INTRODUCTION
bien l'histoire civile et littéraire. Les recherches de mon correspondant n'ayant abouti qu'à un résultat négatif dans le grand dépôt littéraire dont la garde lui est confié, il transmit ma demande à M. le président Baudrier, bibliophile lyonnais, bien connu des amateurs, qui possède dans sa belle collection les ouvrages de Guéroult et le seul exemplaire qui existe en France, à ma connaissance, de VÉpitomé de la Corographie de l'Europe. Voici la note qu'il a bien voulu m' adresser à ce sujet et qui simplifie bien la question: t L'ouvrage intitulé les Figures et Portraits des villes les plus célèbres d'Europe, Lyon, Arnoullet, MCL1I, cité par Du Verdier, et d'après lui par Brunet, est introuvable; mais son existence est constatée par l'avis de l'imprimeur au lecteur, placé à la tête de la C orographie d'Europe, dont le texte est rapporté par le catalogue Yémeniz. Il résulte de cet avis que la première publication n'a été qu'un essai, tiré à petit nombre, et que VEpitomé en est la reproduction augmentée. La légende qui accompagne le plan de Paris est plutôt une courte notice historique qu'une description de la ville. • C'était déjà un point élucidé et dont la solution ne se trouvait pas dans la Bibliographie lyonnaise du xvi e siècle, de Breghot du Lut.
Le plan de Paris dans l'ouvrage de Sébastien Munster a été tiré sur grand papier pour cadrer avec le texte du volume in-folio de la Cosmographie; celui
x INTRODUCTION.
qui accompagne l'ouvrage de Guéroult, plié en deux, se trouve dans un in-4 ou in-8° moderne. Avant de les avoir rapprochés, je croyais le second copie et réduction du premier, et d'autres personnes partageainc ce sentiment. Croyant en posséder seul une reproduction faite en vue d'une publication prochaine, je fus étonné d'en trouver un exemplaire en possession de M. Cousin, qui m'apprit que ce plan était une réduction faite par M. Rothschild, éditeur, et que l'original faisait partie de la bibliothèque de M. A. Firmin- Didot, comme on Ta expliqué précédemment. Muni de mon fac-similé, nous le comparâmes à l'estampe de Munster, et nous arrivâmes à cette conclusion que le plan de l'auteur allemand était une copie peu intelligente du plan français, que je nommerai pour plus de clarté plan d'Arnoullet, du nom de l'éditeur et peut-être bien de l'auteur de ce plan, comme je l'expliquerai tout à l'heure.
Voici les principaux motifs de cette affirmation : Dans le plan de Munster, le champ de la gravure est moindre que dans celui de l'éditeur lyonnais; ainsi le gibet de Montfaucon, au lieu d'être dégagé, se trouve représenté à moitié : or, quand on copie, on supprime plutôt qu'on n'augmente les détails, dont il est parfois difficile de se rendre compte quand on ne connaît pas exactement les localités; et, ici, le copiste n'a pas compris certaines particularités, ce qui prouve
INTRODUCTION. si
qu'il reproduisait d'après un modèle, non d'après nature. De même il n'a pas compris que le gibet de Montfaucon, assis sur un massif de maçonnerie, avait deux étages et qu'on accédait au second par une échelle de meunier. Les clôtures des marais du Temple, qui affectaient presque uniformément la figure d'un carré régulier, deviennent sous son crayon des lignes coupées à angle droit et ressemblent assez aux mailles d'un filet. Jamais le copiste, quel qu'il soit, n'avait vu tourner les moulins qui entouraient Paris comme un cordon de sentinelles; aussi ne comprend-il ni leurs ailes, ni leur escalier, ni leur assiette, ni le système qui les fait pivoter ; quant au corps de la construction, il ressemble plus, selon la comparaison fantaisiste d'un amateur, à l'instrument de Molière qu'à un moulin à vent ; ils rappellent certainement ces jouets d'enfants fabriqués à Nuremberg auxquels on donne le nom de moulins et qui manœuvrent à l'aide d'une" ficelle verticale. Si la grossièreté du travail était une marque d'antiquité, le plan dit de Munster obtiendrait sans conteste la priorité.
Ce qui frappe au premier abord, quand on veut se rendre compte des différences de ces deux plans, qu'on croirait à première vue, sinon identiques, au moins pareils, c'est la suppression dans l'image allemande de l'écusson de Paris, placé à droite dans le plan d'Arnoullet et soutenu par un ange, tandis que
xii INTRODUCTION.
l'écusson royal, surmonté de la couronne fermée, placé à gauche, est tenu par deux anges ; il a été remplacé par le dessinateur de Munster par un cadre dans lequel on lit : Nomina quorundam œdificiorum qua suis quibusque locis ob spatii angustiam signari nequiverunt. A. Sorbona. B. Palattum régis.
C. Pr-btorium. D. Summum templum. E. Via ad Picardiam. F. Porta et via S. Dionisii. G. Porta et via S. Martini. Le titre est : Lutetia Pari-
SIORUM URBS, TOTO ORBE CELEBERRIMA NOTISSI-
maque, caput regki Franclc. Un écusson allemand, chargé de trois fleurs de lis dont la troisième en disproportion avec les autres, remplit la moitié du champ et cache la moitié de l'abbaye de Saint- Victor. Arnoullet avait intitulé son plan : f Lutéce à présent nomée Paris, cité capitalle de France, i Un pli qui se trouvait dans l'exemplaire qui a servi de modèle n'ayant pas été effacé préalablement, le premier et le second jambage de la lettre M dans le mot nomée paraissent se confondre, quoique bien gravés.
Au bas on lit, disposée en trois lignes, la légende suivante :
A. Sorbonne. B. Le Palais-Royal où se tient le parlement. C. La maison de la Ville. D. La grande église Nostre-Dame. E. Le chemin de Picardie. F. La porte et voye de Sainct-Denis. G. La porte et voye de Sainct-Martin.
INTRODUCTION. un
Mais ce n'est pas le tout de supprimer, il fallait remplir le vide du cadre; c'est alors que l'artiste allemand a donné carrière à son imagination et a créé des horizons fantastiques. Sur la rive gauche du fleuve, il a même déplacé les noms des faubourgs pour masquer ses additions, ce qui ne laisse pas d'être contre l'exactitude.
Maintenant entrons un instant dans l'enceinte de la ville. Sur ce sujet il y aurait beaucoup à dire ; bornons-nous à quelques observations : tous les pâtés de maisons, tous les îlots sont symétriques, tous les toits de ces mêmes maisons ont même forme, même hauteur; on dirait les tuiles d'un toit placées régulièrement, ou les boucliers des Romains faisant la tortue; or on sait si nos villes du moyen âge, Paris en particulier, affectaient cette régularité dans les constructions et dans les alignements. Pour figurer Notre- Dame, le dessinateur a représenté une espèce de colombier; il n'a compris ni le triple portail, ni la galerie haute, ni les tours qui surmontent le tout, ni le clocher central, qui étaient pourtant très visibles dans le plan d'Arnoullet. Ce n'est pas à dire que le plan que Ton trouve dans le livre de Guéroult soit parfait, il est même grossier ; l'intention toutefois y est ; certains détails prouvent même plus de bonne volonté que d'habileté : on sent que l'ouvrier avait un
siv INTRODUCTION.
modèle sous les yeux, modèle qu'il n'a su rendre qu'imparfaitement.
En voyant figurer ce plan, tout défectueux qu'il nous paraisse, et à l'époque de son apparition on n'était pas si difficile que de nos jours, en voyant, dis-je, ce plan figurer dans des ouvrages avec lesquels il n'a qu'un rapport très indirect, une question s'impose à l'esprit* Pourquoi l'avoir prodigué ainsi > Encore sommes-nous loin de connaître tous les ouvrages qu'il a pu illustrer. Etait-ce à cause de sa nouveauté? Ne serait<e pas plutôt par un effet de l'amour de prédilection de son auteur?
Avant de répondre à cette question il ne sera pas hors de propos de dire un mot de l'auteur et de l'éditeur des Chroniques et Gestes admirables des Empereurs, livre dans lequel nous voyons notre plan apparaître pour la première fois : Guillaume Guérouit et Balthasar Arnoullet.
La famille A mollet ou Arnoullet a fourni toute une série, je dirai presque une dynastie de typographes lyonnais qui ne fut pas sans mérite. Jacques Arnoullet était établi à Lyon à la fin du xv e siècle. Deux autres imprimeurs de ce nom, François et Olivier, continuèrent à soutenir la réputation que s'était faite Jacques ; ils travaillèrent dans la même ville à la fin du XV e siècle et au commencement du xvi 6 . Balthasar, qui n'est pas le moins habile impri-
INTRODUCTION. xv
meur de la famille, commença ses publications, la plupart illustrées, en 1548, et les poursuivit jusqu'en 1561, au moins. A cette époque on le perd de vue. Abandonna- 1- il le commerce ? mourut-il alors? on l'ignore.
D'origine normande, Guillaume Guéroult, dont la vie avait été accidentée, et dont les opinions religieuses paraissent avoir été assez avancées, n'ayant pu continuer à résider à Genève, se réfugia à Lyon, où il entra en relation avec Balthasar Arnoullet, dont il dirigea l'imprimerie et dont il devint même le beaufrère. En 1552, ils imprimèrent à Vienne un ouvrage de Servet : Christianismi restitution qui leur attira des poursuites judiciaires. Cest cette même année 1552 que fut annoncé le volume de Guéroult : les Figures et Portraits des villes les plus célèbres d'Europe, enregistré par Du Verdier, et qui ne parut que l'année suivante sous un nouveau titre : Epitomé de la Corographie à" Europe illustrée de portraits des villes les plus renommées d'icelle.
En 1552 également avait paru un autre ouvrage de Guéroult : Le premier livre des Chronicques des Empereurs avec les effigies d'iceulx. L'exécution de ces planches, la recherche des sujets, avaient demandé au moins plusieurs mois de préparation; les plans, celui de Paris en particulier, y étaient un horsd'œuvre; si on les fit entrer dans l'ouvrage, c'est
xvi INTRODUCTION.
d'abord que la planche existait déjà, à une époque qui ne saurait de beaucoup précéder rétablissement d'Arnoullet, que nous avons vu être à la date de 1548, date à laquelle apparut également l' édition latine -de Munster, et qui coïncide avec l'arrivée de Guéroult à Lyon et son entrée dans l'imprimerie de son futur beau-frère. Une autre raison de cette prédilection pour les trois plans pourrait bien avoir sa source dans le faible de Balthasar Arnouliet pour son œuvre. Car, selon toutes les probabilités, Balthasar aurait été imprimeur et graveur, ce qui expliquerait son goût pour les ouvrages illustrés; malheureusement notre plan n'est pas signé. On verra plus loin comment nous avons trouvé le monogramme du graveur.
Un amateur qui a visité tous les cabinets d'estampes de l'Europe, M. Natalis Rondot, consulté sur ce sujet, me fournit les renseignements suivants : f Qu'il avait fait la découverte à Bruxelles, dans le cabinet royal, d'une belle vue de ville française gravée sur bois, signée I. A. et qu'il avait attribué cette belle pièce à Jean Arnouliet, 1 mais c que n'étant pas auprès de ses collections, il n'avait pas les détails présents à l'esprit. 1
Attribuer à Balthasar Arnouliet le plan qui nous intéresse n'est donc point une témérité : il y a de fortes présomptions en sa faveur, corroborées par les
INTRODUCTION. xvn
études, les observations et l'autorité de M. Rondot, qui s'occupe depuis plusieurs années d'un grand ouvrage sur la gravure. M. le président Baudrier, coût en reconnaissant que f Balthasar n'avait jamais pris, à sa connaissance, d'autre qualité que celle d'imprimeur, ajoute qu'il avait beaucoup travaillé comme tel, qu'il avait publié beaucoup de livres à gravures dont les planches étaient dues à des artistes inconnus, qui pourraient bien être lui-même*; de plus, qu'il s'était servi de* différents caractères d'imprimerie à lui particuliers, fort gracieux de forme, qu'il attribuerait volontiers à son dessin et à son burin. • En toute hypothèse, comme il faut nommer ce plan, qu'on pourrait après tout appeler plan < aux trois anges • , je proposerai, à défaut du nom de l'artiste qui est encore inconnu, de lui donner celui d'Arnoullet, ► qui en fut certainement l'éditeur et vraisemblablement l'auteur : on évitera ainsi toute équivoque. Heureux de m* être rencontré sur ce terrain avec un maître qui formulait ainsi le même principe : < Faute de noms d'artistes que l'érudition n'a point encore su trouver, je propose d'en attribuer les matériaux aux imprimeurs et aux libraires qui en firent les premiers frais ; ils étaient eux aussi dans ce temps des artistes 1 ».
i. J. Renouvier. Histoire de l'origine et des progrès de la
XTiii INTRODUCTION.
Le volume dans lequel nous trouvons intercalé le plan d'Arnoullet porte la date de 1552, mais le plan lui-même est antérieur à cette date, au moins de quelques mois, peut-être même de plusieurs années. La première édition latine de Munster est de 1550, mais le plan lui-même accuse 1548.
En effet, on lit au revers du plan de la première édition française parue en 1552 cette note : « Civitas parisiensis delineata secundum situm et figuram quam habuit hoc Christi anno 1548, intra et extra matnia» Interiora quatque ejus xdificia et infiniti vici in tam angusto spacio omnes explicari nequiverunt. Sat fuerit, videre urbem trifariam per Sequanam distinctam, atque per pontes sursum conjunctam. » Il serait curieux de rechercher les autres ouvrages auxquels le plan d'Arnoullet fut annexé, soit en original, comme dans les volumes de Guéroult, soit en imitation, comme , dans la Cosmographie de Munster, pendant tout le temps que Balthasar exerça son industrie à Lyon (1 548-1 561), mais les renseignements réunis jusqu'à ce jour sur cet imprimeur, qui ne fut pas sans mérite, se 'bornent à peu de détails; d'autre part, il nous faudrait posséder le catalogue complet des livres qui sortirent de ses presses pendant cette période de treize ans, ou mieux, pouvoir les feuilleter; mais,
gravure dans les Pays-Bas et en Allemagne jusqu'à la fin du xv* siècle. Bruxelles, i8<So, in-8°.
INTRODUCTION. nx
malgré les recherches de MM. Bréghot du Lût et Péricaud aine, la Bibliographie lyonnaise du xvi e siècle présente encore bien des lacunes. Sur l'exemplaire du Livre des Chroniques et Gestes admirables des Empereurs qui appartient à la Bibliothèque nationale se trouve, au-dessous de l'adresse du libraire, cette devise manuscrite : Sto fide justus, qui paraît être celle de Balthasar Arnoullet, et qui pourrrait bien trahir ses convictions religieuses. Non plus que son beau-frère Guillaume Guéroult, Balthasar Arnoullet n'a trouvé place dans la France protestante; l'un et l'autre cependant semblaient y avoir quelque titre.
En 1564, paraissait chez Jean d'Ogerolles, libraire à Lyon, un volume in-folio, les Plantf, Pourtraùs et Descriptions de plusieurs villes et forteresses d'Europe, etc., par Antoine Du Pinet. A la page 22 de ce recueil se trouve un plan de Paris décrit plus haut par M. Bonnardot, qui ne le ménage pas, mais le confond avec l'image de Munster. Or cette planche n'est autre chose que le plan d 1 Arnoullet; fatigué par les précédents tirages, pour lui donner un air de jeunesse et de nouveauté, on l'a entouré d'un cadre richement sculpté. Au bas, dans un cartouche, on lit : Ian (sic) d'Ogerolles. Les baguettes qui forment le cadre laissent un jour entre elles, à leur point d'intersection aux angles, comme aussi entre elles et la planche. • Ce plan d'Ogerolles de 1564, ajoute,
xx INTRODUCTION.
p. 6j y M. Bonnardot, que je signale p. 28, n'est, je le répète, qu'une copie sans corrections de celui de Munster. 1 Le lecteur sera édifié quand il saura que ce plan n'est autre que la planche d'Arnouilet agrémentée d'un cadre. Notre savant confrère s'est trompé en prenant d'Ogerolles pour un dessinateur ou un graveur, f Quant à Jean d'Ogerolles, nous écrivait M. Baudrier, je ne crois pas qu'il soit jamais sorti de son métier d'imprimeur. En même temps il a tenu boutique à Lyon et à Bourg. Il a été , je crois, le premier imprimeur de cette dernière ville 1 . •
Le nom de Jean d'Ogerolles est donc à supprimer dans la liste des graveurs et dessinateurs du xvi e siècle, et il faut renoncer à l'appellation de plan d'Ogerolles.
Ce plan est celui de Balthasar Arnoullet, acquis après sa cessation de commerce, très probablement, peut-être avec tout le matériel qui se trouvait dans ses ateliers, par Jean d'Ogerolles qui lui a sans doute succédé, après avoir travaillé chez lui. Ce qui pourrait le faire supposer, c'est que Jean d'Ogerolles, comme Balthasar Arnoullet, se livre à la propagande religieuse, celui-ci en éditant Servet, celui-là en imprimant Du Pinet, beaucoup plus connu de nos jours par son pamphlet des Parties casuelles de la bou-
1. M. Deschamps, Géographie ancienne et moderne, cite un imprimeur à Bourg en 1624 seulement.
INTRODUCTION. un
tique du Pape, que par ses Plant\ 9 Pourtraits et Descriptions des villes et forteresses d'Europe.
Devenu la propriété d'Ogerolles, le plan d'Arnoullet fut-il encore plusieurs fois reproduit? Nous l'ignorons ; mais ce qui est certain, c'est qu'à la date de 1598, nous le trouvons utilisé dans les exemplaires des éditions de Munster publiées en Allemagne, après avoir subi une légère modification, un nouveau changement de cadre, moins riche que le précédent, mais dans lequel on ne peut certainement pas voir un travail allemand ; le cartouche du bas est veuf de tout nom, de plus le champ de la planche est légèrement diminué, sans doute parce qu'on avait dû raviver la planche fatiguée ou endommagée. Singulière destinée de ce bois gravé qui, imité en 1548 à Bâle, vient, à cinquante ans de distance, remplacer une copie jugée trop défectueuse ! C'est une nouvelle preuve de la continuité, pendant cette période, des relations commerciales et scientifiques qui existaient entre les villes de Lyon et de Bâle.
Il faudrait avoir à sa disposition les. nombreuses éditions de Munster pour savoir à quelle époque le plan d'Arnoullet passa en Allemagne, et à quelle époque aussi on cessa de s'en servir.
Quant au premier ouvrage de Guillaume Guéroult^ les Chroniques et Gestes admirables des Empereurs, sans être ce qu'on appelle rare, il n'est pas commun,
rai INTRODUCTION.
puisque Ton n'en connaît que trois ou quatre exemplaires. De la Corographie il ne reste que deux exemplaires, celui de M. le président Baudrier et celui provenant de la «vente Yémeniz. Un exemplaire des Chroniques et Gestes admirables des Empereurs a péri dans l'incendie de l' Hôtel de Ville en 1871, mais comme pour défier toute nouvelle cause de destruction, ce plan allait reparaître aussi jeune et aussi nouveau qu'au xvi e siècle : deux éditeurs parisiens, MM. Quantin et Rothschild, sans entente préalable, se proposent de le faire entrer dans leurs nouvelles publications et de lui assurer ainsi une immortalité relative, qu'il mérite non seulement parce qu'il est rare et peu connu, mais surtout comme le plus ancien pourtraict de Paris que nous aient légué nos ancêtres. Une fois de plus il vérifie l'adage : Habent sua fata libelli.
Vingt-trois ans après les Chroniques et Gestes admirables des Empereurs paraissait chez Nicolas Chesneau, rue Saint-Jacques, au Chesne-Verd, la Cosmographie universelle de tout le monde, recueilly tant par Sébastien Munster que recherché par François de Belleforest, Comingeoisj Paris, 1575.
Le plan qui accompagne cet ouvrage est plus grand que les précédents, plus exact, mieux dessiné surtout : on y lit au bas de l'estampe, à gauche, au bas, dans un petit cadre, le mot Cruche. Ce nom, qui
INTRODUCTION. xxiu
paraît être un nom de guerre, un mot de charade, un logogriphe, est celui d'un artiste distingué dans son temps, bien que M. A. Firmin-Didot, dans son Essai sur la gravure sur boisj ne le cite pas, et que M. Bonnardot avoue ignorer qui est le signataire du plan et s'il fut dessinateur ou graveur. Le possesseur de ce nom singulier était peintre et dessinateur et en même temps graveur.
Nous allons répondre à la question que se posait l'auteur des Etudes archéologiques sur les anciens plans de Paris par une citation de l'étude de Bréghot du Lut et Péricaud aine, les Lyonnais dignes de mémoire, Paris, 1839, in-4°. • Cruche, graveur sur bois à Lyon, au xvi e siècle ; c'est de lui que sont les gravures des Funérailles des anciens de Guichard. • Dans le supplément de cet ouvrage on trouve une note complémentaire : 1 Cruche. Son prénom était Pierre, comme on le voit dans les comptes de la ville, de 1564, où il est dit qu'on fit payer 40 livres parisis à maître Pierre Cruche, peintre de la ville de Lyon, pour être venu exprès de Genève à Lyon, où il avait séjourné un mois pour faire certains portraits et modèles tirés à l'entrée du roi (Charles IX) qui ne vint pas. • Ce nom, qui peut prêter à rire, fut porté au xvi« siècle par des hommes qui n'étaient pas sans valeur. Dans une pièce de poésie de Pierre Grogne t, chanoine d'Auxerre du temps de François I er , on
xxiv INTRODUCTION.
trouve au chapitre intitulé De la louange et excellence des bons facteurs (auteurs) qui bien ont composé en rime, tant de çà que de là les monts, les vers suivants :
Maiftre Myro & maiftre Cruche Eftoient bons joueurs, fans reprouche.
Ce maître Cruche, dont on ignore le prénom et la patrie, était-il l'oncle ou le frère du peintre lyonnais Pierre Cruche ? 11 est probable qu'il était au moins son parent. On ne le connaissait guère que par cette mention citée par l'abbé Lebeuf, sans rien savoir de ses œuvres littéraires, et M. de Paulmy, Mélanges tirés d'une grande Bibliothèque, tome VIII, p. 61, avait pu dire f qu'il ne pouvait avoir de remarquable que son nom. • Le célèbre bibliophile se trompait. Le Journal d'un bourgeois de Paris sous François I er , publié par M. Ludovic Laiaune, rapporte une anecdote sur maître Cruche, qu'il nous apprend avoir été prêtre et auteur de sotties. A la date du 24 avril 1515, il avait composé une pièce de théâtre dans laquelle il critiquait la conduite privée du roi; des courtisans, pour venger l'honneur de François I er , l'attirèrent dans un guet-apens, place Maubert, sous le prétexte de lui faire représenter sa pièce : après la représentation, ils le firent rouer de coups et voulaient le
INTRODUCTION. xxv
jeter à la rivière ; sa qualité de prêtre, qu'il prouva, lui sauva seule la vie. La leçon lui servit sans doute et, s'il continua à rimer, il ne s'attaqua plus aux puissances de ce monde.
Les plans d'Arnoullet et de Cruche ayant été dessinés à Lyon font supposer que cette ville avait une école spéciale où on cultivait avec succès la gravure sur bois. On peut objecter sans doute que la ville de Paris n'était pas dépourvue d'artistes qui pratiquaient ce genre de gravure. Il est certain que depuis les tailleurs d'images qui dessinèrent la première danse macabre, en 1485, pour Guyot Marchand, jusqu'à et y compris Geoffroy Tory, il y eut d'habiles praticiens qui illustrèrent les livres d'heures de Simon Vostre et de ses émules ; mais on peut se demander si, à Paris, les graveurs sur bois s'occupaient alors de reproduire des actualités, des scènes historiques, des illustrations dans le sens moderne du mot, et s'ils n'étaient pas plutôt les continuateurs des miniaturistes, des faiseurs de lettres ornées, d'encadrements variés, en un mot, des ornemanistes.
Tout en faisant la part de l'exagération d'un auteur sujet à caution, il pourrait bien se faire que Thevet ne fut pas aussi éloigné de la vérité que l'on a voulu le prétendre, quand il affirmait qu'il avait contribué au progrès de la gravure en France et surtout à Paris : « J'ai attiré de Flandres les meilleurs graveurs, et,
un INTRODUCTION.
par la grâce de Dieu, je puis me vanter d'être le premier qui ait mis en vogue à Paris l'imprimerie en taille-douce, tout ainsi qu'elle était à Lyon, Anvers et ailleurs. •
Précisément les ouvrages de Thevet sont remplis d'illustrations dans le genre nouveau qu'on ne pratiquait pas encore à Paris.
André Thevet cite les ateliers de Lyon, et Ton a vu qu'ils étaient actifs et habiles, quand à Paris on ne paraissait pas s'occuper de cette branche de Pindustrie, et de fait les premiers plans de Paris ne furent pas exécutés dans cette ville; pour en trouver d'une certaine importance il faut arriver jusqu'à Jean Le Clerc, marchand et tailleur dthystoiresj établi sous Henri III, rue Fromentel, à l'Etoile-d'Or, et ensuite, sous Henri IV, rue Saint-Jean-de-Latran, à la Salamandre, où sa veuve publia, en 163a, le Théâtre géographique du royaume de France, commencé en 1589, à Tours, et terminé seulement en 1654. Dans l'intervalle, Jean Le Clerc avait édité en 1614, entre autres belles pièces, le remarquable plan de Vassalieu, dont la description ou la légende explicative est due à la plume érudite du jurisconsulte lyonnais Etienne Cholet.
D'après ce qui précède, il résulte que le plan de Balthasar Arnoullet, celui dit improprement d'Ogerolles, enfin celui des dernières éditions de Munster,
INTRODUCTION. xxvn
ne sont qu'un seul et même plan ou les trois états d'un seul et même plan : d'abord, sans cadre; puis, avec un encadrement portant le nom du libraire éditeur Jean d'Ogerolles, qui l'utilisa et le rajeunit; enfin, en dernier lieu, avec un nouveau cadre, mais sans nom, ce qui a donné le change sur son origine. Il ressort également de l'examen comparatif du plan d'Arnoullet et de celui de Munster, considéré jusqu'ici comme l'original, qu'il n'est au contraire qu'une copie du premier, copie maladroite et défectueuse, qui perd beaucoup de son intérêt du moment que ce plan n'est plus un plan original, ni le premier en date.
Ce travail était terminé, lorsqu'en examinant certains détails du plan d'Arnoullet nous découvrîmes à l'aide de la loupe les majuscules S. A. en caractères beaucoup plus petits que les mots, peu nombreux d'ailleurs, de la légende qui se trouvent dans cette gravure. Leur ténuité, jointe à leur position anormale, avait servi à empêcher qu'ils ne fussent aperçus. Ces deux lettres sont placées dans l'intérieur de la ville, au pied et dans le sens de la muraille entre Thôtel de Nesle et le couvent des Grands-Augustins.
On pourra objecter que ce n'est pas la place où ordinairement les artistes signent leurs œuvres; je ne me charge pas d'expliquer le fait, je me borne à le constater. Une autre objection plus spécieuse sem-
xxviii INTRODUCTION.
blerait résulter de la lecture que Ton pourrait faire de ces deux signes S. A. par Saint-Augustin, à cause du voisinage du monastère des religieux augustins. Le dessinateur du plan de Munster n'a pas hésité à les traduire par Saint- Augustin, ce qui équivaudrait presque à un point d'interrogation; c'est une bévue de plus à mettre à son actif; à bien voir, il n'y regardait pas de si prés. Mais il n'est pas difficile de répondre à cette seconde difficulté. Ce couvent est toujours désigné sous le vocable des Grands-Augustinsy ou de Couvent des Augustins, ou encore simplement sous le nom des Augustins, jamais sous celui de Saint-Augustin, évêque d'Hippone. Leur église était dédiée, il est vrai, à Sainte-Anne, mais elle n'est jamais mentionnée sur les plans sous le nom de sa patronne, comme toutes les autres chapelles monastiques, et c'est à peine si les historiens de Paris en prononcent le nom. Le peu de développement du plan d'Arnoullec n'a pas permis, comme dans le plan de Truschet et Hoyau, de tracer le mur d'enceinte du monastère qui partait de l'angle de l'église, sur le quai, et se dirigeait vers la troisième tour de l'enceinte méridionale. Si le dessinateur avait eu envie de désigner ce monument, il l'aurait inscrit en entier dans le sens du cours du fleuve ; il ne se fût pas borné à donner deux simples initiales, moitié plus petites que le reste du texte inscrit dans les diverses parties du
INTRODUCTION. xux
plan, fait qui ne se trouve pas renouvelé dans cette gravure, et à les placer dans un coin perdu où il y a juste place pour elles; enfin, un peu au-dessus de la ligne du rempart, dans les dépendances mêmes de l'hôtel de Nesle. Sur un plan d'une grande étendue, celui de Truschet et Hoyau, par exemple, où le fait est plus sensible, ces lettres se trouveraient reportées dans une des cours de l'Institut, celle du manège de l'ancien Collège des Quatre-Nations, auprès du puits. Il ne faut pas hésiter^ ce semble, à lire S. (?) Arnoullet. Quel est le prénom? Simon, Sébastien, peu importe. C'est une recherche à faire dans les archives de la ville de Lyon pour arriver à le connaître. Si l'on joint à ce fait les deux autres du même genre rapportés plus haut, les poinçons attribués à Balthasar Arnoullet, le monogramme B. A. et la découverte dans le cabinet royal de Bruxelles paf M. Rondot d'un dessin de ville signé I. A., on arriverait à cette conclusion, qu'en dehors des quatre Arnoullet, imprimeurs, jusqu'ici seuls connus, il existait d'autres membres de cette famille, deux au moins, qui cultivaient l'art de la gravure sur bois, pendant que les premiers se faisaient un nom dans la typographie. Ce seraient deux artistes qui avaient jusqu'ici échappé aux recherches et qui viendraient s'ajouter à la liste des graveurs sur bois du xvi« siècle.
Il ne sera peut-être pas hors de propos, ni sans
xxx INTRODUCTION.
intérêt, de rappeler ici comment les études géographiques se sont affaiblies, de jeter un regard en arrière, d'interroger l'histoire, et de dire en quelques mots par quelles circonstances l'étude de la géographie, et par conséquent les voyages, les expéditions lointaines et les relations entre les pays les plus éloignés, ont cessé, comme aussi par suite de quelles circonstances, au moyen âge, s'est produit une réaction, dont la conséquence, par les récits des voyageurs isolés, a été un regain de curiosité qui s'est traduit au xvi e siècle, avec l'aide de l'imprimerie, par la publication des cosmographies, symptôme du temps et de l'esprit avantageux de l'époque, avide de s'affranchir des liens de la routine et de parcourir des routes depuis longtemps abandonnées, et ignorées, pour relier les traditions du passé et préparer les voies de l'avenir. Ce sera le sujet de la préface.
L'Abbé Valentin DUFOUR.
PRÉFACE
a géographie était une science fort en honneur dans Fantiquité, l'étude en était très cultivée, les traités spéciaux de Strabon et de Ptolémée, de Pomponios Sméla, l'ouvrage d'Hannon et les nombreux fragments des Périples d'auteurs anciens prouvent, comme les Itinéraires, celui d'Antonin en particulier, la Table de Peutinger, que les nodons générales de géographie se trouvaient alors répandues dans une société instruite et policée.
Ces itinéraires, ces cartes géographiques, selon certains auteurs, n'auraient pas été sans influence sur la marche des peuples barbares qui se dirigeaient tous vers l'Italie et suivaient avec méthode le même plan
xxxu PRÉFACE.
de campagne pour arriver jusqu'à Rome. Ils ne s'écartaient pas, en effet, de la route qu'ils avaient à parcourir, et ils obéissaient aveuglément à des chefs habiles et instruits qui s'étaient formés dans les écoles d'Athènes ou d'Alexandrie. Les partisans de ce système vont même jusqu'à dire que les empereurs firent détruire avec le plus grand soin les cartes routières et les itinéraires officiels qui ne favorisaient que trop les marches stratégiques des hordes barbares. Dès que leurs chefs sont devenus des rois puissants, qui aspirent à remplacer les Césars, la géographie reprend son importance et retrouve des encouragements, en affirmant son utilité.
Du x au xvi e siècle, c'est à peine si quelques manuscrits, échappés à la destruction, se conservent dans les cloîtres, comme les derniers vestiges de la science géographique des anciens. Tous les Itinéraires figurés, toutes les cartes peintes ont été détruits impitoyablement, comme les images, par les iconoclastes : la géographie n'est plus enseignée nulle part dans l'Occident enveloppé dans les ténèbres de la barbarie.
Le grand mouvement des croisades ranima en Europe les études géographiques : il fit connaître les auteurs arabes, seuls véritables géographes de l'époque, rendit plus fréquents les voyages en Orient, et donna une nouvelle impulsion aux missions catholiques et scientifiques qui remontent au xm e siècle. Le pape Innocent IV et le roi Louis IX eurent, en même
PRÉFACE. xxxiii
temps, l'idée de savoir ce qu'il y avait de vrai dans les récits populaires concernant un personnage légendaire, espèce de pape, appelé le Prêtre- Jean, qui, disait-on, gouvernait un État chrétien, situé en Tartarie, où personne n'avait encore pénétré. Le pape envoya donc en Asie deux ambassades ou plutôt deux missions : Tune fut confiée à des religieux de Tordre de Saint-François, l'autre à des moines dominicains, la première chez les Mongols, la seconde en Perse et en Arménie. La relation de la première ambassade fut écrite par frère Jean de Plano-Carpini, qui était parvenu, avec ses compagnons, jusqu'aux bords du Volga. L'ambassade envoyée au grand Khan de Tartarie, par saint Louis, quelques années après, eut des résultats plus sérieux pour la science géographique, et le moine franciscain Ruysbroeck, Flamand, plus connu sous le nom de Rubruquis, consigna dans le récit de son voyage bien des détails intéressants sur des contrées lointaines qu'on ne connaissait plus même de nom. Un autre voyageur, le Vénitien Marco Polo, qui, peu de temps après Rubruquis et Jean de Plano- Carpini, était allé chercher fortune en Tartarie, et qui occupa pendant vingt années un poste élevé à la cour du grand Khan, avait profité de son séjour et de ses excursions dans l'Asie pour réunir une multitude de notes précieuses sur la géographie des pays qu'il habita si longtemps. A son retour dans sa patrie, en 1298, il dicta le récit de ses longs voyages à un romancier, nommé Rusticien de Pise, qui les écrivit
xxuv PRÉFACE.
d'abord en français, huit ans avant que Marco Polo les eût fait écrire en italien. Cette relation importante et très véridique, malgré la crédulité naïve de l'auteur, contenait la plus ample description et la plus fidèle qu'on eût encore de la Tartarie, de la Mongolie, du Cathay ou de la Chine, et de quelques autres parties de l'Asie centrale. Ce fut, en quelque sorte, le premier essai de la .géographie pittoresque. L'exemple de Marco Polo trouva des imitateurs qui ne l'égalèrent pas. Les voyageurs se succédèrent en Asie jusqu'au zv siècle : c'étaient des moines, la plupart franciscains ou dominicains : Ricoldi de Monte-Croce, Jean de Monte-Cervino, Odéric de Frioul, Jean de Marignola. Le plus célèbre de tous fut un Anglais, Jean de Mandeville, qui, de 1322 à 1356, parcourut à peu près tout le monde connu alors, pour le plaisir de voir et de savoir, et qui, après avoir fait un pèlerinage en Terre Sainte, explora une partie de l' Afrique et presque toute l'Asie. La relation de ses voyages, écrite en anglais, est surchargée d'histoires merveilleuses et fait peu d'honneur à son jugement comme à sa critique.
Cependant, il ne faut pas l'oublier, les écrivains de voyages sont comme des chroniqueurs adjoints, narrateurs également estimables des nouveautés et des idées de leur temps, des jugements et des croyances qui couraient en France sur les pays étrangers. Nous ne pouvons omettre ici des ouvrages qui, par leur sujet spécial, et malgré la crédulité excessive, les
PUÉFACE. xxxv
aventureuses affirmations de leurs auteurs, ne furent point sans influence sur l'opinion et la littérature de leur temps. Nous avons déjà nommé au premier rang Jean de Mande ville. De nombreux et lointains voyages furent exécutés dans le xiv* siècle; c'est justice de rappeler les noms et les travaux de ces hardis explorateurs dont le souvenir est à peine conservé, effacé qu'il est par de plus habiles ou plus heureux pionniers delà science. Vers 1325, Bonasmas, Quercinois, s'était déjà rendu en Egypte; des navigateurs normands avaient visité la côte d'Afrique et s'étaient avancés au sud des îles Canaries, dès l'année 1365.
Jean de Mandeville voyageait, nous l'avons déjà remarqué, dès l'année 1322 dans le Levant. Ses pérégrinations durèrent trente-trois ans; cette particularité mérite bien quelque indulgence pour les défauts de l'auteur. La description qu'il a laissée de son voyage en Egypte, Libye, Arabie, Syrie, Médie, Mésopotamie, Perse, Chaldée, IUyrie et Tartarie ne sert aujourd'hui qu'à l'histoire des voyages, sans fournir des renseignements d'un grand intérêt. Le moine Lelong traduisit en français une collection de ces pérégrinations lointaines, qui sont aujourd'hui réunies dans un très beau manuscrit de la Bibliothèque nationale, sous le titre de Merveilles du Monde (fonds franc, ms. 8992).
En 1 3 5 1 , Jean Lelong traduisit le Traictié de l'Eftat et des conditions des XIIH royaumes (TAjîe, et du paffage dOultremer à la Terre Sainte, écrit en latin
PREFACE
par Àycone, • lisez Hayton, seigneur Courchy, Coucy, en 1350, • Tltinéraire du frère prescheur Biculc; le voyage d'un frère mineur nommé Odericus de Forojulio, composé en 1330; le Traictié de Testât de la Terre Sainte et aussi en partie de la Terre d'Egypte de Guillaume de Bouldeselle; enfin, la lettre du grand Caan de Cathay au pape Benoit XII, etTétat et gouvernance du grand Caan de Cathay.
Un manuscrit de la Bibliothèque du roi d'Angleterre attribue quelques-unes de ces traductions à Jean de Vignay, auteur contemporain. Deux manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris contiennent les traductions de Jean Lelong; n° 8391 et 8392; le n° 8392 est le plus beau dts deux.
Revenons à Jean de Mandeville ; plusieurs voyageurs, qui avaient vu moins de pays que lui, se sont montrés meilleurs observateurs et géographes plus exacts. Tel fut Bertrandon de la Brocquière, gentilhomme bourguignon, un des derniers qui portèrent le bâton du pèlerin en se rendant à Jérusalem.
Les voyageurs de caravane semblent avoir donné l'éveil aux voyageurs de mer, aux navigateurs. L'emploi de la boussole va permettre de remplacer le cabotage par la navigation au long cours : les Français, qui jouèrent un si grand rôle dans les croisades, furent les premiers à perfectionner la boussole, comme l'atteste la fleur de lis qui, chez toutes les nations maritimes, désigne le Nord dans la rose des vents. Il est prQbable que les Arabes firent connaître
PREFACE. uxni
F usage de la boussole aux Occidentaux et qu'eux-mêmes Pavaient reçue des Chinois. L'emploi de la boussole eut une influence immense en facilitant les voyages de découvertes ; elle fit une révolution dans la navigation, comme l'emploi de la poudre à canon, qui nous vient également des Chinois par l'entremise des Arabes, en fit une autre dans l'art militaire, à peu près à la même époque.
Si nous faisions l'histoire de la géographie, ce serait ici le lieu de parler des expéditions des Portugais, mais nous n'avons pour but que de tracer les grandes lignes pour faire comprendre ce qui a donné lieu à la publication des premières cosmographies et l'enthousiasme avec lequel on recherchait et accueillait les premières relations des voyages lointains.
Nous arrivons ainsi sans transition aux deux faits qui ont bouleversé le monde et préludé à l'ère moderne : la découverte de l'Amérique et l'invention de l'imprimerie. C'est à partir du xv e siècle que les navigateurs commencèrent à écrire leurs voyages, ou à les faire écrire en abrégé par des cosmographes qu'ils avaient ordinairement a leur bord.
Les conquêtes, les découvertes des Portugais et ensuite des Espagnols, qui d'ailleurs dans un intérêt personnel et patriotique en cachaient avec soin les résultats, ne profitèrent pas immédiatement à la géographie, car les navigateurs et les conquérants se souciaient peu d'étudier le pays, où ils ne cherchaient que des mines d'or et d'argent à exploiter. Mais dès que les voya-
xxzviii PRÉFACE.
geurs furent des naturalistes, des curieux ou des lettrés, l'Amérique fut mieux connue sous le rapport de la géographie et de la cosmographie.
Le roi François I er , qui eût souhaité faire une part à la France dans le nouveau continent que l'Espagne n'occupait pas encore tout entier, avait du moins attribué aux études géographiques le rang qu'elles méritaient, dans la fondation du Collège royal. Il favorisa la plupart des voyages qui furent entrepris sous son régne : parmi ces voyages, on ne doit pas oublier celui de Jacques Cartier, qui découvrit le Canada (1533). D'autres voyageurs français, non moins courageux, non moins dévoués à la science, parcoururent les deux hémisphères et recueillirent dans leurs lointaines pérégrinations les renseignements les plus utiles pour la géographie ; tels furent André Thevet, qui n'est pas un inconnu pour nous (voir dans la Collection des anciennes Descriptions de Paris, la notice que nous lui avons consacrée), Pierre Gilles et Pierre Belon, qui publièrent d'excellentes Cosmographies sur le Levant; Jean Parmentier et François Nicolay, qui avaient visité les deux Indes et qui en rapportèrent une ample moisson d'observations intéressantes. Parmi les voyageurs infatigables qu'on rencontrait sans cesse au bout du monde, il ne faut pas oublier les compagnons d'Ignace de Loyola et de François- Xavier, qui commencèrent dès lors à écrire l'histoire de leurs missions dans des pays encore idolâtres où ils allaient prêcher l'Evangile et planter la croix.
PREFACE. xxxix
Les publications géographique» étaient assez recherchées en France, à cette époque, pour que la librairie parisienne osât mettre sous presse, en même temps, sous le règne de Charles IX, deux énormes compilations, imitées de la célèbre Cofmographia de Sébastien Munster et intitulées également Cofmo graphie univerftlle, Tune par François de Belleforest et l'autre par -André Thevet, toutes deux ornées de cartes et de figures sur bois. Nos lecteurs ont fait connaissance avec Thevet et avec Belleforest, qui ont été l'objet d'études dans nos précédentes publications. Aujourd'hui nous allons nous occuper spécialement de leurs prédécesseurs immédiats : Sébastien Munster (1552), Antoine du Pinet (1564), et Georges Braiin (1574), qui, eux aussi, ont consacré à Paris un article plus ou moins étendu dans leurs ouvrages encyclopédiques. Avant d'entreprendre la publication de la Collection des anciennes Descriptions de Paris nous avions fixé notre attention sur un certain nombre d'auteurs qui en devaient faire partie, notre prospectus en fait foi ; si nous nous étions astreint à l'ordre chronologique, nous aurions dû publier en premier lieu Munster ; mais, indépendamment de la brièveté de son texte, il fallait préparer la carte qui devait l'accompagner ; d'ailleurs, nous avions plusieurs autres ouvrages ou entièrement inédits ou moins connus que nous préférions offrir au public amateur des curiosités parisiennes.
Dans l'intervalle, nous nous sommes décidé à donner, ce que nous exécutons aujourd'hui dans un seul et
u PRÉFACE.
même volume, trois «auteurs contemporains : Munster, du Pinet ec Braiïn, tous trois offrant un texte fort court, tous trois ayant joint une carte à leur description. Ce volume, peut-être le plus mince, sera certainement le plus intéressant de la série ; on y trouvera le premier plan ou pour trait de la ville de Paris, plan qui depuis a été recommencé un nombre infini de fois,, aussi souvent que son éloge.
Nous allons, du reste, consacrer à chacun de ces. trois auteurs un petit article biographique, bibliographique et explicatif du plan qui illustre sa narration.
Munster (hébraïsant et mathématicien allemand), qui vint au monde en 1489 à Ingelheim (Hesse-Darmstadt) l estmortdela peste àBâ!e,le23mai 1552. Après avoir terminé ses premières études, il se rendit à l'âge de seize ans à Tubinge, où il suivit les cours de Stapfer et. de Reuchlin. Dans le but de se consacrer tout entier à Pécude, il entra dans l'ordre des Cordeliers, mais.
1. Pour distinguer deux villes du grand-duché de Hesse-Darmstadt de même nom, on désigne la patrie de Munster sous le nom de Nieder Ingelheim, l'autre est dite Ober Ingelheim. La première était un des principaux séjours de Charlemagne, qui y fit construire, de 768 à 774, un palais dont on voit encore quelquesruines.
PREFACE. xu
la lecture de quelques ouvrages de Luther le gagna à la cause de la réforme; il quitta bientôt son couvent : c'était dans les commencements du luthérianisme.
Malgré sa défection, Munster ne paraît pas avoir été mêlé d'une manière active aux luttes politiques et religieuses de son époque. Séduit par la nouveauté, entraîné par les apparences, il rêva comme tant d'autres enthousiastes une égalité et une félicité impossibles ici-bas. Revenu vite de ses illusions, il prit le seul parti honorable qui lui convenait: il se livra entièrement à ses études favorites; on verra par le nombre de ses ouvrages qu'il avait peu de temps à donner à la polémique.
En 1529, il fut appelé à Bâle, où il enseigna successivement l'hébreu et la théologie. Munster joignait une modestie excessive à des talents réels : on fut obligé d'user d'une espèce de violence pour le déterminer à accepter les fonctions de recteur.
Ses connaissances lui firent une grande réputation et lui acquirent l'estime des érudits de son temps,, quoi qu'en ait dit J.-J. Scaliger. Pour rappeler qu'il fut à la fois profond mathématicien et savant hébraïsant on grava sur sa tombe ces mots :
GERMANORUM ESDRAS HIC, STRABOQUE CONDITUR.
S'il eût été besoin d'illustrations pour ce volume, nous aurions donné, d'après la Cofmographie, le por-
ziii PRÉFACE.
trait, de son auteur. Il esc représenté de trois quarts, regardant le lecteur, vêtu d'un costume de bourgeois de l'époque, tenant un livre fermé à la main et couvert du chapeau comme Erasme, Holbein, Luther et la plupart de ses contemporains ; le nez est droit, la bouche petite, la barbe forte, quoique rasée entièrement, l'œil vif et profond, dans l'attitude de la méditation. Ce portrait n'est pas signé; au haut, dans le cadre on lit : S. M. (Sébastien Munster) anno actatis sus 60 (à l'âge de soixante ans) ; il a donc été dessiné en 1539.
On a de lui quarante ouvrages différents, dont on peut voir le catalogue complet dans le Géographie Biichersaal de Héger; Nous citerons les plus intéressants. Voici la liste des principaux d'entre eux :
Biblia hébrdica, cum îatina planeque nova transla* tione, adjectis insuper e rabbinorum commentariis annotationibus; Bâle, 1534 et 1535, 2 v0 ^ fo-fol.; la version n'est pas mauvaise et les notes sont bonnes au point de vue grammatical. — Fides christianorum sancta, recta et perfecta atque indubitata; Bâle, 1537, in-folio. On trouve à la fin de ce volume une traduction hébraïque, fort médiocre, de l'Évangile de saint Mathieu ; Cinquarbres fit réimprimer cette traduction à Paris, 1550, in-8°, avec quelques changements, et du Du Tillet en donna une meilleure édition en 1555. — Caîendarium biblicum hebraieum, ex hœbrœorum pênetralibus editum; Bâle, 1527, in-4 . — Sphera mundi et arithmeticœ, heb. lat. 5 Bâle, 1546, in-4 . Les notes
PRÉFACE. xuii
seules sont de Munster, la traduction latine est de Schreekenfuchs. — Colloqvium Judœo deMessia, heb. lat. ; Bâle, 1539, in-8°. —Grammatica chaldaîea; Bile, 1^87, in-4*. Munster se glorifie dans sa préface, à juste titre, d'avoir le premier réduit la langue chaldaïque en principes. — Instiiutiones grammatica in hebrœam linguam; Bâle, 1524, in-12. — Grammatica Ebrea; Bâle, 1525, 1544 et 1549, in-8°. — Lexicon Hebrœo-Chaldaïcum ; Bâle, 1508, in-8° — Dictionnarium trilingue, in quo latinis vocabulis in ordinem alphabeticum digestisj respondent grœca et hebrœa>unacum appendice de hebràicis quibusdam vocalibus, tropis et modis loquendi, quirabbinis sunt familiares; Bâle, 1530, 1535, 1553 et 1562, in-folio. — Horologiographia ; Bâle, 1531 et 1535, in-4* : traité de gnomonique plus complet que ceux qui avaient été publiés auparavant, car Munster n'est pas le premier, comme le croyait Lalande, qui ait donné un traité de gnomonique. — Organum Uranicum, theorice omnium planetarum motus canones, etc. Bâle, 1536, in-folio, traduit dans toutes les langues. Les cartes qui accompagnent le texte de l'ouvrage de Munster sont gravées sur bois et sont un monument remarquable de cette partie de Part. Celle de Suisse, qui est en deux feuilles, est la première carte de ce pays qui ait été publiée. — Rudimenta mathematica in duos libros digesta ; Bâle, 1551, in-folio, mais son ouvrage le plus connu est la Cofmographiej qui parut en allemand sous ce titre : Cofmographei ader Befchreibung aller Laûder,
zut PREFACE.
Herrschafter, furnemsten S tel t en, Geschichten, Geb renchéri, Hantieremgen, etc. Basil, H. Pétri, 15Ç0, in-folio de 1233 p. avec fig. en bois. Le texte de cet ouvrage, traduit dans toutes les langues, est aujourd'hui sans intérêt; mais les gravures en bois qui raccompagnent donnent du prix à cette édition, que les amateurs d'anciennes planches sur bois recherchent et préfèrent à toute autre. On y compte 14 cartes. La première édition est de Baie, H. Pétri, 1541. Les autres éditions qui ont été faites dans la même ville, en 1569, 1574 et 1578, in-folio, ont z6 cartes, mais les épreuves des vignettes en bois en sont mauvaises.
Les éditions de Baie, 1592, 1598 et 1 614, in-folio, renferment 26 cartes gravées de nouveau, et plusieurs nouvelles planches en bois. Pour le plan de Paris joint à cet ouvrage, se reporter à ce que nous en avons dit au début de l'introduction de ce volume.
Munster a traduit lui-même sa Cofmographie en latin, Baie, 1550^1554, in-folio, édition qui reproduit les planches employées dans le texte allemand sous la même date. Ces planches reparurent encore dans la traduction française de la Cofmographie univer/elle, Baie, Henri Pierre, 1552, in-folio. C'est à cette édition que nous avons emprunté le texte et les gravures qui se rapportent à Paris, et que nous reproduisons plus loin : texte trop court que nous verrons Belleforest augmenter considérablement. Quant à la vignette qui représente un monument public, il ne ressemble à aucun des édifices de Paris ; il rappelle
PRÉFACE. jllt
plutôt une maison de ville suisse ou allemande (rathhaus), et un peu l'hôtel de ville de Berne.
On a également une traduction italienne de la Cofmographie de Munster, imprimée à Bâle, chez H. Petro, en 1558, in-folio, où sont reproduites les planches déjà employées dans le texte allemand et dans les traductions latines et française indiquées ci-dessus.
Le seul des ouvrages de Munster dont nous ayons à nous occuper ici, et encore de la seule partie qui traite de Paris, est sa Cofmographie composée originairement en allemand (1550) et traduite par l'auteur en latin (1550 et 1554). Nous ignorons de qui est la traduction française dont voici le titre exact : La Cosmographie universelle, contenant la situation de toutes les parties du monde , avec leurs propriété^ et appartenances. La defcription des pays et régions d!icelluy. La grande variété et diverfe nature de la terre. Le vray pourtraicl des animaulx efl ranges et incogneu\ y avec le naturel dHceulx. Les figures et pourtraicl 1 des villes & cite\ plus notables, l'origine, Paccroiffement & transport des Royaumes , enfemble les Coufiumes, Loix } Religions } Taicl\ & changemens de toutes les Nations, avec les généalogies des Roys, Duc[ & autres Princes de toute la terre, par Sébastien MUNSTERE (Sic),
Avec privilège du Roy (Henri II) pour six ans, accordé à Henry Pierre, marchand libraire et bourgeois de la ville de Bajle, Vun des cantons de no\ alliei & confédérei & bons compères les Suisses; Paris,
zlvi PREFACE.
le XX janvier 1552. Signé : De Roissy, Hurault.
Le texte français ne diffère de la traduction latine de l'auteur que parce que Ton a omis d'y mettre ou d'y traduire deux passages, qui se trouvent dans le texte allemand: une citation d'Architrenius et des extraits du poème de Knobelsdorf, Lutetia : on les trouvera dans l'appendice (n* 1). On pourra juger de la latinité de Munster, en même temps que Ton aura une idée du français contemporain. S'il est difficile de déterminer quel en est l'auteur, on peut l'attribuer, sans crainte de se tromper beaucoup, à quelqu'un de ces nombreux réfugiés français qui fuyant la persécution religieuse étaient allés demander l'hospitalité au sol de la Suisse libérale. Comme Genève, Baie, ville indépendante, offrait aux émigrés la ressource de professer dans son Université ou de travailler à la correction des textes dans les offices des Frcben, des Ammerbach, des Greneben, des Pierre, etc.
L'esprit d'Erasme attirait plutôt du côté de Baie les vrais amateurs de l'antiquité que la froide et cruelle dictature de Calvin n'engageait les dissidents à fréquenter Genève.
La traduction française de Braiïn nous montrera plus loin une différence de texte avec la version latine, comme celle que nous venons de constater entre les éditions latine et française de Munster quoique faite sous les yeux de Munster lui-même.
On a beaucoup critiqué, beaucoup trop peut-être, la Cosmographie du cordelier allemand; il s'était
PRÉFACE. xlvii
entouré de toutes les précautions qui pouvaient assurer à son livre exactitude et authenticité ; ainsi, à défaut de livres imprimés dont il s'est servi, comme de celui de Corrozet pour Paris, on le voit demander — et recevoir — de Bonnivard des documents pour l'histoire de Genève, comme aussi se plaindre que les magistrats de Lyon lui ont refusé communication de notes et surtout d'un plan de leur ville, procédé qu'il trouve, de fait, peu aimable de leur part.
Nous empruntons à M. Bonnardot la description qu'il a donnée du plan de Sébastien Munster, représentant Paris vers 1530. 1 Vers le commencement du xvi e siècle, ère de progrès en tout genre, quelques dessinateurs obscurs créèrent la topographie, c'està-dire appliquèrent l'art du dessin à hpourtraicture des villes et des monuments, à une époque où les artistes mettaient leur honneur exclusivement à reproduire des tableaux religieux et mythologiques, des blasons et des portraits de hauts personnages, ces sortes de travaux leur rapportant des écus au soleil, plus sûrement que n'eût fait une représentation ad vivum d'un édifice public ou d'une ville. C'est donc pour les antiquaires du xix« siècle une bonne fortune que l'idée survenue à quelques éditeurs géographes de nous léguer des portraits de nos cités. L'entreprise était neuve et le grand nombre d'éditions des ouvrages où ces plans apparurent sont une preuve de leur succès.
1 Le plus ancien plan gravé que je connaisse représente cette ville vers 1530, quoique le texte annonce
xiTiii PREFACE.
l'année 1548. C'est une horrible estampe sur bois, qui n'offre aucun intérêt que sa date. Elle se trouve insérée dans plusieurs éditions de la Cofmographie de Sébastien Munster, cordelier allemand. La première édition de cette géographie est, selon Brunet, de 1 541 . On yoit à la Bibliothèque nationale (G. 43) celle de 1544. Toutes deux sont en allemand, éditées à Bàle, et ne contiennent aucun plan de Paris. Mais dans Fédition latine de 1550 se trouve le plan en question. Il existe peut-être une édition de 1548 qui déjà le renferme, puisqu'au revers de la planche on lit (en diverses langues) que ce plan représente : Le portrait de la ville de Paris en 1548.
1 C'est donc dans la Cofmographie de Sébastien Munster, édition de 1550 et suivantes, que se trouve inséré le premier plan gravé de Paris (du moins à ma connaissance), pian dont les détails annoncent la date que je lui attribue. Il existe même des éditions publiées à Baie ou ailleurs, au commencement du xvn siècle, avec tirages ou copies de la même planche. Celles de 1550 et 1554 sont des traductions latines, dues, selon Brunet, à Sébastien Munster lui-même; celles de 1552 et 1556 sont des traductions françaises.
• Au reste, peu nous importe que le texte de cet ouvrage, qui est presque partout un tissu d'absurdités, soit en telle ou telle langue ; le point essentiel pour nous, c'est de constater la date de la première apparition du plan de Paris. Quant aux quelques lignes de
PREFACE. xux
texte qui concernent cette ville, elles n'ont pour nous aucune valeur. « Je décrirai ce plan à vol d'oiseau, d'après l'édition française de 1552, publiée à Bâle par Henry Pierre (Bibl. de l'Arsenal, 205 ter, H.). En haut du titre on lit : La Cofmographie univerfelle ; ces trois mots forment quatre lignes en majuscules. A la page 89 se trouve le plan, dont la ligne d'encadrement a 36 centimètres sur 25 1/2. Au haut et au delà de cette ligne est écrit en caractères ronds : La Ville de Paris par tout tant renommée et principal le ville du Royaulme de France, En haut, à droite, sont les trois fleurs de lis sur une bannière ; à gauche, une tablette contient des noms d'édifices correspondant à sept lettres de renvoi 1 . Les armes de Paris n'y figurent pas. Derrière le plan, au recto du feuillet 89, on lit cecte inscription : Le Portrait de la ville de Paris j félon la fituation et la forme qu'elle avoit en
1. Voici cette nomenclature que M. Bonnardot ne donne pas. a Les noms d'aulcuns édifices qui n'ont pu être mis en leurs places, à cause que le lieu étoit trop estroit : A. La Sorbonne. B. Le Palaiz. C. L'Hostel de la Ville. D. Le grand temple de nostre Dame. E. Le chemin pour aller en Picardie. F. La porte et le chemin de S. Denys. G. La porte S. Martin. »
Voici les quelques noms que l'on trouve inscrits dans le plan : S. Lorenz. Lepsoriu (Leprosorium). Rhodiani. (Le Temple) S. Martin. Hospital. S. Innocent. S. Catharina. S. Mary. S. Gervais. Arx régis (le Louvre). Arx valida (ia Bastille). S. lhome (S. Antoine). Monasterium. S. Cnu. — Sequana flumen. — S. Victor. S. Marceau. Cordelières. S. Médard. Collegium regium. Collegia. S. Séverin. S. Augustin. Suburbium S. Jacobi. Carthusia. S. Germain. Cet amalgame de noms en français et en latin est commun aux plans des éditions latine et française. Les noms seuls indi- * qués par des lettres sont en latin avec l'avis qui les précède dans
i PREFACE.
1548, dedans et hors les murs. Il n'a pas été poffible de déployer en fi peu de papier tous les édifices qui font dedans cefte ville, ne toutes les rues qui font en icelle. Ce sera affe\ de voir comment elle eft divifée en trois parti par la rivière de Seine et conjointe par les pont\ qui y font.
« Cette planche m'a paru être identiquement la même dans toutes les éditions de Munster; cependant on y remarque quelques dissemblances. Ainsi, sur le plan de l'édition latine de 1554, on lit dans une banderole flottante tracée au haut et à l'intérieur du plan, l'inscription en majuscules : Lutecia Parifiorum, toto orbe celeberrima i , caput Regni Franciœ. Cette banderole n'existe pas ici. Si, dans les diverses éditions que j'ai vues, sans pouvoir les comparer, l'estampe n'est pas tirée de la même planche, c'est du
l'édition latine, ce qui fortifierait l'opinion de M. Bonnardot, que l'on s'est contenté de faire un calque fidèle de la planche originale. Voici ce texte : Nomina quorumdam ccdificiorum quce suis quitusque locis ob spatii angustiam signari nequierunt, A. Sorbona. B. Palatiura régis. C. Pretorium. D. Summum Templum. E. Via ad Picardiam. F* Porta et via S. Dionysii. G. Porta et via S. Martini.
Indépendamment du tracé général, on peut reconnaître un plan copié d'après celui de Munster, quels qu'en soient l'échelle et l'idiome, en cela qu'il présente une inscription en tête et des noms de monuments en français et en latin ; on t'est contenté de copier servilement l'original. Nous espérons en offrir une preuve en publiant un petit plan très rare que nous comptons joindre à une Description de Paris non moins rare, imprimée à Lyon en 1 $$2, et que nous n'avons pu rencontrer, jusqu'à ce jour, dans les bibliothèques publiques de Paria. Voir le plan qui accompagne le texte de Du Pinet. V. D.