‹ Anciennes descriptions de Paris (volume 2)Chapitre 30 sur 77 · I. Ce qu'on ne se permet pas qoand on va dans nn salon · texte numérisé non relu

I. Ce qu'on ne se permet pas qoand on va dans nn salon

t. Saint'Evremondy qui avait touIu toujoort-garder fes cheveux blancs, ppavàitaemoqaer deaes contempoçains qui. |)oruient perruque.

|. Malppé de npmUreoses ordonnances.

Paris ressemble à VEutopie de Thomas Mortis % où l'on ne dîstînguoîc personne.

52. Cçsc ici le Païs du plaisir, les amans ne soupirent guéres, la jalousie ne tourmente personne, les soldats François vont à la mort par divertissement, et les affligez ne paroissent pas en ptblic. Il y a des musiciens en si grand nombre, qu'en commençant depuis la plus grande dame jusqu'à la plus vile servante, et depuis le plus noble cavalier jusqu'au dernier laquais, chacun sacrifie à Orphée, c'est-à-dire que chacun chante, et plus dans les places publiques et dans les jardins que dans les maisons particulières ; les François se moquant du philosophe qui remarque dans la politique que les poètes n'ont jamais fait chanter Jupiter, comme si le chant était indigne d'un Dieu.

53. Comme tout est cher à Paris, il n'y a pas jusqu'aux mprts qui ne payent un droit pour obtenir la sépulture ; ainsi un homme qui se meurt e3t moins embarrassé de jnourir que de payer le médecin qui le tuë et le citfé qui l'enterre*.

54. Les gens de lettres sont ici en aussi grand nombre que les ignorans à Constantinople : il y a plusieurs Académies où les honnêtes gens vont discourir ; les deux plus fameuses sont celle de la langue française et celle des sciences» La dernière est composée de

ï. More (ThomM), en latin MoruSy grand chancelier d'Angleterre, a laissé plusieurs ouvrages dont le plus connu est aon^Utopie, intitulée De optimo reipublicœ statu, deque nova insula Vlopiee.

a. « Ce n'est paa -assez, disait un avare, de perdre aes^Mirenis, U faut encore payer pour les eaterreir et en hériter. ».

^^ MARÂNA.

plusieurs philosophes plus éclairez que les anciens, et qui découvrent tous les jours de nouveaux mystères dans la nature. Et Tautre est une compagnie d'esprits sublimes, qui apprennent les beautés de la langue aux François, et qui ont rendu la nation la plus éloquente de l'univers; T Université est aussi une académie célèbre, où Ton exerce les jeunes gens dans les principes des choses naturelles; et la Sorbonne, un Séminaire fameux, ou la théologie enseigne à parler des mystères de la religion ; et c'est de là que sont sortis les premiers hommes de TEurope, pour la science et pour la vertu,

55. J'ai oiii dire que les alchimistes sont ici en aussi grand nombre que les cuisiniers ; mais ils ne tirent de leur art que des connoissances inutiles. On en compte cinq à six mille, qui seront assez malheureux pour ne recevoir de leurs travaux et de leur assiduité, que de la fumée: récompense ordinaire que donne à ses adhérans un art riche en espérances, libéral en promesses, et ingénieux pour la peine et pour la fatigue, dont le commencement est de mentir, le milieu de travailler et là fin de demander Taumône.

56. Les libraires et les imprimeurs tiennent le premier rang parmi les arts mécaniques ; il n'y a pas une ville au monde où Ton voye plus de livres nouveaux, et où la difficulté de faire imprimer soit plus grande. Plusieurs personnes écrivent sur des matières nobles et curieuses, mais ils sont presque tous pauvres. La morale est principalement du goût des François, on en écrit avec beaucoup de délicatesse ; on traduit et

on imprime aussi plusieurs livres grecs et latins, italiens et espagnols. Marque certaine de la pauvreté des auteurs, de la richesse des libraires, et du grand firuit que produisent les applications des gens de lettres. Les libraires sVnrichissent sans entendre les livres quHls vendent, et c'est d'eux que Quévedo * dit f qu'ils sont tourmentei en Vautre monde pour les œuvres d* autrui, •

. 57. On trouve à Paris tout ce qu'on peut demander, et on le trouve sur-le-champ. Et le monde ne fournit aucune invention pour goûter tous les plaisirs de la vie que Ton ne mette en usage. Les péripatéùclens et les stoïciens n'ont jamais tant travaillé pour réformer les mœurs, que les cuisiniers travaillent pour satisfaire le ventre. Toujours sauces nouvelles, et ragoûts inconnus; et les François fatiguez de se nourrir de viandes ordinaires, ont upjjyé le moyen d'amollir les os décharnés des animaux.^^t d'en faire des mets délicieux*. On vit chèrement ici, le pain est bon, il est blanc, bien fait, et un seul pain est quelquefois si grand, qu'il suffit pour rassasier une famille entière pendant plusieurs jours, ce qui a fait

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