Démétrius I, Poliorcète
sa MARANÂ.
elles changent souvent de modes dans leurs habits, comme elles changent souvent de visage.
^, Il y en a quelques-unes, qui en sortant de leurs maisons, oublient de fermer la porte; au mépris des voleurs; parce qu'elles portent sur elles tout leur patrimoine. Les plus nobles traînent par derrière une longue queue d'or ou de soye, avec laquelle elles balient les Églises et les Jardins*. Elles ont toutes le privilège d'aller masquées en tout tems, de se cacher et de se faire voir quand il leur plaît, et avec un masque de velours noir* elles entrent quelquefois dans les Églises', comme au Bal et à la Comédie, inconnues
I. Comme aujourd'hui^ seulement on a inventé les balayeuses, a. Pendant longtemps et surtout au xvi* siècle, les dames nobles couvraient leur visage d'un masque de velours noir, pour préserver la délicatesse de leur peau des atteintes de Tair. Ce masque s'appelait loup ou cache-laid, La mode reparut un siècle plus tard ; la mode en revint pour hommes et femmes qui désiraient garder l'incognito ; on avait son masque dans sa poche ainsi que son mouchoir et ses gants. Le prétendu masque de fer n*était qu'un masque de velours noir, maintenu par une armature d'acier. La Satyre des Promenades, parlant du Cours la Reine, fronde cet abus :
Mais sortons, s'il se peut. J'étouffe, Dorimant, Et la foule en ce lieu croist à chaque moment. Tout s'y confond. On voit le fiacre et le carrosse, Le noble et le bourgeois, le bayard et la rosse, Dans une même lice aller d'un pas égal :
On s'y masque en un mot comme en plein carnaval.
3. Quelques femmes plus audacieuses, dit M. Pierre Clément [la Police sous Louis XIV), osaient pénétrer dans les églises avec un masque. C'est ce que fit entre autres, vers les derniers jours de février i68j, la femme du procureur général des Monnaies. Dans son indignation, La Keynie avait proposé de la mettre à l'amende. Seignelay lui répondit que « le Roi ne le voulait pas, n'y ayant point encore d'ordonnance sur ce sujet : mais sa Majesté voulait
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à Dieu, et à leurs maris. Les plus belles commandenc aux hommes comme Reines, à leurs maris comme à des hommes, et à leurs amans comme à dcÈ esclaves^. Elles ne sçavent ce que c'est de donner le lait à leurs enfans, d'être retirées en leur maison, de faire la toile de Pénélope, se moquant d^Hercule, qui tournait le fuseau; et en vivant avec cette liberté, elles se vantent d^enfanter des Capitaines, et des gens de Lettres dont ce Pais abonde, se trouvant ici plus de Soldats et de Docteurs, qu'on ne voit dans les Indes et dans PAsie de Superstitieux et d'Astrologues.
25. Elles donnent et reçoivent facilement de Tamour, mais on n'aime ni long-tems, ni assez : Les mariages, qui autrefois étoient pour toute la vie, ne sont à cette heure que pour un tems, cela fait que le divorce volontaire se trouve facilement dans les maisons les plus retenues; après quoi le mari vit tranquille dans la Province; et la femme se réjoiiit à Paris.
26. On ne voit presque jamais ici de jaloux, rarement un homme qui se croye malheureux pour Finfidélité de sa femme, et très rarement une fille qui sacrifie à Diane. Le baiser, qui en Turquie, en Italie et
qa'it en reodtt une, portant telle amende qu'il estimerait à propos contre tons masques qui entreraient dans l'église, et qu'il la fit publier incessamment. » Depping. Correspondance administrative , II, $71.
I. C'est la troisième remarque de ce genre ; l'auteur aurait-il eu à en souffrir? Pourquoi alors ne pas le dire de suite? Y mettre cetu insistance n'est ni galant ni français. L'auteur devait être misogyne ou avait épousé une Xantippe.
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en Espagne esc le commencement de F adultère, n'est ici qu*une simple civilité* : et si ce gentil Persan, qui fit tant de voyages mystérieux pour baiser trois fois le beau Cyrus', se fût trouvé à Paris, il n'auroit pas fait grand cas du plaisir qu^il eut. On ne fait point de visites où Ton ne mêle des baisers, mais ceux-là sont de la qualité des monnoyes, qu'on fait valoir ce qu'on veut; et comme le baiser est une marchandise qui ne coûte rien, qui ne s'use point, et qui abonde toujours, personne n'est avare d'en donner, et peu sont avides d'en prendre.
2j, La légèreté est le cinquième élément des François, ils sont amateurs des nouveautez, et ils font tout ce qu'ils peuvent pour ne pas conserver long-cems un ami. Ils s'accommodent en même temps du froid et du chaud : ils inventent tous les jours des. modes nouvelles pour s'habiller ; et s'ennuyant toujours de vivre dans leur Pais, on les voit aller tantôt en Asie, et tantôt en Afrique, peu en Espagne, plusieurs en Italie, et en une infinité de Pais différens, seulement pour changer de lieu et pour se divertir. Ceux qui
1 . Il n'y avait autrefois d'autre manière de saluer les dames en France, en Angleterre et en Allemagne, qu'en les baisant sur la bouche; c'eût été une incivilité, un affront qu'uîie dame honnête, en recevant la première visite d'un seigneur, ne le baisât pas à la bouche, malgré ses moustaches. « C'est une déplaisante coutume, s'écrie Montaigne, et injurieuse aux dames, d'avoir à prêter leurs lèvres à quiconque a trois valets à sa suite^ pour mal plaisant qu'il soit. »
a. Artamène ou le grand Cyrus, roman de MademoiseHe de Scudéri (i6$o).
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ne peuvent voyager font de leurs maisons comme de leurs habits; ils changent souvent de demeure, de peur, disent-ils, de vieillir dans le môme endroit.
28. Les Tailleurs ont plus de peine à inventer qu'à coudre; et quand un habit dure plus que la vie d'une fleur, il paroît décrépit. De là est né un peuple de Fripiers, gens vils et descendus de l'ancien Israël; ils font profession d'acheter et de vendre de vieux haillons, et des habits usez, et ils vivent splendidement de dépouiller les uns et de vêtir les autres. Commodité assez singulière dans une Ville très peuplée, où ceux qui s'ennuyent de porter long-tems le même habit, trouvent à le changer avec une perte médiocre, et où les autres qui en manquent ont le moyen de s^habiller avec une petite dépense. Enfin ce qui est de plus incroyable, c'est que si en un seul jour cent mille plaideurs sortoient nuds des mains des Procureurs, il y a dans cette Ville assez de chemises et d'habits pour couvrir leur nudité ^
29. L'idiome des François est un noble mélange du Latin, de l'Italien et de l'Espagnol ; il est agréable seulement à qui l'entend bien ; ils mangent la moitié des mots; ils n'écrivent pas comme ils parlent, et ils se font un plaisir de parler pour n'être pas entendus, tant leur manière de prononcer est rapide et préci-
I. Aujourd'hui iU a'auraient qu'à traverser le pont Neuf pour entrer dans les magasins de « la Belle Jardinière » et autres confectionneurs ; inutile de pousser jusqu'à la rue Tirechape et aux piliers des Halles qui n'existent plus, non plus que les fripiers.
pitée, quoique présentement leur langage soit épuré et gracieux.
Comme ils s'ennuyent de s'entretenir des choses présentes, ils discourent toujours de l'avenir, rarement du passé et jamais de l'antiquité. Ils croyentque c'est un vice des Espagnols d'aller déterrer les siècles éloignez, et ils ne cherchent que des livres nouveaux, des chevaux jeunes et des amis qui soient nez le même jour.
30. On connoît un véritable François à quatre choses : quand l'horloge sonne^ quand il interroge quelqu^un^ quand il promet^ et quand il parle de ses amours. A peine l'horloge commence à sonner, qu'il demande quelle heure il est ; il veut que son ami lui réponde avant qu'il l'ait interrogé ; il ne fait que ce qu'il ne promet pas, et, pour ses amours, il a plus de plaisir à publier les faveurs de sa maîtresse qu'à les recevoir*.
Si le changement de tems oblige les François de se vêtir de laine le matin, et de soye l'après-diné, la légèreté de leur esprit les oblige aussi à se faire de nouvelles manières de vivre et de s'habiller.
31. Le luxe et la bonne chère seroient ici deux biens plutôt que deux maux, s'il n'y avoir que les
Il n'a qu'un seul deffaut qui fait tort à sa gloire : Il cherche le triomphe autant que la victoire^ Et, lorsque tout leur rit, son amour indiscret Ne se croit pas heureux s'il ne l'est qu'en secret.
Satyre des Promenades.
riches qui vécussent splendidement; mais la jalousie Ta fait passer aux autres à qui elle devient ruineuse. Ainsi il semble que Paris aproche continuellement de sa fin, s'il est vrai ce qu^a dit un ancien, que la dépense excessive est le signe évident dune cité mourante. Mais présentement que les laquais et les cochers commencent à porter Pécarlate et les plumes et que For et l'argent sont devenus communs jusque sur leurs habits, il y a apwrence que Ton verra finir le luxe excessif, n^ ayant rien qui fasse tant mépriser les habits dorez aux personnes nobles, que de les voir sur le corps des derniers hommes du monde * .
32. Le Roi seul est obéi et il n'y a pas un grand qui ose menacer le plus petit. Quand vous avez rendu au Maître ce qui lui est dû, du reste vous pouvez vivre à la Grecque *. On n'est pas obligé par les rues de tirer son chapeau devant qui que ce soit, si ce n'est devant Dieu quand on le porte aux malades. Ceux de la lie du peuple jouissent du même privilège, ils ne cèdent le pas à personne, ils ne souffrent pas la moindre injure et ils se font craindre plus que les honnêtes gens, ne sçachant pas ce qui se fait dans les Républiques, où mille Maîtres commandent à une infinité d'esclaves.
I. Les lois somptoaires arrêtent un moment les excès du laxe sans en détruire la source et l'occasion.
a. Aussi libre qu'on Tétait aux beaux temps de Sparte et d'Athènes.
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33. Il n'y a pas un peuple plus impérieux et plus hardi ; ils $c sont donné eux-mêmes le bruit de ne rien faire le soir de ce qu'ils ont promis le matin, ils disent qu'ils sont les seuls au monde, d'avoir le privilège de manquer de parole sans craindre de rien faire contre Thonnêteté, et cela, parce qu'ils croyent être les seuls au monde qui sçavent jouir de la véritable liberté.
34. Les pierres se vendent ici fort cher ; une petite chambre vaut plus que dix maisons en Moscovie*. La mienne, où Platon ne voudroit pas coucher, et où Diogène même ne trouveroit rien de superflu, m'oblige à une dépense que dix ciniques ne pourroient pas soutenir; cependant tout mon meuble ne consiste qu'en une médiocre tapisserie qui couvre quatre murailles minces, en un lict, une table, quelques chaises, un miroir et le portrait du Roi.
35. Les mauvaises choses sont plus chères que les bonnes; les figues sont de ce nombre, elles se vendent plus que les melons en Espagne. Assurément qu'Eve n'auroit pas désobéi à Dieu dans le paradis d'Arménie, si le fruit défendu avoit été une de ces figues, mais en échange les poires sont excellentes.
Les oranges et les citrons tiennent le premier rang entre les choses qui se vendent cher, parce qu'ils viennent d'Italie et de Portugal, et ils sont plus estimez que les autres fruits : telle est l'inclination de