DE L'ANCIEN TESTAMENT
targoums et des Septante; ou une revision de la Pe- ' schitto, basée sur les Septante, a eu lieu postérieurement. Cette dernière hypothèse est seule possible. Les. Juifs araméens de la Mésopotamie — rappelons que les auteurs de la Peschitto étaient des Juifs convertis de cette contrée — ces judéo-chrétiens ig-noraient le o-rec, mais eussent-ils été capables de lire les Septante, ils ne se seraient pas servis de cette version, que les écoles juives de la Palestine et de la Babylonie considéraient comme une œuvre mauvaise, portant atteinte au caractère sacré du texte hébreu. En fait, les Septante n'eurent de crédit en Palestine et en Syrie que chez les chrétiens. Or, l'Église de l'Osrhoène est, dans ses premiers temps, judaïsante. Au IIP siècle se produit un revirement : Palout, évêque d'Édesse, reçoit l'imposition des mains de Sérapion, évêque d'Antioche vers l'an 200 ; dès lors c'est à Antioche, à la métropole des chrétiens hellénisants de la Syrie, que se rattache l'Eglise d'Édesse. Il est très admissible qu'après cette époque l'ancienne version syriaque ait été soumise à une revision pour la mettre en harmonie avec les Septante dont les Syriens hellénisants faisaient usage.
Cette revision doit être postérieure à Origène et aux premiers Pères de l'Église qui citent des leçons de la version syriaque que l'on ne trouve plus dans notre texte actuel. Elle devait être achevée au commencement ■ \du IV'' siècle, car Aphraate (vers 340) et saint Éphrem •»<' (-f- 37-3) avaient sous les yeux une version syriaque très t proche de celle que les ms. reproduisent. A. cette époque la recension de Lucien d'Antioche * était répandue en Syrie, et il y aurait intérêt à rechercher si
1. Sur cette recension, voir Paul de Lagarde, Librorum Veleris Testamenti canonicorum parsprior greece, Gœttingue, 1883.
:n LES ANCIENNES VERSIONS
la revision do la Peschitto est demeurée étrangère à cette recensions
Vers la même époque remonte la version syriaque des livres deutérocanoniques, dont les citations d'Aphraate et de saint Ephrem établissent l'existence au IV^ siècle. Ces livres ont été traduits du grec, à l'exception de l'Ecclésiastique qui procède directement de l'hébreu 2.
L'Ecclésiastique syriaque renferme de nombreuses et importantes lacunes, qui sont soit intentionnelles, soit occasionnées par le mauvais état du manuscrit dont le traducteur se servait. De fausses lectures ont engendré des erreurs de traduction; la version n'est pas toujours littérale, parfois elle abrège ou elle développe et paraphrase. Ces défauts ont été mis en évidence par la publication de fragments de l'original hébreu récemment découverts''. Dans la partie syriaque correspondant à ces fragments, on croit reconnaître plusieurs mains. « Jusqu'au chapitre xliii, observe M. Israël Lévi '*, le traducteur suit avec une certaine attention l'original hébreu. Tout d'un coup il s'arrête, puis vient un fragment du chapitre xliii, 1-10, qui est une traduction faite sur le grec. Au chapitre xliv, commence j
\. M. Dkiver a remarqué, dans Noies onlhe Hebrew Text of the Boohs of SamueU Oxford, dSOO, ji. lxxii, qu'un certain nombre de passages des livres de Samuel concordent dans Lucien et dans la Peschitto el s'éloignent également des Septante et du texte hébreu. Cf. Stockmayer, Zeitschr. fur die alttestam. Wissenschaft, 1892, t. XII. p. 218; Méritan, La version grecque des livres de Samuel, Paris, 18!I8, p. 96-113.
2. Distinct de l'Ecclésiaslique de l'Hexaplaire, qui a été traduit du grec, voir ci-après, p. 50.
3. Les fragments ont été retrouvés en différentes fois et ont fait l'objet de i)lusieurs publications et de nombreux travaux de critique. Nous renvoyons pour les détails au livre de M. Norbert Peters, Der jûnfjst wiederaufijefundene hebraische Text des Bûches Ecclesiasticus, Fribourg en Brisgau, 1902.
4. L'Ecclésiastique ou la Sagesse de Jésus, fils de Sira, Paris, 1898. p. iji, X« vol., fasc. I de la Bibliothrque des Hautes études, sectior des Sciences religieuses.