XI. C'est une imagination qui n'a point d'au
tre fondement que l'inconsidération de ceux qui Font avancée. Ils soutiennent sans aucune preuve que les papes ont depuis quelques siècles imposé celte servitude aux métropolitains par une passion secrète et artificieuse de dominer et de les rendre plus dépendants du Saint-Siège; et cela^ sous prétexte que la plénitude de la puissance ne leur est donnée qu'avec le pallium^ et qu'ils la tiennent de la même main qui leur donne cet ornement.
Mais nous venons de voir : 1*^ Que le patriarche même d'Antioche ne pouvait pontifier qu'avec le pallium, du temps même de saint Grégoire.
2* Une autre raison : c'est que l'empereur ne se serait pas vraisemblablement entremis pour envoyer à Rome les évêques d'Orient pour les assujétir à une nouvelle servitude.
3^ Que le pallium ne se donnant que lorsqu'on consacrait ou qu'on confirmait les métropolitains , il n'est pas étrange que la coutume se soit introduite de ne faire aucune fonction pontificale avant la consécration ou la confirmation, et que cette coutume une fois établie ait subsisté^ même lorsque l'on n'a plus envoyé le pallium qu'après la consécration et la confirmation.
A"* Que le pallium était l'ornement propre et particulier des pontifes, tous les autres leur étant communs avec les ordres inférieurs. Or il n'est ni nouveau, ni étrange que celui qui est ordonné ne fasse ensuite les fonctions de son ordre, sans le propre habit du même ordre.
b"" Pourquoi 6terait-on le pallium aux patriarches et aux métropolitains qu'on dépose ? Et en quoi se distingueraient les vrais métropolitains de ceux qui ont été déposés s'ils exerçaient sans cet ornement les fonctions propres de leur dignité ?
6"" N'est-il pas et plus juste et plus honorable à l'épiscopat de recevoir ces marques d'une dignité toute divine du vicaire de J.-C. que de la main ou de l'agrément des empereurs, comme c'était au commencement la coutume ? Si les métropolitains s'abstenaient alors des fonctions pontificales jusqu'à ce qu'ils eussent reçu le pallium des empereurs, est-il étrange que la même coutume se soit conservée après que les successeurs de Pierre ont été les distributeurs de ces marques royales du sacerdoce chrétien.
T Le pallium n'a été donné dans l'Occident
ni par les empereurs, ni par les papes , qu'à la demaude, aux instances, aux plus pressantes sollicitalioDs des rois et des évoques.
Ce n'était donc pas le dessein des papes d'introduire de nouvelles servitudes dans Tépiscopat, mais de satisfaire à la passion des souverains et de leurs évêques, et de répandre de tous côtés sur les évêques la gloire et les ornements de la royauté du sacerdoce. Il y a bien plus d'apparence que les évêques passionnés d'avoir le pallium se sont abstenus des fonctions pontiQcales jusqu'à ce qu'ils Teussent reçu. A moins de cela, ils n'avaient qu'à se passer du pallium et demeurer dans le rang et dans la coutume des anciens métropolitains, qui n'en eurent jamais dans l'Occident durant les quatre ou cinq premiers siècles.
Nous allons voir que les papes ne donnèrent d'abord le pallium qu'à un très-petit nombre de métropolitains , dont bien loin de diminuer le pouvoir, ils l'augmentaient au contraire fort extraordinairement en leur donnant la qualité
de légats et de vicaires du Siège apostolique. Nous avons montré que cette délégation ac* compagnée du pallium était ordinairement personnelle et accordée à la demande des rois.
Si les successeurs de ces métropolitains privilégiés ont, par leurs pressantes instances et par la faveur des souverains, obtenu la continuation du même privilège ; si les autres métropolitains d'Occident ont enfin eu part après quelques siècles et après de longues poursuites à la gloire de cet ornement royal qui les distingue des autres évêques, ils ne doivent s'en prendre qu'à eux-mêmes si ces marques de royauté se trouvent ensuite accompagnées de quelque servitude.
La royauté même attire des servitudes et le diadème est suivi de chaînes d'or. Les métropolitains eux-mêmes ont fait la coutume, qui s'est insensiblement changée en loi, de s'abstenir des fonctions pontificales avant que d'avoir reçu le pallium*