‹ Anciennes descriptions de Paris (volume 2)Chapitre 29 sur 77 · I . Les auteurs · texte numérisé non relu

I . Les auteurs

4. Caton le Censeur (314-149 avant Jésus-Christ); on lui éleva une statue avec cette inscription : A Caton, qui a corrigé les mœurs. 11 apprit le grec à quatre-vingts ans.

tout hérissé de pointes pour déchirer les pieds des plaideurs, et Marcellus^ au contraire qu'il fût bien couvert contre les injures du tems, afin d'inviter tout le monde à y venir multiplier les contestations.

46. Les médecins guérissent et tuent ici les malades comme dans tous les lieux du monde! Quand ils aprochent d'un malade, au lieu de connoître son mal ils le lui demandent". Il n'y a point de remède plus seur pour avoir une vie longue et heureuse que de les éloigner ^, Un poëte latin parlant d'un jeune Romain qui s'étoic allé coucher en bonne santé, dit qu'il mourut subitement pendant la nuit, et cela parce qu'il avoit vu un médecin en songe. Ce que je trouve d'injuste, c'est que l'on paye également le médecin qui tuë et celui qui guérit, et qu'on ne trouve aucun juge qui punisse un médecin ignorant*.

I. M. Claudius Marcellas, le client de Cicéroo. a. Ce qui ne permet pas toujours au disciple d'Esculape d'établir avec certitude son diagnostic.

3 . Ceci sent l'école de Molière : « Si vous êtes médecins, dit M. de Pourceaugnac, je n'ai que faire de vous, et je me moque de la médecine... Mon père et ma mère n'ont jamais voulu de remède ; et ils sont morts tous deux sans l'assistance des médecins. »

4. a Ce serait à déserter la profession, qui voudrait être médecin le cas échéant? Je ne dirai pas, — c'est Edouard Foumier qui parle, — que la médecine moderne me fait regretter l'antique et que je mets sur la même ligne la pratique routinière de M. Purgon et la science si hautement philosophique de Bichat ; ce serait pousser mon système jusqu'à la barbarie. Mais ce que je regretterai bel et bien, par exemple, c'est l'ancienne législation sur les médecins. Quand me rendra-t-on cet excellent bailli de Dijon qui, en 138^, fit mettre en prison et condamna, de plus, à une amende de cinquante francs d^or un médecin qui n'avait pas guéri ses

LETTRE D'UN SICILIEN. jp

47. Le plus adroit exercice est celui de certains voleurs, qu'on appelle ici Filoux*, leur métier est

malades? » Les Visigotbs faisaient de même. Oa trouve dans leurs lois des stipulations d'amende contre les médecins qui ne guérissaient pas. (Lindenbrog. Lois des Wisigoths, xx, i, 5.) « Âsclépiade, disait encore Guy Patin, pensait que le devoir d'un médecin était de guérir les malades tuto, celeriter etjucundè; nos antimoniens nous envoient en l'autre monde, tut6,et celeriter. » On poarrait multiplier les citations, les faits ne manquent pas.

L'auteur écrit au courant de la plume sans ménager ses transitions, peut-être à dessein ; ainsi des médecins il passe aux filoux (47); de la célébration des mariages à la vente des huîtres, etc.

I. Un mémoire, qui remonte aux premières années de Colbert, ayant pour but «t de remédier aux vols et assassinats qui se commettent de nuit dans la ville de Paris par le moyen de corps de garde qu'on pourra établir pour ce sujet », confirme la description de. Boileau et va même au delà ; il avisait aux moyens de débarrasser la capitale des coupe-jarrets, qui en rendaient le séjour si peu sûr aux honnêtes gens. Si connus que soient ces vers, il n'est pas hors de propos de les reproduire ici.'

...Sitôt que du soir les ombres pacifiques

D'un double cadenas font fermer les boutiques ;

Qjue, retiré chez lui, le paisible marchand

Va revoir ses billets et compter son argent,

Que, dans le Marché-Neuf, tout est calme et tranquille,

Les voleurs i l'instant s'emparent de la ville ;

Le bois le plus tuneste et le moins fréquenté

Est, au prix de Paris, un lieu de sûreté.

Malheur donc i celui qu'une affaire imprévue

Engage un peu trop tard au détour d'un rue^

Bientôt quatre bandits lui serrant les côtés :

La bourse I il faut se rendre ; — ou bien non, résistez,

Afin que votre mort, de tragique mémoire,

Des massacres fameux aille grossir l'histoire.

Les guerres civiles, l'absence de police avaient multiplié le nombre des malfaiteurs, et c'est avec raison qu'on a pu publier les « reigles, statuts et ordonnances de la Caballe des filous reformée depuis huit jours dans Paris, ensemble leur police, estât, gouvernement, et le moyen de les cognoistre d'une lieue loing sans lunettes. » Voy. Variétés historiques et littéraires, t, III, p. 147.

40 MÂRANA.

plus subtil que celui de Geber *; s'il a montré à changer le plomb en or, ceux-ci font Tor avec rien ; ils volent avec tant d'adresse, que s'il n'étoit honteux de se laisser voler, ce seroit un plaisir de Têtre par des gens si fins et si rusez. Hercules n'auroit jamais sçù qui lui avoit pris ses bœufs, si Cacus * eut été filou de Paris : à vous dire la vérité, qui va la nuit est en danger de se trouver nud comme nos premiers parents, et qui dort pendant le jour fait souvent mentir Aristote, qui dit qu'il n'y a point de vuide dans la nature'; car ceux qui ne veillent pas assez, ne trouvent rien ni dans leurs coffres, ni dans leurs maisons. Ces filoux sont toujours punis par les juges, mais, c'est quand on les attrape, et qu'ils ne font pas leur métier adroitement*.

48. Les animaux sont ici plus doux qu'en pas un lieu du monde; on ne voit point de serpents, ni presque aucune sorte de bêtes venimeuses. Ce qui est admirable, c'est de voir que les chevaux qui sont les animaux les plus fiers, perdent ici leur fierté, et

I. Célèbre chimiste ou alchimiste arabe, qui vivait à la fin du VIII* siècle ou au commencement du ix*. Un autre astronome de ce nom brillait au xii" siècle.

a. Géant monstrueux ayant un jour volé quelques génisses à Hercule, ce héros força l'entrée de la caverne où il s'était barricadé et Tétouffa.

3, Que la nature a horreur du vide.

4. Ce passage voudrait-il dire que la justice d'alors, comme les Spartiates, punissait, non le fait délictueux, mais la maladresse de celui qui s'était laissé prendre? Ce serait le cas d'appliquer le ▼ers :

Victrix causa Diis placuii, sed vlcta Catoni.

deviennenc plus doux que ne sont les aines d^Arcadie. Les François en font tout ce qu'ils veulent, il s'en hut peu qu^ils ne les fassent mettre à genoux, comme les Turcs font aux chameaux de leurs caravanes. Ils les battent, ils les châtient, et quand ils ne sçavent plus comme les tourmenter, il les réduisent à la vilaine figure de singe en leur coupant la queue et les oreilles; c'est de là qu'est venu le proverbe, que Paris est le , Paradis des femmes ^ le Purgatoire des hommes et V Enfer des chevaux^,

49. Quant à la dévotion, je n'ai jamais vu peuple plus dévot, prêtres plus retenus, clergé plus réglé et religieux donner meilleur exemple. Le peuple fréquente les églises avec piété; les marchands vont demander à Dieu que leur négoce prospère, il n'y a que les nobles et les grands qui y viennent pour se

I. Variantes : « J'ai tousjours ouy dire que Paris estoit le purgatoire des pl^deurs, l'eafer des moles, et le paradis des femmes. Ancien théâtre français^ VII, 307.

On a dit aussi qne c'était l'enfer des hommes et des chevaux, mais le paradis des dames.

O. — Qu'est-ce que Paris?

R. — Le paradis des femmes, le purgatoire des hommes et Venfer des chevaux. Catéchisme des Courtisans, 1668.

« Ce proverbe, qu'on croyait ne remonter qu'à la fin du XVII* siècle, dit Ed. Fournier, se trouve ainsi au complet dans le plaisant galimatias d'un Gascon et d'un Provençal. Nous l'avons vu servir de texte à une caricature parue dans la dernière année du règne de Louis XIV, et qui a été reproduite dans le Musée de la Caricature, II* livre, et par le Magasin pittoresque, tome VII, p. -^6. Le proverbe liégeois était différent : Liège, à l'entendre, était U paradis des prêtres, Venfer des femmes, le purgatoire des hommes. Voir Variétés historiques et littéraires , t. II, p. aS^.

divertir, pour parler, et faire ramaïur: et on voit quelquefois des hommes qui y entrent avec des bottes ^, sans se souvenir du respect qu'ont les Mahométans, qui avant d^entrer dans leurs mosquées laissent leurs souliers k la porte,

50, Quoi qu'on vive long-tems ici, cependant on n'y voit presque point de vieillards, les hommes n'y portent point de barbe, ni Jeurs propres cheveux, et ils couvrent avec beaucoup de soin les défauts de3 années avec les cheveux d'autrui, qui leur donnent une perpétuelle jeunesse. Depuis que la perruque a été reçue *^ les tètes des morts et celles des femmes se vendent cher, étant la mode que les sépulcres et les femmes fournissent le plus bel ornement à la tête des hommes.

51. Tout le inonde s'habille avec beaucoup de pror prêté : les rubans, les miroirs et les dentelles sont trois choses sans lesquelles les François ne peuvent pas vivre. L'of et l'argent -est devenu si commun, comme j'ai déjà dit, qu*il brille sur les habits de toutes sortes de personnes, et le luxe démesuré a confondu le maître avec le valet, et les gens de la lie du peuple avec les personnes les plus élevées. Tout le monde porte l'épée ^, ce qui les rend tous soldats, et

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