‹ Anciennes littératures chrétiennesChapitre 52 sur 200 · SUR LES MARTYRS · texte numérisé non relu

SUR LES MARTYRS

l'évêque de Beit-Arscham rapporte que, le vingt janvier 524, il avait quitté la ville de Hira en compagnie du prêtre Abraham, qui avait été député par l'empereur Justin I vers le roi des iVrabes, Mondhir, pour traiter delà paix avec celui-ci. Les voyageurs rejoignent Mondhir à Ramla. Aussitôt après leur arrivée, le roi des Arabes reçoit une lettre du roi juif des Himyarites (Homérites), qui contient le récit des persécutions que ce roi a ordonnées contre les chrétiens du Yémen. Cette missive a pour objet d'engager Mondhir à sévir contre ses sujets chrétiens. Voici, d'après cette lettre, à quelle occasion avait eu lieu le massacre des chrétiens de Nedjran dans le Yémen : le roi chrétien que les Éthiopiens avaient établi dans cette ville étant mort pendant l'hiver, les Ethiopiens n'avaient pu traverser la mer et s'occuper du successeur à donner au monarque défunt; les Juifs avaient profité de cette circonstance pour se saisir du gouvernement ; le roi juif qu'ils avaient nommé s'était emparé traîtreusement de la ville de Nedjran après avoir fait massacrer les Ethiopiens, au nombre de deux cent quatre-vingts hommes, religieux et laïcs, qui étaient demeurés dans le Yémen. La ville prise, le roi juif fait brûler l'église et mettre à mort les chré- . ,-, tiens qui ne veulent pas nier que le Christ est Dieu. |^j^ Les hommes subissent le martyre les premiers ; un cer- ' tain nombre s'échappe et s'enfuit dans la montagne. Les femmes demeurent également inébranlables dans leur foi et reçoivent le supplice avec enthousiasme. Une dame noble du nom de Dauma [var. Rômé) se distingue entre toutes par son exaltation; elle court avec ses filles au-devant du supplice et outrage le roi qui, frappé de sa beauté, voulait la sauver.

« Tel était, ajoute Siméon, le contenu de la lettre que reçut Mondhir, le roi de Hira, lorsque nous arri-

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vâmes près de lui avec le prêtre Abraham, dont nous avons parlé plus haut, et Sergis (c'a/-. Georges), évêque de Resafa. »

Revenu à Hira, Siméon apprend de nouveaux épisodes de cette persécution, que la lettre du roi juif ne mentionnait pas. Un messager, envoyé aux informations par des députés de l'ancien roi himyarite qui se trouvaient à Hira, rapporte en effet des nouvelles de la ville de Nedjran. Aussitôt la ville prise, les principaux personnages, au nombre de trois cent quarante, avaient été amenés devant le roi juif; à leur tête était Harith (Arétas), qui confessa le Christ avec courage et engagea ses compagnons à suivre son exemple. Un autre fait, omis dans la lettre du roi juif, c'était la confession d'un enfant de trois ans qui voulait mourir avec sa mère plutôt que de renier le Christ ; c'était aussi l'outrage que le roi juif reçut de la plus jeune lille de Dauma, lorsqu'il sollicita la noble dame d'apostasier.

I Siméon, en terminant sa lettre, appelle les prières des évêques de sa confession (monophysite) sur les chrétiens himyarites et exprime l'espoir que les évêques de la confession de l'empereur agiront auprès de |celui-ci, pour qu'il mette fin aux intrigues des Juifs de jTibériade contre les chrétiens.

La lettre de l'évêque de Beit-Arscham a été publiée, pour la première fois, par Assémani * qui la prit de la partie de la chronique de pseudo-Denys de Tellmahré tirée de l'histoire de Jean d'Asie. Cette lettre est également insérée dans la compilation syriaque de l'histoire de Zacharie et elle a été imprimée d'après cette source, dans le tome X de la Script, veterum no9a col-

i. Bibl. Orient., I, 36i.

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leclio de Mai et dans le tome Kl, p. 235, des Anecdota syriaca de M. Land. Le texte de la chronique de pseudo-Denys diffère peu de celui de l'histoire de Zacharie ; c'est une recension abrégée du document original, probablement faite par Jean d'Asie '.M. Guidi, dont les recherches dans le domaine syriaque sont si fructueuses, a retrouvé, dans un ms. du musée Borgia et dans deux ms, du Musée britannique, le texte primitif, plus complet, qu'il a publié dans les mémoires de la Reale Academia dei Lincei, en 1881, sous le titre de La lettera di Simeone çescoço di Beith-Arscham sopra i martiri Omeviti'^ ,

La persécution de Dhou-Nowas et le martyre d'Arétas forment la première partie du Martyrium Aretie qui est conservé en grec 3. M, Guidi remarque que le texte original de la lettre de Siméon confirme les conjectures que le P. Carpentier avait faites sur l'âge et la composition du Martrji-ium Arefœ. La première partie de ce documejit a été écrite en syriaque par Sergis (ou Georges?), évêque de Resafa, qui se trouvait avec Siméon et Abraham auprès de Mondhir lorsque la lettre de Dhou-Nowas fut remise à celui-ci. Le syriaque a été ensuite traduit en grec, et on ajouta à la version grecque le récit de l'expédition d'Ela-Asbeha.

On a beaucoup discuté sur la lettre de Siméon de Beit-Arscham et sur son authenticité. Les premiers

\. MicHAELis et ZiNGERLE Ont réimprime ce texte dans leurs cliresto- ^ matiiies, le premier d'après Assémani, le second d'après le card. Mai. Knoks a également publié celte lettre dans sa petite clirestomaUiie d'après un ms. de Paris, qui en donne un mauvais résumé. Traduction portugaise par Esteves Pf.reira, Hi.tton'a dos Martyres de Naijran, Lisbonne, 1809, p. 3.

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