‹ Anciennes descriptions de ParisChapitre 3 sur 14 · Notissimaqne. (Bibl. Sainte-Geneviève. G. ia · texte numérisé non relu

Notissimaqne. (Bibl. Sainte-Geneviève. G. ia

PRÉFACE. ii

moins un calque fidèle, puisque la dimension esc identique. < Il eue été difficile de tracer une image plus grossière de notre capitale. Il n'y a aucune exactitude dans les proportions ou la direction des rues, ni dans la distance respective ou la représentation des édifices. Il me suffira de dire que l'abbaye Saint- Germain consiste en une tour ronde au milieu d'un clos, et Notre-Dame en deux sortes de colombiers côte à côte. La désignation des rues et des édifices est tantôt en latin, tantôt en français ; la rue Saint- Anthoine se nomme S. Thome; la rue Saint-Jacques Suburbium S. Jacobi *, etc. Sur la rive droite de la Seine sont figurées deux enceintes. La plus étendue des deux est le rempart de Charles V qui, j usqu'à Tan 1635, forma la limite de Paris sur la rive droite. On y remarque encore la tour de Billy, détruite en 1538. L'autre enceinte, plus étroite, non attenante aux maisons, et consistant en un gros mur élevé en 1190, est encore entière, et se relie aux anciennes portes de Philippe-Auguste, démolies entre 1529 et 1535. Le millésime 1548, inscrit derrière le plan, ne peut donc s'appliquer qu'à l'époque où la gravure aura été exécutée d'après un dessin antérieur. Admettrons-nous que les portes de Philippe-Auguste, etc., ont été à dessein retracées ici comme encore subsistantes, quoiqu'elles n'existassent plus en 1548? Cette

1. C'est une erreur, ce n'est pas la rue, mais le faubourg hors la ville, qui est désigné; suburbium signifie sous la ville, faubourg.

lu PREFACE.

supposition est peu vraisemblable ; on eût plutôt rajeuni que vieilli un plan destiné à faire connaître l'image de Paris moderne.

c II m'a été impossible de remonter à l'origine du modèle qui a servi au graveur allemand. Il n'a pu prendre pour base de son travail un plan exécuté en tapisserie dont je parlerai bientôt, tapisserie qui probablement n'était pas encore terminée en 1548, et, d'ailleurs, n'offrait plus, au nord, une seule des portes de l'enceinte de Philippe-Auguste. Peut-être le dessin de cette planche aura-t-ii été tracé de souvenir ou d'après quelques descriptions orales *. Du reste, le cordelier Sébastien Munster n'a point, au sujet de l'estampe insérée dans son livre, une haute prétention, puisqu'il annonce avoir eu seulement l'intention de faire voir comment notre capitale se divisait en trois parties.

• Il faut avoir de Y indulgence et même de la reconnaissance pour le premier géographe qui ait tenté de publier des plans de ville, à une époque où il fallait, pour les dresser, s'aider de ses propres efforts.

1 La géométrie, en effet, ne pouvait être alors d'un grand secours au milieu de ce dédale de rues étroites, tortueuses et toujours encombrées, qui constituaient alors la plupart des villes d'Europe. Ce n'était guère donc que de mémoire, et après un examen fort incomplet, qu'on pouvait crayonner tant bien que mal

1. Pourquoi pas plutôt d'après un croquis grossier ou un dessin élémentaire? V. D.

PREFACE. xiii

la forme de leurs rues et de leurs principaux édifices.

« Le nom du graveur de ce plan informe nous est inconnu. C'est, au reste, un renseignement assez inutile* Au bas des épreuves primitives, on remarque, à droite, près du gibet de l'abbaye Saint-Germain, les initiales accolées HR. MD f , suivies d'un poignard placé horizontalement, dont la pointe regarde le D. • Le poignard paraît renfermé dans sa gaine et les cordons qui raccompagnent destinés à le fixer au ceinturon. •

Complétons Pétude de M. Bonnardot sur le plan de Sébastien Munster par la notice que M. Franklin a publiée sur le même sujet plus récemment.

« En 1541, un cordelier allemand nommé Sébastien Munster publia un traité de géographie qui obtint un grand succès. En 1550, peut-être même dès 1548, il traduisit son livre en latin et le publia à Baie sous ce titre : Cofmographiœ univerfaîis libri fex. A la page 89 de cette traduction se trouve le plus ancien plan gravé de Paris que Ton connaisse. C'est d'ailleurs, comme on le voit par notre fac-similé, une image encore bien grossière et bien informe. L'auteur éprouve même le besoin de s'en excuser. Une inscription placée au verso de la gravure nous apprend qu'il n'a pu, dans un si petit espace, montrer les édifices et les rues innombrables de la grande ville ; il a donc dû se contenter, ajoute-t-il, de faire voir comment, divisée par le fleuve en trois parties, ses ponts la réunissent en une seule. Voici cette note.

uv PRÉFACE.

« Cintas Pan'Jienfisj delineata fecundum Jitum & figuram quam habuit hoc Chrifti anno 1548; intra & extra mania. Interiora quoque ejus œdificia & infiniti v ici in tam anguflo fpacio omîtes explicari nequiverunt. Sat fuerit videre urbem trifariam per Sequanam diftinclam, atque per pontes rurfum conjunclam.

t D'après cette inscription, notre plan aurait donc été dressé en 1548, ce qui est inadmissible. On y trouve, en effet, la tour de Billy, qui fut détruite par la foudre au mois de juillet 1538, et les portes de l'enceinte élevée par Philippe-Auguste, portes qui furent démolies entre 1529 et 1535 ; en revanche, on y voit mentionné le Colle gium Regium qui fut fondé en 1529. Il est donc probable que cette planche représente Paris vers 1530.

« Elle mesure trente-neuf centimètres sur vingtcinq et demi, et on lit en tête : Lutetia Parisiorum

URBS, TOTO ORBE CELEBERRIMA NOTISSIMAQUE, CAPUT

regni Francle. En haut, à droite, trois fleurs de lis ornent une bannière qui flotte au-dessus de l'abbaye de Saint-Victor. A gauche, dans un cadre fort peu élégant, figurent au nombre de sept les Nomina quorumdam cedificiorum quœ fuis quibufque locisfpatii angufliam fignari nequiverunt.

« Les inscriptions, d'ailleurs fort peu nombreuses, sont écrites tantôt en latin, tantôt en français. »

Ces descriptions sont certainement très claires, très nettes et très précises ; elles dénotent dans leurs auteurs la connaissance parfaite de leur sujet, mais il

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manque au lecteur qui ne la possède pas comme eux une chose importante, le plan lui-même; M. Bonnardot, travaillant dans son cabinet avec ses dessins devant lui, a tous les avantages. M. Franklin a senti ce qui manquait; il a donné, dans son livre les Anciens plans de Paris, un fac-similé de chacun d'entre eux; nous croyons avoir été au-devant des désirs de tous nos lecteurs en reproduisant intégralement les plans des anciennes Descriptions de Paris qui en avaient originairement. Sur trois plans dont se compose cette livraison, deux, ceux de Munster et de Braiin, ont été publiés par la préfecture de la Seine, Direction des beaux-arts, qui nous a gracieusement autorisé à en faire un tirage spécial pour notre publication. Nous sommes heureux de le reconnaître et de lui en témoigner nos remerciements.

Quel que soit le peu de mérite intrinsèque du plan de Munster, il devait entrer nécessairement dans la Collection des Anciennes Descriptions de Paris, comme illustration du texte de l'auteur, comme point de départ et de comparaison avec les plans qui vont lui succéder, enfin comme le plus ancien et plus vénérable de tous à une époque où toutes les représentations figurées étaient toutes plus ou moins fantaisistes. C'est le portrait de l'aïeule sous les rides de laquelle on découvre néanmoins encore les traits aimables de la jeunesse ; bien que l'artiste Tait peinte d'une main inhabile on y retrouve cependant l'air de la famille et cela nous suffit pour nous le rendre précieux. Pour-

PREFACE

quoi se montrer trop exigeant? Il nous faut arriver au siècle suivant pour rencontrer un plan topographique levé par des ingénieurs sérieux et par des géographes géomètres.

Antoine Du Pinet, sieur de Noroy, traducteur et archéologue français (xvi« siècle), né à Besançon, selon La Croix du Maine, ou plutôt à Baume-les- Dames, comme le dit Louis Gollut son compatriote, Du Pinet embrassa la religion protestante, dont il se montra un des plus zélés défenseurs. Il se retira d'abord à Lyon, où il se lia d'une étroite amitié avec Dalechamp, et vint plus tard à Paris, où il mourut vers 1 584. On a* de lui : Histoire naturelle de Pline, traduite en françois, avec un traité des poids et mesures antiques, réduites à la façon des François; Lyon, 1542, in-folio. Voici le jugement de Bayle sur cette traduction : « On peut dire, sans flatter notre Du Pinet, qu'il a mérité beaucoup de louanges par cette version. Il y prit beaucoup de peine ; il consulta les vieux manuscrits et les vieilles éditions de Pline, il corrigea, il collationna là-dessus ce qu'il composait ; il fit un grand nombre d'annotations marginales; il dressa deux tables fort amples; il composa un traité

PRÉFACE. nui

des poids et mesures antiques réduites à la façon des Français et le mit au-devant de sa traduction. Cela demandait une infinité de veilles. Je sais bien qu'il a commis quantité de fautes, dont quelques-unes sont très absurdes. Il a fait deux gentilshommes romains de deux espèces de marbre, l'un nommé Lapis Numidicus, et l'autre Sinaudicus. C'est au chapitre premier du trente-cinquième livre. Pour peu qu'on soit équitable et que Ton connaisse la difficulté de l'entreprise, on sera incomparablement plus disposé à estimer cet auteur, à cause de tant d'endroits où il a bien rencontré, qu'à le mépriser à cause de ses bévues. » Expofition de VApocalypfe de Saint Jean; Lyon, 1543, in-8°. Les Epîtres illuftres de don Antoine de Guevare^ traduites en français sur la version italienne de don Alphonse d'UUoa, avec un traité du même Guevare. Des travaux et privilèges des galères; Lyon, 1560, in-4 . Taxe de la pénitencerie et chancellerie romaine j en latin, avec la traduction française et des annotations; Lyon, 1564, in-folio. Réimprimée sous le titre de Taxe des parties casuelles de la boutique du Pape, Leyde, 1607, * n -8°. Ce livret a eu de nombreuses éditions, comme bien on pense.

Voici, le titre complet de ce pamphlet, d'après une réimpression moderne. Taxe des parties casuelles de {a boutique du Pape, rédigées par Jean XXII, et publiées par Léon X, selon lesquelles on absout, argent comptant, les assassins, parricides, empoisonneurs, hérétiques, et avec la fleur des cas de con-

ivui PRÉFACE.

science décidés par les jésuites, publié par Julien de Saint-Acheul. Paris, che\ les libraires de théologie. 1620, in-8°. »

On trouve dans les Mémoires-Journaux de Pierre de VEstoile (zj juin 1607), édition des Bibliophiles, t. VIII, p. 310, une anecdote qui ne donne pas grande idée du courage civil et du bon esprit du bourgeois frondeur mais peureux : « Bourdin m'a vendu ce jour ung meschant petit livret, que j'ai trouvé par hasard en sa boutique, intitulé : Taxes des parties cafuelles de la boutique du Pape ; en latin et en françois, imprimé à Lyon, in-8°, 1564. Il y avoit longtemps que j'en cherchois un, pour remettre en la place de celui que je bruslay à la S. Barthélémy, craingnant qu'il me bruslast. J'en ai payé onze sols, relié en parchemin. >

Dans son Introduction au Livre commode des Adresses de Paris en 1692, par Abraham Du Pradel (Nicolas de Blegny), l'auteur qui avait beaucoup lu, beaucoup retenu, mais qui ne contrôlait pas toujours ses citations, a commis à ce propos une étrange méprise. Après avoir cité un passage des Essais de Montaigne qui fait honneur au père de cet écrivain de l'idée d'un bureau de renseignements, il ajoute : « Tout germa, tout fructifia de ce qu'il portoit (le livre des Essais) comme semence. « Deux ans après, qu'il eut paru, nous voyons, par exemple, publier à Genève un petit livret de renseignements, qui pourrait bien n'être qu'une variante de ce que Montaigne

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avait demandé. Il voulait, lui, qu'en arrivant dans une ville, chacun pût savoir où trouver ce qu'il faut. Le petit livret dont nous parlons prenait l'idée à revers. Il vous renseignait sur tout ce dont il faudrait se garder dans les boutiques. C'était arriver au même but, mais par le côté contraire, comme on arrive à l'orthographe par la cacographie. Voici le titre qui, tant il est net, nous dispensera de plus longues explications : Le livre des Marchands, fort utile à toutes gens pour connoistre de quelles marchandises on se doit donner garde oVestre de se eu. Genève, 1582, in-24. Pas si net le titre, étant connu le nom de l'auteur (on l'attribue à Pantapol Farel). C'est tout simplement le pendant de la Taxe des parties car suelles de la boutique du Pape, La méprise est jolie, bien réussi et four d'Edouard Fournier, à joindre à la liste déjà longue des errata de cet érudit auteur. La conformité des Eglifes réformées de France et de VEglife primitive en police, cérémonies; Lyon, 1565, in-8°. Les Secrets Miracles de Nature, traduits du latin de Levin Lemnius; Lyon, 1566, in-8°. Commentaires de Pierre Mathiole sur Vhifioire des Plantes de Dioscoride, traduits en français ; Lyon, 1 566, infolio. Lieux communs de la Sainte Ecriture, par Wolfgang Musculus, traduits en français; Lyon, 1Ç77, in-folio. Enfin, les Plant\, pourtrait\ et defcriptions de plusieurs villes et forteresses, tant de l'Europe, Asie et Afrique que des Indes et terres neuves; Lyon, 1564, in-folio.

ix PREFACE.

C'est de cet ouvrage de Du Pinet que nous extrayons Paris & fa defcription. Dans un chapitre préliminaire, Fauteur indique • Les meilleures chartes géographiques du iourd'huy. La Mappe-uionde de Gemma Phrysius est tenue pour bonne : toutes fois on tient l'Aigle, faite à Anvers, estre meilleur, et plus à la Moderne. L'Europe de Iacobus Mercator, qui est imprimée à Anvers en taille douce est fort bien faite. La Mappe-monde de Iacobus Castaldus, qui est en taille douce, est tenue également pour bonne. La France de Orontius Dauphinois est fort bien faite : aussi est celle de Iolivet de Limoges, que le feu Roy, François premier de ce nom, fit faire. Quant à la Germanie, les Allemans sont si industrieux en ceste science, qu'ilz ont l'honneur d'avoir représenté leur patrie au vif, en toutes leurs chartes. •

Du Pinet paraît avoir été amateur et connaisseur en cartes.

Voici comment M. Alfred Bonnardot prend le soin de l'apprécier :

t II existe, outre les nombreuses éditions en plusieurs langues de la Cofmographie de Munster, des ouvrages de divers titres, où figurent en plus petit des images de Paris, copiées sur celle-ci ou du moins tracées d'après le même modèle. Ces reproductions m'ont paru offrir si peu d'intérêt, que j'ai dédaigné de rechercher les ouvrages qui les renferment. Je me bornerai à citer Tin-folio intitulé Plantf, Pourtraiq & Defcriptions de pîufieurs villes d' Europe > par

PREFACE. ixi

Antoine Du Pinet. Lyon, 1564, où Ton voit un plan de Paris gravé sur bois, ou du moins dessiné par Jean d'Ogerolles. Il est encadré de riches enroulements, de raascarons, de cariatides et animaux fantastiques. Cette petite estampe a beaucoup de ressemblance avec celle de Munster, et dérive assurément de la même source. Les tailles en sont plus délicates, mais le dessin en est aussi grossier, aussi défectueux. On y remarque les armes de France et de Paris, et, au bas, sept renvois. 1 Après ce que nous en avons dit plus haut, il y a peu de choses à ajouter à cette description. Dans le cadre en haut, on lit en grandes majuscules : Paris; au bas, en mêmes caractères : Ian d'Ogerolles. En dehors du plan, qui mesure o m ,25 de largeur sur o m ,i6 de hauteur, mais dans l'intérieur du cadre, au bas, on lit les renvois suivants empruntés à Munster, précédés de cet avis :

Les lieux principaux notez dans la présente Ville Cité et Université de Paris : A. Sorbonne. B. Palais Royal où se tient le Parlement. C. La Maison de Ville. D. L'Église Nostre-Dame. E. Chemin de Picardie. F. Porte et voye de Saint-Denys. G. Porte et voye de Saint Martin. On a supprimé dans le plan les indications : S. Thome et suburbium Sancti Jacobi. Dans le chanfj? à droite et à gauche se trouvent les armes de France, et en pendant celles de Paris. Ce dessin est évidemment une réduction de celui de Munster ; avec l'encadrement, il mesure o", 34 sur o m , 26. Le plan de Du Pinet est comme

lxii PRÉFACE.

le craie d'union qui joint Munster avec Braiin.

Une note manuscrite en tête de l'exemplaire de Belleforest, à la Bibliothèque de l'Arsenal, note qui parait de la main du marquis de Paulmy, porte : ■ Un nommé Binet avait déjà traduit cette cosmographie (de Munster), et y avait ajouté quelques détails sur la France • . C'est Du Pinet qu'il faut lire ; il est désigné avec son prénom de Binet dans un privilège de Belleforest en 1574, où il est mentionné comme auteur des Plantz et pourtraitz des villes, imprimés à Lyon en 1564. C'est une faute d'impression qui a égaré le rédacteur de la note mentionnée ci-dessus.

La description de notre auteur n'a d'autre mérite que de combler une lacune entre ces deux historiographes de Paris; son style est prétentieux, déclamatoire. Au fond, il ne nous apprend rien de nouveau ; son discours est plutôt une amplification emphaciqite qu'une véritable description; il promettait plus quand il disait avec assurance : ie fens ia ma veine petite refgayer en Vimmortalitè de fa gloire^ en parlant de Paris.

Les biographes nous ont transmis peu de particularités sur la vie de Georges Braiin, dont il nous

PRÉFACE. Min

reste à parler. Braiin, ou Bruyn selon quelques auteurs, théologien catholique allemand, vivait dans la seconde moitié dû xvi e siècle. Il fut archidiacre de Dortmund, en Westphalie, puis doyen de la cathédrale de Cologne.

Braiin a écrit une Vie de Jésus-Christ } une Vie de la Sainte Vierge, plusieurs opuscules de controverse religieuse, mais son principal ouvrage est le Theatrum urbium prœcipuarum mundi; la première édition parut en 1572, en deux volumes in-folio. La seconde fut publiée de concert avec François Hagenberge de 1593 à 161 6; 6 volumes in-folio. Le texte et le plan que nous donnons aujourd'hui sont tirés de la première édition. M. A. Bonnardot a consacré à Tune et à l'autre une étude sérieuse sous ce titre : Plan représentant Paris, vers 1530, édité à Cologne par Georges Braiin, 1574; nous ne saurions mieux faire que de la reproduire.

< La Cofmographie de Sébastien Munster, en dépit, et peut-être à cause de ses récits mensongers, jouit longtemps d'une si grande vogue, que ce cordelier peut passer pour le Malte-Brun du xvi e siècle. Tous les géographes qui vinrent après lui se crurent obligés de lui emprunter ses étranges impostures. La Cofmographie d'André Thevet, 1572, en contient une partie, et quand François de Belleforest publia la sienne, trois ans plus tard, il eut soin de rappeler, sur le titre, qu'elle avait pour base celle du géographe allemand.

uuv PREFACE.

t Les Parisiens durent donc, ainsi que les autres peuples de l'Europe, se contenter pendant longtemps, en fait de plan de Paris gravé, de la monstrueuse estampe de Sébastien Munster et de ses copies. Enfin parut un in-folio avec planches, contenant une description latine des plus célèbres villes de l'univers. Je ne saurais citer au juste la date ni le titre précis de la première édition du livre qui va nous occuper. Une partie des anciennes planches de Munster s'y retrouve, mais les plans d'un grand nombre de villes, notamment ceux qui concernent la France, furent regravés tout exprès sur cuivre, et cette fois d'après de meilleurs dessins. Le plan de Paris est un des plus remarquables du recueil, et forme un contraste frappant avec la grossière image de Munster. Outre qu'il est assez habilement gravé à l'eau-forte il offre, malgré son petit cadre, une exactitude surprenante pour l'époque, et je ne crois pas exagérer, en affirmant que les grands plans gravés sous Louis XIV le surpassent seuls sous ce rapport.

i De tous les plans de la capitale, c'est celui qui m'a coûté le plus de recherches, et, pourtant, malgré tous mes efforts, je ne pourrai éclaircir qu' approximativement son histoire. Comme il ne porte ni signature ni monogramme, il m'a été très difficile de le désigner. Il faut pourtant le distinguer par un nom quelconque, puisque je le citerai fort souvent dans la seconde partie de cet ouvrage, où je traite des enceintes et des portes de Paris. J'étais tenté de le

PRÉFACE. lxv

nommer Plan aux trois personnages, à cause de trois figures qui sont gravées au bas; mais, comme elles sont effacées sur les dernières épreuves, je me suis décidé à le désigner sous le nom de : Plan de Braun, auteur du plan primitif. Ce qu'il y a de certain, c'est que la gravure en fut exécutée vers 1570, d'après un modèle tracé vers 1530, et que la planche, ayant appartenu successivement à divers éditeurs, servit à illustrer plusieurs ouvrages dont les textes, en différentes langues, ont été souvent remaniés et précédés de nouveaux titres ; ruses d'éditeurs, qui préparaient de Fembarras aux bibliographes à venir.

« Je laisserai d'abord la parole à H. Mauperché, le premier qui, je crois, ait su apprécier le mérite de ce plan, et en a fait même regraver une partie dans son Paris ancien. Voici ce qu'il en dit, page 101 :

t Sans se pourvoir de privilèges, et sans annoncer l'époque de son travail, Jean Sansson, imprimeur à Amsterdam, a donné, en latin, un gros volume infolio, dans lequel aux Tableaux des villes les plus illuflres de. la partie feptentrionale de l'Europe, il a joint un plan de Paris, plan d'abord sans date, ajoute en note Mauperché.

t Cette même image a depuis reparu dans le premier des trpiç volumes, aussi in-folio, dus à Brouin et Hagemberg, portant le titre : Des Cités de V Univers, imprimés à Amflerdam, avec privilège de l'empereur du 28 août 1572, et du roi catholique, du 22 novembre 1574.

lxvi PREFACE*

t Un fait infiniment remarquable est que, pour donner un air de nouveauté à cette deuxième carte, on a imaginé d'y ajouter, dans sa partie basse, du côté gauche, trois petits personnages, costumés comme on Pétait sous Charles IX : supercherie mise assez souvent en usage par quelques-uns des anciens graveurs que je pourrais citer, »

c Le nom de l'éditeur Jean Sansson est une méprise. Mauperché traduit sans doute ici le nom latin : Joannes Sanssonius qu'il a mal lu. de sorte qu'on pourrait le confondre avec celui des S ans on, célèbres géographes sous Louis XIII et Louis XIV. Il a ensuite le tort de désigner en français le titre d'un livre qu'il annonce lui-même être en latin. (Je le citerai plus loin.) Notez que le plan fut d* abord sans date; c'était avancer que plus tard, il en porta une, ce qui est inexact.

t L'ouvrage en trois volumes que Mauperché intitule Des Cités de V Univers, avait aussi un titre latin, mais il existe peut-être à mon insu une traduction française 1 . Le nom de Brouin est une erreur : c'est Bruin (nom qui, d'après Brunet, est le même que celui de Braùn). J'ai vu au Cabinet des Estampes (Topog., V. a. 74) une épreuve isolée du plan en question, au bas duquel était écrit ,à la plume Bruin, Sans doute on aura cru, et c'est à tort, que Bruin était le graveur. Il était l'auteur du texte, comme on le verra

1. Il en existe une de i$74> comme on Terra plus loin; nous en publions le texte. Note de l'éditeur.

PRÉFACE. umi

ci-après. J'ai fait entendre par erreur, dans mon Histoire de la Gravure en France, p. 20, que ce nom de Bruin était gravé au bas du plan.

c L'assertion de Mauperché (troisième alinéa) est fondée sur une méprise, qui a pour cause son inexpérience à juger de la gravure; je prouverai plus loin que les trois figures gravées sur la planche primitive ont été, au contraire, effacées sur les derniers tirages.

t Je ne saurais citer au juste, je le répète, le titre du premier livre où ce plan se trouvé inséré ; mais je puis certifier qu'il existe de ce livre un grand nombre de réimpressions avec texte remanié et titres renouvelés. Chaque épreuve de ce plan (plié en deux et collé sur onglet) porte au verso, à gauche, une page de texte en latin ou en autre langue. Je possède une épreuve où cette page, texte latin, se compose, non compris le titre du chapitre, de cinquante lignes; les derniers mots sont ceux-ci : Oratione prœftiterunt ; l'épreuve, très nette et très brillante, doit être du premier tirage. J'en possède une autre où le texte latin du verso se compose de 52 lignes et offre des différences dans la composition et l'orthographe; le tirage de l'estampe est moins beau. Enfin, une troisième épreuve porte au verso un texte latin de deu* pages, dont chacune comporte plus de 80 lignes en caractères fins; l'état de l'épreuve atteste que la planche commence à s'user. Derrière les épreuves les plus modernes, celles où manquent les trois figures, le texte est également en latin, mais imprimé sur deux

ixvm PRÉFACE.

colonnes. Ces simples remarques prouvent qu'il existe au moins quatre éditions latines bien distinctes.

• Le Manuel de Brunet, au mot : Bruin } cite les titres d'ouvrages suivants : • Georgius Briun seu Brauk. — Civitates orbis terrarum, in as incifa (y excifatj & defcriptione topographicâ, morali et politicâ illuflratœ, Colonix 1572-1618, 6 tomes en 3 volumes gr. in-folio. » Cet ouvrage est recherché à cause des gravures, qui sont de Fr. Hagenberg et de Simon Van den Navel (Novellanus). G. Hoefnagel a communiqué à l'auteur plusieurs plans des villes d'Europe, ec Corn. Chaymon, ceux de villes d'Allemagne. Sur les plans de chaque ville se trouvent représentés les costumes du temps. Les premiers volumes ont été réimprimés en 161 2. 1

t Brunet ajoute qu'il y a plusieurs éditions avec le titre ci-dessus, dont le texte est latin, allemand ou français. J'ai vu, au Cabinet des Estampes, dans la Collection Uxelles, tome XV, une épreuve coloriée du plan avec les trois figures, lequel porte au verso deux pages de texte français ; elle provient sans doute de l'édition dont Brunet signale ainsi le titre : Théâtre des différentes villes du monde, Bruxelles, 1572, 6 tomes en 3 volumes, grand in-folio. Il existe au moins deux éditions françaises; car derrière l'épreuve dont je parle plus haut, sur laquelle on a écrit le nom de Bruin, il n'y a qu'une seule page en français, page de 48 lignes, dont les six dernières sont disposées en retraite :

PRÉFACE. lux

• Je signalerai à mon cour les titres précis de deux ouvrages où se trouve le plan en question, avec et sans les trois personnages. Le premier se voit au -Cabinet des Estampes (n° 3521). CIVITA || TES OR || BIS TER H RARUM. Le titre, ainsi disposé (en 4 lignes) en majuscules à double trait, est inscrit sur un petit socle carré, qui supporte la statue assise de la Géographie. À gauche de cette statue est Minerve, ainsi dénommée : Arcium inventrix ;\ droite, Janson; au-dessous on lit : Opid (oppidorum?) auélor.

• Sur ce frontispice, gravé vers 1660, n'apparaît ni date ni nom d'artiste ou d'éditeur; mais au verso est une préface, en latin, qui commence ainsi : georgivs

BRAVN AGR1PPINENSIS (de Cologne), BENEVOLE LEC-

toribus s. d. (Salutem dat). G. Braiin est l'auteur du texte, et c'est sous son nom que j'ai désigné le plan en question, n'ayant pu deviner avec certitude le nom du dessinateur. A la fin de la préface, dont je reparlerai plus tard, est la date : M. D. LXII. Mais cette date n'est assurément pas celle de l'édition, car l'épreuve du plan de Paris est déjà fort usée. Le texte du verso est très fin et plus détaillé que celui d'autres éditions. On y cite la description de Paris que donna François de Belleforest en 1575. ■ Poro ne quid curiofus defideret leâlor, altérant defcriptionem iconi urbis fuffixam addere vifum efl. »

1 L'autre ouvrage, aussi sans date (Bibl. nat., Imprimés, G. 226), a pour titre : Theatrum prœcu puarum urbium pofitarum ad Septentrionalem Europœ

lxx PREFACE.

plagam. Ce titre, disposé de manière à former 8 lignes, est précédé d'un feuillet supplémentaire où se voit un frontispice gravé sous Louis XIV. On y lit, dans un cartouche carré orné d'enroulements, cet avanttitre : llluftriorum principumque urbium Septentrion nalis Europa Tabula. Ce cartouche est entouré de figures allégoriques et des divers costumes européens. On lit au bas du titre : Amftelodami ex officinâ Joannis Janfonii.

i La date est assez facile à établir, car le plan de Paris, qu'on trouve au cahier D, est suivi d'un autre que je décrirai à l'an 1654, date approximative *de cette édition. Le texte est imprimé sur deux colonnes. Ce recueil factice, illustré d'estampes tirées de planches de toutes sortes d'époques, est positivement le livre que cite Mauperché, sauf qu'il traduit le titre, ainsi que le nom de l'éditeur qu'il défigure. L'épreuve du plan de Braiin, inséré dans cette édition, n'offre plus les trois personnages. On les a effacés sur le cuivre, sans en laisser la moindre trace, et Ton a rempli l'espace au moyen de quelques tailles figurant un sol accidenté. C'est évidemment l'ancienne planche de l'édition de 1572. On remarquera de plus que dans le cartouche du haut, qui contient le titre du plan (Lutecia vulgari nomine, Paris, etc.), les tailles des enroulements ont été ravivées et doublées ou croisées par d'autres tailles; du reste, l'estampe ne porte ailleurs aucune trace de retouches ou de changements.

PRÉFACE. lxxi

i L'eut d'usure de la planche et les surcharges signalées prouvent évidemment , contre Mauperché, que les épreuves aux trois figures sont primitives, ec que ces figures ont été, vers 1654, retranchées } et non ajoutées } pour dissimuler la vétusté du plan. Les épreuves sans les trois figures ne se trouvent annexées, à ma connaissance, qu'à ce seul ouvrage; mais on voit (Bibl. du Louvre, E. 148) un exemplaire divisé en quatre tomes, dont celui qui contient, au cahier D, les deux plans de Paris, a ce nouveau titre : llluflriorum regni G allia civitatum tabula & Helvetiœ. — Ex oficinâ Joannis Janfonii. Le tome est sans date, mais ceux qui lui font suite portent celle-ci : CID 13 CLVII (1657).

f Après tout, la question de savoir au juste la date et le titre des livres qui renferment cette curieuse planche n'offre qu'un intérêt secondaire. L'essentiel est d'étudier l'époque précise de l'état de Paris qu'elle représente. Je vais maintenant entrer dans quelques détails importants pour l'archéologie.

f Le plan de Braûn, dressé à vol d'oiseau, est gravé à l'eau-forte avec une hardiesse assez artistique. Il porte, entre ses quatre lignes d'encadrement, environ 48 centimètres 1/2 sur 34. Il est orienté comme le sont à peu près tous les anciens plans de Paris ; l'ouest est au bas de la carte, système qui offre de face les portails de la plupart des églises. Son champ a pour limites, au nord, le gibet de Montfaucon, Saint-Lazare, et le bas de Montmartre; au sud, les

lixii PRÉFACE*

Cordelières et la rue Notre-Dame-des-Champs; à l'est, le commencement du faubourg Saint-Antoine (l'abbaye de ce nom qui y figure est infiniment trop rapprochée de la Bastille; c'est une licence que prenaient les anciens géographes, à l'égard d'édifices importants) ; enfin, à l'ouest, l'emplacement à peu près où nous voyons les bâtiments des Tuileries.

t Dans le coin supérieur, à gauche, un cartouche carré, encadré de guirlandes et d'enroulements dans le style de l'époque de Henri II, contient une inscription de huit lignes, laquelle sert de titre ; elle commence ainsi : Lutetlb, vulgari nomine Paris, urbs G allia? maxima, etc. Le cartouche est surmonté des armes de Paris. Dans le coin inférieur, à gauche, sont les trois personnages signalés, un gentilhomme saluant deux dames. Les costumes sont contemporains de Charles IX. Au bas, à droite, sont gravés (en trois colonnes) quatorze vers français médiocres, mais assez, correctement orthographiés. Voici le premier : Paris pour vray est la maison royale, et le dernier : Fertile en bled et en maint i à' aulnes biens. Les trémas sur les y indiquent une origine hollandaise. Très peu de rues ou d'édifices ont été dénommés, sans doute pour conserver plus de netteté aux traits de l'estampe.

f Ce plan représente évidemment dans son ensemble, qui est homogène et sans anachronisme de lieux, la ville de Paris vers 1530. Un seul point me semble postérieur à la date de 1530, c'est cet ensemble de maisons qui relie le bourg Saint-Marcel à

PREFACE. uoui

Paris, maisons bâties pour la plupart sous Henri II. Voici les points sur lesquels on peut établir sa date : on y voit la tour deBilly, détruite en 1538, l'hostel de la Royne, reste de l'hôtel Saint-Pol (les rues des Lions et de la Cerisaie ne sont pas encore tracées, l'hostel des Tournelles, le vieux donjon du Louvre ; les portes de Nesle et de Buci sont fermées, elles restèrent en cet état de 1525 à 1550); le rempart entre la Bastille et la Seine n'est pas encore bastionné ; Voftel de ville est toujours l'ancien hôtel du Dauphin, avec ses trois pignons et ses piliers; l'enceinte septentrionale de Philippe-Auguste existe toute entière avec toutes ses portes moins deux (celles Saint-Antoine et Saint- Paul); la rue Françoise n'est pas encore percée, etc. En un mot, tout l'ensemble du plan paraît se rapporter à la date approximative de 1530, car il n'est pas probable qu'on l'ait vieilli à dessein : on s'expliquerait plutôt le contraire. Il fournit à l'archéologue de plus, sûrs renseignements que le plan dit de Tapisserie. Certes, si ce petit plan, sans offrir plus de détails, avait la dimension de cette tapisserie, il paraîtrait bien nu, mais il serait, je crois, moins imparfait dans son tracé général. On y remarque plusieurs localités qui, malgré leur petitesse, y sont mieux figurées que sur des plans beaucoup plus vastes. Le rempart de Charles V avec ses portes, ses bastides, et son double fossé , y paraît aussi bien dessiné que sur les plans plus détaillés du siècle suivant; la ligne du gros mur de Philippe-Auguste y est bien indiquée à

txxiv PREFACE.

sa place, et les cours qui le flanquent sont en nombre satisfaisant. Notons que c'est le seul plan qui ait représenté le haut donjon de l'hôtel de Bourgogne, donjon encore debout, rue Pavée-Saint-Sauveur, n° 3. En un mot, ce petit plan, supérieur à tous ceux du même siècle, est peut-être lé seul auquel on puisse accorder quelque confiance, non qu'il soit un chefd'œuvre, mais parce qu'il est de tous le moins imparfait, le plus capable de donner une idée claire de l'état de Paris sous François I". Je suis sûr d'avance que tous les archéologues qui l'auront étudié seront de mon avis, et admettront qu'il a dû être dressé sur un modèle tracé réellement d'après des recherches sur lieux. Si je ne le décris pas plus au long, c'est que j'aurai cent occasions d'en signaler les particularités dans mon Traité sur les Enceintes.

• Il m'a été impossible de découvrir où était l'original (tracé sans doute par un géomètre, sur une plus vaste échelle) qui a dû servir de base au dessin reproduit par le graveur. Ce dessin paraît, sur quelques points, avoir assez d'analogie avec le plan dit de Tapisserie, qui représente Paris vers 1 540 , mais sur beaucoup d'autres il en diffère, et, dans ce cas, c'est toujours en mieux. S'il en est la copie, cette copie aurait été habilement corrigée, et, ce qui paraît peu vraisemblable, vieillie d'au moins dix années, comme le témoigne la présence des portes de Philippe-Auguste, absentes sur la tapisserie.

c II serait difficile de désigner au juste le.nom du

PREFACE. lxxy

dessinateur et du graveur de ce plan, aucune épreuve ne portant ni signature ni monogramme. On n'est éclairé qu'à demi par certains passages de la préface de G. Braiin, auteur du texte. Les pages 3 et 4 de cette préface offrent les phrases suivantes :

• Artificiosx Simonis Novellani et Francifci Hagenbergii m anus, mirificâ quâdam industriâ, tam accuratc et ad vivum partium singularum proportione. . . expresserunt (civitatem tabulas), ut non icônes et typi urbium, sed urbes ipsac, admirabili caclaturx artificio, spectantium oculis subjectac appareant. Quas partim ipsi depinxerunt, partim ab iis, sagaci diligentiâ conquisitas atque depictas acceperunt, qui singulas quos-

que urbes perlustrarunt Ita opus hoc noflrum

multarum urbium geminâ descriptione orna vit ac auxit prcstantissirous doctissimusque vir Abrahamus Ortelius Antuerpianus, hoc nostro tempore insignis cosmographus.... Nec minores gratiarum actiones merentur summi illi prcstantissimarum artium admiratores, Georgius Hoflhagel Antuerpianus Mercator, et Cornélius Chaymox, quorum ille vivos et accuratos Hispanicarum, lux verô aliquot Germanicarum urbium typos perhumaniter nobis communicavit, etc.. Colonix Agrippinsc, M. D. LXX1I. »

c II nous est impossible de décider, d'après ces vagues renseignements, quels sont les artistes qui ont dessiné et gravé le plan de Paris qui nous occupe. On peut choisir entre cinq noms : Simon van der Noevel (c'est ainsi que M. Brunet a traduit Novellanus),

lixti PREFACE.

Fr. Hagenberg, Abr. Ortelius, graveurs; Georges Hoefnagle, et Corneille Chaymox (Brunec écrit Chaymon).

t Peut-être faut-il ajouter le nom de Mercator, car le mot, commençant par une majuscule, ne peut, à moins d'une erreur typographique, signifier Marchand, qualité applicable au nom de Hoefnagel. Auquel donc de ces cinq ou six noms attribuer le dessin du plan de Paris? Je serais tenté de choisir ceux de Noevel et $ Hagenberg, si habiles, selon Braiin , à tracer ad vivum des plans de ville en perspective. G. Hoefnagel ou Hoefnagle a signé quelques planches du recueil, mais il a inscrit son nom sur des vues et non sur des plans. Au bas des vues d'Orléans, Rouen et Bourges on lit : Depingebat Georgius Hoefnagle. Celle de Tours porte de plus une date : G. Hoefnaglius [sic] anno dni 1561. Ce dessinateur, assez célèbre de son temps (né en 1545 et mort en 1600, selon Zani), aurait-il aussi peint et dessiné des plans de villes, notamment celui qui nous occupe ? C'est ce que je ne saurais dire.

t Sans m'inquiéter davantage de rechercher le nom de l'artiste qui se rattache à cette estampe, voici les hypothèses que j'admets comme vraisemblables : vers 1570 ou un peu avant, quelqu'un aura dessiné, pour orner la description de ville entreprise par Braiin, ou par tout autre cosmographe (par Ortelius peutêtre), un plan de Paris à vol d'oiseau, tracé et réduit d'après un modèle plus grand, à nous inconnu, mais

PREFACE. lxxvii

levé à Paris même vers Fan 1Ç30. On aura fait ce que font encore, de nos jours, les éditeurs de Guides en pays étrangers. On aura copié un plan de Paris anciennement fait, sans regarder à la date. Le dessin communiqué à Braiin ayant donc été levé d'après un modèle déjà vieux, l'éditeur, pour le mettre en harmonie avec la date de son ouvrage (1572), aura fait ajouter, sur la planche, des figures dont le costume donnât au plan un air plus moderne, figures non tracées sur le modèle primitif. Peut-être, vers le même temps, l'éditeur fit-il ajouter, sur le dessin à graver, cette suite de maisons bâties sous Henri II, entre la muraille de Paris et le bourg Saint-Marcel, seule partie du plan qui répugne à la date de 1530. Beaucoup plus tard, un autre éditeur, pour le même motif, aura, au contraire, fait disparaître ces costumes.

# Le plan de Braiin, malgré sa date ancienne et sa supériorité eu égard à son temps, est un des moins rares, parce que les épreuves, tirées à un très grand nombre, se trouvent dans plusieurs éditions d'ouvrages divers, dont les exemplaires sont répandus dans les bibliothèques publiques de F Europe, et surtout, parce qu'elles ont été conservées dans des in-folio d'une reliure solide.

• De 1838 à 1840, je puis l'affirmer, ce plan était très connu à Paris, chez les marchands de vieilles estampes. J'aurais pu, dans cet intervalle de deux ans, m'en procurer au moins quinze épreuves à 1 franc, l'une portant l'autre. Devenu presque rare aujourd'hui

ftxmrui PREFACE.

(1851), il atteindrait en vente publique un prix bien plus élevé.

• Les épreuves fort usées, sans les trois figures, sont les plus rares. Je n'en ai même rencontré aucune dans le commerce. Il n'y a peut-être qu'un seul ouvrage qui les contienne, celui que j'ai cité page 32. Néanmoins, j'accorde naturellement plus d'estime aux épreuves avec les figures, puisqu'elles sont primitives et beaucoup plus belles, et offrent identiquement le même état de Paris, le fond du plan n'ayant jamais écé ni retouché ni corrigé. C'est, je suppose, le plan de Braiin que signale Lelong avec son vague ordinaire : • Plan de Paris sous Henri II, in-folio. On y voit le palais des Tournelles qui fut détruit peu aprèssa mort. 1

« Il existe de très petits plans qui sont peut-être des réductions de celui de Braiin. Du reste, peu importent des estampes que leurs dimensions microscopiques rendent tout à fait inutiles. Il nous suffira de décrire et d'analyser celles qui peuvent réellement servir à perfectionner l'histoire de la capitale. •

Les Anciens plans de Paris de M. Franklin vont nous fournir quelques renseignements complémentaires sur le plan de Braiin.

« C'est encore dans un ouvrage édité en Allemagne que figure le plan de Paris qui, d'après l'ordre chronologique, doit suivre celui de Sébastien Munster.

c L'auteur, qui se nomme tantôt Georgius Bruin (édition de 1572), tantôt Georges Braiin (édition

PRÉFACE. lxx»

latine sans date), publia à Cologne, en 157a, un travail intitulé Civitates orbis terrarum, qui fut fréquemment réimprimé. On y retrouve une grande partie des planches qui ornent la cosmographie de Sébastien Munster ; mais la plupart de celles qui concernent la France ont été refaites, et parmi elles le plan de Paris.

« Celui-ci mesure quarante-huit centimètres sur trente-trois. Il est gravé avec soin et offre une vue très exacte de la capitale. Quoique dressé vers 1570, il représente évidemment Paris tel qu'il était vers 1530. La tour de Billy renversée en 1538, les portes de l'enceinte élevée par Philippe-Auguste et qui disparurent entre 1529 ec 1535 y figurent encore, ainsi que la grosse tour du Louvre dont François I er ordonna la démolition en 1529, et la fausse porte Saint- Martin détruite en 1530.

1 En haut et à gauche de ce plan, un cartouche surmonté des armoiries de la ville renferme l'inscription suivante :

Lutetia, vulgari nomine Paris, urbs G allia maxima, Sequana navigabili jlumine irrigatur } nobili gente, mercatorum frequentiâ, univerjitate excellent^ flupendi operis templo B. Mariœ, palatio Regio, aliifque prœftantiJTimis œdificiis, trtbunali œquiffimorum judicunij & pulcherrimis epitaphiis, jlorentiffima.

1 En bas, à gauche, on voit trois petits personnages en costume de Pépoque.

PRÉFACE

• A droite, on lit ces quatorze vers :

Paris pour vray est la maison royalle Du Dieu Phœbu8, en splendeur radiale, C'est Cyrrhéa pleine de bons espritz.

Très vigoureux, faisant divers escriptz, C'est Chrysea en métaulx habondante, Grèce depris en livres florissante, Inde en estude, et en poètes Rome, Athènes lors en maint très sçavant homme, Rozier mondain, baulme du firmament, Universel, de Sidon l'ornement, Très habondante en vivres et breuvaiges, Riche en beaux .champs et flu vieux rivaiges, Fécunde en vins, doulce en ses citoyens, Fertile en bled et en maints d'autres biens *.

■ Enfin, au verso du plan se trouve une notice, que nous reproduisons d'après l'édition française de 1574, et qui a été fort augmentée dans quelques éditions.

• Ce fait signalé par M. Bonnardot mérite une mention spéciale. J'en profite pour insister sur ce fait qui donne matière à commentaires. L'auteur des Études archéologiques sur les anciens plans de Paris, qui -n'a pas connu d'édition française du plan de Braiin, accuse posséder deux épreuves : dans l'une, le texte se compose de 50 lignes, dans l'autre de

1. Traduction poétique du poème d'Architremius. On pourra comparer cette pièce avec la traduction en vers français qu'en a donnée Belleforest, Collection des anciennes Descriptions de Paris, t. VII, p. 6.

PRÉFACE. uutxi

52 lignes, dont il cite les derniers mots : oratione prastiterunt, ce qui nous permet de signaler une autre édition (Bibl. de l'Arsenal, H. 35a bis) qui offre une addition.

t Ce magnifique ouvrage, orné de belles gravures , a été entrepris par Georges Braiin, archidiacre de Cologne. Il est bien étonnant qu'aucun bibliographe n'en parle. • Cette note est du marquis de Paulmy. Le texte latin (voir Appendice II) se termine par ces mots, qui se trouvent dans les deux exemplaires de M. Bonnardot complétés par celui de l'Arsenal :

• Eustathius à Konoberldorf, Prutenus, Parisiorum magnificentiam carminé conscripsit. Idem, singulari libello .dSgidius Corrozet. Pyrrhus verô et Jacobus Capellus, oratione solutâ, prxstiterunt. Franciscus vero Bellefortius, uti postremô, ita omnium accuradssime Lutetianam hanc urbem descripsit. »

c Cette addition prouve que l'édition qui nous a servi de modèle est postérieure à la publication de Belleforest (157a) et n'est pas l'édition princeps; en effet, le privilège est daté de 1576. »

Mais là n'est pas la difficulté ; Knobeldorf (liseï Knobelsdorf, du village de l'ail) , Corrozet, Jacques Cappelle, Belleforest (qu'il faut traduire par Belleforestius et non Bellefortius) sont bien connus, mais qui peut bien être ce Pyrrhus? nous l'avons demandé à tous les échos d'alentour. Nous avons cherché dans les biographies et bibliographies quel pouvait être ce panégyriste de Paris; nous avons consulté à la

nouas PREFACE.

bibliothèque de l'Arsenal M. Paul Lacroix; à la bibliothèque Mazarine M. Franklin; à la bibliothèque de l'hôtel Carnavalet M. Cousin ; M. Thierry à la Bibliothèque nationale ; des érudits, des bibliophiles, des parisiophiles.

Cependant comment croire que Braiin, archidiacre de Cologne, auteur d'un livre sérieux, un contemporain des auteurs qu'il cite, se soit trompé dans son court essai de bibliographie parisienne?

Brunet nous a répondu au mot Pyrrhus (ou Pierius pour Pierre) Johannes, Anglebermœus, jurisconsulte, né à Orléans. pus cul a > Parisiis, 15 17, où se trouve un éloge de sa ville natale. Braiïn aura-t-il cité de mémoire, confondu Orléans avec Paris, trompé par ï impressum Parisiis? Il a écrit, il est vrai, Knobeldorf pour Knobelsdorf, et traduit Belleforest par Bellefortius. Quand il cite Pyrrhus, un nom qui n'est pas commun, il ne le fait ni précéder d'un nom de baptême ni suivre d'un nom de famille, il supposait donc Fauteur connu. Sa phrase disjonctive cependant : Pyrrhus vero et Jacobus Capellus (auteur d'un éloge de Paris, 1520) ne semble pas laisser place à l'équivoque ou à la confusion; il fait allusion à deux éloges bien différents. Le silence des bibliographes est une preuve négative, mais non sans appel. La traduction française de Braiin pouvait résoudre la difficulté; il Fa tournée en supprimant le texte litigieux: nous sommes dans l'alternative de montrer Braiin en flagrant délit d'inexactitude, ou d'admettre l'hypô-

PRÉFACE. txxxin

thèse d'une erreur de nom ; nous préférerions ajouter un nom à la liste des panégyristes de Paris ; la question reste pendante.

Nous sommes entrés dans quelques détails sur ces premiers pourtraiti de Paris pour aider le lecteur, qui, ayant le texte et le plan sous les yeux, peut facilement s'assurer de la vérité des assertions et n'est pas obligé de recommencer personnellement ce travail critique. Cette discussion d'ailleurs a son intérêt : montrer le mérite, signaler les défauts d'un auteur qui a écrit sur Paris, relever les erreurs de détails qui ont pu lui échapper, c'est faire de l'archéologie parisienne, c'était pour l'auteur ne pas sortir de son sujet.

Après avoir donné le texte de Munster il nous a semblé qu'il n'était pas sans intérêt de le faire suivre de son éloge, ou mieux de son apologie par un contemporain, André Thevet, que nous connaissons déjà. A l'appendice on verra comment le bon Thevet apprécie Munster dans son Histoire des plus illustres hommes et s çavants de leurs siècles avec leurs portraits, (Paris, 1670, a* édit., t. VII, chap. xxix). — (Bibliothèque nationale, n° 29,635, ec Bibliothèque Mazarine, 6,759.)

L'abbé Valentin DUFOUR.

MUNSTER (Sébastien).

la

LA

Sommaire. — /. Paris fondé par Jules Céjar. — 2. Portrait de cette ville, — 3. Du Parlement & Vniuerfité de Paris. — 4. Que c'ejt d'arrejt en Parlement. — 5. Les dou\e pers de France. — 6". La fondation de VVniuerfité de Paris. — 7. Régions & riuières de la Gaule. — 8. Fertilité des régions de la Gaule.

1 . Iehan Baptifte Pius * efcrit ainfi de Paris en les dernières annotations. Fay apprins (did-il) de Boëce Séue-

1. Pie od Pio (J.-B.), critique du xvi e siècle, né à Bologne. Il s'acquit beaucoup de réputation par les éclaircissements qu'il a donnés sur divers auteurs anciens. J.-B. Pie enseigna à Bologne, a Milan, à Lucques; le pape Paul III, qui avait été son ami, le fit venir à Rome, où il mourut, en 1540, âgé de quatre-vingts ans. On a de lui un ample recueil d'observations contenant des re-

rin *, quecefte ville fort renommée, laquelle on appelle Paris, a efté édifiée par Iules Céfar *, & eftoit appellée Villeiules s . Elle eft auiourd'huy floriflante en toutes arts & fçiences, & grandement peuplée.

2. Le portrait 4 de la ville de Paris, félon fa fituation & la forme quelle auoit Tan 1548, dedans, & hors les murs. Il n'a pas efté poffible de defployer en fi peu de papier tous les édifices qui font dedans cefte ville, ne tant de rues qui font en icelle. Ce fera affez de voir comment elle eft diuifée en trois partz* par la riuière de Seine, & coniointe par les pontz qui y font.

marques sur divers points d'antiquités, des corrections et des explications de divers endroits des auteurs grecs et latins, des restitutions de passages, etc. Dans le tome I er du travail que Jean Grfiter a donné sous le titre de Lampas seu fax artium, hoc est Thésaurus criticus, etc., ces observations sont sous le titre de Annotationes priores dédiées au marquis Simon de Gonzague, protecteur de l'auteur, et Annotationes poster tores , ou de Annotationes linguce latinœ grœcœque condita per J.-B. Bonniensem. Celles-ci contiennent deux cent cinq chapitres. On trouve à la tête deux é pitres, Tune au marquis de Gonzague, l'autre à Fr. Sodéri ni, cardinal prêtre du titre de Sainte-Suzanne.

1. Le traité De Doctrinâ Scholarum, d'un auteur inconnu, a longtemps été attribué à Boëce (470-524), homme d'État et philosophe.

2. Paris existait avant l'arrivée de César dans les Gaules ; menacée par Labiénus, lieutenant du consul, la ville fut brûlée par ses habitants, qui l'abandonnèrent; rien ne prouve que le général romain Tait rebâtie, les Parisiens se seront chargés de ce soin.

j . Appelée Lutèce avant sa destruction, on a pu la nommer Paris après sa reconstruction.

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