‹ Ancienne & nouvelle discipline de l'EgliseChapitre 55 sur 297 · DU PÀLLIUM DES UTINS ET DES GREC · texte numérisé non relu

DU PÀLLIUM DES UTINS ET DES GREC

Ou*il n'avait demandé le pallinm que comme l'ornement propre des métropolitains, et non pas pour en tirer gloire : a Non enim usum pallii esse meae dignitatis puto, sed genii sedis metropolis esse cognosco. b Que si le pallium le met au-dessus des autres évéques de sa province , cette élévation n'est pas celle de la vertu, qui nous approche le plus de Dieu, « et si excelientiorem caeteris Remorum provinciae sedibus metropolim sedem pallii usus demonstrat in oculis bominum ; non tamen migorem me facit in oculis Domini. »

Il 7 a pourtant quelque sujet de se défler de la sincérité de Hincmar dans cette réponse, puisque Flodoard nous apprend qu'il avait autrefois employé l'autojité de l'empereur Lotbaire, pour obtenir du pape Léon IV la liberté d'user tous les jours du pallium. Ce que ce pape lui accorda en l'assurant qu'aucun archevêque n'avait obtenu, ni n'obtiendrait jamais une pareille grâce.

aPer interventionem Lotbarii imperatoris pallium ad quotidianum suscepit usum a quarto Leone papa, a quo jam aliud perceperat in deflignatis sibi solemnitatibus débite fruendum. Quem quotidianum pallii usum nuUi unquam archiepiscopo se concessis^e, vel deinceps concessurum esse idem papa in epistola tune ad eum directa testatur (Flodoard., 1. m, c. x). o

C'est peut-être la concession extraordinaire de ce pallium pour tous les jours que le pape Nicolas désapprouvait, ou même il la révoquait en doute.

XI. Si un métropolitain avait tâché de participer au singulier privilège des patriarches, de porter le pallium tous les jours ; les évéques se crurent d'autant mieux fondés à demander la communication du pallium des métropolitains, que leur demande n'était pas sans exemple.

Foulques^ archevêque de Reims^ ne laissa pas de s'en plaindre dans ses lettres au pape Forjnose, lui découvrant la secrète ambition des évéques^ qui ne tendaient qu'à s'exempter de la juridiction des métropolitains, c'est-à-dire au renversement général de la discipline de l'Eglise , et le conj urant de ne rien accorder d'extraordinaire, sans le consentement général des métropolitains, qui se sont si justement intéressés dans cette cause.

a Subnectit de quibusdam episcopis Galliarum, qui sibi pallium indebite a Romana poscebant sede , metropolitanos suos tali spernentes tenore ; asserens quod res eadem , nlsi

prudenti prœcauta foret soUicitudlne, confusionem non mediocrem generaret Ecclesise, magnumqùe charitati dispendium valeret inferre. Unde tara se, quam omnem precari dicit Ecclesiam, ne cito alicujus irrationabili petitioni, sine generali assensu et litteris consentiat. Ne per hoc ecclesiasticae dignitatis honor vilescere incipiat, si res indebita, quae temere affectatur, inconsulte tradatur. (Flodoard, 1. m,

Enfin, ce même archevêque Foulques fit intervenir le crédit de l'empereur Charles le Gros, pour obtenir du pape le pallium^ avec la confirmation de tous les droits et de tous les avantages de la métropole de Reims, a Scripsit et ad eumdem imperatorem pro percipiendo a Sede Romana pallio, roborandisque datis olim a Romanis Pontificibus Ecclesioe Remensi privilegiis (L. m, c. v). »

Le roi Carloman, fils de Louis, roi de Germanie, obtint du pape Jean VIII le pallium pour l'archevêque Théomar. « Pallium vestra petitione inclinati, consuetudinaliter dirigentes Theomaro archiepiscopo. (Joan., vin, Ep. lxiii). l'empereur Othon s'employa sans doute pour faire donner le pallium au saint archevêque de Cologne, auquel il écrivit en ces termes après son élection : a Otho imp. Aug. Hereberto archilogotbetae gratiam et Coloniam, et pallii cubitum unum, 9 où il fait allusion à la qualité d'archichancelier, qui est attachée au siège épiscopal de Cologne et à la figure du pallium (Surius, in ejus vita, Hart. die 46, c. vu). Saint Bruno, évêque de Cologne, obtint aussi le pallium avec cette singulière prérogative, d'en user autant de fois qu'il le jugerait à propos.

Voici comme en parle l'auteur de sa vie : c Legatus Roma rediit, portans sacrum habitum, ab universali Pontifice missum, prœtendentem jugum Domini suave, et onus ejus levé, et ipsum, quod sub eo dispensatur, humile ministerium, quod verba Domini testantur , dicentis , Qui major est veslrum , erît minister vester, et privilegium apostolicœ sublimitalis autoritate tradilum; quod et eodem pallio prœter consuetudinem sacerdos Domini, quoties vellet, indui permissus, etc. (Àpud Surium, die 2. Octobr., c. vu). »

Enfin, saint Dunstan, archevêque deCantorbéry, alla lui-même demander le pallium à Rome, et le pape le lui donna comme une transfusion de l'autorité apostolique , en le faisant légat du Saint-Siège en Angleterre : aSlola

Apostolus pro qua venerat, decentissime illum decoravit. Sicque delegata eî legalîone ApostolicœSedis, élu. (Apud Surium, die i9Maii, c. xxix). »

Théodulphe, évêque d'Orléans, fut envoyé par l'empereur, Louis le Débonnaire, au-devant du pape Etienne avec les archevêques de Cologne et d'Arles. Ce fut là probablement où il fut honoré du pallimn par ce pape, comme il le témoigne lui-même dans ses vers :

Solins illad opns Romani prssiilis extat^ CujaB ego accepi palUa sancta mana.

(L. lY. Car. 5.)

Ce fut en suite de ce privilège que Théodulphe fut appelé archevêque dans plusieurs chartes de l'empereur Louis le Débonnaire (Le Cointe, anno 816^ n.20).

J'ai déjà dit ci-dessus en parlant des pouvoirs du métropolitain, que Galon , évêque de Hetz, fut le cinquième prélat de cette Eglise^ qui obtint le pallium du Saint-Siège. Urbicius avait été le premier; Crodegangus, fils de la sœur du roi Pépin , le second; le troisij^me Angilram; Drogon^ fils de Charlemagne. C'était ce qui faisait prendre la qualité d'archevêque à ces évêques de Hetz ( Spicileg., tom. xn, pag. 215.) Bertolphe, archevêque de Trêves, s'emporta contre Galon et Tobligea enfin de se priver de l'usage du pallium. En quoi il nous donne lieu de croire que ses prédécesseurs n'avaient pas été trop satisfaits de voir leurs suffragants user du pallium^ mais ils avaient cédé à la nécessité et à Fautorité des princes.

De tous ces exemples on conclura sans peine qn'il n'y a pas la moindre apparence du monde que le YIII* concile général ait imposé une nouvelle loi aux métropolitains de demander le pallium^ et de faire en même temps profession par écrit d'une nouvelle soumission au Saint-Siège*

1® Si les empereurs el les rois s'employaient depuis longtemps pour faire donner le pallium aux métropolitains, comment peut-on se figurer que le Vlll* concile ait imposé cette nouvelle nécessité aux métropolitains ?

^ Si les empereurs et les souverains ont continué après le même concile de faire les mêmes offices aux métropolitains auprès du Saint- Siège, comme nous venons de le justifier^ ce n'était donc pas une fâcheuse nécessité à laquelle on les eût asservis.

3" C'étaient les métropolitains mêmes qui interposaient les sollicitations des rois et des empereurs pour faire réussir leurs poursuites. Comment se persuadera-t-on donc que la contrainte et la servitude étaient attachées au pallium ?

^''Les papes se seraient-ils rendus si difficiles à accorder le pallium, au point qu'il fallût que les princes interposassent leur autorité^ si ce huitième concile général avait prescrit aux métropolitains de le demander ?

S"" Les souverains eussent-ils poursuivi avec tant d'ardeur un ornement qui attachait les évêques de leurs Etats au pape par des liens et des asservissements nouveaux? Les métropolitains auraient-ils achevé la servitude avec tant de brigues et tant de poursuites ?

6^ Les métropolitains ne se contentaient pas des avantages ordinaires du pallium : ils tâchaient de se distinguer de leurs propres confrères^ par l'usage ordinaire de ce collier sacré. Il s'en fallait donc beaucoup qu'ils ne le regardassent comme la marque de leur asservissement.

7"" Les évêques mêmes faisaient leurs efforts pour avoir part à un honneur si recherché.

8^ Les papes, en accordant tant de fois le pallium^ n'ont jamais exigé cette nouvelle profession.

9* Le savant Hincmar avait assez de courage et assez d'adresse pour s'opposer à celte innovation, s'il s'en fût aperçu^ et il s'en fût infailliblement aperçu , s'il y eût eu quelque fondement de le croire.

XII. Finissons cette matière par ces deux réflexions^ dont l'une regarde la forme, et l'autre les libertés du pallium. L'empereur Othon souhaitait à un saint archevêque une coudée du pallium, pallii cubitum unum : parce que C6 n'était pas le manteau impérial tout entier qu'on envoyait, mais une partie seulement, composée de bandes et de croix, qu'on appliquait sur le pallium^ ou sur la chasuble ordinaire.

Le livre d'Alcuin ou attribué à Alcuin, des divins offices, nous donne la même idée du pallium; il le compare à la lame d'or qui pendait sur le front du grand prêtre de la synagogue, et qui s'appliquait sur sa mitre, c Pallium archiepiscoporum super omniaindumenta est, ut lamina in fronte pontificis. d II dit que c'est comme un collier semblable à celui dont on honorait autrefois ceux qui avaient rem-

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