Ane. syr. documents, p. 110, n" IV
i. Untersuch. ueber die Gescbichte des Kœnigreichs Osrhoene, p. 10. Salomon de Bassora, dars son Livre de l'abeille, éd. Budge, Oxford,
glise arménienne fait remonter ses origines aux Apôtres et confond Addai avec son successeur Aggai ; elle fait mourir en Arménie le missionnaire qui avait évangélisé cette province. C'est une légende, mais une légende basée sur un fait historique.
La Doctrine d' Addai se termine par le récit suivant : '( Aggai, ayant expiré aussitôt après avoir eu les jambes brisées, n'eutpasle tempsd'imposerlesmains à Palout. Palout se rendit à Antioche et reçut l'imposition des mains de Sérapion, évêque de cette ville. Sérapion avait reçu l'imposition des mains de Zéphyrin, évêque de Rome, qui lui-même avait été consacré par Simon Pierre. Celui-ci avait été désigné par Notre-Seigneur, et fut évêque de Rome pendant vingt-cinq ans, au temps de César qui régna treize années. »
Ce récit renferme des anachronismes évidents : Sérapion fut évêque d'Antioche de 190 à 210, et Zéphyrin fut évêque de Rome de 198 ou 199 à 217. Les treize années du règne de César sont inexactes, si l'on entend Auguste qui régna quarante-cinq ans; mais elles conviennent à Septime Sévère qui mourut en 211, si l'on compte les années de son règne à partir de la mort de son compétiteur Albinus. Ces anachronismes montrent que la légende s'est développée de faits histori-
' ques. Ces faits sont les suivants : Addai, originaire
: de la Palestine, évangélisé la Mésopotamie vers le milieu du IP siècle de notre ère. 11 fonde à Edesse la première église, qu'il administre jusqu'à sa mort. Il a
/ pour successeur dans ces fonctions Aggai, auquel
\ succède Palout à la fin du IP siècle.
•1?8C, |). 123, reproduit ce fragment, mais avec la variante de Hérode, ^lojoîo), au lieu de Sévère, jcojoro, confusion à laquel se prête l'écriture syriaque; mais cette confusion était intentionnelle, le nom d'Hérode répondant mieux à l'époque fixée par la légende {l" siècle).
DU N. TESTAMEN7. 107
Vient ensuite la clausule des actes officiels : « Comme c'est l'usage dans le royaume d'Abgar et dans tous les royaumes, tout ce qui était dit devant le roi était écrit et déposé dans les archives. Ainsi Laboubna, fils de Sennak, fils d'Abdschadar, le scribe du roi, a écrit ces actes d'iVddai, l'apôtre, depuis le commencement jusquà la fin. Hannan, le secrétaire-archiviste du roi, y a apposé son témoignage et la déposé dans les archives des actes royaux, où sont conservés avec soin et sans omission les décrets, les lois et les contrats de vente. » Cette clausule se trouvait également dans le texte syriaque qu'Eusèbe avait sous les yeux, et c'est à elle que fait allusion l'éminent historien quand il dit que le document a été tiré pour lui des archives d'Edesse.
A la légende d'Abgar se rattache par quelques points la légende des trente deniers de Judas, qui, d'un autre côté, appartient à la littérature des Livres des jubilés^. Les deniers remis à Judas, pour prix de sa trahison, avaient été frappés par Tareh qui les avait donnés à son fils Abraham; des mains d'Abraham, ils avaient passé en la possession d'Isaac, puis des Pharaons d'Egypte et de la reine de Saba, laquelle les avait laissés à Salomon. Nabuchodonosor s'en était emparé après la prise de Jérusalem et en avait fait don aux rois Mages. Ceux-ci, pendant leur voyage à Bethléem, égarèrent les deniers au bord d'une fontaine près d'Edesse. Des marchands les trouvèrent et s'en servirent pour acheter à des pâtres la tunique sans couture qu'un ange avait apportée à ceux-ci. Le roi d'Edesse, Abgar, ayant eu connaissance de ces faits, se fit livrer la tunique et les deniers, et il les envoya à Jésus en
1. Celte légende se trouve <lans Prœtermissorum libri duo, éd. La- CARDF, Cœllingue, 1870, p. 9i, et dans le Livre de l'abeille, éd. Budge p. 107-108 (trad., p. 95-90^.
reconnaissance de la guérison qae Notre-Seig-neur lui avait procurée. Jésus garde pour lui la tunique et fait porter au temple les deniers qui devaient acheter le traître.
/ La Doctrine d'Addai a fourni à Jacques de Saroug le /sujet d'un de ses cantiques'. Cet apocryphe ne demeura pas localisé dans Edesse, mais se répandit en Occident et en Orient. Nous le retrouvons, avec de nouveaux développements, en Arménie, en Perse, en Babylonie. Nous nous bornerons à parler ici des documents syriaques qui se rattachent à cet apocryphe et en continuent la tradition dans les pays orientaux.
Le principal de ces documents, les Actes de Mai- Mari (saint Marisi-, concerne l'évangélisation de l'Assyrie, de la Babylonie et de la Perse. Cet apocryphe représente la tradition nestorienne; il a pour objet de faire remonter aux Apôtres la fondation de l'église de Koké, près de Ctésiphon, où était le siège des patriarches de l'Orient, INIari n'est pas connu des Syriens occidentaux qui n'en parlent pas jusqu'à Barhe braeus. Celui-ci rapporte les Actes de Mari au commencement de la seconde partie de sa chronique ecclésiastique, à la suite des Actes d'Addai et d'Aggai; il a emprunté son récit aux livres nestoriens, probablement au Livre de la tour de Mari, lils de Salomon.
La rédaction de ces Actes n'est pas antérieure au VI*^ siècle. On n'y surprend aucun souvenir précis des temps païens; les populations que lapôtre convertit
1. Un extrait de ce cantique a été publié par Cureton, Ane. syr. documents, p. 107; à la suite, p. 108-110, divers extraits relatifs à Abgar et Addai.
2. Acta sancti Maris syriace sive aramaice, éd. Abbeloos, Bruxelles, 1885, avec une traduction latine; réédités dans le I^"' vol. des Acta martyrum et sanctorum du P. Bedian, Paris, 1890; traduction allemande par Richard Ra.abe, Die Geschichte des Dom Mari, Leipzig, 1893.
adorent des démons habitant des arbres ou des pierres, c'est à peine s'il est fait allusion au culte des astres en Babylonie ou au culte du feu en Perse. Les miracles que l'apôtre accomplit n'ont aucun cachet original : ce sont des arrangements de miracles connus par ailleurs, notamment par le livre de Daniel.
Les Actes de Mari sont précédés d'une introduction dans laquelle sont mentionnés : le groupe de bronze de Panéas, représentant le Seigneur et la femme hémorrhoïsse d'après Eusèbe ; la correspondance d'Abgar et de Jésus, le portrait du Seigneur, la guérison d'Abgar et la conversion des habitants d'Edesse par Tapôtre Addai, d'après la Doctrine d'A ddai. Après cette introduction, l'auteur aborde son sujet. Mari, un des disciples d'Addai, est désigné par son maître pour l'évangélisation de l'Orient. Ce missionnaire quitte Edesse avec les disciples Philippe, Malkjésu et Adda; il se rend à Arzoun sur la frontière de l'Arménie, et envoie Philippe à Gozarte (ou Kardou) ; puis il descend vers le sud, convertit l'Assyrie, les provinces du grand et du petit Zab, la Garamée, et arrive en Babylonie. Les habitants de Séleucie sont adonnés aux débauches et à l'ivrognerie, et l'apôtre n'a d'action sur eux qu'en prenant part à leurs orgies ^ Mari est mieux reçu à Ctésiphon, grâce à la nouvelle des cures qu'il a faites à Séleucie ; le roi Artaban l'envoie à Dorkoni, auprès de sa sœur malade; celle-ci, après sa guérison, construit, sur la demande du saint, les églises de Dorkoni et de Koké, qui sont appelées à un grand renom. Kaschkar (le siège d'un des principaux évêchés nestoriens) reçoit
\. Franz Cumont, Noie sur un passafjc dex Actes de saint Mari dans la Revue de l'instruction publique en Belgique, t. XXXVI, G* livraison, voit dans ces festins de Séleucie une institution analogue aux yérousies ou collèges de vieillards établis dans certaines cités grecques d'Asie.
sans résister la bonne parole, mais la Mésène (occupée en partie par les Mandéens) demeure sourde aux sermons de Fapôtre, Celui-ci va prêcher en Susiane et pénètre dans l'intérieur du pays jusqu'aux frontières de l'Inde que l'apôtre Thomas évangélise. De retour en Babylonie, Mari visite ses églises et ses disciples, et il proclame que le directeur de l'église de Koké aura la préséance sur tous les évêques de l'Orient, parce que cette église fut fondée la première de toutes. Il mande à Dorkoni son disciple Papa, et, en présence du clergé, il le nomme son successeur. L'apôtre Mari quitte ensuite ce monde pour la vie éternelle et son corps est déposé dans l'église de Dorkoni.
Papa, qui est désigné dans ces Actes comme le successeur de Mari, fut élu primat d'Orient en 266 ' . Cette date est trop basse pour que Mari ait été le disciple d'Addai, même dans l'hypothèse admise par la critique qu'Addai aurait vécu dans la deuxième moitié du IP siècle, car il y aurait un intervalle de cent ans jusqu'en 266. Suivant le Livre de la tour'^, Mari serait mort en l'an 82. La lacune entre Mari et Papa se trouve considérablement augmentée, puisque, entre 82 et 266, il y a une différence de 184 ans ; cette lacune est comblée dans le Livre de la tour et dans la chronique de BarhebriBus, au moyen de cinq patriarches intermédiaires, dont l'historicité peut être mise en doute. Si l'on accepte comme exacte la mention de Papa, successeur de Mari, l'apôtre de la Mésopotamie orientale et de la Babylonie aurait vécu vers le milieu du IIP siècle.
Suivant une autre tradition, recueillie par la Doctrine
\. Barhedu.eus, Cliron. eccL, H, p. -27.
2. GisMONDi, Maris, Amri et Slibee de patriarchis Nestor ianorum commentaria, pars prior, p. 5; pars altéra, p. 2, Rome, 1896-189'j.
des apôtres^, le Livre de la tour-, l'Histoire de la ville de Beit-Slok'-^ et Barhebrseus ', l'évangélisation de ces contrées aurait eu lieu par l'apôtre Addai luimême, accompagné de ses deux disciples Aggai et Mari. Le Livre de la tour fait même de Mari un disciple direct de Jésus-Christ, dont il aurait entendu la parole, car il se trouvait parmi les délégués qu'Abgar avait envoyés en Palestine.
Parmi les apocryphes f)lus récents, on a en syriaque : l'Histoire d'Arsenius, un roi d'Egypte que Notre-Seigneur ressuscita pour en faire un ascète chrétien-'; les Lettres de Notre-Seigneur descendues du ciel pour recommander la sanctification du dimanche". C'est probablement dans un apocryphe que se trouvait la prédiction de la venue du Christ annoncée aux païens de Ilarran par leur prophète Bàbà^.