‹ Anciennes descriptions de Paris (volume 3)Chapitre 74 sur 88 · LES VII STATIONS DE SAINT PENIS · texte numérisé non relu

LES VII STATIONS DE SAINT PENIS

Sans entrer dans la question de l'aréopagitisme qui ne paraît pas remonter au delà de son auteiu- Hilduin, c'est-à-dire au ix'^ siècle, qu'il nous soit permis de nous arrêter un instant sur une tradition reproduite par tous les hagiographes et les historiens de Paris, et de nos jours consacrée par l'autorité incontestable de l'un des maîtres de l'archéologie. M. Albert Lenoir, en e£Eet, en faisant entrei; cette légende dans la Statistique mo^ numentaU) lui a donné une consécration que le témoignage des Baillet et des Launoy avait pu affaiblir à cause de leurs préjugés, mais que l'école historique moderne ne doit pas hésiter à reconnaître, a Nous savons par expérience, dit M. E. Leblant*, ce que la tradition peut ajouter à l'étude, i « Il fut un temps, dit de son côté A. Berty *, où l'on accordait une foi aveugle à

I. A. Leblant, Inscriptions de la Gaule chrétienne, a. A. Berty, Trois îlots 4e Iq, Cité,

SIN6ULARITEZ DE PARIS. ti$

toutes les traditions, sans prendre la peine d'en examiner la vraisemblance; puis en est venu par degrés un autre où les traditions ont été absolument dédaignées comme ne comportant que des erreurs. Ce second système est aussi pernicieux que le premier, et Test peutêtre davantage, car plus les sciences historiques font de progrès, plus on reconnaît que les traditions sont des données dont il est indispensable de tenir compte, toutes les fois qu'on n'a aucune certitude de leur fausseté et toutes les fois qu'on n'a rien à mettre à leur place. »

Si l'on admet en principe que toute légende a pour origine un fait vrai, mais défiguré par l'imagination populaire, amie du merveilleux, oa peut reconnaître la réalité des Stations de saint Denis, tout en renonçant à pouvoir expliquer certains Vlétails qui en accompagnent le récit.

ff Saint Denis, apdtre et premier évéque de Paris, dit f M. Albert Lenoir ^, ^serait, suivant la tradition, ar- « rivé de Rome par la voie antique située au midi « de la ville, s'arrétant à trois endroits différents sur c cette route, au lieu où s'élevèrent plus tard les églises c de Notre-Dame-des-Champs , de Saint-Etienne-desff Grés et de Saint-Benoit ; ces lieux furent considérés f comme ses premières stations. Dans Tile de la Cité, « deux chapelles lui furent consacrées comme ses c quatrième et cinquième stations : on les nommait ff Saint-Denis-du-Pas et Saint-Denis-de-la-Chartre. A la ff gauche du monastère de Montmartre, et plus bas, ff la chapelle du martyre, depuis des siècles, était un ff lieu de pèlerinage et que l'on considérait comme la ff sixième' et dernière station de saint Denis : cette ff croyance s'accrut par la découverte qu'on fit, le

I* A. Lenoir, Statistique monumentale deJ*arii. Explication des planches 3(5 et |7«

ijtf ESTIENNE CHOLET.

« 13 juillet 161 1, d'une crypte profonde, située à Torient ff de cette chapelle, et qui contenait un autel gros- « sièrement exécuté, et au-dessus une croix carrée gra- « vée dans le mur, selon le procès- verbal publié par er les historiens du temps, croix de forme grecque, ff comme on les faisait dans les premiers siècles chré- (c tiens. D'autres croix et des fragments d'inscriptions « étaient gravés sur les parois de cette crypte. »

N'étant pas, comme M. Albert I.enoir, limités à Paris, nous admettrons, avec ses devanciers, organes de la tradition, une septième station, et nous la placerons au lieu où saint Denis fut enterré par Catulle et qui porte aujourd'hui son nom. Nous allons suppléer au silence de la Statistique monumentale qui n'a reproduit que les quatrième, cinquième et sixième stations, en les passant toutes en revue, et en commençant par la première.

I. Notre-Dame-des-Champs. — Le voyageur qui arrivait de Rome par la Province, en passant par Orléans, suivait la voie romaine qui traversait Lutèce. Mais avant d'apercevoir la Cité, qui émergeait au milieu de la Seine, il lui fallait parcourir une grande plaine, des champs (campi), les tombeaux qui, suivant Tusage païen d'enterrer aux abords des grandes routes, se multipliaient à mesure que Ton avançait, en raison de l'occupation romaine et des agrandissements de la ville encore cachée aux regards. Avant d'arriver au fleuve, cette plaine s'abaissa brusquement. Dans ses (entrailles sont renfermés les matériaux de la future capitale. A la surface, la terre était cultivée avec soin et couverte de riches moissons et de vignes renommées déjà au temps du césar Julien, qui en a fait l'éloge, pendant que le sous-sol était exploité. Aussi saint Denis, pauvre et inconnu, put-il se réfugier dans une de ces carrières, aux environ? de la ville prédestinée, 4ont le séjour était

réservé aux patriciens romains, aux Gaulois, propriétaires du sol, et aux Nauta parisienses, tandis que les colons romains, les pauvres et les ouvriers en occupaient les abords. Venu de Rome, et parlant Tidiome latin, le saint missionnaire devait être plus facilement compris des habitants de cette région populaire, où la langue des vainqueurs, quoique corrompue, était prédominante.

C'est, en effet, non loin du palais futur des césars, au commencement du faubourg Saint* Jacques, que la tradition place la première station de Tapôtre de Paris, à l'endroit où s'élève l'église du prieuré de Notre-Damedes-Champs, occupée de nos jours par les religieuses carmélites, rue d'Enfer, 6^^,

Il n'est pas inutile de remarquer que cet établissement, comme tout le quartier jusqu'à la Seine d'un côté, et fort avant dans la campagne à Topposite, repose sur des carrières, a On assure, par tradition, dit Leff beuf ^, dans le couvent des Carmélites, qui a succédé V aux Bénédictins, qu'il y a sous la crypte sur laquelle c est le fond de l'église, une cave plus basse, et qui « marquerait encore des restes de sépulcres romains, « et peut-être fut-ce dans quelques-uns de ces lieux souc terrains que saint Denis assembla d'abord quelques a fidèles. Dès le commencement du xii* siècle, l'octave « de saint Denis était distinguée en cette église par un « grand luminaire. »

Lebeuf a constaté la tradition sans l'examiner; ce n'est pas sérieusement qu'il a cru y voir des sépultures romaines, à moins, qu'il n'en fasse un synonyme de chrétiennes; au temps de l'occupation romaine, les païens brûlaient leurs morts ou les enterraient sur les bords des grandes voies ; le local creusé dans la carrière se refuse d'ailleurs à ce qu'on suppose qu'il eût été à usage

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