XI. La forme du pallium
L Tous les métropolitains de France obtinrent enfin du pape Zacharie que le pallium leur fui communiqué en Tan 1A% et ils résolurent dans un concile, où saint Boniface présida, de le demander, et de promettre en même temps une obéissance exacte aux ordres du Siège apostolique.
Voici les termes de la lettre de Boniface écrite en Angleterre, a Decrevimus in nostro synodali conventu, etc. Sancto Petro et vicario ejus velle subjici, synodum per omnes annos oongregare, metropolitanos pallia ab illa sede quserere^ et per omnia,praecepta Pétri canonice sequi desiderare. d Et un peu plus bas : a Unusquisque episcopus si quid in sua diœcesi emendare nequiverit, itidem in synodocoram archiepiscopo et palam omnibus ad corrigendum insiauet^ etc. Omnesepiscopidebentmetropolitano, et ipse Romano poniiflci, siquid de corrigendis popuUs apud eos impossibileest, notumfacere,
et sic alieni fient a sanguine animarum perditarum (Epist. cv). »
On tire de ces termes une conséquence infaillible, qui est, que le nom d'archevêque et le pallium fut alors communiqué à tous les métropolitains. On ne peut pas dire que le vicariat du Saint-Siège^ qui avait jusqu'alors accompagné le pallium, leur fut aussi communiqué, mais avec le pallium on leur donna une partie de cette puissance primatiale, en tant qu'on les exeiApta de la sujétion du vicaire apostolique^ et on les fit immédiatement relever du pape. Aussi avons-nous vu que par cette raison les archevêques d'Arles ont dominé durant plus d'un siècle sur tous les métropolitains de la couronne de France.
Les rois trouvaient leur compte dans rétablissement de cette nouvelle dignité, qui arrêtait dans leur royaume un grand nombre de causes qu'il eût fallu porter à Rome, et qui donnait à la France comme un patriarche propre^ et un concile national. Hais si les rois et les archevêques d'Arles y trouvaient leur avantage, et employaient pour cela tant de pressantes instances, comme nous avons vu, les métropolitains qui devenaient les sujets d'un de leurs égaux et de leurs confrères n'en étaient pas vraisemblablement fort satisfaits.
Les longues et sanglantes guerres durant la décadence de la maison du grand Clovis ayant non -seulement éteint le vicariat apostolique^ ou l'exarchat d'Arles, mais aussi presque détruit l'épiscopat du royaume ; saint Boniface, qui avait été envoyé en France pour y rétablir la discipline, donna une autre forme à l'épiscopat, en l'exemptant de ces vicaires apostoliques, ou primats et déclarant tous les métropolitains primats en ce sens véritable, qu'ils ne relèvent d'aucun autre primat, comme nou9 l'avons déclaré ci-dessus.
IL Voilà les raisons et les motifs du cbangement qui se fit alors dans la police ecclésiastique de la Franco, par la communication du
94 DU SECOND ORDRE DES CLERCS* — CHAPITRE CINQUANTEpaNQUIÈME.
nom d*archevëque et du pallium à tous les métropolitains. AiDsi ce ne peut être qu'un raisonnement plus hardi que solide, de dire que Boniface força les métropolitains de France de quitter leur pallium français^ et de demander celui de Rome, pour les engager par ce nouyeau lien à une nouTelle servitude envers le pape, à qui ils commençaient de taire un nouveau serment d'obéissance en recevant le pallium.
En effet, les Français ayant résolu de demander au pape Zacbarie trois palliums, pour les métropolitains de Rouen, de Reims et de Sens, tardèrent de faire cette demande, comme s'ils eussent pressenti les chaînes où ils s'engageaient; le pape témoigna être surpris de ce retardement, et Boniface ne sut quelles excuses lui en faire.
a De eo quod jam prseterito tempore de archiepîscopis et de palliis a Romana Sede petendisjuxtapromissa Francorum, sanctitati veslrse notum fed, indulgentiam Sedis apostolicsB flagito: quia quod promiserunl, tardantes non impleverunt, et yentilatur, et quid inde perflcei?e velint, ignoratur. »
III. Ce ne sont là que des imaginations mal fondées. En effet, comment Boniface seul, à qui le pa|»e n'avait éottné aucun pouvoir sur les év&{ues de France, pouvait-il forcer les év^uies de France à une chose si désavantageuse? Comment pouvait-il lui seul ou forcer, oufiédiiire un synode national, et où les princes et les grandsseigneurs s'assemblaient en même temps et dans la même ville avec les évêques? a Deerevimus in nostro synodali conventu, etc. (Bonifac, epist. cv). » Comment pouvait-il forcer les rois et les princes de France de consentir à ce nouvel asservissement de leurs évêques ? Mais comment les princes étaient- ils si aveuglés dans leurs intérêts, et pour le dire ainsi, si fort enchantés, qu'ils employassent les prières vers Boniface, et lui donnassent un prompt secours pour déshonorer leur Etat? « Synodum congregandam et bortandamj'ussu pontiflcis Romani et rogatu principum Francorum et Gallorum sub spe restaurandae legis Cbrisii suscepi. » Comment le prince et duc des Français Carloman aurait-il établi luimême Boniface archevêque sur tous les évêques de Germanie? a Ordinavimus per civitates episoopos, eA consliluimus super eos archiepiscopum Bonifacium, qui est missus sancti Pétri ^nc. Uptin., c. i). Comineiit la même
Carloman aurait-il lui-même prié Boniface de venir tenir un synode en France, où il n'avait nulle juridiction, puisque le pape ne lui avait commis que la Germanie ? Le pape Zacbarie consentit à cette prière et permit à Boniface de tenir ce concile en France, n'ayant jamais eala pensée de l'envoyer pour cela.
Voici ce qu'il écrit à Boniface. « De eo quod nobis intimasti, quod te Carlomannus fliius noster ad se rogavit accedere, ut in urbe regni Francorum, in sua ditioneconstituta, synodum celebrare debeas, et hoc libenter concedimus et fleri prœcipimus (Epist. i). i>
Ce pape prescrit ensuite à Boniface ce qu'il doit traiter dans ce concile, mais il n'y paraît pas la moindre trace de ces artificieux desseins d'accrottre sa domination.
IV. Mais il faut apprendre de la lettre même de Boniface à ce pape, Fétat déplorable de l'Eglise de France en ce temps, pour y découvrir les véritables raisons qui portèrent ce saint archevêque à y faire les règlements qu'on /Ifiche de noircir. Il assure que depuis soixante ou soixante et dix ans la discipline ecclésiastique était foulée aux pieds et comme anéantie dans la France; que depuis plus de quatrevingts ans on n'y avait point tenu de concile, et on n'y avait point vu d*archevêque; que les évêchés avaient été donnés à des laïques, ou à des ecclésiastiques coupables des impuretés les plus criminelles, et d'une vie toute séculière.
a Carlomannus, aux Francorum synodum tne rogavit congregare, et promisit se de ecclesiastica religione, qusB jam longo tempore, id est, non minus quam per sexfl^inta vel septuaginta annos calcala et dissipata fuit, aliquid corrigere et emendare velle. Franci enim, ut seniores dicunt, plusquam per tempus ocloginta annorum synodum non fecerunt; nec arcbiepiscopum , habuerant , nec Ecclesiae canonica jura alicubi fundabant vel renovabant. Modo autem maximaex parte per civitates episcopales sedes tradilœ suAt laicis ad possidendum, vel adulteratis clericis, scortatoribus, et publicanis sa^culariter ad perfruendum. »
Voilà la peinture effroyable, et le funeste état de l'Eglise de France en ce temps4à. Carloman voulut remédier à ces désordres : il demanda secours à Boniface, et jugea avec lui qu'il fallait commencer par rétablir les conciles et les archevêques, ou les métropolitains.
Quand Bonifaoe dit que depuis quatre-vingts