‹ Anciennes descriptions de Paris (volume 2)Chapitre 8 sur 77 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

Mi^ le cardinal (TEstrées, {Parisy Martin Jouvenet^ 1690, in-i2.) »

C'est de Manne, sous le n<> 580 de son t Nouveau recueil d'ouvrages anonymes et pseudonymes • qui nous fait connaître le véritable auteur du livre publié sous le nom de Marana. N® 144,8 de la y édition de l'ouvrage de M. de Manne, dit Quérard : Les Supercheries littéraires dévoilées^ 2® édition. Tome II, col. 1046.

Les chiffres indiqués sont bien exacts; il faut lire effectivement pour le premier 580, et pour le second 1448 dans la y édition.

La question de chiffres n'a que l'importance d'un errata : il n'en est pas de même de l'affirmation de de Manne ; mais, quelle que soit l'importance qu'on attache à cette affirmation, comme il ne cite pas ses autorités et qu on ne peut vérifier ses allégations, jusqu'à preuve du contraire, c'est-à-dire jusqu'à l'indication des sources, il est permis de ne~ pas adopter son appréciation personnelle. Sur le dire de de Manncj nous nous sommes demandé un instant si le nom de Marana n'était pas réellement un pseudonyme; en vieux français, Marana signifie Maure converti, un apostat de la loi de Mahomet; mais cette similitude de nom n'étant pas justifiée, ce fait isolé n'a nulle valeur, n'implique aucune conséquence.

Jusqu'à preuve plus complète du contraire, nous continuons à- reconnaître Marana comme l'auteur

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des ouvrages qui lui ont été attribués jusqu'à ce jour : l'Espion turcj les Èvinemenm^du règne de Louis le Grand, Nous y joindrons volontiers la Lettre d^un Sicilien^ qu'on ne saurait attribuer à Saint-£vremond. Les manuscrits de Fauteur sont détruits ou égarés, ce qui laisse prise au doute. Les Entretiens d'un Solitaire n'en parlent pas non plus ; mais ce fait n'a pas d'importance. Le Journal de Verdun de 1754 contient deux articles de Dreux du Radier (pages 15^ et 270) sur Marana, et entre autres un passage qui rappelle le style et le faire de Marana; c'est le portrait de Fauteur par lui-même :

i Ne me croyez pas, dit-il, malheureux, parce que je n'ai pas tout ce qu'on peut désirer ; la fortune, je le sais, traite ses favoris en princes, mais elle caresse qui lui plaît ; si les gens du mérite le plus réel ne sont pas ceux à qui elle accorde ses plus brillantes faveurs, ce n'est pas toujours sa faute. Elle les offre à bien d'honnêtes gens qui les méprisent. Il y en a plus qui lui font violence qu'il n'y en a qu'elle va chercher, comme on en voit aussi un grand nombre qui reçoivent d'elle des présents qu'ils ne savent pas conserver. Je suis confus de le dire, mais peut-être suis-je de ce nombre. A peine sais-je à mon âge la valeur des espèces, et je suis encore à apprendre ce que vaut Fargent. Avec de pareils principes, on . n'imaginera pas que je sois porté à Fépargne ou à

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Féconomie. Mais il y a longtemps que j'ai acquis le secret inestimable d'être riche quand il me plaît : en réglant mes désirs, je sais régler ma fortune, j^en deviens le maître. Si je n'ai point de valet, je loue Dieu de m'avoir débarrassé d'un ennemi. Je ne suis ni logé sous un superbe lambris ni couché sous P impériale d'un lit magnifique ; mais, grâces à Dieu, j'ai toujours eu un bon lit, où j'ai dormi tranquillement; une chambre qui, toute étroite qu'elle est, m'a mis à couvert des injures de l'air et des intempéries des saisons. Je ne suis point habillé de soie, For ne brille pas sur mes habits, mais jamais je n'ai cru déroger à mon état ni à ma naissance avec un habit simple et de l'âme. Je ne crains pas de mourir de faim ni de soif dans une ville où l'hospitalité fait le premier des devoirs, et où, comme l'on dit, on ne trouve jamais ses morceaux dans la patte du loup. Partout on trouve des gens qui vous ofiFrent leur table, et qui vous remercient à la fin du repas. Les gens de ce pays, ajoute Marana, sans passer pour gourmands, font autant de repas par jour que les Turcs font de prières*. » Ce passage ne complète-t-il pas le chapitre intitulé La manière de vivre de l'auteur à Paris? Un philosophe de ce caractère n'avait pas besoin d'une pension considérable pour subsister à Paris

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