ANCIENNES REGLES RELATIVES A LA BONNE TENUE AU GHCEUR
vigueur. G'est une 6tape de la civilisation, 1'etape qui a precede celle qui a connu Finvention du crachoir.
Tussis stringatur, sputum deforme tegatur.
dit, de son c6te, Jean de Garlande (f 1372), dans son Morale scolarinm (i).
En effet, 1'action de cracher devant quelqu'un, si cet acte n'est pas immediatement suivi du corr.ectif qu'on vient de dire, a toujours pass6 pour un grossier outrage, pour une marque de mepris, de colere ou bien de degout a 1'adresse de la personne presente (2).
Qu'on me permette ici une toute petite digression. Si Giberti, le celebre eveque de Verone (f i543), ne fut pas pr6cisement 1'inventeur du confessionnal, il fut du moins 1'un des premiers a en reglementer 1'usage. Les plus anciens confessionnaux n'etaient pas fermes commeceux d'aajourd'hui ; il etait prescrit, au contraire, que le confesseur aussi bien que le penitent demeurassent visibles. Or les Constitationes Gibertinae. (VI, 22), qui rappellent ce point de discipline, prescrivent au confesseur, qui peut etre apergu des personnes presentes dans 1'eglise, de se garder soigneusement, pour le cas ou le penitent confesserait quelque horribile peccatum , de trahir son emotion ou son degout par quelque manifestation exterieure, soit en faisant une grimace ou tout autre signe, soit en crachant (3). Voila qui montre quelle rudesse de moeurs subsistait encore en Italic au XVI e siecle, et chez les ecclesiastiques 1
(1) JOHANNES DE GARLANDIA, Morale scolarium, II, 4a, ed. Louis JOHN PAETOW (Memoirs of the University of California, IV, n" a ; History, I, 2, Berkeley, Calif.,
(2) W. GROOKE, art. Saliva, dans 1 ! 'Encyclopaedia of Religion and Ethics d'HASTiNcs, p. 101-102 ; J. TucHMAirw, La fascination (Melusine, VIII, p. 182 s.) Voir la note de 1'dditeur de la Concordia regularum (P.L., GUI, 931-932).
(3) ... et si forte per confessionem viri vel mulieris horribile peccatum confessor audierit, non spuat, nee faciem torqueat, aut facial signum aliquod, propter quod peccatorem deterreat, vel rubore, seu verecundia confundat, ut reliqua peccata sibi timeat revelare (GIBERTI, Opera, Veronae, 1733, p. 98).
46 ANCIENSES COUTUMES CLAUSTBALES
Le passage de I'Ordo qualiter, cite plus haul, fut, avons-nous dit, souvent incorpore a d'autres regies dans la suite des ages. La regie canoniale de S. Ghrodegang de Metz reproduisit ce texte dans sa quatrieme recension (i). Ainsi fit, a quelques mots pres, la regie des Humilies (2). On le retrouve aussi dans une regie anciene composee pour des religieuses (3); et les regies redigees, beaucoup plus tard, pour les religieuses. brigittines du monastere de Sion en Angleterre, renfermaient des dispositions analogues (4).
Notons, par centre, queleGalloisRhygyfarch, quiredigea dans le dernier quart du XI e siecle une Vie de saint David de Menevia, se montre, dans ce texte, beaucoup plus raffine et fort en avance sur son temps, quand il rapporte que tout baillement et tout eternuement etait purement et simplement interdit dans 1'oratoire du monastere de saint David et qu'il etait de meme defendu d'y cracher,! (5) Et quelle singuliere avance sur les usages des autres monasteres, surtout s'il est vrai que telle ait et6 la discipline en vigueur au monastere de S. David, au VP siecle!
Ut infirmis fratribus non vertatur in nauseam , tel est le motif donne par les regies monastiques precedemment citees. Mais tout different est le motif enonce par une regie plus ancienne, la Regula Magistri, qui fut composee a la fin du VIP siecle ou au commencement du VHP. Qu'il s'agisse des secretions nasales ou des expectorations, il faut bien se garder
(i) Ed. d'AcHBRT, Spicilegium, Parisiis, 1728, 1. 1", p. 668-669.
(a) Ch. 9, LUIGI ZANOSI, Git Umiliati nei loro rapporti con Veresia, I'industria della lana ed i comuni nei secoli XII e XIII (Biblioteca storica italiana, Ser. altera, II, Milano, 1911), p. io4.
(3) Ed. BRUNO ALBERS, Cons, mon., t. Ill, p. 160. Cf. A. WERMKSGHOFP, Tagesordnung einer Nonne (Neu.es Archiv, XXVII, 1902, p. 666-657). Gf. U. BERLIERE, loc. cit.
(4) G. J. AUNGIER, History and Antiquities of Syon Monastery, London, p. Sao.
(5) Vita Davidis, 26, ed. :A. W. WADE-EVANS (Y Cymmrodor, 1918,, p. i4
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de les projeter devant soi; on devra les rejeter par derrierepar respect pour les anges quise tiennent devant ceux qui psalmodient, comme nous 1'apprend le Psalmiste lui-meme (Ps. 187). Voici ce texte fort curieux :
Gaveatur ut qui orat, si voluerit expuere aut narium spurcitias jactare, non in ante, sed post se retro projiciat propter angelos in ante stantes, demonstrante Propheta dicente : In conspectu angelorum psallam tibi, adorabo ad templum sanctum tuum (i).
Le penitential de S. Colomban, qui est plus ancien que la Eegula Magistri, edicte des chatiments appropries pour le moine qui tousse in exordio psalmi, pour celui qui se permet de sourire pendant roffice et aussi pour celui qui crache d'une maniere inconvenante a 1'oratoire. II vaut encore mieux citer ici le texte original : Si quis emittit sputa, et contingit altare, viginti quatuor psalmos ; si parietem attingit, sex (2).
Mais en voila assez de ces reglementations plus que terre a terre, qui nous ont permis d'entrevoir des standards de bonne tenue monacale heureusement depasses depuis longtemps ; revenons, pour finir, a ce niystique, a ce paulinien propter angelos .
w II est rapporte de Bede qu'il avail coutume de dire : Je sais que les anges sont presents a la celebration des heures canoniales et aux assemblies des freres. Or s'ils ne m'apercevaient pas alors parmi les freres, ne s'6crieraient-ils pas : Ou done est Bede ? Pourquoi ne se rend-il pas a la priere avec les freres ? i> C'est Alcuin qui nous a conserve ce mot du Venerable Bede (3).
A 1'exemple de saint Benoit (4), Alcuin aime a rappeler la presence des anges a la psalmodie sacree. Gelui qui s'applique
(i) Regnla Magistri, 48 (P.L.,LXXXVIII, 1009).
(a) Regala coenobialis (P.L., LXXX, 317, aaa).
(3) ALCOTK, Epist., a84 (P. L., C, 168 ; M. G. H., Epist., IV, 443).
(It) Regula, cap. 19.
48 ANCIENNES GOUTUHES GLAU8THALES
assidument a la louange divine dans cette vie mortelle, a-t-il encore ecrit, se rend par lh plus semblable aux saints anges, car les anges de Dieu passent leurs veilles a louer Dieu. Done celui qui consacre ses veilles a la louange divine mene deja une vie angelique sur terre ; ce que tous les saints doivent faire dans les cieux, il le fait ici-bas a heures fixes, malgre 1'humaine fragilite. Que ni le sommeil, ni les soucis mondains, ni les vaines pensees ne viennent done s'opposer a raccomplissement de vos devoirs de religion, a la celebration de la louange divine, mais que les visiteurs angeliques trouvent chacun de vous a sa place occupe a louer Dieu (i).
La devotion aux saints anges a ete florissante, des le moyen age, dans 1'ordre de S. Benoit (2). Aux autres bons effets de cette devotion, il faudra ajouter le resultat pratique dont nous venons de parler.
(1) Epist., 269 (M.G.H., Epist., IV, 428).
(2) D.U. BEKLIERE, Op.ciL, p. 161-162 et