Baillet, Vie des Saints, 9 octobre
droite de la Seine, moi as peuplée, on cultivait également la vigne, mais dans des proportions plus grandes que sur la rive gauche ; on la cultive encore dans ces cantons avec plus ou moins de succès, miis peu importe pour ce qui regarde notre sujet.
£n 1703, un savant, passant dans certains de ces cantons vignobles, la surveille et le jour de la fête de saint Denis, remarqua que ceux qui entraient dans le pressoir employaient un vocabulaire de circonstance et faisaient une génuflexion devant un marmouset ou un Bacchus assis sur un tonneau, en souvenir de l'ancien culte de Bacchus, le paganisme ayant persisté plus tard dans ces contrées. Au commencement de ce siècle, l'Orléanais, pays de vignobles, avait conservé également quelques restes de ces supersti rieuses pratiques. Ces usages locaux doivent avoir une signification et fournir un enseignement. L'auteur des Variétés historiques, philosophiques et littéraires remarque judicieusement qu'il ne suait pas qu'un usage soit pratiqué à la campagne et ait quelque chose de burlesque pour être réputé venir du paganisme. Cependant, si la salutation de Bacchus, rapportée plus haut, les 7 et 9 octobre, était véritable, on pourrait révoquer en doute la mort des deux saints Bacque et Denis dont l'Eglise a fixé le culte en ces jours, et il ne serait pas tout à fait improbable que l'on eût placé leur fête aux temps des vendanges pour faire oublier ces fêtes bachiques, les âionisiaques des anciens païens. On sait que les Grecs appelaient Bac- 'chus Aiovualo;. Denis en est la forme vulgaire, comme Bacque celle de Bacchus ; on a remarqué plus haut que la troisième station de saint Denis était au milieu des vignes, et que l'église dite de Saint-Benoît était consacrée primitivement à saint Bacque : matière à réflexion pour ceux qui sont curieux des antiquités païennes et chrétiennes. On peut supposer que l'établissement des
fêtes des saints a eu pour but d'effacer peu à peu les usages et les souvenirs du paganisme en changeant leur objet.
IV. Saint-Denis-DU-Pas est la quatrième station ; elle était dans la Cité, à la pointe de Tile où Ton suppose que devait être la maison de justice (domus Judiciaria) j affectée à la tenue des assises du préfet Sisinnius. ce Proche c d*icelle église fondée par les premiers chrétiens, dit « du Breul^, se voit Tancien cloître faict à la mode ff de religion... C'est en ce lieu que le glorieux saint « Denis, vieillard vénérable, a été mis sur le gril et a ff souffert plusieurs autres tourments mentionnés en sa fl vie. Comme aussi il se chante dans sa prose : CtUastam^ (( Uctum ferreum et cestum vincit igneum. En mémoire « de toutes lesquelles passions et tourmens ayant depuis c été bâtie Téglise surnommée de Saint-Denis-du-Pas. » Cet édifice devait être originairement situé en dehors de l'enceinte militaire de la Cité, remarque M. Albert Lenoir, puisque le rempart en a été retrouvé, en 171 1, sous le sanctuaire de la cathédrale. Admettant la réalité de la tradition des supplices infligés en ce lieu à saint Denis, suffisamment prouvée par le vocable, on ne peut admettre que le surnom du Pas en soit la traduction : de passa ou de gressu n'ayant jamais été synonymes de passion. Le pas ou passage qui le séparait de la cathédrale est plus rationnel.
V. Saint-Denis-DE-la-Chartre. — Non loin de là, . sur la rive septentrionale se trouvait la prison [carcer) où
étaient renfermés les accusés les plus gravement compromis; elle devait être située non loin du pont Notre- Dame, proche de l'église Saint-Denis-de-la-Chartre, où la tradition place la cinquième station du saint évêque. ff Sisinnius, dit encore du Breul', que nous citons
X. Du Breul, Théâtre des Antiquités de Paris, p. 80. a. Ibidem, p. 115.
c pour le rectifier, ayant fait prendre les trois prédica- « teurs, les fit enterrer en une basse fosse, maintenant « appelée la cavej où fut depuis bâtie une églisâ que «f l'on surnomme encore Saint-Denis-de-la-Chartre pour « seule remarque de ce qu'elle a servi autrefois. Cette « ancienne église est beaucoup plus basse que le pavé « de» rues, jusques à y avoir vingt larges degrés à dcsc- « cendre avant que d'y-entrer. Le cloître est encore plus « bas, côtoyé vers septentrion de quelque nombre de « maisons qui ont vue pour la plupart sur notre nour- « ricière Seine. »
Observons qu'à la même époque, c'est-à-dire au III" siècle, il existait à Soissons une cave ou crypte semblable où furent enfermés avant leur supplice saint Crespin et saint Crespinien. On y érigea plus tard Fabbaye de Saint-Crespin-en-CAtf>tf K II se trouvait également à Meaux une cave du même genre'.
Millin a donné le dessin des ceps ou fers qui étaient conservés dans cette église, comme ayant servi à en-^ chaîner les martyrs '. L'abbé Lebeuf et, ce qui est plus surprenant, le savant éditeur Hu Cartulaire de Notre^. Dame de Paris sont tombés dans l'erreur en attribuant à cette église des documents qu'ils ont vus et reproduits, sans les contrôler. Ce sont deux chartes dont nous ne. reproduisons que les passages les plus intéressants.
En décembre 1206, Mathieu, comte de Beautnont, concède par la première à l'évèque de Paris l'endroit où fut incarcéré saint Denis par l'acte qui suit :
«^-Moi, Mathieu, comte de Beaumont, fait savoir, «( pour le salut -de mon âme et celles de mes ancêtres, c à tous présents et à venir, que, pour suppléer un
1. Dormay, Histoire de Soissons^ t. II, p. io8. a. Walùsia», Notitia Galliarum, p. jja.
j. Millin, Antiquités nationales, t. V.
« vœu *, j'ai donné en perpétuelle aumône et concédé à c Dieu et à Eudes, évéque de Paris, en Thonneur de a saint Denis, l'endroit où saint Denis fut, dit-on, incart céré et qu'on nomme la chapelle de Sainte-Catherine, « aind que l'édifice situé dans le même lieu, savoir dei puis le petit pré extérieur jusqu'à la chaussée située t en face qui passe entre ledit endroit et Véglise de Saintc Denis-de-Carcere^ pour y bâtir une église dans laquelle i des prêtres seront chargés de desservir à perpétuité « en rhonneur de Dieu et de saint Denis '. »
La même année, en décembre, Tévèque Eudes accepta par une première confirmation la donation du comte de Beaumont*, et Tannée suivante, août 1207, il donpa une seconde confirmation par laquelle il reconnaît et accepte la donation précédente. L'endroit dont il s'agit, dit l'acte, est l'objet d'un culte et d'une révérence très anciens, — reverentia et religionis antique ^ — comme étant celui où le bienheureux martyr Denis fut, suivant la tradition, détenu et qui fut également honoré de la présence de Notre-Seigneur, qui y apporta au saint martyr la communion, — sacramentum corporis^.
A la tradition se trouve ici mêlée la légende; mais, ce qui n'a pas été remarqué par les divers historiens, c'est que cette église ne possédait pas de chapelle du titre de Sainte-Catherine, et que l'acte fait mention d'un sanctuaire indépendant, quoique voisin, de l'église Saint- Denis-de-la-Chartre. Berty ' a fait remarquer en outre
1. Le mot compensatiouem du texte a été tradait trop largement par récompense de son voyage (qu'il n'exécuta pas, ce qui laisserait soupçonner le retour) qu'il avait promis de faire à Jérusalem.
a. Guérard, Cartulaire de Notre-Dame de Paris, t. I*'. p. ai.
j . Douët d'Arcq, Recherches sur les anciens comtes de Beau* mont dans les Mémoires des Antiquités de Picardie, t. IV.