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LES HISTORIOGRAPHES

§ 1. — Histoire générale.

Le sixième siècle, qui marque l'apogée de la littérature syriaque, a vu éclore les premières œuvres historiques que les Syriens nous ont laissées. Au commencement de ce siècle fut écrite une chronique relatant les événements qui se sont passés en Syrie et en Mésopotamie pendant les années 495 et suivantes jusqu'à la fin de l'année 506. C'est le document le plus complet et le plus exact que l'on ait sur les guerres d'Anastase I et de Cawad. Cette histoire a été composée à Edesse vers 518, car son auteur parle de la fin du règne d'Anastase ^ ; elle nous est parvenue dans une compilation quAssémani croyait être l'œuvre du patriarche Denys de Tellmahré, et elle était désignée jusqu'à ce jour sous le nom de Chronique de Josué le stylite. C'est sous ce nom qu'Assémani qui la découvrit dans la coitipilation du soi-disant Denys en donna une analyse détaillée dans Bdi Bibliothecaorientalis, I, p. 260-283. C'est sous ce nom aussi qu'elle fut publiée intégralement une pre-

1. L'abbé Nau, Analyse des parties inédiles de la chronique atlribuèe à Denys de Tellmahré, Paris, 1898, extrait du Supplément de l'Orient chrétien, 1807.

mière fois par Tabbé P. Martin avec une traduction française, et une seconde fois par \Yrigbt avec une traduction anglaise, d'après une collation de Vcditio princeps faite par M. Guidi sur le ms. unique '.

M. Nau a montré que l'auteur de cette chronique n'est pas connu et que ce ne fut pas Josué le stylite -. On peut seulement savoir, d'après le texte, que cet auteur professait dans une école d'Edesse; il était probablement orthodoxe ; il loue Flavien qui abandonna les Jacobites et semble blâmer Anastase d'avoir exilé ce patriarche. M. Nau croit que cette chronique se trouvait déjà dans la seconde partie de l'histoire de Jean d'Asie, d'oîi elle a passé dans la compilation qui nous l'a transmise. La troisième partie de cette compilation est. en effet, une transcription littérale de la seconde partie.de Jean d'Asie, tellement littérale que le narrateur (Jean d'Asie y parle à la première personne quand il renvoie à un autre passage de son livre; la même caractéristique se retrouve dans la petite chronique.

Quelques années plus tard, un anonyme écrivit une chronique d'Edesse qui s'est conservée dans un ms. syr. du Vatican, n° 163, provenant do la bibliothèque du couvent syrien de Notre-Dame, dans le désert de Nitrie. Cette chronique commence à l'année 180 des Séleucides (132-131 avant J.-C. ■ et s'arrête à l'année 540 de notre ère, au moment où elle a été sans doute composée. Très concise pour la première époque, elle

1. Chronique de Josué le slylite par l'abbé Paulin Martin, Leipzig, 1876,

Idans les Abhand/uiu/en fur die Kvnde des Morgenlandes, t. VI. The Chronicle of Josua tlie slyUle, par AV. WniciiT, Cambridge. 1882.

i. Bulletin critique, :2o janvier 1897. p. .">4; Analyse des parties inédilesdela chronique attribuée à Dcnys de Tellmahré. 1898, p. 12; extrait du Supplément de l'Orient chrétien, 1897; comp. Noeldeke, Lit. Centralblatt, 12 février 1898. p. 190.

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offre des renseignements plus détaillés à partir du III* \ siècle de J.-C. Les données historiques qu'elle ren- 1 ferme et surtout les dates exactes quelle fournit en font i un précieux document pour l'histoire non seulement de \ l'Orient, mais aussi de l'Occident. Assémani a publié / cette chronique tout entière dans sa Bibliotheca orientalis, I, p. 388-417'. Une seconde édition du texte, revu sur le manuscrit par M. Guidi, a été publiée par M. Ludwig Hallier^ avec un apparat critique complet et une traduction allemande. D'après les recherches de I M. Hallier, les sources de la Chronique d'Edesse sont ] des documents originaires d'Antioche oi^i l'année com- ■ mençait le premier septembre, et une histoire des Perses aujourd'hui perdue. 11 faut excepter les notices rela- | ,o tives à Edesse, qui sont empruntées aux archives de h cette ville. L'auteur a utilisé aussi la chronique dont nous avons parlé précédemment. jM. Hallier a cherché à établir, mais en vain selon nous ^, que l'auteur écrivait, non pas vers 540, mais à la hn du VP siècle. Cet auteur était orthodoxe ; il reconnaît les quatre premiers conciles œcuméniques, mais il avait un penchant manifeste pour le nestorianisme, et son orthodoxie était cette \ orthodoxie mitigée qui se rencontre assez fréquemment chez les Syriens au commencement du VI'' siècle.

M. Guidi a réimprimé la Chronique d'Edesse avec une traduction latine dans le Corpus scriptorum christianorum orientalium ^. Il a reproduit exacte-

1. Réimprimée, d'après Assémani, par Micuaelis dans sa Chrestomathie syriaque, 2" éd., GœUingue, '786, p. M et suiv.

2. Untcrsuchungen iiber die Edesseaische Chronik mit dem syrischen Texte uiul einer Ucbcrsetzuiuj, dans les Texte und Unterstichungen de Gebdahdt et IlARNACK, t. IX, l'asc. 1, Leipzig. ls<)-2. M. Hallier, p. 3, note 3. croit que la traduction anglaise citée par Wright n'existe pas.

3. Revue critique d'histoire et de littérature, l'J juin 1893, p. ^81 et suiv.

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