Ibid,, VI
parmi le petit commerce des rues ; il ne serait pas impossible d'en retrouver des vestiges dans le langage de nos petits marchands des quatre saisons. Nous reproduisons cette pièce telle que Ta donnée M. Paul Lacroix, dans son 'Paris ridicule et hurlesque au XVII' siècle, m Nous avons réimprimé ces Cris de Paris^ dit le bibliophile Jacob dans son Avertissement, d'après une édition- de Troyes très fautive, mais par cela même plus importante, puisqu'elle nous représente fidèlement l'état d'une tradition orale qui s'était corrompue de bouche en bouche. Cette édition des Cris de Paris ^ que nous avons reproduite en la corrigeant quelquefois, bien entendu, est une des innombrables impressions de Troyes, chez Pierre Garnier, 17 14, in-16 de 78 pages. Mais le même recueil existe dans trois ou quatre éditions gothiques que nous avons laissées de côté de propos délibéré, ces éditions offrant des variantes considérables, qui caractérisent une époque de la tradition populaire. »
En reproduisant le poème de Guillaume de Villeneuve et les Cris de Parii^ nous n'avons eu qu'un but : faire pénétrer plus avant le lecteur dans les mœurs du vieux Paris ; nous avons négligé plusieurs opuscules qui ne rentraient pas directement dans notre sujet, ni dans l'épo lue à laquelle se rapporte la Lettre d'un Sicilien. Nous avons été amené, par une critique que nous croyons exagérée, a montrer que le sentiment de l'auteur est aussi injuste que celui de Boileau ; on l'explique dans le premier par le manque de connaissance de nos usages, puisqu'on le suppose étranger; dans le second, par son caractère chagrin, suite de son tempérament mélancolique; la satire en question, d'ailleurs, est plutôt imitée d'Horace et de Juvénal que composée de sentiment et prise sur le fait ; elles sont des œuvres particulières d'individus qui ont vu à leur point de vue restreint, égoïste et personnel ce qu'il fallait voir de haut et de loin avec
le sentiment des services rendus à tous et à chacun et non des inconvénients qui en peuvent résulter dans un cas particulier : quand on est misanthrope à ce point on se fait chartreux, on se retire au désert. Victor Hugo a prouvé aux grincheux que les sonneries des cloches avaient leur harmonie: s'il y eût pensé, il eût trouvé de h poésie dans les cris de Paris ; leur antiquité, leur perpétuité nous les rendent doublement chers ; nous avons tenu à les mettre sous les yeux de nos lecteurs pour leur rappeler les usages de nos pères, pour les leur faire aimer. Si nous avons atteint ce but, nous sommes satisfait.
Toutes les notes qui accompagnent les Cris de Paris «ont l'œuvre de M. Paul Lacroix ; celles qui sont suivies des lettres A. B. sont de M. Alfred Bonnardot, enfin elles émanent de l'éditeur quind elles sont signées V.D.
Avant de terminer ce long préambule, nous ferons remarquer que les Cris de Paris ont été l'objet d'un curieux travail d'un musicien archéologue. Il mit en musique les modulations plus ou moins mélodieuses par lesquelles les petits industriels des rues annonçaient leurs produits, modulations qu'ils se transmettaient par une tradition constante pour les mêmes espèces de marchandises. Voici le titre de cet ouvrage plus savant que pratique:
« Les Voix de Paris ^ essais d'une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale, depuis le moyen âge jusqu'à nos jours; précédée de considérations sur l'origine et le caractère des cris en général et suivi de Les Cris de Parisy grande symphonie humoristique, vocale et instrumentale. Paris, Brandus, 1857, in-4". »
11 y a longtemps déjà que ce sujet a tenté les musiciens. Sous François r*". Clément Jannequin (Janequin ou Jennekin), célèbre musicien du xvi* siècle, a voulu traduire en musique les cris traditionnels de Paris, dont l'origine se perd dans la nuit des temps : le rythme en
est toujours le même pour la même espèce de marchandise, mais les variantes en sont aussi nombreuses que les individus qui les emploient. Jannequin, d'après M. Kastner, n'a produit qu'un quatuor, tandis que cet auteur moderne a su tirer de ce thème, qui se prête si merveilleusement à l'harmonie, une symphonie.
Un autre musicien moderne, M. Mainher, dans les Français peints par eux-mêmes, a abordé ce sujet et a donné la notation des Cris de Paris. Peut-il affirmer qu'il a réussi à les comprendre, à les saisir, à les fixer sur le papier? Il en est un peu, en pareille matière, comme pour les ressemblances individuelles : l'imagination a une grande part dans l'impression éprouvée simultanément par des individus différents à propos d'un même objet. Kastner critique les mélopées de Jannequin ; qui sait si ce dernier n'en ferait pas autant de la symphonie de son censeur? Les Cris de Paris, mis en musique par Jannequin, comme la Farce nouvelle des cris de Paris ^ Lyon, 1548, étaient appréciés de leur temps et ne seraient plus compris du nôtre; Mainher et Kastner ont travaillé pour leurs contemporains ; ont-ils recueilli leurs applaudissements. Il est permis d'en douter. En fait, nous pouvons constater que les Cris de Paris disparaissent chaque jour au détriment du pittoresque, mais au profit de la tranquillité des bons bourgeois, dont les oreilles ne sont plus fatiguées par le concert plus ou moins harmonieux des Crieries du Paris moderne : les mille voix de la presse et les affiches de la réclame se sont substituées aux cris de Paris du moyen âge. Qui oserait affirmer que ce n'est pas un progrès réclamé par notre siècle fécond en découvertes : le siècle de la science et des lumières ?
byGoMle
B6 MâRANA.