Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule
a. Dom Marner, Histoire de Saint-Martin-des-ChampSy p. 3 19.
régions souterraines de la Rome contemporaine. Ce sanctuaire était très fréquenté et révéré encore au XI* siècle, où de nombreuses offrandes a£9uaient autant qu'on en peut juger par analogie, d'après les quelques caractères qui nous sont parvenus., Il n'est pas ; usqu'au nom même de Sanctum martyrium qui ne prouve l'antiquité de ce sanctuaire; dans le langage des Pères, il est synonyme de basilique primitive : Martyria vocahantur ecc}esue qwe in honore aUquorum martyr um fichant. Ce texte de Strabon nous a conservé un ternie inusité dans la langue de Fortunat et de Grégoire de Tours, et que le ix* siècle reconnaît comme hors d'usagée à son époque. En résumé, la crypte était un sanctuaire consacré dès les premiers siècles à l'endroit bien connu où saint Denis fut martyrisé; les inscriptions murales témoignent du concours des pèlerins selon l'antique usage; le Sanctum martyrium rappelle l'antique édifice s'élevant sur la crypte, selon la coutume, au lieu sanctifié par le martyr, et qui était primitivement bien connu; les prose quèmes ne sont autre chose que les invocations des saints dans les églises primitives* Cet ensemble de faits antérieurs aux hagiographes montre une tradition non interrompue qu'on doit bien admettre selon la règle de critique de Berty, puisqu'on ne peut en prouver la fausseté et qu'on n'a rien à mettre à sa place.
VU. Saint-Denis. — La tradition, quant au lieu où fut enterré saint Denis, jest incontestée. Un mot, avant de parler de cette septième station du saint apdtre, sur les circonstances qui accompagnèrent sa mort; on n'est pas d'accord sur la distance qui existe entre le lieu du supplice et celui de la sépulture; peu nous importe, ce point étant secondaire. Quant à la légende qui fait prendre au saint sa tète dans ses mains et la lui fait porter l'espace de deux milles jusqu au lieu où devait être son tombeau, l'explication en est facile. Il paruge
d'ailleurs cet honneur avec plusieurs de ses disciples décapités comme lui : saint Yon, à Chastres, près Mont- Ihéry, aujourd'hui Arpajon ; saint Nicaise, près de Rouen; saint Lucien, à Beauvais ; saint Piat, à Tournay. Au moyen âge, la statuaire plaçait entre les mains . des saints un symbole qui caractérisait leur vie ; dans celles des martyrs on plaçait 'les instruments de leur supplice ; mais, pour ne pas confondre les décapités avec saint Paul, armé du glaive symbolique de la parole, on plaça leur tète entre leurs bras; de. là à dire que ces martyrs avaient marché sans le secours de leur tête il n'y a qu'un pas; l'imagination populaire le fit; la légende était trouvée.
A la question des stations de saint Denis se rattache celle de son siège ou de sa cathédrale, puisqu'on lui attribue l'érection de ces églises oh l'on présume qu'il a pontifié ; on est même assez disposé à croire qu'il a fondé, sinon la cathédrale actuelle, au moins un édifice sur son emplacement même, par cela seul qu'il est appelé premier évêque de Paris ; on oublie trop facilement qu'il ne borna pas son zèle à évangéliser le territoire des Parisii, mais que, par lui-même ou par ses disciples, il convertit les régions dont Meaux, Évreux, Séez, Rouen et Tournay étaient les capitales, ce qui exclut une résidence fixe et un long séjour ; et surtout, qu'évêque missionnaire, il n'a pas dû, à une époque de persécution, séjourner habituellement dans la Cité au milieu des sectateurs des dieux de l'empire, encore moins y fonder une église, une cathédrale, mais seulement y venir à des temps et à des époques indéterminés et y prêcher et célébrer chez des particuliers. Lutèce et spécialement son faubourg méridional était le lieu où il résidait, de préférence et d'où il partait pour évangéliser les pays limitrophes. Tout au plus, si la rigueur des édits le tolérait, a-t-il pu avciir un oratoire sur la rive gauche
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de la Seine, où il paraît avoir séjourné plus volontiers, la rive droite étant d'ailleurs couverte alors d'immenses marais et de forêts profondes, traversés seulement par des voies romaines ; c'est là que se réfugièrent et se maintinrent longtemps les derniers Gaulois, sectateurs des Druides, protégés qu'ils étaient par ces vastes solitudes. C'était par le midi que saint Denis était arrivé au milieu des populations adonnées à la culture des champs et de la vigne. Il n'est pas constant non plus que ses ^successeurs immédiats s'y soient établis, saint Marcel paraît avoir été le premier qui habita le canton auquel on donna son nom.
Il n'est pas plus facile de déterminer combien d'années saint Denis résida à Paris, ou pour mieux dire dans son faubourg du Midi; il n'est pas hors de vraisemblance de lui attribuer la fondation d'un oratoire là où plus tard fut érigée l'église de Saint-Benoît.
La dévotion de saint Denis à saint Etienne, premier martyr, s'expliquerait par une communauté d*origine qui aurait fait ériger sous son vocable Saint-Etiennedes-Grès. La première église cathédrale dans la Qté portait aussi ce nom, quoiqu'elle ne puisse remonter à saint Denis : pour qu'il eût pu réaliser cette pensée, il aurait fallu au préalable détruire l'autel des Nautœ purisunses, ce qui était impossible en temps de persécution.
L'église de Notre-Dame-des-Champs, sur l'emplacement actuel du couvent des Carmélites, paraît avoir plus de titres pour reconnaître saint Denis comme son fondateur primitif, si l'on tient compte de la tradition et de la crypte encore existante. Son séjour dans une carrière connue des premiers chrétiens qui venaient assister aux saints mystères a dû nécessiter Tappropriation d'une galerie à cet usage : si le saiiit a eu une cathédrale, ce fut sans doute celle-là; on retrouve sans peine un
SINGULARITEZ DE PARIS. ifi
soQvenir des catacombes de Rome que le missionnaire avait dû fréquenter; d'ailleurs traditions et monuments se sont perpétués jusqu'à nos jours.
En résumé, des cinq églises dont on attribue à saint Denis la fondation, Notre-Dame-des-Champs parait certainement avoir été choisie comme demeure fixe et pour siège par le premier évêque de Paris, les autres ne le furent probablement que par occasion et comme oratoires domestiques.
Quant à ses sept stations, Notre-Dame-des-Champs, Saint-Étienne-des-Grès, Saint-Benoît, nous rappellent particulièrement sa vie apostolique, Saint-Denis-du-Pas, ses tortures, Saint-Denis-en-Chartre sa prison, Montmartre son supplice, eiifia, Saint-Denis en France, son tombeau. Ici l'histoire est d'accord avec la tradition.