‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 48 sur 297 · DU PALLIUM DE L'ÉGLISE LATINE · texte numérisé non relu

DU PALLIUM DE L'ÉGLISE LATINE

ans la France n'avait point eu d'archevêque^ «necarchiepiscopumhabuerunt, i» on pourrait croire, avec quelque fondement, qu'il entend parler de Textinction du vicariat apostolique de révêque d'Arles^ qui était le seul archevêque en France, comme légal et vicaire du Siège apostolique. Ainsi pour rétablir l'Eglise dans son premier état, puisque la ruine de ce vicariat avait été suivie de la ruine entière de la discipline de l'Eglise^ il fallait ou demander un autre archevêque, légat et vicaire du pape, ou renouveler le plus ancien usage , que chaque métropolitain ressortissait immédiatement du pape.

Il semble que les Français aimèrent mieux^ ati moins après la mort du légat Boniface, rentrer dans leur ancienne police^ qui ne mettait rien entre le pape et les métropolitains. Ainsi chaque métropolitain devenait primat en sa manière par son exemption de tout autre primat que du pape. Le pallium était une marque fort convenable de cette nouvelle exemption, qui pouvait porter le nom de primalie.

Voilà ce qui fit résoudre les évêques du concile à demander au pape des palliums pour tous les métropolitains. Ils n'en avaient peutêtre d'abord demandé que pour trois, mais après ils jugèrent plus à propos de les égaler tous, a Metropolitanis pallia ab illa sede quserere. » Et c'est peut-être ce changement de résolution qui flt le retardement dont le pape et Boniface furent en peine.

Le pallium étant accordé à tous les métropolitains, ils entraient tous dans Tobligation commune d'avertir le pape de tous les désordres qu'ils ne pourraient pas corriger, ce qui faisait aiiparavant un des devoirs particuliers de Tarchevèque d^Arles, auquel les métropolitains recouraient dans leur impuissance, et lui au pape. Et c'est ce que disait Boniface cidessus: (rOmnes epiM^opi debent metropolitano, et ipse R<miano pontiflci si quid de corrigendis populis apud eos impossibile est^ notum facere (Epist. x).B

V. Or que les évêques et les métropolitains de France considérassent comme un point important de leurs libertés, de ne plus souffrir de primat ou de métropolitain entre les autres métropolitains et le pape ; c'est ce que nous justifierons dans la suite. Nous ferons même voir une résistance vigoureuse et invincible de la part de ces évoques à toutes les tentatives

que les papes et nos rois ont fait de temps en temps pour établir de nouveaux primats ou vicaires apostoliques dans ce royaume.

Les évêques de France pouvaient encore considérer dans cette rencontre l'exemple de l'Eglise anglicane, où il n'y avait que deux archevêques ou métropolitains également honorés du pallium^ et également dépendants ou indépendants l'un de l'autre. Ils pouvaient se ressouvenir que saint Grégoire pape donnait le pallium aux métropolitains, dont il était le consécrateur ordinaire : de Rcivenne, de Milan, de Salone, de Palerme, de Syracuse, de Cagliari, quoiqu'ils fussent de simples métropolitains, sans primatie et sans vicai:iat apostolique. Enfin, Anastase bibliothécaire dit que Grégoire III, prédécesseur de Zacharie, donna le pallium à Tévêque de Vienne Vilicarîus, et le fit archevêque : a Pallio dato archiepiscopum constituit. d Cet archevêque demeura ce qu'il était, un simple métropolitain.

VI. Quant à la suggestion que Boniface fit promettre au Siège apostolique, il est ridicule d'en prendre le moindre ombrage. Car ce fut tout le concile, ce furent tous les évêques, et non pas les métropolitains seuls qui promirent cette soumission, a In nostro synodali conventuconfessi sumus fldem catholicam, et unitatem et subjectionem RomansB EcclesiTC flne tenus servare, sancto Petro et vicario ejus velle subjici. »

Cela est commun à tous les laïques, à tous les ecclésiastiques^ à tous les évêques, en tous lieux et en tout temps. Il n'y a rien là qui ait un rapport particulier aux métropolitains ou au pallium, ou aux nouvelles obligations que le pallium leur impose. Et quelle est l'Eglise, qui est l'archevêque ou le métropolitain qui ne se reconnaisse soumis au pape comme au vicaire de J.-C? Les patriarches de rOricnt ne pouvaient pas et ne prétendaient pas même être exempts de cette suggestion au chef visible de FEglise, dont ils sont les membres.

VU. Si après cela on ajoute : « Melropolilanis pallia ab illa sede quserere, prtecepta sancti Pétri canonice sequi : » c'est plutôt un nouvel avantage et une nouvelle liberté, qu'une servitude qu'on procure aux métropolitains. On leur donne à tous ce que les rois n'avaient pu obtenir durant cent ou deux cents ans, que pour le seul archevêque d'Arles, et pour un évêque d'Autun;et on les affranchit de la sujétion que leurs prédécesseurs avaient eue à l'archevêque

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d'Arles. Si on ajoute qu^afirès cela ils obéiront canoniquement aux ordres du Saint-Siège, il est yrai que c'est une suite du pallium , mais est-ce une servitude nouTelle?n'e6trce pas plutôt une loi qui est née avec TEglise , et qui est le fondement solide de toute la discipline de TEglise, que les inférieurs doivent obéir à leurs supérieurs, et que tous les hommes doivent être soumis aux puissances que Dieu a mises sur leurs têtes ? Il est toujours sous-entendu que les commandements des supérieurs seront conformes aux lois et à l'équité , mais ce concile^ pour dissiper tous les ombrages qu'on en pourrait prendre^ remarque en termes formels que cette obéissance des métropolitains au pape est réglée par les canons. « Praecepta sancti Pétri canonice sequi. d Et le pape Zacharie ne protestait'il pas lui-même, que les ordonnances du Siège apostolique sont toujours conformes aux canons? aNec enim ab hac apostolica Sede illa diriguntur, quœ contraria esse Patrum, sive canonum statutis inveniantur (Epist. i^ ad

Bonifac). b

Cette obéissance aux canons , et aux ordonnances canoniques des papes, peut-elle être appelée une nouvelle servitude ? N'est-elle pas plutôt le fondement invariable de la véritable liberté , aussi bien que de toute la discipline sainte et divine de FEglise ? Les fidèles , en obéissant à leurs pasteurs , les ecclésiastiques à leurs évêques» les évoques à leur métropolitain, donnent-ils en cela des témoignages d'une triste servitude? N'est-ce pas la véritable et l'unique liberté d'obéir aux lois, et à ceux qui commandent selon les lois ? Et si Ton brise ces sacrés liens, ne retombe-t-on pas dans une effroyable confusioUi et dans une pitoyable servitude î

VlII. On ne pouvait pas donner le pallium à tous les métropolitains, sans les obliger à une observation exacte des canons et des décrets , puisque cette obligation avait été imposée par les souverains pontifes à tous les archevêques d'Arles^ et à tous ceux à qui le pallium avait été envoyé. Qu'on lise toutes les lettres des papes adressées aux métropolitains, à qui ils envoyaient le pallium avec leur légation ou vicariat apostolique, on y trouvera partout une obligation plus étroite d'observer et de faire observer les canons , et d'entretenir une plus grande correspondance avec les papes, pour les avertir de toutes les infractions des canons^ auxquelles ils n'auront pu remédier. Cepen-

dant cette obligation nouvelle n'avait pas empêché les rois et les métropolitains, je dirai les empereurs mêmes, de rechercher avec instance le pallium et ces légations qui raccompagnaient.

DL. Si Ton fait consister la prétendue servitude dans le jurement, qu'on a depuis exigé des métropolitains dans la réception du pajlium , on pourrait dire que si le jurement est nouveau , l'obligation en est aussi ancienne qu'indispensable, d'obéir aux estons et aux ordres d'une autorité supérieure , divinement établie. Les nouvelles n^ladies ne nous forcent-elles pas tous les jours de recourir à de nouveaux remèdes ? Et quelle plus étrange maladie que celle d'une Eglise, où depuis quatre-vingts ans ou environ , toute la discipline canonique était renversée ? On n'assemsemblait plus de synodes , on ne créait plus de métropolitains , tous les évêchés étaient abandonnés à des laïques, ou à d'infâmes adultères. Cette maladie n'était-elle pas assez nouvelle et assez grande pour y apporter quelque remède nouveau ? Et quet remède plus propre à tant de plaies mortelles dans la discipline de l'Eglise , que de lier par de nouvdUes chaînes les métropolitains à l'exécution des canons, et à la correspondance avec le pontife du siège de Pierre, qui est le conservateur de la discipline de l'Eglise et l'exécuteur des canons?

X. Il faut se ressouvenir que le pallium n'est pas un ornement profane pour éblouir les yeux et pour flatter la vanité des prélats ambitieuK4 C'est un habit éclatant, qui avertit et qui engage ceux qui le portent de s'élever encore plus au-dessus des autres prélats, par Téclat de leur vertu , et par une grandeur de courte vraiment royale, à maintenir inviolablemeat les lois saintes de l'Eglise.

Saint Grégoire pape menaçait (L. i, ep. ^iv, XV) révêque de Salone de lui ôler le gallium s'il ne réparait une laute qu'il avai(. commise, après quoi il lui faisait craindre Tcxcommuoication. 11 écrivait à l'évëque de Ravenne^ qui s'opiniâtrait à porter le pallium hors du temps de la messe, et par les rues de la ville, que rhumilité est ce qui orne le plus les évêques : a Decorari pallio volumus, forsitan moribus indecori,dum nihilin episcopali cervice splendidius fulget, quam humilitas (L. ii, ep. liv).» Il mandait à l'évëque de Milan , que l'humilité et l'obéissance étaient comme le génie et Tâmo

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