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CHAPITRE VI

La phl6botomie monastique

L 'USAGE de la saignSe prophylactique fut, on le salt, suivi anciennement par beaucoup de personnes tant religieuses que lai'ques et, parmi ces dernieres, particulierement, semble.-t-il, par les gens appartenant aux classes sociales elevees. Mon intention est d'etudier ledit usage uniquement dans les cloitres en recherchant sjiivant quelles regies, dans quelle mesure et dans quelles conditions il y fut observe.

Les documents qui nous eclairent le mieux sur ces divers points sont les coutumiers, ou recueils de coutumes des monasteres. Les regies proprement dites ne contiennent guere que des generalit^s sur les observances religieuses ; les coutumiers au contraire nous initient au detail des observances de la vie courante des cloitres. La grande regie monastique de 1'Occident, celle de S. Benoit, est muette sur la phlebotomie, mais les coutumiers du moyen age, benedictins et autres, en reglementent 1'usage, quelques-uns d'une maniere assez detaillee. G'est done a cette source que nous puiserons le plus abondamment.

Quel etait le but de la saignee periodique? A cette question, qui se pose tout d'abord, di verses reponses ont ete faites dans 1' antiquit6 et au moyen age. Nous allons voir ce qu'on a pense

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de 1'utilite de celte pratique medicale specialement pour les religieux.

Le De minutione sanguinis, opuscule qui figure parmi les oeuvres suppqsees du Venerable Bede, recommande de se faire oter du sang entre le VIII des calendes d'avril (a5 mars) et le VII des calendes de juin (26 mai), attendu que c'est la saison pendant laquelle le sang se developpe dans 1'organisme (quid tune sanguis augmentum habef). Mais, apres le 26 mai, il ne faut recourir a cette operation qu'avec precaution en tenant compte des qualites des temps et du cours de la lune (i) .

L'ouvrage bien connu des historiens de la medecine, Flos medicinae ou Regimen sanitatis Salernitanam, traite de medecine et d'hygiene en vers ou se trouvent exposes les principes de 1'ecole de Salerne, vante en ces termes les bienfaits de la phlebotomie :

Spiritus uberior exit per phlebotomiam.

Spiritus ex potu vini mox multiplicatur, Humorumque cibo damnum lente reparatur.

Lumina clarificat, sincerat phtebotomia, Mentes et cerebrum, calidas facit esse medullas, Viscera purgabit, stomach um ventremque coercet. Puros dat sensus, dat somnum, taedia tollit, Auditus, vocem, vires producit et auget.

Exhilarat tristes, iratos placat, amantes Ne sint amentes phlebotomia facit (2).

D'apres Roger Bacon, ndgliger la phlebotomie, c'est s'exposer a diverses maladies ou infirmites, a 1'apoplexie, a la lepre, a la gale, a la variole, a la paralysie, aux hemorroides, a la peripneumonie, a la pleuresie, a d'autres maux encore. Mais, d'un autre cote, il faut se garder d'en abuser, car si Ton se fait saigner

(1) De minutione sanguinis (P.L., XC, 969).

(2) Regimen sanitatis salernitanam, ed. F. R. PACKARD, London, 1922, p. 176-

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trop souvent on s' expose a la vieillesse prematuree, a Fhydropisie, a la deperdition des forces physiques et a I'affaiblissement de 1'estomac, du foie et du coaur (i).

La saignee a pour but d' a evacuer le sang redondant et superflu ., suivant le chirurgien Jacques Delechamps, mort en 1687 ou 1 588, auteur d'une Chirurgie frangoise, ou on lit encore ceci :

A ceux qui ne sont encor malades et pour se preserver de 1'estre, veulent estre saignez, le printemps est convenable. Quant a 1'aage il ne faut point oster de sang iusque a i4 ans et ne faut point saigner apres 60 (a).

Ce preservatif etait-ii particulierement utile aux gens de religion? Sur cette question particuliere je citerai, en premier lieu, les reflexions du prieur d'une abbaye de chanoines rSguliers, qui v6cut au XVIII s siecle, et, en second lieu, celles d'un de nos contemporains qui s'est livre a des recherches sur la medecine en France au moyen Sge.

Voici comment s'exprime Gosse, prieur de 1'abbaye d'Arrouaise en Artois :

A quoi bon ces saignees?m'a-t-on demande souvent. Plusieurs opinent qu'on les croyoit capables d'aider a remplir le voeu le plus delicat de la Religion. Gette opinion n'est point fondee. Mais ecoutons saint Bernard : Deux choses, dit-il, encouragent & saigner. Quelquefois, c'est la qualite, quelquefois c'est la quahtite du sang. L'abondance immoderee n'est pas moins nuisible que la^ corruption... (3) 11 ne s'agit la que de sante. Je crois que ces ffequentes saignees et les bains avoient le meme but. Et Gosse continue : Observons que le d^faut de linge et Fobligation presqu'universelle parmi les personnes religieuses de se coucher avec ses habits,

(1) ROGER BACON, Liber de conservations iuventutis (Opera hactenns inedita, t. IX, ed. A. G. LITTLE et E. WITHINGTOH, Oxonii, 1928), p. 124.

(2) J. DELECHAMPS, Chirurgie francoise, Paris, 1610, p. i5g.

(3) Minuend! sanguinis duplex est causa. Interdum qualitas, interdum quantitas obest : nee minus perniciosa immoderata abundantia quam corruptio. (S. BERNARD, Sermo de div., 108, De spirituals minutione sanguinis (P. L., CLXXXI1I, 734-785).

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d'un autre cote le maigre continuel, surtout le poisson sale, devoient beaucoup echauffer et alterer le sang. En falloit-il davantage pour donner lieu au systeme des institutions monastiques touchant la saignee? (i)

Et maintenant voici ce quo le D r L. Dubreuil-Chambardel declare dans ses Etudes sur la medecine en France du X* au XII" siecle :

La presence d'un phlebotomiste dans une abbaye n'est pas pour etonner, quand on sait que nos bons moines et chanoines abusaient de ce procede therapeutique dans le double but de remedier a la crasse du sang, consequence de la vie caime des cloltres, et de lutter contre les tentations de la chair (2;.

Aucun des textes de provenance monastique traitant de la phlebotomie ne fait la moindre allusion a 1'effet que ce regime sanitaire peut avoir eu sur 1'observance du vceu de chastete.

Parcourons les coutumiers des principaux ordres pour voir combien de fois les religieux etaient autorises a se faire saigner annuellement.

Le synode de 816, dont les dispositions nous ont ete conservees par les statuts dits de Murbach, et le capitulaire monastique du 10 juillet 817 defendirent de determiner a 1'avance les temps de I'annee ou les moines pourraient recourir a la phlebotomie. Ces textes ecartaient done 1'usage de la minutio generalis, ou conventualis, c'est-a-dire 1'usage de faire saigner une partie de la communaute a date fixe, et recommandaient 1'adoption des minutions particulieres suivant les besoins individuels (3).

(1) GOSSE, Histoire de I'abbaye d'Arrouaise, Lille, 1786, p. 71-73. Voir d'autre part, les raisons avancees par G. W. KITCHIW, dans A Consuetudinary of the fourteenth Century for the Refectory of St Swithun in Winchester, London et Winchester, 1886, p. 43.

(2) Louis DUBREUIL-CHAMBARDEL, Etudes sur la mddecine en France du X' an. XII' siecles; Les mddecins de I'Ouest de la France, Paris, 191/1, p. 21 4. Je n'ai pas pu consul ter la these de Delattre, Essai sur I'histoire de la saignee (Paris, 1886).

(3) Ut tempus phlebotomiae cerium non terminetur ; nisi quando necessitas exposcit concedatur. (Statuta Murbacensia, 12, d. D. BRUNO ALBERS, Con-

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Ainsi que Dom Martene en a fait la remarque, il n'y avail pas a Cluny de temps specialement fixes pour la minutio, a 1'epoque oil Ulric (f 1098) redigea. le coutumier de la grande abbaye bourguignonne (i), ni non plus a Saint-Benigne de Dijon, au XIH e siecle (2).

Suivant les usages des monasteres benedictins d'Allemagne, une minution generate devait avoir lieu aux calendes de chaque mois, a moms qu'une fete importante ne vint a tomber au debut du mois. En ce cas, 1'operation devait tre avancee ou retarded (3). En effet, on evitait toujours avec le plus grand soin, dans les monasteres, que le temps de la saignee ne coincidat avec celui des solennites liturgiques, avec les fetes de douze logons ou meme avec certaines fetes de trois lecons (in qua missa in cappis celebretar), comme aussi avec les jeunes canoniques, ainsi qu'on le voit notamment par les constitutions composees par Lanfranc (f 1089) pour Cbrist Church de Canterbury (4).

Le coutumier de 1'autre grand monastere de cette derniere ville, St Augustine's, permettait aux moines de se faire saigner seulement toutes les sept semaines (5). A Ely, 1'intervalle reglementaire entre les minutions n'etait que de six semaines (6). D'apres le Liber ordinarius de Saint-Jacques de Li6ge (XIII* sie-

suetudlnes monasticae, III, p. 86; Capit. aquisgranensia (817), u, ed. BR. ALBERS, op.cit., p. 117; e"d. BORETIUS, Man. Germ., Capitularia, I, p. 344).

(1) ULRIC, Antiquiores consuetudines Cluniacensis monasterii, II, ai .(P. L., CXLIX, 709-710).

(2) Coutwnes de Saint-B6nigne (XIII* siecle), 53, editees par L. CHO&TOK, Histoire de. I'Eglise de Saint-Benigne de Dijon, Dijon, 1900, p. 3g3-3g4.

(3) Consuetudines monasteriorum Germaniae, 43, ^d. BH. ALBERS, Consuetudines monasticae, Montis Casini, 1912, V, p. 5i.

(4) Decreta Lanfranci, ia (P. L., CL, 4g4-49&). Sur ce recueil de coutumes, voir A. ROBIHSON, Lahfranc's monastic constitutions (Journal of theological Studies, 1909, X, p. 375-388).

(5) Consuetudines S. Augustini Cantuariae, ed. E. MAUNDE THOMPSON, Customary of the Benedictine monasteries of St Augustine Canterbury, etc., London (Henry Bradshaw Society), igoa, I, p. i56.

(6) Vbir JOHK WILLIS CLARK, Thes Observances in use at the Augustinian Priory of St Giles, and St Andrew at Barnwell, Cambridge, 1897, p. LUX.

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cle), les saignees se pratiquaient cinq fois par an dans cette abbaye, apres Paques, aux environs de la Saint-Jean (a4 juin), de la Saint-Gilles (i er septembre), de la Saint-Martin (i i novembre) et avant la Septuagesime (i).

Dans la congregation allemande de Bursfeld de 1'ordre de Saint-Benoit, qui se forma en i43o, la minutio generalis n'avait lieu que quatre fois par an, savoir dans les jours qui precedent 1'Avent et la Quinquagesime et dans ceux qui suivent 1'octave de Paques et la fte de S. Barthelemy (a4 aout) (a).

Chez les Gamaldules, fondes en 1012 par S. Romuald, la minution avait lieu trois foisl'an, apres 1'octave de Paques, aux environs de la Saint-Michel (29 septembre) et aux environs de la Purification (2 fevrier) (3).

Chez les Ghartreux, ordre fonde par S. Bruno en 1084, elle avait lieu cinq fois, apres 1'octave de Paques, apres la fete des saints Pierre et Paul (29 juin), dans la seconde semaine de septembre, dans la semaine qui precede 1'Avent et dans celle qui precede la Quinquagesime (4).

Les Gisterciens se faisaient saigner quatre fois 1'an, en fevrier, en avril, en septembre et aux alentours de la Saint-Jean-Baptiste (24 juin) (5); les religieux des monasteres doubles de Fontevrault, dontle fondateur fut Robert d'Arbrissel (vers mo), seulement trois fois par an (6).

Passons main tenant aux congregations dechanoines reguliers. Les chanoines reguliers d'Arrouaise (1097) adopterent les cinq

(1) Der Liber Ordinarius des Liitticher St Jakobs-Klosters, 85, ed. P. VOLK, Miinster i. W., 1928, p. 124-126.

(2) Consuet'. Barsfeldenses, III, i4, citees par MAIVT&KE, De antiq. monachorum ritibus. Lugduni, 1690, p. a5a.

(3) Consaet.-Camaldulenses (A. D. ia53), ch. 44, ed. J.-B. MITTXRELLI et Gos- TADONI, Annales Camaldulenses, Venetiis, 1766, VI, 2 part., col. ao.

(4) GUIGO I, Consuetudines Carlhus., 89 (P.L., CLIII, 715-716).

(5) Usus antiqulores ordinis Cisterc., iv, 91 (P. L., GLXVI, i486).

(6) Praecepta recte vivendi, 7 (P. L., CLXII, 1088).

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memes dates que les Ghartreux (i). La congregation de Saint- Victor avail egalement cinq munitions aux dates suivantes : en septembre, avant 1'Avent, apres la Septuagesime, apres Paques et apres la Pentecote (2). On trouve egalement cinq minutions chez les religieux du Val-des-Choux (dioc. de Dijon), aux memes dates, sauf que ia derniere avail lieu aux environs de la Saint- Jean-Baptiste (3).

D'apres des textes du XV e -XVI e siecle, chez les chanoines reguliers de Windesheim, pres de Zwolle, en Hollande, congregation fondee en 1895, il y avait cinq minutiones generates par an pour les religieux de choeur et quatre seulement pour les freres convers (4).

Les Premontres, fondes par S. Norbert en 1120, avaient six minutions generates : i le lundi qui suivait 1'octave de Paques, 2 apres la Saint-Jean-Baptiste (24 juin), 3 apres la Nativite de la Sainte Vierge (8 septembre), 4 apres la Saint-Martin (n novembre), 5 apres la Purification (2 fevrier), 6 a une date a fixer par Fabbe (5).

La congregation anglaise des Gilbertins, fondee par S. Gilbert

(1) Constitutions d'Arrouaise, i85, ed. GOSSE, p. 68.

(2) Consuet. canonic, regul. S. Victoris, 72, ed. MARTESE, De antiq. Eccles. ritibus, Bassano, 1788, III, p. 286.

(3) Ordinale conventus Vallis Caulium : The Rale of the Monastic Order of Val-des-Choux in Burgundy, ed. W. DE GRAY BIRCH, London, 1900, p. 65.

(4) Staluta Windesheimensia^ m, i5; iv, n, ed. E. AMORT, Fetus discipZina canonicorum regularium et saecularium, Venetiis, 17/17, p. 591-692 et 6o5. D'apres d'autres statuts de Windesheim (Bibl. roy. de Bruxelles, Ms. 1122^^^69'), les saignees n'y auraient eu lieu que trois fois 1'an (voir P. DEBONGNIE, Jean Mombaer de Bruxelles (Univ. de Louvain. Recueil de travaux publics par les Membres des Conferences d'hlstoire et de philologie, 2' ser. t. XI, Louvain et Toulouse, 1928), p. i44).

(5) Statuta primaria, 19, ed. J. LE PAIGE, Bibliotheca praemonstratensis ordinis, Parisiis, i633, p. 798. Sur d'autres dispositions relatives a la phlebotomie chez les Premontres, voir Institutions rerum Praemonstratensium, i, 20, ed. MAR- TEHE, De antiq. Eccl. ritibus, edit, de Bassano, 1788, III, p. 828; Les premiers statuts de I'Ordre de Prdmontre (XII* s.), ed. RAPHAEL VAN WAEFELGHEM (Analectes de I'Ordre de Premontre, t. IX, 1918, p. 58).

de Sempringham en n46, qui emprunta plusieurs de ses us a Citeaux, adopta egalement les quatre dates chosies par Citeaux(i).

D'apres les Observantiae regulares du prieure d'Augustins de St-Gilles et St-Andre de Barnwell (Cambridgeshire), que nous a conservees un manuscrit datant de 1395-1296, ces religieux pouvaient obtenir toutes les sept semaines la licencia minuendi, mais elle n'etait accordee qu'a trois ou quatre freres a la fois pour que le convent ne fut jamais trop degarni (ne dejectus sit in conventu) (a).

Les Dominicains, dont 1'origine remonte a 1'annee 1216, eurent quatre minutions, en septembre, apres Noel, apres Paques et Fla mi-ete (3).

Les statuts de 1'Hopital Gomtesse, a Lille, rdiges vers ia5o, portent que

li frere et les sereurs se pueent sainier six fois en Tan, la prumiere fois apries la Noel la seconde devant quaresme, la tierche apries Pasques, le quarte entour le fieste Saint Piere et Saint Pol, li quinte apres aoust, li sisime apries la Toussains. Et plus ne se doit mils sainier sans cause raisnable et sans especial congiet (4)

Les memes dispositions se trouvent reproduites textuellement

dans les statuts de 1'Hotel-Dieu de Pontoise, ecrits en ia65 (5).

Remarquons que la phlebotomie s'est pratiquee aussi bien

(i) Constit. de Sempringham, 34, ed. DUGDALE, Monast. anglic., VII, p. *xixv. (a) Observantiae regulares, 43, ed. J.W.CLARK, p. 198.

(3) GEORGINA R. GALBRAITH, The Constitution of the Dominican Order, 1216- 1360 (Public, of the University of Manchester ; Historical Series, XLIV, Manchester et London, 1926), p. 211-212 ; H. DESIFLE, Die Constiiutionen des Prediger- Ordens vom Jahre 1228 (Archivfiir Literatur und Kirchen-Geschichte des Mittelalters, I, 1 885, p. 200).

(4) Statuts de 1'Hopital Comtesse, I, 8, 6d. LEOH LE GRAND, Statuts d' Hotels- Diea et de Leproseries, Paris (Collection de textes p. servir a 1'et. et a Tens, de 1'histoire), 1901. p. 78.

(5) Statuts de I'Hotel-Dieu de Pontoise, 10, ed. L.LE GRAND, p. 187. Cf. Statuts de I'Hotel-Dieu de Vernon, 16. Ibid., p. 171.

LA PHLEBOTOMIE HONASTIQUE 67

dans les monasteres de femmes .que dans ceux d'hommes (i). Dans les monasteres doubles (Fontevrault, Sempringham), la frequence est la m6me pour les religieux des deux sexes (2).

On sail que les gens du moyen Sge et meme encore ceux des siecles qui suivirent reconnurent une influence nefaste a certains jours de 1'annee. Ces jours qu'on appelait souvent dies aegyptiaci passaient pour porter malheur notamment a ceux qui se faisaient saigner. D'apres M. Robert Steele, les plus anciens textes ou ces jours soient mentionnes a propos de la phlebotomie sont I'Horologium et le De minutione sanguinis attribues a Bede (3). Des tables de ces jours perilleux et des poemes sur ce sujet ont eie conserves et souvent reproduits dans les monasteres (4). Un grand nombre ont trouve place dans les calendriers et jusque dans les livres liturgiques et les livres d'heures (5). Pourtant pas un seul des nombreux textes monastiques que nous venons de mettre a contribution en etudiant la frequence des minutions ne fait la moindre allusion aux jours perilleux (6).

Robert Grosseteste, veque de Lincoln, 1'une des lumieres de

(1) L'ouvrage Causae et carae, attribue a sainte Hildegarde, a une section intitulee De mulieris minutione (ed. P. KAISER, igo3, p. 121). Voir VAncren Riwle, cd. et trad. JAMES MORTON (Camden Society, i853), p. A3 a.

(2) Canonici et moniales quater in anno minuantur ' (Constitutions de Sempringham, 35).

(3) ROBERT STEELE, Dies Aegyptiaci (Proceedings of the Roy. Society of Medicine, 1919, XII, Sect, of the History of Medicine, p. 120).

(4) R. STEELE, art. cite,, p. 121. Sur les jours favorables et defavorables pour I'operation, voir STEMPLINGER, art. Aderlass, dans Handworterbuch des deutschen Aberglaubens public par HOFFMANN-KRAYER et HANS BacHTOLD-STatJBLi (Berlin, 1927, I, col. 178).

(5) R. STEELE, loc. cit. Voir, entre beaucoup d'autres exemples, le calendrier place en tele des Heures d'York de i536, reproduites par GHR. WORSDS- WORTH, Horae Eboracenses, Durham et London (Surtees Soc., 182), p. 6 s., et consulter PADL LAGOHBE, Livres d'heures imprimis au XV et au XVI* siecle conserves dans les bibliotheques publiques de Paris, Paris, 1907, LVI-LX. On trouve aussi la figure de 1'homme anatomique dans un grand nombre de livres d'heures. Yoir FELIX SOLEIL, Les heures gothiques et la litterature pieuse aux XV et XVI' siecles. Rouen, 1881, p. 26 s.

(6) Un passage de I'Hist. eccUs. de Bede (v, 3) sera examine plus loin.

58 ANGIETWES COUTUMES CLAUSTRALES

1'Eglise d'Angleterre au XIII e siecle, estimait qu'il fallait tenir compte des jours favorables ou defavorables pour savoir lequel des deux bras il fallait faire saigner (i).

Les religieux qui avaient obtenu du superieur la licentia minuendi, laquelle se demandait pendant ou apres le chapitre (2), sortaient de 1'eglise apres 1'Evangile de la messe principale (magna missa; missa major) (3). Us allaient d'abord au dortoir pour y deposer leurs chaussures de jour (diarnales) et chausser des pantoufles ou des chaussons (noctarnales), qu'ils gardaient pendant les trois jours de repos qui suivaient 1'operation (4).

La saignee etait executee dans une officine dependant de 1'infirmerie qu'on nommait minutorium (Bury S 1 Edmund's, Ely) ou encore phlebotomaria (5). L'operateur etait appele minutor, phlebotomator. Dans les monasteres de femmes on trouvait une minutrix (6). Oportet autem aliquam flebotomiae peritam esse, dit Abelard dans la regie ecrite pour les religieuses du

(1) D* ERNEST WICKERSHEIMER, Robert Grosseteste et la medecine. Communication faite au 3 Congres de 1'histoire de 1'art de guerir tenu a Londres en 1922 (Tir. a part, Anvers, 1928, p. 4).

(2) ULRIC, Antiquiores consuet. claniac. monaslerii, llj 21, ed. citee, col. 709; Disciplina Farfensis, u, 4i (P. L., CL, 1277); GUILLA.UME D'HIRSAU, Consaetudines Hirsaugienses, i, 61, 62 (P. L., CL, 989 s.); Decreta Lanfranci, 12, ed. citee, col. 4g4 ; Consuet. S. Aug. Cantuar., ed. E.-M. THOMPSON, p. 3o5 ; Observantiae regulares de Barnwell, 43, ed. J. W. CLARK, p. 198; Coutames de Saint-Btnigne de Dijon, 53, ed. L. CHOMTON, p. 3g4.

(3) Ibid.

(4) Ibid.

(5) Consuetudinarium secundum normam Becci Herluini (Bibl. nat. de Paris, lat. 1208, fol. no, ecrit entre 1290 et i3io, cite par POREE, Histoire de I'abbaye du Bee, Evreux, 1901, 1. 1", p. 4g4). Voir 1'introduction de J. W. CLARK a 1'edition des Observantiae regulares de Barnwell, p. LXV.

(6) Du CANGE, Glossar., s.v. Minaere; BERNARD DE CLUNY, Ordo Cluniacensis, I, 39, ed. HERRGOTT, Fetus disciplina monastica, Parisiis, 1726, p. 212-218. Cf. G. PLUMMER, Glossary of Du Cange. Addenda et Corrigenda (Archivium latinitatis medii aevi, II, 1926, p. 20); DUBREUIL-CHAMBARDEL, Op. cit., p, 2i3; D* CARATSES, Le ceremonial de la saignee, dans Mceurs intimes du passe, &' serie, Paris, 1920, p. 8.

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