-dire, avant de faire p»fession : la règle de saint Pacôme ordoDiai la même chose ; mais saint Antoine reœ^ d'abord à la vêture et à la profession Feligieust
Cet empereur veut qu'on reçoÎTe même le esclaves, et que Tesclavage saint du souTerm seigneur où ils entrent, les aOranchisse àd k servitude des hommes. aSive servi sint, noi inquietari, migrantes ad communem onmima cœlestem Doroinum, et arripiantur in libertatem. Nam si multis casibus etiam ex 1^ hoc fit, et talis qusdam libertas daliu* ; quomodo non prœvalebit divina gratia, talibus eos absolvere vinculis ? (Nov. v, c. 2) »
Il ne veut pas même que les maîtres de ces esclaves puissent les arracher du monastère durant les trois années de leur noyîciat, si leur prétention n'est fondée que sur la servitude. Il enjoint aux moines de manger tous dans le même réfectoire, et de dormir tous dans un même dortoir, sans séparations, en des lits différents, à la réserve des contemplatifs, à qoi on donne le nom d'anachorètes et d^amateurs du repos, r.<jux«<TT«i, Quiescentes (Cap. m). Sib sortent du monastère après leur profession, les biens qu'ils y avaient apportés y demeurent et ne leur sont jamais rendus (Cap. rv, t, vi). Enfin Tabbé doit être élu, non pas par te re* ligieux, mais par l'évêque, qui aura plus d'égard au mérite et à la capacité qu'à l'antiquité ou à rage (Cap. ix).
X. Quant à l'élection de Tabbé^ cet empereur la remit depuis aux suffrages des religieux, après avoir promis en présence des saints évangiles d'élire le plus digne, qoi devait ensuite être ordonné ou installé par l'évêque (Novel. cxxiii, c. 3i, 33). Il voulut ausa dans ses dernières constitutions qu*oa rendit aux maîtres leurs esclaves, s'ils les redemandaient durant les trois années de leur noviciat; mais qu'après leur profession ils fussent entièrement affranchis, à condition néanmoins de retomber dans leur première servitude, si le libertinage les faisait sortir du monastère. Il permit de donner des cellules à part à ceux à qui leur âge et leurs infirmités auraient rendu la vie commune intolérable (C. xxxvf).
Il défendit à l'avenir les monastères communs aux deux sexes , et sépara partout ks