I. Lebenf^ Histoire du diocèse de Paris, t. r% p
Ij8 ESTIENNE CHOLET.
ée coUanba/yan. Mais il a pu servir de retraite au pontife, de lieu d'assemblée à ses premiers disciples qui s'y réunissaient comme les chrétiens de Rome dans les catacombes, au temps des persécutions.
A la première révolution, la voûte de cette cave fut défoncée et comblée, comme pour en effacer le souvenir; mais depuis elle a été retrouvée et dégagée. Les^ Carmélites observant une clôture rigoureuse, on n'y pénétrait que pendant l'octave de Saint-Denis, sans doute en souvenir de la solennité particulière en usage dès le XII* siècle. Le roi Louis le Gros avait assigné une rente de 20 sols pour l'entretien de ce luminaire, nous apprend Lebeuf.
On descendait dans cette crypte par une trentaine de marches ; un autel et un lampadaire faisaient tous les firais-de ce sanctuaire. C'est là vraisemblablement le palais et la cathédrale du premier évéque de Paris; de là, il a dû sortir pour évangéliser le territoire des Parisii, et, suivant les voies romaines existantes, s^avancer vers le nord et convertir par lui et ses disciples, Eugène, Lucien, Yon, Nicaise, Taurin, Latuin, Sanctin et Piat, lé nord du Parisis, les pays qui entourent Beauvais, Arpajon, Rouen, Évreux, Séez, Chartres, Meaux et Verdun et pousser jusqu'à Tournay.
Depuis quelques années, on ne peut plus visiter cette trypte, dont l'accès a été interdit par l'autorité ecclésiastique; il nous suffit d'avoir constaté une tradition plusieurs fois séculaire qui place en cet endroit le séjour de saint Denis, et les commencements de son apos^ tolat à Paris.
IL SAlNT-éxiENNE-DES-GRis. r- Vraisemblablement saint Denis a dû plusieurs fois changer d'asile, s'avancer dans l'intérieur du pays, fonder des oratoires ou célébrer chez des particuliers, selon les occurrences et les occasions qui lui ofiEraient matière à exercer son zèle.
SINGULARITEZ DE PARIS. ïï$9
La seconde station qui lui est attribuée par la tradition est relise Saint-£tienne-des-Grés, au coin de 4a rue de ce nom et^de celle de Saint-Jacques, la grande rue, non loin de l'École de droit, dans un canton planté de rignes^ qu'on cultivait encore avec succès sur toute rétendue de, ce coteau, au xm' siècle.
Les étymologistes sont loin d*étre d'accord sur l'on-» gine de ce nom et ne le seront peut-être jamais. Lebeuf propose pour explication de ce surnom, qui remonte jusqu'au xin* siècle, les bornés ou grès qui séparaient les. censives ou territoires et dont son continuateur a cru retrouver un spécimen conservé à l'angle des rues des Grès et Saint-Jacques. En £ût d'étymologies, les plus simples sont souvent les meilleures ; la rue Saint-Jacques était, avec Ja rue Saint-Denis, la moitié de la Croisée de Paris; on sait que Philippe-Auguste avait réparé ou établi le pavé de la rue Saint-Jacques sur le modèle des anciennes voies romaines; on a retrouvé encore de ces blocs de grès lors de la démolition de l'église Sainte Benoit et de la percée de la rue des Écoles ; celui que M. Cocheris a vu avait été relevé an'térieurement ou avait servi à l'usage indiqué par Lebeuf> peu importe même qu'il provint de Fontainebleau ou d'une carrière vobine. Un gros caillou, enseigne d'une, maison, n'a-t-il pas donné son nom à tout un autre quartier de Paris }
U est à remarquer que ce vocable de Saint-Etienne^ et son culte, aussi ancien que l'église, nous a été ap* porté vraisemblablement par saint Denis : la première basilique dans la Cité et la première église paroissiale sur le mont de Paris ont porté également ce même titre de Saint-Étienne.
A dé&ut de documents, cette seconde station de saint Denis prouve «ne chose, le succès de ses prédications ; ft'il quittait sa crypte et ses colons attachés à la glèbe, c'était pour se rapprocher de la ville, pour venir officier
i40 ESTIENNE CHOLET.
dans la maison de quelque néophyte où il distribuait a ses disciples nouveaux le pain de la parole et le corps du Sauveur.
III. Saint-Benoit. — S'il n'y a pas loin de Notre- Dame-des-Champs à Saint-Etienne-des-Grès, il y a moins loin encore de cette seconde station à la troisième, celle de l'église Saint-Benoît, c'est-à-dire de la Sainte- Trinité, sous le patronage de saint Bâche, église située, comme la précédente, dans les vignes; ce rapprochement n'est pas à dédaigner, on en verra plus loin la raison.
M. Albert Lenoir nous faisant ici défaut comme organe de la tradition, nous aurons recours à Tabbé Lebeuf. Ce critique admet que la petite église dédiée à saint Bâche avait été élevée sur un oratoire souurram, que l'on disait de la Trinité, parce que saint Denis avait commencé secrètement à l'invoquer en ce lieu, ainsi qu'on le tenait par la tradition ^. Dans une chapelle de Saint-Benoît on lisait cette inscription : In hoc sacdlo sinctum Dei cœpit invocare nomen*. Lorsque la nécessité de rebâtir l'église au xi^ siècle eut obligé de détruire cette petite crypte, alors, pour en conserver la mémoire dans la nouvelle église,, on la bénit sous le nom delà Trinité et sous l'invocation de saint Bâche. Observons, avant de quitter la rive gauche de la Seine, où saint De= nis avait résidé, peut-être à l'exclusion de la Cité, mais certainement de la rive droite, qu'il évangéiisa plutdt par ses disciples que par lui-même (témoin saint Eugène, martyrisé à Diogilum (Deuil), dont le corps retrouvé dans le lac de ce bourg a imposé son nom à la localité moderne d'Enghien, que l'on reconnaît facilement malgré le changement), observons que sur la rive