‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 45 sur 297 · DU PALLIUH DES LATINS · texte numérisé non relu

DU PALLIUH DES LATINS

Cela 4onne un juste fondement de croire que les autres papes n'avaient pas refusé la même grâce aux autres évêques de Séville. En effet, quoique ces grâces semblassent êlre persounelles, et que chaque éyêque dût les obtenir par ses instantes prières ^ le pape néanmoins confessait en les accordant , que ce n'était qu'une continuation et une suite de l'honneur dont les évêques du même siège avaient joui , comme on a pu remarquer ci-devant, et comme saint Grégoire même témoigne dans la formule de la concession du pallium (L. x, ep. 56.) Enfin , il proteste lui-même en envoyant le pallium à Lcandre, qu'il ne fait que se conformer à l'ancienne coutume, a AntiqucB parère consuetudini (L. vu, ep. 27. ) »

De tout cela il paraît combien le docteur Flamand s'est éloigné de la vérité, dans les conjectures qu'il a tirées de cette diverse conduite de saint Grégoire pour les palliums de la France et de TËspagne. En effet, si saint Grégoire a envoyé à l'archevêque de Séville le pallium, sans en prendre avis de l'empereur^ il en a usé de même pour l'archevêque d'Arles. Sa conduite a donc été semblable pour les deux royaumes^ et on n'en peut pas tirer de conséquences contraires pour la dépendance ou l'indépendance de l'empereur.

Si ce saint pape a demandé le consentement de l'empereur pour le pallium de l'évéque d'Autun^etnon pas pour celui d'Arles, ces deux évêques étant également dépendants du roi Childebert, et également indépendants de l'empereur, il faut chercher une autre raison de cette diversité de. conduite , et celle que nous avançons est tout à fait vraisemblable. A quoi il faut ajouter que le même pape Grégoire étant pressé par l'évêque de Vienne de lui donner le pallium , il lui fit réponse qu'il n'avait trouvé dans les chartes de Rome aucun exemple du pallium donné aux précédents évêques de Vienne ; que si dans les chartes de l'Eglise de Vienne il en trouvait , qu'il l'en informât (L. vu. ep. 116.)

VIL Or, qu'il fallût employer les plus- pressantes prières pour obtenir le pallium , outre les preuves qui en ont déjà été rapportées, le pape saint Grégoire le dit fort clairement à la reine Brunebaut, l'assurant qu'on ne l'accorde qu'à ungrand mérite, et à de fortes sollicitations, c Maxime quia et prisca consuetudo obtinuit^ ut honor pallii nisi exigentibus causarum meritis , et fortiter postulanti dari non debeat. »

C'est pour cela qu'il veut que Syagrius , évêque d'Autun, en fasse lui-même la demande et la fasse faire par d'autres évêques: a Facta cum aliquantis episcopis suis petitione, etc. (L. VII, epist. 5.) » Comme si ce saint pape avait prévu, et avait tout ensemble voulu prévenir la médisance de ceux qui ont dans ces derniers siècles décrié le pallium, comme le joug d'une servitude nouvelle , artiflcieusement inventée pour asservir à Rome les métropolitains.

Au contraire, le pallium ne fut donné qu'aux instantes prières des souverains, aux poursuites des évêques, si l'on excepte et Syagrius d'Autun, et l'évêque d'Ostie^ à qui Anastase bibliothécaire dit que le pape Marc permit d'en user en consacrant les papes, et Aîglibert évêque du Mans, favori et archichapelain du roi Thierry HT, que le père le Cointe prouve avoir reçu le pallium en 685, avec la qualité d'archevê<^ue , c'est-à-dire , la préséance et la primauté entre les évêques de la province de Tours, comme Syagrius avait obtenu une pareille prééminence dans sa province avec le pallium.

Si l'on excepte donc ces trois prélats, le pallium ne fut donné hors de l'Italie , et les pays voisins, qu'aux légats du pape , c'est-à-dire, à un seul métropolitain de tout un royaume^ qui bien loin de se voir par là plus dépendant et plus limité dans ses pouvoirs, se voyait au contraire élevé à un nouveau comble de gloire et de puissance, devenant le primat et comme le patriarche de tout un royaume.

VIII. En effet nous voyons que conjointement avecle pallium, des papes donnèrent aux archevêques d'Arles, de Séville, de Canlorbéry, de Mayence, le vicariat ou la légation apostolique, qui était une participation de la puissance patriarcale du pape sur les métropolitains. Les métropolitains eux-mêmes ont recherché avec ardeur d'être aussi honorés du pallium, et encore a't-il fallu trois ou quatre siècles pour le leur rendre commun à tous. Nous avons assez parlé ailleurs des primaties ou des vicariats apostoliques de divers royaumes de l'Occident, et nous avons montré que ce n*étaitqu'à ces métropolitains qu'on envoyait le pallium.

Il est vrai que saint Grégoire et ses successeurs envoyèrent deux palliums en Angleterre, pour Canlorbéry et pour York; mais il est aussi certainque ces deux métropolitains avaient réciproquement des droits patriarcaaux, puisque le survivant faisait élire et ordonnait le suceesseur de l'autre.

92 DU SECOND ORDKE DES aERCS. — CHAPITRE CINQUANTEQUATRIÈME.

Un autre exemple du palliuin donné à de simples métropolitains , est contenu dans la lettre du papeZacharie àsainl Boni face (Epist. iv] où il donne le pallium à trois métropolitains, Grimon, Abel et Artbert. Encore peut-on dire que ces métropolitains étaient en même temps chargés des missions apostoliques, et de la conversion des gentils.

Confessons néanmoins que ce sont là les commencements de la communication du pallium à de simples métropolitains: cela n'arriva qu'au milieu du huitième siècle (An. 744.)

IX. Je ne dirai rien ici des pouvoirs extraordinaires que le pape accordait avec le pallium et le vicariat apostolique. Nous en avons assez parlé dans le chapitre des archevêques et des primats ou exarques. On peut recourir aux lettres que nous avons citées, et on peut dire en un mot que c'était une communication de l'autorité patriarcale.

Ce n'est donc pas là ce qui augmentait Tautorité du pape , ni qui diminuait celle des métropolitains ; mais Tautorilé du pape se communiquait aux métropolitains, qui en vertu de la dignité de primat dont ils étaient revêtus, pouvaient connaître m partibus^ c'est-à-dire sur les lieux , de plusieurs causes , qu'il aurait fallu sans cela porter au Saint-Siège : ce qui augmentait et affermissait la liberté des Eglises, dont les causes se jugeaient sur les lieux.

Cest donc en vain que l'on traite l'usage du pallium de servitude ; en effet, quoique les métropolitains fussent obligés de subir le jugement de Texarque , avant que de subir celui du pape , ce n'était pas une nouvelle servitude que Ton imposait aux métropolitains, puisque dès la naissance de l'Eglise ils avaient été assujétis au jugement du concile provincial ; mais c'était plutôt étendre la liberté du primat et du diocésain, et rétablir son ancienne autorité.

Enfin , pour revenir à ces épitres des papes , dont nous avons parlé ci-dessus, on ne peut remarquer dans toutes ces lettres aucun vestige qui nous indique que le pallium ait apporté aucune altération à l'autorité et aux droits des métropolitains.

Ce sont les évêques qui se sont eux-mêmes réduits à ces usages. Car c'est le concile 1 de Mâcon, tenu en 581, qui défend à l'archevêque de dire la messe sans avoir son pallium. a Ut archiepiscopus sine pallio missas dicere non praBSumat. » Il n'y avait alors que le métropolitain d'Arles qui eût le pallium^ et qui pût

porter la qualité d'archevêque : aussi ce canon ne parle qu'au singulier, et se sert du mot d'archevêque , et non pas de celui de métropolitain.

X. 11 y en a qui veulent que ce canon comprenne tous les métropolitains, et ne parle que d'un pallium qui fût commun et propre à tous les métropolitains de France, différent de celui de Rome , et qui en tirent une preuve de ce que ce canon commande l'usage du pallium à toutes les messes, au lieu que celui de Rome ne se devait porter qu'à certains jours solennels (Harca Concord., 1. vi, c. 7.) Mais ils devraient nous avoir donné quelques autres preuves de ce pallium français^ différent du romain. Car il n'en parait ailleurs aucun vestige. Ils devraient nous avoir montré que ce pallium français était propre et particulier aux métropolitains, et interdit aux autres évêques.

Pourquoi Syagrius aurait-il recherché si passionnément le pallium romain pour se distinguer des autres évêques , pouvant le iaire par le pallium français ? Comment les autres évêques de France n'auraient-ils jamais demandé ou extorqué ce pallium français? Et pourquoi ce canon se sert-il du mot [d'archevêque , qui n'était point encore donné aux métropolitains?

Quant à la limitation de certains jours solennels, .on ne la trouvera point dans les lettres des papes Symmaque, Vigile, Pelage, qui ont envoyé le pallium aux archevêques d'Arles , et c'est peut-être le sens et le dessein de ce canon de leur prescrire l'usage ordinaire du pallium à la messe , parce qu'ils n'ignoraient pas que l'usage en était limité pour d'autres à des jours extraordinaires.

Il est vrai que saint Grégoire limita Tusage du pallium à la messe et dans l'église , en l'accordant à l'évêque d'Arles, mais ce ne fut que quelques années après ce concile de Hâcon. Enfin, quand cette supposition serait véritable, il faudrait après cela n'être plus surpris, si lorsque les métropolitains de France ont poursuivi et enfin obtenu le pallium romain , la même limitation qu'ils avaient eux-mêmes établie pour le pallium français, est demeurée de ne point faire de fonctions pontificales sans le pallium.

Fortunat parle bien du pallium orné de croix de l'évêque de Tours : a Pallianam meruit, «unt quse cruce textile pulchra (L. ii. c. 3) ; » mais il ne dit pas que ce pallium fût propre aux métropoliiains.

DU PÂLLIUM DE TÉGLISE LATINE.

Page 1