Clt.eton', Ane. syr. documents, p. Hl
légende est insérée au milieu d'un sermon d'Addai aux Édesscniens , d'une manière étrange et comme un hors-d'œuvre. « Je vais vous raconter, dit l'apôtre, ce qui est arrivé et s'est passé devant des hommes qui, comme vous, crurent que le Christ est le fils du Dieu vivant. » Après que Tibère eut délégué ses pouvoirs à l'empereur Claude, et se fut mis en route pour aller combattre les Espagnols révoltés, Protonice,la femme de Claude, se convertit à la vue des miracles opérés par Simon Pierre à Rome. L'impératrice se rend ensuite à Jérusalem avec ses deux fils et sa fille pour visiter les lieux saints. Elle ordonne aux Juifs de livrer à Jacques, le directeur de l'Eglise de Jérusalem, le Golgotha qu'ils détiennent. Sur le Golgotha Protonice trouve trois croix et ne peut reconnaître quelle est celle qui a porté le Sauveur, mais un miracle la tire d'embarras. Sa fille tombe frappée d'une mort soudaine; les deux premières croix, mises en contact avec le corps de la jeune fille, ne produisent aucun effet, mais, au toucher de la troisième croix, la princesse ressuscite et se relève sans avoir éprouvé aucun mal.
Cette légende est un écho de l'histoire de l'Invention de la Croix par sainte Hélène, dont elle dérive et à laquelle elle est postérieure, comme l'ont reconnu MM. Lipsius et Tixeront. Ce dernier fixe la date de la légende syriaque vers l'an 400 ' . C'est à cette époque que la tradition grecque et latine relative au voyage de la mère de Constantin à Jérusalem et à l'Invention de la Croix se répandit en Orient. Le syriaque a confondu sainte Hélène avec Hélène, la reine d'Adiabène, qui vint à Jérusalem au temps de Claude, vécut dans cette ville et s'y construisit un superbe mausolée,
i. Les Origines de l'Église d'Édesse, p. iOO.
commele rapporte Josèphe. Par suite de cette confusion, révénement qui, dans la tradition de l'Eglise, eut lieu au IV* siècle, a été reporté dans la légende orientale au I" siècle. Cette hypothèse est très vraisemblable, mais le nom de Protonice appelle une explication pour laquelle les critiques manquent d'accord. Ce nom à en syriaque les trois formes suivantes : ...si^a^o-rB, ^^a^io-,^ et |fi/..if,ov3. M. Nœldeke y voit une allusion à l'ir rovno rixu du Labarum de Constantin; d'autres critiques (MM. Zahn et Nestlé) cherchent un mot composé, IIsTQovîx}] « la victoire de Pierre », ou (M. Tixeront) nçioToiTAi] « la première victoire », c'est-à-dire la première Invention. Quoi qu'il en soit, le mot est grec et nous devons conclure que le document a été composé en grec et en Palestine, avant de passer en Mésopotamie sous sa forme syriaque.
On concilia plus tard cette première Invention de la Croix avec la seconde en racontant que, après l'expédition de Trajan en Orient, la vraie Croix était retombée entre les mains des Juifs, qui l'avaient enterrée de nouveau avec les croix des larrons.
Il existe plusieurs recensions syriaques de l'Invention de la Croix qui suivent soit la tradition orientale, soit la tradition occidentale ' .
La Doctrine d'Addai ajoute à ces documents apocryphes : l°une lettre dAbgar au roi de Perse, Narsai,
\. M. Nestlé a réuni les divers textes syriaques dans un oiiuseuie intitulé De sancla cruce, Berlin, 1880. F^e P. Bedjak a publié le deuxième récit de l'Invention de la Croix dans son premier volume des Acta martyrum et sanclorum : e\ Ae premier récit dans le troisième volume de la même collection. Cf. Rvssel, Arr/n'i< /'. ilas Studiinn dcr n. Spraclwn und Littvr., t. XClll, 18i»4, p. l-*2 (trad. allemande) ; ThcoL Zeilsrhr. aus dcr Sc/iweiz, IS!!*;, 60-G3 ; Zcilschv. /'. Kircliengesehiclile, XV, -2-2-2; Nestlé, Ui/zantiniache Zeitschr., WXj, IV, 31î»-3i';; Pizzi, Due Légende stric/ic inlorno aU'invcnzione dclla Crvco, dans Giornale arcadico, II, .ViG.
dans laquelle il fait connaître à celui-ci les actes de la mission de Tapôtre Addai; 2" deux lettres de la correspondance entre le roi Abgar et l'empereur Tibère. Abgar niande à l'empereur que les Juifs ont commis im crime en crucifiant le Christ qu'ils auraient dû adorer. 'Tibère répond que la guerre contre les Espagnols l'a empêché de s'occuper de cette affaire. La I" guerre terminée, Tibère fait mettre à mort quelques- *• uns des chefs des Juifs de la Palestine. Abgar en reçoit '. la nouvelle et s'en réjouit. Dans la lettre de Tibère, l'éparque de Syrie porte le nom dOlbinus au lieu de Sabinus qui est le nom indiqué au commencement de la Doctrine. Cette variante s'explique par l'écriture grecque, ainsi que l'a remarqué Gutschmid ' : CA- BINOC a pu devenir facilement OABINOC. Cette légende procède donc d'un document grec. D'un autre côté, la mention de la guerre d'Espagne rappelle le récit précédent sur l'Invention de la Croix, dans lequel il est également question de la guerre contre les Espa- ' gnols. Il est donc probable que les deux légendes de j la Doctrine ont été tirées du même document grec , ' composé en Palestine au commencement du IV*^ siècle. La. Doctrine a conservé l'ordre dans lequel les deux légendes se suivaient dans l'original grec; et ainsi s'explique la place étrange que la légende de l'Invention de la Croix occupe dans la Doctrine, au milieu du sermon de l'apôtre.
La recension syriaque du Transitus Marise donne de la lettre d'Abgar à Tibère une rédaction différente et beaucoup plus concise. Lipsius tenait le texte du l'ransitus pour le plus ancien. ]MM. Matthes et Tixe-
1. Untersuchungcn ûber die Geschichte des Kœniijreichs Osrhoene, Saint-Pétersbourg, 4887, p. 13.
DU N. TESTAaiENT. 105
ront, pour des raisons peu probantes, admettent l'hypothèse contraire '.
La Lettre de Jacques, évêqiie de Jérusalem, adressée à Quadratus en Italie, demande à celui-ci de lui faire savoir la décision prise par Tibère au sujet des Juifs qui ont crucifié le Christ"-.
La Doctrine ne s'arrête pas à la mort de l'apôtre Addai, comme on l'attendrait du titre, mais elle ajoute les actes d'Aggai, le successeur de l'apôtre dans l'administration de l'Eglise d'Edesse. Après la mort d'Abgar, Edesse a pour roi un des fils de celui-ci. Le nouveau prince, qui était demeuré païen, fait mettre à mort Aggai et lui fait briser les jambes. Ce prince doit être Sévère Abgar, le fils et le successeur d'Abgar IX, qui, selon Dion Cassius, se montra d'une cruauté insigne envers les habitants d'Edesse sous prétexte d'introduire dans la ville les mœurs romaines. Son père lui avait donné le nom de Sévère en l'honneur de l'empereur Septime Sévère. Cette conjecture est confirmée par un fragment syriaque publié par Cureton ^, ainsi conçu : « Addai évangélisa Edesse et la Mésopotamie. Il était de Panéas et vivait au temps du roi Abgar. Comme il se trouvait en Sophène, Sévère, fils d'Abgar, le fit tuer près de la citadelle d'Aghel, ainsi qu'un ^ jeune homme, son disciple. » Gutschmid l'a déjà remarqué'', ce texte dénote une source arménienne. L'E"
1. Lipsics, Die Edcssenisclie Abga7-saç/e,Y>.S6^ et Dieapocr. ApostelgC' srhichten, U, 2= partie, p. d!»SJ ; Mattiies, Die Edess. Abyarsage auf ihre Forlbildung untersucht, p. 52; Tixeront, Les Origines de l'Église d'Edesse, p. 73.
2. Publiée par Ignatius Ephraem H Raiimani clans Studia syriaca, Mont Liban, i!K)i, chap. i. H existe de cette lettre une version arménienne qui a été éditée par le P. Daschian.