DE LA MÉSOPOTAMIE
Les Actes de Barsamia donnent les mêmes synchronismes que les Actes de Scharbël, moins l'année d'Abgar VII, et ils mentionnent en plus le consulat de Commode et de Cerialis. Le cinq iloul, Barsamia est dénoncé au gouverneur Lysanias comme étant l'auteur de la conversion de Scharbël. Cet évêque est envoyé en prison. Après de longs jours, il est ramené devant le juge, et il subit les premières tortures, lorsque arrivent à Edesse « les lettres d'Alusis, le grand hyparque ivnuQxoç), le père des empereurs », qui mettent fin à la persécution.
Les clausules ajoutées à la fin des Actes de Scharbël et des Actes de Barsamia prouvent par les anachronismes qu'ils renferment que ces Actes appartiennent au môme cycle légendaire que la Doctrine d'Addai, analysée sous le n° précédent. Les grands d'Edesse qui se convertissent au christianisme portent les mêmes noms dans ces documents. La persécution ne peut remonter à Trajan, car sa conquête d'Edesse ne fut que passagère. Ces Actes sont postérieurs au concile de Nicée, auquel ils font des allusions évidentes.
Les Actes de Gouria et Schamona', rédigés par Théophile, indiquent pour la passion de ces confesseurs des dates, qui ne concordent pas toutes entre elles : l'an 618 des Séleucides; la ittP année du règne de Dioclétien, qui a régné 19 ans, et la 8'- année de
I. Le texte syriaque a été retrouvé par M. Ralimani dans un ms. fie Jérusalem : Ignatus Ephr.em n Haumani, Acla sanctorum confessorum Gurim et Schamonœ, adjecta lalina vcrsione, Rome, 180y. La version arménienne a été ]iubliée par Galoust Mkertchian dans le journal A7-arat, août iS'M, et traduite en anglais par Co>'vnEusE dans le journal The Guardian, 10 février 1897. CC la veision grec(|ue dans la l'atrol. gr. dcMigne, t. CXVI, |). iur,, à la suite des Actes de Soliarhel et do Barsamia; et la version latine dans Sunius, De probalis sanctorum vitis, i'i nov., p. 339 et 345; dans les BoUandistes, in nov. ; dans Cireton, Ane. syr. documents, p. ■113.
son consulat; la 6'' année de Musionus (le gouverneur d'Édesse), Aba et Abgar fils de Zeora étant stratèges , et Kouné étant évêque d'Edesse^. Gouria, qui s'était consacré à la vie religieuse, et son ami Schamona, sont cités, comme fervents chrétiens, devant le juge de la province qui les fait mettre en prison avec beaucoup d'autres chrétiens. Musionus, le gouverneur d'Edesse, les sollicite en vain d'obéir aux ordres de l'empereur et de sacrifier à Jupiter; sur leur refus, il leur fait subir des tortures et les met à mort le 15 décembre 618 (306 de J.-C). Théophile, y est-il dit, écrivit les Actes de Gouria et de Schamona cinq jours après leur mort.
Le martyre de Habib est fixé, dans les Actes rédigés également par Théophile, à l'année 620 des Séleucides (."iOO de J.-C), sous le consulat de Licinius et de Constantin, Julius et Barak étant stratèges, Kouné étant évêque d'Edesse. Habib est dénoncé et poursuivi à cause de la propagande active qu'il fait dans la campagne d'Edesse en faveur de la religion chrétienne. C'est le deux ilnul (septembre) que ce confesseur subit le supplice du bûcher. Aussitôt après, ajoutent les Actes, la nouvelle de la marche de Constantin contre Licinius détourne les esprits de la persécution contre les églises, qui retrouvent un peu de repos. La clausule relative à la rédaction des Actes est ainsi conçue : « Moi, Théophile, qui étais païen de naissance et qui ai confessé ensuite le Christ, je me suis empressé de prendre copie des Actes de Habib, comme j'avais écrit autrefois les Actes des martyrs Gouria et Schamona, ses compagnons. Il les avait félicités du supplice du glaive qu'ils reçurent, il les imita par le supplice du bûcher. Si j'ai mentionné
\. BAiMSTAr.K, Oriens christianvs, dOOl, p. 19-2, croit que la date exacte du martvre de Gouria et Schamona est l'an 306 de notre ère.
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l'année, le mois et le jour du martyre de ces confesseurs, ce n'est pas pour ceux qui, comme moi, en ont été témoins, mais c'est afin que ceux qui viendront plus tard, sachent à quelle époque vécurent ces confesseurs et quels sont aussi les Actes des anciens martyrs au temps de Dioclétien et des autres empereurs, etc. »
Les Actes de Scharbël, de Barsamia, de Gouria et| Schamona, de Habib, forment un ensemble provenant \ de la même fabrique. Le martyre de Habib est une sorte d'appendice aux x\ctes de Gouria et de Schamona, comme la confession de Barsamia est rattachée aux Actes de Scharbël. Les dates et les noms si précis qui s'y trouvent ont pour but de donner une apparence de vérité trompeuse. La rédaction est attribuée à des té-| moins oculaires qui l'ont faite d'après les archives d'Edesse. ^
Les quatre légendes, reliées les unes aux autres, ont sans doute un seul auteur ou un auteur particulier pour chaque groupe. Dans le dernier cas, le second auteur aurait imité d'une manière extraordinaire son prédécesseur pour le récit et le style. Les Actes du temps de Dioclétien seraient antérieurs aux Actes du temps de Trajan, qui les auraient suivis de près. Cette littérature ne remonte pas plus haut que 360 de notre ère ; elle peut descendre à une trentaine d'années plus bas. Elle renferme peu de données historiques : la mort de Gouria et Schamona et celle de Habib peuvent '
(Hre fixées au temps de Dioclétien
1. Les conclusions que nous avous résumées dans les deux paragral>lies pri'cédcnts, ont clé tirées de l'article de M. Nokldeke, Ueber einiQe Edessenische Martyrerahlen dans Slrassburger Feslschrift zur XLVI Versammlung deutschcr Philologen, Strasbourj;, 1901, p. 13-iJ2. Cf. Lipsus, Die Edessenische Abgarsacje, Brunswick, 1880, p. 51; et le petit martyroloKe public par Wright d'après un ms. syriaque de 411 dans le Journal ofsacred literature, oct. 1803 et janv. IStKi.
Ces Actes nous montrent tout l'attirail de l'administration romaine, si savamment organisée, transporté en Mésopotamie avec les termes techniques de la langue juridique et officielle. De là le grand nombre des mots grecs et latins que contiennent ces Actes, et dont quelques-uns demeurèrent dans la langue courante. Ce serait une erreur de croire, en se fondant sur ces mots,
(que ces documents ont été écrits primitivement en grec; ils sont syriaques et ont été rédigés à Edesse. On en trouve trace dans la littérature postérieure. Saint Eplirem mentionne, dans une homélie ^ Gouria, Schamona et Habib. Jacques de Saroug a composé des homélies sur Scharbél, Gouria et Schamona, et Habib 2.
La ville de Samosate fut aussi le théâtre de persécutions religieuses. On rapporte à la troisième année de Maximin (308) le supplice de plusieurs chrétiens de cette ville, à l'occasion de sacrifices offerts dans le temple de la Fortune. Hipparchus et Philotheus s'abstiennent d'assister à ces sacrifices ; ils convertissent en outre leurs amis, de nobles patriciens : Jacob, Paragrus, " Habib, Romanus, Lulianus. Ils sont tous arrêtés, torturés et finalement crucifiés. Les Actes de ces martyrs ont été rédigés probablement par des témoins oculaires ; ils renferment une intéressante description de la ' ville de Samosate. Ev. Assémani, qui les a publiés i [Acta Ma/t.,U, 123-147),'rapportait cette persécution à ' Maximien, mais ^NI. Schulthess croit, avec plus de
. 1. s. Ephrxmi carmina nisibena. éd. Bickell, I-eipzifî, 186(3, p. ."iS.
-2. L'hoinéliesurScharl)élaété publiée par.MoKsiiscER dans le deuxième vol. des Monumenla syviaca, p. 32-63; les homélies sur Gouria et Scliamouna, et siirHabil), ont été éditées parCinEToN, Ane. syr. documentset réim|)rimées par le P. Bedjan dans le preir.ier vol. des Acta martijrum et sanctorum.
raison, qu'il s'agit de Maximin Galère qui sévit cruellement contre les chrétiens \
Nous mentionnons ici V Histoire de saint Azazaïl, le fils d'un noble de Samosate, qui fut conduit à Rome où il subitle martyre sous Maximien Hercule en 304. Cette histoire légendaire est une imitation des Actes grecs de S. Pancrace, comme l'a reconnu M. INlacler qui a publié le texte syriaque avec une traduction française ^.
§ 2. — Les Actes des Martyrs de la Perse.
L'ère des persécutions était à peine close en Occi-| dent, qu'elle s'ouvrait en Orient contre les chrétiens dei l'empire perse. Les premières persécutions datent dej Sapor II, qui régna soixante-dix ans, de l'an 309 à l'an 379; elles n'eurent pas un caractère général ni une durée déterminée comme en Occident ; fomentées par ■ les iNIages, elles furent ordonnées par les rois perses i qui connaissaient les sympathies de leurs sujets chré- \ tiens pour les ennemis séculaires, les Romains. ]Même| j^ après Yèdit contre l'Eglise, promulgué par Sapor la i f^ neuvième année de son règne, les persécutions demeu- \ rèrent localisées dans quelques provinces de l'empire. •
Les Actes syriaques des martyrs de la Perse renfer- ^ ment de précieuses données pour l'histoire et la géographie de la Perse à l'époque des Sassanides^. Les premiers de ces actes relatent le martvre de deux frères, Adourparwa et Mihrnarsé, et de leur sœur Malidoukt, qui eut lieu dans la montagne de Bérain. aux environs de Beit-Slok (aujourd'hui Kerkouk), la capitale du Beit-
1. Zeitschr. di-r deut. morgenl. Gesell., t. LI, p. 3T9, note 2.
2. Maui.er, Histoire (^ saint Azazaïl, Paris, U)0-2. l .3. Voir sur ce sujet G. Hoffmann, Ausziige aus sy^-isclien Aktcn pcr-l j^
sicher Mur ly ver, Leipzig, 1880. » /
Garmai, l'an 0 de Sapor II, en 318 de notre ère. Ces Actes ont été rédigés par Rabban Gabriel, un moine du couvent de Beit-Abé, qui vivait dans la seconde moitié du VU" siècle * ; ils rapportent de nombreuses légendes qui recouvrent la tradition primitive ^.
La dix-buitième année de Sapor, en 327, eut lieu le martyre de Zebina, Lazare, Marout, Narsai. Elia, Maliri, Ilabilj, Saba, Schembaiteli, Yonan et Berikjésu. Suivant les auteurs grecs et latins, ces confesseurs auraient subi le supplice, non pas la dix-liuitième année de Sapor, mais la trente-unième année de ce roi, après la promulgation deTédit contre l'Eglise. On doit, semble-t-il, s'en tenir à la date indiquée par les Actes syriaques; l'autre date a été inspirée par une confusion qui s'est établie plus tard, lorsqu'on a cru que toutes les persécutions en Perse étaient postérieures à cet édit. Ces Actes ont pour auteur Isaïe d'Arzoun, fils de Hadabou, un des chevaliers du roi du pays, témoin oculaire des faits ^. La scène est FArzanène, la frontière des deux empires rivaux; cette province n'estpas nommée, mais son indication résulte du contexte.
Les Actes de Sapor, évêque de Nicator, d'Isaac, évêque de BeitTSlok, de Mané, d'Abraham et de Simon nous ramènent dans le Beit-Garmai ^. Le supplice de
1. Voir Tliomas de Marga, éd. Bldge, Londres, 1893, t. II, p. 213.
2. M. Hoffmann a donné une analyse de ces Actes dans son liwe cité ci-dessus; M. Bedjan a publié le texte syriaque au commencement du 1I« vol. des Acta mart. et sanctorum ; selon l'éditeur, d'après un ms. de Berlin et des m.t. du Vatican. Ces ms. du Vatican ne sont rien autre que le nis. XVIll du Musée Borgia (aujourd'hui au Vatican), dont M. KiiAYYATii a donné des extraits, Syri Orientales, Rome, 1870, p. 164 et d65.
3. Les Actes syriaques ont été publiés par Évode Assémani dans le premier vol. des Acta sanctorum martyrum, Rome, 1748, et par le P. Bedjan, d'après Assémani et un ms. de Mossoul, dans le second vol. des Acta mart. et sanctorum, Paris, 1891, p. 39.
4. Ces Actes ont été publics par Assémani et par Bedjan, dans les recueils cités ci-dessus.
ces confesseurs est fixé à la trentième année de Sapor, correspondant à Tannée 339 de notre ère. La rédaction syriaque que nous possédons, semble être sortie d'Edesse ; on y lit, en effet, que les martyrs reposent maintenant àEdesse, danslenouveaumartyrium, àl'intérieur de la ville. Mais elle est certainement basée sur des ' documents anciens ; les chrétiens y sont désignés sous le nom de Nazaréens, comme on les nommait autrefois en Perse. Cependant, en comparant l'Histoire de la ^ ville de Beit-Slok^ , on trouve de graves contradictions. Dans cette histoire, l'éveque Isaac, qui subit le martyre, est le prédécesseur de Yohannan, qui assista au concile des 318 évêques, c'est-à-dire au concile de Nicée, en 325; d'un autre côté, Mané, Abraham et Simon furent confesseurs, non pas sous Sapor II, mais sous Yazdegerd II, la huitième année de ce roi qui correspond à 407 de notre ère. L'Histoire donne, pour l'époque des martyrs, des détails précis, puisés à des sources anciennes. L'auteur des Actes syriaques, s'il a écrit à Edesse après le transfert dans cette ville des reliques des saints, aura confondu les dates des événements. L'anachronisme qui fait de l'éveque Isaac un contemporain de Mané, Abraham et Simon, s'explique parce qu'il y eut un prêtre Isaac qui fut supplicié avec ces martyrs, et parce que l'exécution eut lieu dans le même endroit, dans la ville de Kénar du district de Nicator.
L'Histoire de Beit-Slok nous fait connaître d'autres martyrs de cette ville. C'est d'abord l'éveque Mana, le prédécesseur d'Isaac, qui fut persécuté à l'instigation des Manichéens et mis à mort avec les chrétiens de la ville. L'église fut détruite et la persécution atteignit môme les religieuses qui reçurent le supplice hors de
1. MoESiNGEit, Monum. syriaca, U, p. 60; Hoffmann, Auszi'ge, p. 48; Rf.djan, Acta mari, cl sanct., II, p. 51.">.
la ville, à un endroit appelé Hora. Cette histoire ne donne pas les noms des saintes femmes, mais ces noms ont été conservés par un autre document syriaque ^ ; elles s'appelaient : Tékla, Danak, Taton, Mama, Mezakia et Anna. Les autres persécutions mentionnées par cette histoire eurent lieu au siècle suivant; nous les laisserons momentanément de côté, pour continuer la série des documents du IV*^ siècle.
La grande persécution de Sapor qui dura, avec de courtes interruptions, trente-neuf ans, de 340 à 379, ne commença effectivement qu'une année après la promulgation de l'édit de 340 contre les chrétiens ^. Le récit de cette persécution a été attribué ^ à Marouta, évêque de Maipherkat, qui ^•ivait à la fin du IV siècle et au commencement du V^. Cet évêque avait une grande culture littéraire et était un médecin distingué. Il fut envoyé, à deux reprises différentes, comme ambassadeur auprès de Yezdegerd P"", par Arcadius et Théodose II ; et grâce à lui, la paix fut rendue à l'Eglise par le roi de Perse '', Si Ion peut douter que Marouta soit l'auteur du l'ecueil des persécutions de Sapor, il est encore moins vraisemblable qu'il ait écrit l'histoire des martyrs de la persécution de Bahram V et de Yazdegerd II ; ce dernier avait été vraisemblablement précédé dans la tombe par l'évêque de Maipherkat.
i. EvoDE AssÉMAsi, Acta S. martyrum, I, p. 400; Bedja.n, Acta mari, et sanct., II. p. 288.
2. NoELDERE, Gcschichte der Perser... ans Tabari, I.eide, 1879, p. 411.
3. Cf. J. Labol'ut qui exprime des doutes sur l'exactitude de celte attribution, Le christianisme dans l'empire j^ierse, dans cette collection des Anciennes liltéralures chrétiennes, Paris, 1904, p. 52. Le texte syriaque a été traduit en allemand par Zingerle, Echle Acten der heil. Màrlyrer, Innsbruck, 1836. Cf. Kjiosko, Oriens christ ia nus, 1903, p. 38o.
4. BAniiEBn.EL's, Chron. eccl., II, p. m. Une homélie |)Our le Dimanche nouveau, mise sous le nom de Marouta, est prohablcment de Marouta de Maiplierkat, d'après M. Kmosko qui l'a publiée dans Oriens christianus, 1903, p. 384-/iU).
Suivant une notice d'Amr \ Ahai, qui fut patriarche en 418, serait également l'auteur d'une histoire de la persécution de Saper, mais nous ignorons si quelque partie de cette histoire s'est conservée, ou si toutes les vies des martyrs sont de la plume de Marouta.
En tête du recueil mis sous le nom de Marouta, on lit deux homélies sur les martyrs de la Perse, qui comptent parmi les meilleurs morceaux de la littérature apologétique '^.
C'est le patriarche Siméon bar Sabbâé qui inaugura la série des martyrs, la trente-deuxième année de Saper, en l'an 341 ^. Les poursuites furent motivées par le refus du patriarche de percevoir le double impôt de capitation que le roi avait édicté contre les chrétiens, >^ à l'instigation des Juifs qui jouissaient de la faveur de J^ la reine mère. L'auteur du récit se fait l'écho d'une accusation contre les Juifs, que l'on trouve répétée [ dans dilïérents Actes des martyrs de la Perse, mais \ qui peut n'être pas fondée. Quant à la reine mère, qui f s'appelait Éphra Ilormiz, elle était en effet favorable \
1. Éd. GisMONDi, p. 26; comp. Assémani, B. 0., HI, i)ait. U, p. 3(!9.
2. Ces deux homélies se trouvent dans Dedjan, Acta mart., II. p. .'>" et suiv. ; l'édition (I'Assémani ne renferme que la plus courte.
3. A cette époque Siméon était patriarche depuis treize ans suivant BAHHEDn.Eus, Chron. eccl., H, p. 33; depuis dix-huit ans suivant Mari et Amr, éd. Gismondi, pars prior, p. 18: jmrs altéra, p. t9. Amr fixe à tort la mort de Siméon à l'année 655 des Séleucides, ou 344 de notre ère. Siméon écrivit, suivant le catalogue d'Éhedjésu, des lettres qui ne nous sont ]>as pa^^enues. Une de ses hymnesa été publiée par Overbeck, S. Ephrœmi... opéra selecta, Oxford, 1865, p. 424. U existe à Berlin, Coll. Hacltau, n'> 108, un nis. contenant le Livre des Pères, attribué à Siméon bar Sabbàé, mais ce livre est un traité des hiérarchies céleste et ecclésiastique qui a peut-èlre été écrit au xir- siècle par Siméon de Schanklava suivant Dom Paaisot, La science catholique, mai et juin 1890. Gf. Catal. Sachau, p. 3G0; Catal. des ms. syr. de Cambridge, p. 1099. Un extrait du Litre des Pères se trouve dans la chrestomatliie intitulée Le petit livre des miettes, iioL^s» P«i^to. — M- Macleak a traduit en anglais une hymne attribuée à Siméon bar sabbâé dans Easl syrian Daily Offices, Londres, 1894, p. 221.
A aux Juifs et avait une grande influence sur le roi, son ^/ fils, comme nous le savons par le Talmud \
Les églises sont détruites de fond en comble et Siméon est dirigé avec quelques prêtres vers Karka de Lédan, en Susiane, où le roi résidait à ce moment-là. On conduit également devant Sapor plusieurs évéques : Gadyab et Sabina, évêques de Beit-Lapat, Yohannan, d'Hormizd-Ardaschir, Bolida, évêque de Forath, Yohannan, évèque de Karka de Maisan, ainsi que quatrevingt-dix-sept prêtres et diacres. Ces nombreuses victimes eurent la tête tranchée - ; leur supplice avait été précédé, la veille (le 13 denisan, le jeudi de la semaine sainte), de celui de Gouschtazad, le chef des eunuques du roi. qui s'était converti et avait confessé publiquement le Christ. Les chrétiens de Karka de Lédan ne furent pas inquiétés, parce que la ville, nouvellement construite, ne payait pas d'impôt. Le rédacteur déclare qu'il a écrit ces Actes d'après les récits beaucoup plus détaillés d'écrivains antérieurs.
Ces Actes sont suivis du récit de l'exécution, qui eut lieu le lendemain, de Possi, le chef des artisans, qui avait excité les confesseurs à la fermeté; puis, du martyre de la fille de Possi, qui avait embrassé la vie religieuse; son martyre prit place le surlendemain, jour de Pâques.
La persécution ne s'arrêta pas là, mais continua les jours suivants avec violence. Nous avons sur ce sujet le témoignage de deux documents qui diffèrent sur quelques points, mais qui concordent pour l'ensemble •*. Suivant ces documents, le massacre des chré-
1. Voir NoELDEKE, Geschiclite der Perser... aus Tabari, Leide, 1879, p. 5-2 et 68, notes.
'2. Suivant le Breviarium Chaldaicum, éd. Bedjas, Paris, 1886, t. ni. p. iSi, les reliques de Siméon bar Sabbàé furent déposées à Suse.
3. Publiés dans les Acta mart. du P. Bedjan, t. H, p. 2il et 248; l'cdi
tiens transportés en Susiane dura sans interruption pendant dix jours, depuis le jeudi saint jusqu'au dimanche de la seconde semaine de Pâques (dimanche de Quasimodo). Les noms des victimes ne se sont pas conservés parce que la plupart de celles-ci étaient amenées de provinces éloignées et étaient inconnues en Susiane ; on cite : Amria et Mekima, évêques de Beit-Lapat, et le prêtre Ilormizd, de Schouster. La fête commémorative de ces confesseurs avait lieu durant trois jours, le vendredi et le samedi de la première semaine de Pâques, et le dimanche de la seconde semaine de Pâques.
Parmi les victimes de ces hécatombes on retrouva le corps d'Azad, l'eunuque chéri du roi, qui, entraîné par son zèle de prosélyte, avait été se placer sous le glaive des bourreaux. Le roi éprouva un profond chagrin de la mort de ce serviteur et il ordonna qu'à l'avenir on agît avec moins de précipitation. On devait au préalable inscrire les noms des chrétiens, de leurs parents, et de leur lieu d'habitation; puis procéder à un interrogatoire. Cet ordre parut le dimanche de la seconde semaine de Pâques : « Alors, ajoute le premier document, le carnage cessa, et il y eut un court répit. »
Au mois de mai suivant, on rapporte le martyre des deux sœurs de Siméon bar Sabbâé, dont l'une s'appelait Tarbo, et de leur servante; toutes trois s'étaient consacrées à la vie relisfieuse.
Les Actes de Tarbo et ses compagnes sont suivis de ceux de Miles, évêquc de Suse, couronné le 13 notion romaine ne contient que le second document. Le premier document fixe la persécution à l'an 31 de Sapor, qui est en réalité l'année de la promulgation de l'édit contre l'Église; le second document indique plus exactement l'an 3i. Le second document porte, par erreur, la semaine de la Pentecôte au lieu de la semaine de Pâques.
vembre de la même année. Les Actes de Miles offrent un intérêt particulier, parce qu'ils renferment un récit ancien des dissensions qui survinrent entre le patriarche Papa et son clergé et auxquelles Tévêque de Suse prit part. Ce récit diffère sur plusieurs points de celui de Barhebraeus ',
La seconde année de la persécution de Sapor est inaugurée par le martyre de Schahdost, successeur de Siméon bar Sabbàé sur le siège patriarcal de Séleucie. Le patriarche est arrêté avec cent vingt-huit membres du clergé, prêtres, diacres, moines et religieuses. Il eut la tête tranchée, ainsi que la plupart des autres prisonniers, le 20 février 342 '^.
Barbaschemin, successeur de Schahdost, n'eut pas un sort ditlérent. Il fut martyrisé avec des prêtres, des diacres et des moines, au nombre de dix-sept, le 9 janvier 346. Le siège patriarcal de Séleucie et Ctésiphon demeura alors vacant pendant vingt-deux ans ^.
Le recueil attribué à Marouta renferme encore des
^. Chron. ceci., II, p. 29-31 : comp. Mari, éd. Gismondi, pars prior, p. 8; Amr, ibid., pars altéra, p. V>. omet le récit de Mari. On possède sur ce sujet la correspondance de Papa (apocryphe) dans un ms. du Musée Borgia. K. VI, aoI. 4; comparer Cersoy, Les manuscrits orient. au Musée Borgia, dans la Zeitschr. fiir Assyriologie, t. IX, p. 3"0. M. Brain a donne une traduction allemande tie celte correspondance dans la Zeitschr. fur Kathol. Théologie, 18'J4. Une lettre a été éditée par Gismondi, Linguœ syr. grammatica, 2' éd., Beyroulli, 1903. \i. 30: cf. ibid., p. 127, une lettre de Jacques, évoque de Nisibe, à Papa. Suivant le catalogue d'Ébedjésu, Miles écrivit des lettres el des sermons dont il ne nous est rien parvenu. Cf. J. Lacovrt, Le christianisme dans l'empire perse, Paris, 4904, p. 22.
2. Ses Actes ont été publiés par Év. Assémani et P. Bedja> dans les collections indiquées plus haut. Amr et Barhebra;us rai>portent ce martyre avec quelques variantes. Cf. Delehaye, Les versions grecques des Actes des martyrs persans sous Sapor II, Patrologia orientalis, t. II, fasc. 4. p. 44r>.
3. Suivant le Synodicon orientale publié par J.-B. Chabot, Paris, 1902, p. 48, 1. 33 (trad., p. 2 12-293). Suivant les Actes de Barbaschemin. publiés par AssÉMAM et Bf.djan. /. c, environ vingt ans. Amr, Elias de Nisibe et Barhebrœus ont des récits différents sur la vacance du siège patriarcal.
actes des martyrs de la Susiane et du Fars pendant les années 342 et 344. Dans le Beit-Garmai eut lieu le martyre de Narsès, évêque de Schargerd, lancien siège métropolitain de la province. Cet évêque fut couronné, avec son disciple Joseph, le 10 novembre 344, pendant que le roi Sapor se trouvait dans la ville de Schargerd,
A cette époque, Arbèles et l'Adiabène devinrent la principale scène des persécutions contre les chrétiens. Les persécutions y durèrent, d'une manière presque continue, de 344 à 376; elles sont relatées dans les Actes ' : de Jean évêque d' Arbèles, martyrisé avec le prêtre Jacques le l^'" novembre 344; d'Abraham, le successeur de Jean, qui eut la tête tranchée le 5 février 345; de Hanania, un laïc, qui fut martyrisé à Arbèles le 12 décembre 346^; du prêtre Jacques et de la religieuse Mariam, sa sœur, qui étaient du village de Telia Schelila, mis à mort le 17 mars 347; de la religieuse Técla et de quatre autres religieuses, ses compagnes, exécutées, le 6 juin 347; de Barhadbeschaba, diacre d" Arbèles, condamné le 20 juillet 355; d'Aitallaha et de Hafsai •*, martyrisés le 16 décembre 355.
Mais l'événement qui eut le plus de retentissement dans cette persécution, ce fut la conversion et le martyre de Kardag, gouverneur militaire de l'Adiabène, en 358, la quarante-neuvième année de Sapor. Les nombreux miracles, les visions, les allusions à des ' faits historiques postérieurs, que renferment les Actes de Kardag, montrent que ces Actes ont été écrits long- )
1. rul)liés par le P. Bedjan dans le IV« vol. des Acta niart., p. 128.
ù. Red.ian, ihid., p. d3l. A Séleucie lurent exécutés, le 6 avril S-i:;, cent onze prêties, diacres et moines, et neuf religieuses. Une dame d'ArbcIes. nommée Yazdàndocht, se signala dans cette circonstance par sa charitc envers les prisonniers.