DU PALLIUM DES LATINS
nius qu'après ses instantes prières, qu'après rentremtee du roi Childebert, et enOn après avoir eu ragréiuent de Tempereur de Constantinopie.
Voici ce que ce pape écrivit à Auxanius (Epist. i) : a De his quœ charitas vestra, tam de usu pallii^ quam de aliis sibi a nobis petiit debere concedi^ libenti boc animo etiam in prsBsenti facere sine dilatione potuimus, nisi cum Christianissimi Domini filii nostri imperatoris, hoc sicut ratio postulat, voluissemus perûcere notitia. Ut et yobis gratlor praBstitorum causa reddatur, dum quœ postulastis, cum consensu christianissimi principis referuntur, et nos bonorem fidei ejus servasse cum competenti reverentia judiceniur. s
Dans la lettre suivante (Epist. u), écrite après avoir obtenu le consentement de l'empereur par l'entremise de Bélisaire, ce même pape avertit Auxanius de ce qu'il doit faire à l'égard de l'empereur et de Timpératrice. a Oportet fraternitatem vestram Deo preces effundere, ut clementissimos principes Justinianum atque Theodoram sua semper protectione custodiat, qui pro bis vestrœ cbaritati mandandis, suggerente patricio Belisario, pro quo item vos convenit exorare, pia prsebuerunt dévotion* consensu m. i> Quant à la demande et «a eansentement du roi Cbildebert^ voici ce qu'M m écrit : c Sicut nos pro tusB cbaritaiis aflTectu, et pro gloriosi filii nostri Childeberti régis raandatis , vices nostras libentissima voluntate contulimus^ etc. »
Mais quelque bienséance, ou quelque nécessité qu'il y eût d'avoir le consentement de l'empereur et du roi, c'était néanmoins par Fautorité apostolique que ce pape accordait le pallium : « Beati Pétri sancta autoritate concedimus. >
III. Un docteur nouveau a prétendu que la nécessité du consentement de l'empereur était une marque de la dépendance du royaume et des rois de France à l'égard des empereurs de Gonstantinople; d'où vient aussi, dit-il , que saint Grégoire donna le pallium à saint Léandre, archevêque de Séville, sans y faire mention de l'agrément d« l'empereur, parce que les rois Golhs d'Espagne ne le reconnaissaient plus; au lieu que le pape Vigile fit consentir l'empereur à ce qu'on envoyât le pallium aux évéques de France.
Ce docteur, ou trop passionné pour l'Espagne, ou trop animé contre la France, eût pu
se détromper de cette fausse imagination, s'il eût fait altention à la lettre que nous venons de citer. Le pape y exhorte Auxanius, en reconnaissance de ce bienfait, de travailler avec une sollicitude vraiment épiscopale à entretenir la bonne intelligence qui était entre le roi Cbildébert et l'empereur, a Hortamur, ut sacerdotali opéra inter gloriosissimum virum Childebertum regem, et antedictum clementissimum principem, conceptaB gratiœ documenta paterna adhortatione servetis. » H écrivit la même chose à Aurélien , successeur d'Auxanius, dans Tévêché d'Arles. « Inter clementissimum principem et gloriosissimum Childebertum regem gratiaB intacUe fœdera custodire (Epist. v). Cette paix et cette bonne intelligence s'entretient entre des égaux ou entre des princes mutuellement indépendants, non pas entre les souverains et leurs vassaux.
Cet auteur eût mieux rencontré s'il eût dit que le pape étant encore sujet de l'empereur, aussi bien que la ville et les environs de Rome, lui rendait ce témoignage de déférence de le consulter dans les atTaires importantes, de ne pas communiquer sans son agrément le pallium, qui était une effusion de la gloire et de la majesté impériale, et avait été primitivement un bienfait des empereurs; de ne pas dispenser lui seul des lois impériales qui interdisaient aux particuliers sous de grandes peines l'usage des habits impériaux : enfin de ne pas faire des grâces extraordinaires et par ce moyen s'unir par de nouveaux liens à des évéques et à des souverains, dont l'empereur pouvait concevoir de la jalousie, sans l'en avoir averti.
U aurait pu dire aussi avec raison que Ton gardait encore quelques mesures avec l'empepereur dans la disposition ecclésiastique des pays qui venaient nouvellement d'être soustraits de son obéissance , et dans la création d'une nouvelle autorité dont devaient relever non -seulement les évéques du royaume de Childebert, mais d'autres aussi, que le métropolitain d'Arles avait accoutumé d'ordonner, et qui n'étaient peut-être pas encore soumis à Childebert ou soustraits à la domination impériale.
C'est une conjecture qui se tire naturellement de la chose même, puisque le pape Vigie adresse sa lettre du vicariat apostolique d'Arles à ces deux sortes d'évêques. « Universis episcopis, qui sub regno Childeberti régis
constituti sunt : sed et his qui ex antiqua consuetudiDe ab Arelatensi consecrali sunt, vel consecrantur antistitc (Epist. m), d
Enfin cet auteur eût mieux raisonné 8*il eût dit que le pape ne pouvant donner le pallium et le vicariat apostolique à Tarchevéque^ sans lui donner rang et séance entre les patriarches , après les grands patriarches , avec les archevêques de Tbessaionique, de la nouvelle Justinienne, etc. , en reculant derrière eux tous les autres métropolitains dans un concile général ; il était au moins de la bienséance de ne pas faire une innovation si considérable dans la disposition gé.iérale de l'Eglise, sans en prendre Tavis des empereurs qui avaient eux-mêmes très-souvent des déférences si respectueuses pour l'Eglise.
Nous eu dirons davantage sur ce sujet contre les ridicules prétentions de cet auteur, dans la suite de ce discours.
lY. Ce même pape accorda son vicariat apostolique à Aurélien, successeur d*Auxanius, et lui envoya le pallium en même temps, avec charge d'entretenir la paix entre l'empereur et le roi Childebert , et d'écrire une lettre de remerciment à Bélisaire, qui avait aussitôt averti le pape du consentement de l'empereur, et avait épargné la peine de ce long voyage à celui qu'Aurélien envoyait pour cela à Constantinople. a Qui homini vestro laborem ad clementissimum principem abstulit transeundi^ sed mox ùt responsum recepit, nobis suis litteris indicavit (Epist. ni.) d Le roi Childebert avait demandé cette grâce pour Aurélien non pas à l'empereur, mais au pape, a Childebert! régis voluntas accessit. »
V. Pelage 1" (Epist. vi, vu) accorda le ]ialllum à SapauduS; évêque d'Arles, avec le vicariat ai)ostolique , après que le roi Childebert et Sapaudus l'eurent demandé par lettres et par des envoyés exprès, a Litteras noslrasconsacerdoti Sapaudo secundum petitionem vestram direximus, usum pallii pariter concedentes. D Et dans sa lettre à Sapaudus : a Pariter tibi pallium dirigentes, ut in tanti loci fastigio constitutus, praeclaroquoque habitudecoreris.» En effet il était par là établi le premier évêque du royaume, comme lieutenant du pape, a Ut Sedis nostrse vicarius institutus, ad instar nostrum, in Galliarum parlibus primi sacerdotis locum obtineas. »
VL Ce pape ne fait nulle mention de Fempêreur, ou parce que la même bonne intelligence
ne subsistait plus entre lui et le roi Childebert, ou parce qu'il jugeait que le consentement une fois donné à ses prédécesseurs et aux prédécesseurs de l'évêque d'Arles devait suffire, ou parce que tous les évêques que cette légation soumettait à Tévêque d'Arles, étaient sous la domination du roi Childebert.
Saint Grégoire envoya aussi le pallium à Virgilius , évêque d'Arles , qui avait employé pour cela , non-seulement ses prières , mais aussi celles du roi Childebert. a Quod juxta antiquum morem usum pallii ac vices Sedis Apostolicse postulasti , absit ut aut transitoriœ potestatis culmen , aut exterioris cultus ornamentum in vicibus nostrisacpallio quaesisse te suspicer, etc. Libenti animo postulata concedimus, neautquidquamvobisdedebiio honore subtrahere, aut prœcellentissimi fllii nostri Childeberti petitionem contempsisse videamur (L. IV, ep. 50 53.) » Et dans sa lettre au roi : « Virgilio vices nostras juxta antiquum morem, et excellentiœ vestrœ desiderium commisimus.»
Il n'est point ici parlé du consentement de l'empereur, pour accorder le pallium à l'évêque d'Arles , mais quand ce même pape le donna à Syagrius évêque d^Autun (L. vu. ep. 5), il fit savoir à la reine Brunehaut que l'empereur avait agréé cette nouvelle grâce qu'on faisait à un évêque dont les prédécesseurs n'en avaient jamais joui. « Propter quod et sotciiS" simi domni imperatoris , quantum nobis Aiaconus noster qui apud eum responsa Ecclesi» faciebat, innotuit, prona voluntas est, etconcedi hoc omnino desiderat. »
C'est la véritable raison pourquoi oe pape attendit le consentement de l'Empereur pour donner le pallium à l'évêque d'Autun , et ne l'attendit pas pour l'évêque d'Arles; que le pallium avait été donné aux prédécesseurs, et en quelque façon à l'Eglise de l'évêque d'Arles, ce qu'on ne pouvait pas dire de l'évêque d'Autun.
Concluons donc aussi que si le pallium a été donné par saint Grégoire à saint Léandre, évêque de Séville, avec la légation et le vicariat apostolique, sans demander l'agrément de l'empereur de Constantinople, c^est parce que ce n'était qu'une continuation d'un ancien bienfait. Car avant saint Grégoire le pape Sim* plicius avait accordé la même légation aposto* lique à Tévêque de Séville, et le papeHurmisde avait fait la même faveur à Salluste, évêque de la même ville.