I . Les maisons y étaient alors de bois
rhomme, qui ne trouve bon que ce qui coûte beaucoup*.
36. Le vin est d'un prix médiocre quand il est aux portes de la ville, mais d'abord qu'il est entré il se change en or potable *, une petite mesure vaut plus à Paris qu'un baril à la campagne; les riches trouvent cette liqueur plus chère que les autres qui l'achètent à mesures comptées dans les tavernes. Les taverniers sont en si grand nombre, qu'ils peupleroient une grande ville; ils sont presque tous saints^, par la vertu qu'ils ont d'augmenter cette liqueur, en changeant l'eau en vin^ c'est-à-dire en rendant Bacchus adultère.
37. Si vous venez jamais à Paris, gardez-vous de mettre le pied dans les boutiques où l'on vend les choses inutiles; d'abord que le Marchand vous a fait
1. « Le» épiciers de la rue de la Cosaonnerie vendent en gros des câpres fines, des oranges et des citrons de Provence, de la Chine et de Portugal. » Livre commode. Les oranges de Chine, qae nous appelons aujourd'hai des mandarines, étaient alors fort recherchées. 11 n'y avait qu'un demi-siècle que la culture en avait commencé en Portugal, d'où elles nous venaient. Dans V Avare, Cléante voulant mettre hors de lui son pire Harpagon, lui propose pour sa collation « quelques bassins d'oranges de la Chine, de citrons doux et de confitures. » Tout ce genre de fruits était, du reste, à la mode, parce qu'il n'était pas à la portée de tout le monde ; c'est pour cela que la Lettre en parle.
2. Saint-Evremond s'étonnait que l'eau de Seine fût toujours payée le même prix; aujourd'hui le vin ordinaire paye autant d'entrée que lé vin d'extra; n'est rien plus injuste.
j. Lt» taverniers d'alors étaient des saints à miracles ; en changeant Veau en vin, les mastroquets de nos jours vendent du vin où il n'entre pas de raisin ; c'est le comble de l'industrie.
je MARANA.
la description de ses marchandises, avec plusieurs paroles précipitées, il vous flatte et Vous invite insensiblement et avec beaucoup de révérences à acheter quelque chose, et à la fin il parle tant quUl vous ennuyé et vous étourdit. Quand on entre dans sa boutique, il commence par montrer tout ce qu'on ne veut pas, faisant voir ensuite ce qu'on demande, et alors il dit et il fait si bien, que vous dépensez tout vôtre argent en prenant la marchandise qu'il vous donne pour plus qu elle ne vaut.
C'est par ce moyen qu'ils se payent de leur civilité, et des peines continuelles qu'ils prennent à montrer inutilement, et cent fois par jour, leurs marchandises à des curieux qui veulent tout voir sans rien acheter. Que si les choses inutiles s'achètent plus cher que les autres, je trouve que le censeur romain avoit raison en disant que ce qui coûte une obole est très cher quand il rCest pas nécessaire.
38. Aujourd'hui il a plu le matin, le tems a été beau à midi, ensuite il a neigé, et tout à coup il s'est élevé un orage avec de la pluye qui a duré deux heures ; enfin l'air a paru tranquile et le soleil s'est montré, qui a fini le jour agréablement. Tel est le climat de Paris*, le chaud du soir succède au froid du matin ; les élémens sont ici dans un mouvement perpétuel et les saisons presque toujours déréglées ; le ciel n'y esc jamais en repos et ses influences sont toû-