‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 53 sur 297 · DU PALLIUM DES LATINS ET DES GRECS · texte numérisé non relu

DU PALLIUM DES LATINS ET DES GRECS

nous Vavons montré dans la partie précédente de cet ouvrage, il est certain qu'en raccordant aux métropolitains^ on a pu leur en limilerTusage à certains jours ; au lieu que les patriarches n'y observaient aucunes limites. Mais on ne met point de semblables bornes à un pouvoir qui est comme naturel et ordinaire.

Lorsque les métropolitains, dont il est parlé dans le VIII'' concile, avaient été ordonnés par les évêques de leur province, avaient-ils reçu le pallium dans leur ordination? s'ils l'avaient reçu, pourquoi en fallait-il recevoir encore un autre du patriarche, comme une marque de leur confirmation? Et comment les eût-on confirmés^ en leur donnant ce qu'ils avaient déjà? Si ces métropolitains ne recelaient point de pallium en recevant l'ordination des évêques de leur province , comment peut-on se persuader que le pallium fût donné aux évêques^ et ne fût pas donné aux métropolitains au temps de leur consécration ?

HT. Il est difficile que Luitprand se soit trompé, étant aussi savant qu'il était^ et ayant été témoin oculaire de ce qui se passait dans la Grèce, quand il a écrit que le patriarche Théophylace de Constantinople obtint du pape la permission pour lui et pour ses successeurs, de porterie pallium sans attendre la permission des pontifes romains, d'où s'introduisit une nouvelle coutume, que tous les évêques d'Orient usèrent enfin du pallium. a Tum ipse tum successores ejus absque paparum permissu palliis uterentur. Ex quo turpi commercio mos inolevit, ut non solum patriarchae^ sed etiam episcopi totius Graeciae palliis uterentur (An. 935, apud Baron.), d Le pallium n'avait donc point été commun jusqu'alors à tous les évêques.

IV. Saint Grégoire le Grand réprima Tambition de l'archevêque de Ravenne, qui portait le pallii m même hors de l'église aux jours des litanies et des processions publiques^ en lui opposant la pratique générale des métropolitains de rOrient, et de ceux même qui avaient trente et quarante évêques sous leur juridiction, a Qui sub se etiam tricenos et quadragenos episcopos babent (L. iv, epist. xv).

Ce grand pape ne parle que des métropolitains, et il ne refuse pas de se conformer quant à Tusage du pallium aux pratiques reçues dans l'Eglise grecque. Ce même pape envoya le pallium aux métro|)olitains de la Grèce qui relevaient de son patriarcat, comme à ceux de

la première Juslinienne, de Corinthe, de Nicopolis , de la même manière qu'il l'envoyait à ceux d'Occident (L. iv, epist. lv, lvi; 1. v, ep. vu).

Si les autres métropolitains et si les évêques du reste de l'empire oriental n'eussent pas été assujétis à une discipline semblable, ceux du ressort du patriarche d'Occident eussent eu bien de la peine à se soumettre à ces servitudes extraordinaires.

Comment les évêques grecs du ressort du pape eussent- ils souffert d'être absolument privés d'un ornement qu'on recherchait avec tant de chaleur , s'ils eussent vu tous les autres évêques grecs jouir universellement de cette faveur? Comment les papes eussent-ils été si réservés à accorder le pallium aux seuls métropolitains, si les moindres évêques grecs en eussent eu l'usage libre? Comment eussentils choisi un ornement commun à tous les évêques grecs, pour distinguer les archevêques occidentaux qu'ils voulaient honorer de la charge de vicaire et de légat du Siège Apostolique? Enfin, eût-il fallu faire intervenir toute la puissance et la faveur impériale pour faire donner le pallium à quelques archevêques privilégiés de rOccident, s'il eût été accoiHé indifféremment à tous les évêques grecs?

V. Il y a donc beaucoup d'apparence, 1* Que les Grecs eurent aussi bien que les Latins, dès les premiers siècles, un pallium, ou une chape épiscopale, qui distinguait les évêques des prêtres, ou par sa forme, ou par sa somptuosité ; et que c'est de ce pallium commun qu'on doit expliquer les passages qu'on allègue : c'est ce qui est appelé «ixoipoptov , superhumerale ; c'est ce que Balsamon dislingue nettement du polystaurion qu'il appelle iraivoXioc iroXu<rrau{>t<i>>v , donnant à l'un et à l'autre séparément des significations mystérieuses, et voulant que le polystaurion figure la gloire et le triomphe de la croix.

2* Que le pallium orné de croix, qui n'était qu'une bande en façon de collier, qui se mettait par-dessus la chape ordinaire des évêques, et qui était une imitation de ces bandes, lora segmenta^ dont les empereurs s'ornaient euxmêmes, et dont Constantin fait part au pape dans sa prétendue donation ; que ce pallium, disje, ne fut d'abord accordé qu'au pape et aux patriarches, et dans la suite du temps aux plus illustres d'entre les métropolitains, et à ceux que le pape honorait de la commission de

DU SECOND ORDRE DES CLERCS. — CHAPITRE CINQUANTE-SlXIÉaiE.

légat et de vicaire apostolique, tant en Orient qu'en Occident : avec cette différence, que le pape et les patriarches usaientcontinuellement da pallium, sans aucunes limites ni de jours, ni du temps, au lieu que les métropolitains n'en avaientqu'un usage fort limité. Balsamon, dans l'endroit que je \iensde citer (Balsam., in Jure Orient., tom. i, p. 447], veut que les patriarches portent toutes les marques de leur dignité, quelque part qu'ils se trouvent hors de leur patriarcat, même à Constantinople, comme ne faisant tous qu'un seul chef de FEglise.

3^ Que depuis que le pallium orné de croix fut devenu commun à tous les métropolitains, et que les évéques mêmes en impétrèrent quelquefois l'usage dans l'Occident et Toussent tous emporté sans la vigoureuse résistance des papes, comme nous allons dire, les évêques grecs se donnèrent tous la liberté d'en user, et en extorquèrent une permission forcée du pape, ou firent semblant de Tavoir obtenue.

Avec cette distinction on peut accorder toutes les autorités qui semblent d'abord se détruire les unes les autres.

Les preuves que je viens d'avancer paraissent avoir plus de poids que celles qui ont été alléguées ci-devant pour Topinion contraire. J'ai tâché dans la préface de justifier ce balancement, et cette manière flottante de traiter quelques matières qui sont extraordinairement embrouillées. 11 est souvent plus à propos de suspendre que de hâter son jugement.

VI. Lorsque les Latins eurent conquis l'empire oriental au temps d'Innocent Ili, ce pape ordonna, dans le concile de Latran IV, que les patriarches orientaux recevraient le pallium du pape et le donneraient après cela à leurs suffragants. t Postquam a Romano pontifice receperint pallium, licenteretipsi suissuffraganeis largianlur. » C'est-à-dire que les victorieux établirent dans l'Orient la police des Eglises occidentales sur ce point important pour faire remarquer la subordination et la correspondance de tous les membres à leur Chef. Auparavant les patriarches grecs ne recevaient le pallium que de leurs consécrateurs^ ou ils ne le recevaient que de l'empereur.

Libérat dit que l'ancienne coutume d'Alexandrie était que le nouveau patriarche mettait sur son col le pallium de saint Marc, après avoir achevé les funérailles de son prédéces-

seur, et prenait aussitftt possession de son trône : a accipere coUosuo beati Marci pallium, et sic sedere ; » qu'Anthime ayant été déposé par le pape Agapet, rendit son pallium aux empereurs et se retira, a vidons se sede pulsum pallium imperatoribus reddîdit et discessit (Cap. xxi). » Il est vraisemblable qu'il le remit entre les mains de ceux de qui il l'avait reçu (L. I, epist. 37).

Saint Grégoire pria Tempereur de souffrir qu'Anastase, patriarche d'Antioche , vînt taire son séjour à Rome, en lui laissant l'usage du pallium, puisqu'il ne voulait pas lui laisser la liberté de résider dans Antioche. a Concesso usu pallii, etc. » Et tant d'autres exemples rapportés ci-dessus, où il a paru que dans l'Occident même les papes ne donnaient le pallium qu'avec l'agrément , et avec dépendance des empereurs.

C'était donc plutôt une libéralité des empereurs que des papes dans l'Orient.

VU. Il faut néanmoins demeurer d'accord que si le pallium a été reçu de la main des empereurs dans les temps où plusieurs habits du sacerdoce n'étaient pas encore bien distingués des habillements communs, il y a eu nonseulement de la bienséance, mais aussi de la nécessité que lorsque ces habillements sont devenus sacrés et purement ecclésiastiques, la distribution en ait été faite par le pape et par les patriarches plutôt que par les empereurs.

Au reste si les prélats considèrent que les papes et les rois sont les vicaires de J.-C. sur la terre, les uns pour les choses ecclésiastiques, les autres pour les temporelles, ils tiendront bien autant à honneur de recevoir ces marques d'honneur et cette investiture du souverain pontificat, de la main du pape, que de celle des souverains de la terre.

VIII. On a avancé que ce fut le concile Vm, général, tenu à Constantinople en 869 (C. xvn), qui imposa une nécessité odieuse aux métropolitains de demander le pallium au pape, et de promettre en même temps une soumission et une obéissance au Siège Apostolique, dont on n'avait point parlé dans les siècles précédents.

Hais 1* le canon de ce concile qui a été rapporté ci-dessus, n'ordonne point aux métropolitains de demander le pallium, mais seulement que les métropolitains se rendront au concile du patriarche, duquel ils reçoivent leur confirmation en recevant le pallium , ou bien

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