‹ Anciennes littératures chrétiennesChapitre 42 sur 200 · Lipsius, Die Edessen. Abr/arsage, Brunswick, 1880, p · texte numérisé non relu

Lipsius, Die Edessen. Abr/arsage, Brunswick, 1880, p

lettre du Seigneur, si elle était authentique, devrait figurer dans les livres canoniques du N. Testament. La plus importante variante estl'addition que contient la Doctrine à la fin de la réponse de Jésus : « Ta ville sera bénie et aucun ennemi ne prévaudra contre elle. » Cette addition constitue une nouvelle légende, inconnue d'Eusèbe, qui semble s'être formée vers le milieu du IV® siècle. Saint Ephrem y fait allusion dans son Tes- • tament; elle est également mentionnée par la pèlerine gallo-romaine, dont la relation de voyage a été retrouvée et publiée par M. Gamurrini '. Cette pieuse personne reçut de l'évêque d'Édesse, dont malheureusement elle ne donne pas le nom, une copie de la lettre d'Abgar et de la lettre de Jésus. Cette dernière renfermait la bénédiction, comme il résulte de ce passage (p. 68) : « Quoique j'eusse dans mon pays des copies de ces lettres, j'ai trouvé très agréable de recevoir celles-ci de lévêque, parce que sans doute, en arrivant chez nous, les lettres avaient subi quelque diminution; car ce que j'ai reçu ici est assurément plus complet [nam vere omplius est qnod hic accepi). » Du reste, l'évêque fait mention de cette bénédiction (deux pages plus haut). 11 raconte à la voyageuse le siège que les Perses mirent devant Edessepeu de temps après qu'Abgar eut reçu la lettre du Seigneur. Abgar, dit-il, se rendit aussitôt à la porte de la ville en tenant cette lettre et s'écria : « Seigneur Jésus! Tu nous as promis qu'aucun ennemi n'entrerait dans cette ville. » Aussitôt d'épaisses ténèbres entourent la ville et les Perses sont obligés de se retirer. Ce récit diffère peu de celui que

1. Dans le IV'= volume de l'Académie historique el juridique de Konie, , 1887, sous le litre de .S". HUnrii tractatus...el mnctœ Silvise Aqv.ilania: } perc'orinatio od loca sonda: rééditée pour le Corpus scriptorum eccl. lalinorum, par Palm r.EVKrs. Silviœ peregrinatio dans Ilinera Hieroso- { lymitana. Vienne, 189s.

renferme la chronique attribuée à Josué le stylite ^ 11 est rapporté dans cette chronique que, le mercredi 17 septembre 503, les Perses entourèrent Edesse, mais ne purent rien contre elle : « Toutes les portes de la ville étaient ouvertes, mais les Perses ne purent entrer à cause de la bénédiction du Christ. » Cette légende est encore mentionnée dans les Actes de Mari, dont nous parlerons bientôt, et dans une homélie de Jacques de Saroug". intéressant est ce que dit Procope à ce sujet ^ : « La fin de la lettre qui contenait la bénédiction est ignorée des auteurs qui écrivirent l'histoire de ces temps, mais les Edesséniens prétendaient que cette bénédiction se trouvait dans la lettre. Dans cette conviction, ils plaçaient cette lettre devant les portes de la ville comme un palladium. Pour éprouver la véracité de cette croyance, Chosroès mit le siège devant Edesse ; mais, frappé d'une fluxion de la face, il se retira honteusement. » Cette notice se rapporte au siège de l'année 544, dont Procope a fait précédemment un récit détaillé.

Par l'importance qu'elle acquit en Syrie, la légende de la bénédiction éclipsa en Orient la légende du portrait de Jésus. Ni Eusèbe, ni la pèlerine gallo-romaine, ni Procope ne mentionnent celle-ci.

En Occident, au contraire, la légende du portrait jouit dun grand crédit; elle s'y développa et s'y modifia. Selon la Doctrine, Hannan, l'archiviste d'Abgar et en même temps son peintre, après s'être acquitté de sa mission auprès de Jésus, fait le portrait du divin Maître avec des couleurs de choix et il rapporte ce portrait au roi Abgar, qui lui donne une place d'honneur dans son palais.

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