‹ Anciennes descriptions de Paris (volume 2)Chapitre 28 sur 77 · I. Inimîci hominis domestici ejus. S. Math. X · texte numérisé non relu

I. Inimîci hominis domestici ejus. S. Math. X

a. On trouve dan^^Ies (BSuvres mêlées de Saint-£vremon4y II, 598, édition Giraud, i<$86, one énumération de ce genre à propos do la musique d'opéra : « Solus Gallus cantat, il n'y a que le Français qui chante. Je ne veux pas être injurieux à toutes les autres nations, et soutenir ce qu'un auteur a bien voulu avancer Hispanus flet, dolet I talus, Germanus boatg Flander ululât, Solus Gallus cantat ; je lui laisse toutes ces belles distinctions et me contente d'appuyer mon sentiment de l'autorité de Luigi, qui ne pou vait souffrir que les Italiens chantassent ses airs après les avoir ouï chanter à M. Nyert, à Hilaire, à la petite La Varenne. »

LETTRE D'UN SICILIEN. îJ

déporter des bâtons*, avec quoi ils faisoient tous les

I. Et plas loin des laquais, Tun l'autre s'agaçans Font aboyer les chiens et jurer les passans !

BoiLBAu. Sat. VI.

Deux déclarations, l'une de 1660 et l'autre de 1666^ avaient . interdit le port d'armes aux particuliers. Cependant les laquais et domestiques de grande maison continuèrent de porter l'épée. Dès les premiers temps de son administration, La Reynie annonça l'intention de faire quitter l'épée aux valets et autres personnes capables de causer du désordre, de faire sortir de Paris les gens sans aveu et de purger ainsi la ville de tous les vagabonds. Ces principes posés et nettement proclamés, il s'agissait de montrer qu'ils ne seraient pas lettre morte. Une occasion se présenta bientôt. Un laquais du duc de Roquelaure et un page de la duchesse de Chevreuse avalent battu et blessé un étudiant sur le pont Neuf. Ils furent appréhendés, condamnés à être pendus et exécutés sans miséricorde, malgré les plaintes de leurs maîtres, dont la dignité se prétendait offensée par cette application du droit commun à leur domesticité, — tant les instincts féodaux étaient difficiles à refréner. Deux ans après, le 5 juin 1669, La Reynie remettait en vigueur d'anciennes ordonnances dt^fendant aux domestiques de qm'tter leurs maîtres sans congé, et aux maîtres de prendre des domestiques sans livret régulier. Si l'esprit de réglementation était en ce cas excessif, il témoigne du moins de l'état des mœurs. (P. Clément. La police sous Louis XIV.) Si nous insistons sur ce point, c'est que l'auteur de la Lettre l'a fait et que nous y trouvons un signe du temps. L'ouvrage cité plus haut renferme d'autres exemples qui montrent l'étendue du mal et les efforts faits pour le détruire. La violence et l'insolence des laquais de grande maison étaient tellement enracinées que, leas mars 16/3, le lieutenant général de police dut leur défendre de nouveau de s'attrouper sous peine de la vie, et de porter des cannes ou bâtons, sous peine de punition corporelle, indépendamment d'une amende de trois cents livres contre leurs maîtres. L'ordonnance était mot! vée sur ce que la défense faite plusieurs fois aux laquais, et le châtiment exemplaire 'que quelques-uns avaient encouru ne suffisaient pas pour empêcher un certain nombre d'entre eux d'en porter et de se livrer à des actes de brutalité intolérables sur les bourgeois, et même sur les personnes de qualité. Cependant le désordre continua, et l'on vit en i68a les laquais commettre de

34 MÂRANA.

jours de. nouveaux désordres. Sur tout étant plus de

nouvelles insolences envers des jeunes filles et des dames de la cour, à la porte des Tuileries ; d'après le récit des Lettres historiques et anecdotiques, juin 1682, Bibl. nation., Mss. F. 10,245. Enfin, plus tard, en 1Ô93 et 1696, des ordonnances interdirent aux domestiques d'entrer dans les jardins des Tuileries et du Luxembourg, et il fallut encore leur réitérer la défense de porter des bâtons. (Depping. Correspondance administrative sous Louis JTir.) Primitivement, le jardin des Tuileries était accessible à tout le monde, comme le prouve un fragment des Mémoires de Charles Perrault (i7S9) î i* *® rapporte à l'année 1^64, époque où Le Nôtre avait remplacé l'ancien jardin par un nouveau. « Quand le jardin des Thuileries fut achevé de replanter et mis dans l'état où le voyez : « Allons, me dit M. Colbert, aux Thuileries en condamner les'portes. Il faut conserver ce jardin au roi, et ne pas le laisser ruiner par le peuple, qui en moins de rien l'aura gâté entièrement it La résolution me parut bien rude et fichense pour tout Paris. Quand il fut dans la grande allée, je lui dis : « Vous ne croiriez pas, monsieur, le respect que tout le monde, jusqu'au plus petit bourgeois, a pour ce jardin. Non seulement les femmes et les petits enfants ne s'avisent jamais de cueillir aucune fleur, mais môme d'y toucher; ils s'y promènent tout comme des personnes raisonnables; les jardiniers peuvent, monsieur, vous en rendre témoignage. Ce sera une affliction publique de ne pouvoir plus venir ici se promener, surtout à présent que l'on n'entre plus au Luxembourg ni à l'hôtel de Guise (actuellement les Archives nationales). — Ce ne sont que des fainéants qui viennent ici, me dit-il. — Il y vient, lui répondis-je, des personnes qui relèvent de maladie pour y prendre l'air; on y vient parler d'affaires, de mariages et de toutes autres choses qui se traitent plus convenablement dans un jardin que dans une église, où il faudra à l'avenir se donner rendez-vons. Js suis persuadé, continuai-je, que les jardins des rois ne sont si grands et si spacieux qu'afîn que tous leurs enfants puissent s'y promener. » Il sourit à ce discours, et dans ce même tempSv la plupart des jardiniers des Thuilleries s'etant présentés devant lui, il leur demanda si le peuple ne faisait pas bien du dégât dans leur jardin : « Point du tout, Monseigneur, répondirent-ils presque tous en même temps, ils se contentent de s'y promener et de regarder, — Ces messieurs, repris-je, y trouvent même leur compte, car l'herbe ne croît pas si aisément dans leurs allées. » M. Colbert fît le tour du jardin, donna ses ordres et ne

cent mille* capables de toutes sortes d'emportemens.

42. Le lieu où le Parlement s'assemble fait une ville au milieu de la ville même ; ce lieu n'est fréquenté que par ceux qui défendent leur bien ou qui veulent avoir celui des autres, Diogène, avec sa lanterne, n'y trouveroit pas deux amis, ni un homme content.

43. Les Procureurs, qui sont en troupes dans toutes les villes de France, se trouvent ici en milliers ; c'est une espèce d'hommes choisis pour dégraisser ceux qui sont trop gras, et pour empêcher que les maigres n'engraissent; il semble que les Princes ne les souffrent qu'afin d'entretenir une sorte de guerre civile parmi leurs sujets, persuadez que s'ils ne passoient leur vie à demander en justice ce qui leur apartient, et à usurper ce qui ne leur apartient pas, leur autorité seroit en danger par leurs intrigues et par leur agitation. Quand j'entre dans la grand'salle, je vois une infinité de personnes échauffées, dont la moitié tourmente l'autre par des contestations opiniatrées depuis plusieurs années; et soutenues par les inventions dia-

parla point de fermer l'entrée à qui que ce «oit. J'eus bien de la )oie d'avoir en quelque sorte empêché qu'on n'ôtât cette promenade au public. Si une fois M. Colbert eût fait fermer les Thuilleries, je ne sçais quand on les aurait rouvertes. Cette dureté auroit été louée de toute la cour, qui ne manque jamais d'applaudir au ministre, particulièrement quand il paraît avoir du zèle pour le plaisir du prince. »

I. Ce nombre est sans doute exagéré ; il est certain qu'il était très grand au xvii* siècle, où l'usage de se faire accompagner de laquais devint très commun. On eut de grands et de petits laqiMis, et les comédies de Molière attestent assez que cette coutume avait passé de la noblesse à la bourgeoisie.

Digitizèd

j6 MARANÂ.

boliques des praticiens. Leur robe est longue et noire, pour faire voir combien elle est funeste à tout le monde; ils portent sur la tête un bonnet à quatre cornes à la manière des prêtres, et en cet équipage ils conduisent leurs parties sur l'autel de Justinien*.

43. Leurs armes sont la langue, la plume et la bourse ; avec les deux premières, ils défendent et riiinent leurs clients, et avec la bourse ils les dépouillent : ils ne finissent les procès que quand les parties n'ont plus d'argent pour les continuer ; et lors qu'ils sont jugez, il ne reste aux Plaideurs qu'un amas de papiers barboiiillez remplis d'une espèce de termes magiques que personne ne peut comprendre; c'est dans ce champ de bataille, où le père et l'enfant, le mari et la femme, le maître et le valet, combattent l'un contre l'autre à coups de plumes, avec des menaces, des injures et des calomnies, et où l'on voit des concussions réelles, des dépôts niez, des vols de tuteurs et des pleurs de. veuves et d'orphelins.

44. Quand au bout d'un grand nombre d'années quelqu'un gagne son procès, sa victoire le réduit à la mendicité; cet exercice de contestation a quelque chose de bizarre, deux adversaires sollicitent jour et nuit le même juge, l'un pour demeurer en chemise, et l'autre pour être nud, l'expérience ne faisant que trop voir que celui qui gagne son procès à peine

I. La Lettre ne ménage pas plus les procureurs que les médecins.

a-t-il de quoi s^habiller et que celui qui le perd n^a pas de quoi se couvrir*.

4;. Les livres sont dans la bibliothèque d'un fameux avocat^, comme on voit dans la mer les poissons dont une partie mange Tautre. Un million de morts' sont rangez en bataille les uns contre les autres, pour entretenir la sédition dans toutes les familles des vivans, tant les opinions de ces docteurs interprètes des lois sont oposées, douteuses, incertaines et variables. C'est amsi que les lois de Justinidn et de tous les autres princes sont corrompiies, violées ou confondues par ces interprètes ignorans ou malicieux, qui ne connoissent pas la vérité de la loi ou qui se font un plaisir d^Y trouver un sens inconnu, se souciant peu que leur interprétation subtile devienne la source d'une infinité de mauvaises contestations. Le proverbe espagnol me semble bien véritable, qui commence un procès plante un palmier^ arbre qui ne donne jamais de son fruit à celui qui le plante. Les mahométans sont bien plus heureux, leurs bâtons décident plus de procez en deux jours que tous les docteurs en plusieurs années. Les Romains ne s' accordoient pas en la manière dont devoit être le barreau ; Caton * vouloit que le plancher fût

Page 1