Chronica minora, pars prior, Paris
ment les signes diacritiques du manuscrit unique. C'est sans doute aussi dans la première moitié du VP siècle qu'apparut un roman historique, dun auteur inconnu, probablement un moine d i^^desse. Ce roman est divisé en trois parties qui renferment : la première, l'histoire de Constantin et de ses fds; la deuxième, l'histoire d'Eusèbe de Rome et des souffrances que l'empereur Julien lui fit endurer; et la troisième, l'histoire de Jovien (que les Orientaux appellent Jovinien) pendant le court règne de Julien, Les faits et les dates sont traités dans cet ouvrage avec une telle fantaisie, même en ce qui concerne la campagne de Julien en Orient, qu'il est sans valeur pour l'historien ; mais il nous a conservé le meilleur morceau de rhétorique syriaque, écrit dans un style élégant et pur d'hellénisme, entremêlé de lettres et de discours qui rappellent en quelque sorte le genre historique de Tite-Live, 11 a été beaucoup lu en Orient pendant le moyen âge et a exercé une inlluence regrellable non seulement sur les historiens syriaques, comme Barhebrœus, mais aussi sur les historiens arabes. C'est certainement cet ouvrage, observe Wright ^ , qu'Ebedjésu attribue dans son catalogue à l'historien Socrate, lorsqu'il dit que celui-ci écrivit « une histoire des empereurs Constantin et Jovinien ». Ce roman historique est conservé, malheureusement avec de nombreuses lacunes, dans un ms. du Musée britannique, Add. 14641, du VI'' siècle. De la première partie, concernant Constantin et ses fils, il ne reste plus que la fin sur un feuillet, La seconde et la troisième partie, presque complètes, sont présentées comme un récit écrit par Aploris ou Apoplaris (?), conseiller intime de Jovien, à la demande d'Abdel.
■1. Syriac Literature, 2« éd,, p. dOO.
archimandrite de Sandroun Mahozé (?), pour servir à la conversion des chrétiens. M. Nœldeke a traité, avec une rare compétence, de cette composition syriaque dans la Zeitschr. der deut. morgenl. GeselL, t. XXVIII, p. 263-292; il en fixe la rédaction entre les \ années 502 et 532. M. Georg Hoffmann en a publié le l texte d'après le ms. du Musée britannique, sous le titre de Julien 1" Apostat iliilianos der Abtri'tnnige, Leide, 1880).
Un autre manuscrit du Musée britannique, Add. 7102, du VIP siècle, renferme un fragment d'une œuvre du même genre, relatif à l'apostasie de Julien. M. Nœldeke, qui a parlé de ce fragment dans la même revue, t. XXVIII, p. 660, a reconnu un auteur différent de celui de l'ouvrage précédent. Ce fragment a été édité par M. Hoffmann à la suite du premier roman, p. 242-250 '.
La plus ancienne histoire ecclésiastique qui nous soiti parvenue des Syriens jacobites est celle que le célèbre) Jean d'Asie (ou Jean d'Ephèse) écrivit dans la seconde i « moitié du VP siècle. Jean avait divisé son ouvrage, * comme il nous l'apprend lui-même, en trois parties : les deux premières, comprenant chacune six livres, s'étendaient depuis Jules César jusqu'à la VIP année de Justin II (572); la troisième partie, également en six livres, s'arrêtait à l'année 585. La vie de l'auteur ne dut pas se prolonger beaucoup après cette dernière année, car Jean était alors âgé de quatre-vingts ans.
La première partie est malheureusement perdue en entier. D'importants fragments de la seconde partie sont conservés dans deux ms. du Musée britannique, Add. 14647, daté de 688, et Add. 14650, daté de 875; ils ont été publiés par M. Land dans le deuxième vo-
\. Sur la valeur historique de ce fragment, voir Eunest Ma.vss, Analecta sacra et profana, Marbourg, dooi.
lume de ses Anecdota syriava, p. 289-321) et 385-391, avec un petit fragment, p. 363, tiré du ms. Add. 12154. D'un autre côté, Fauteur de la chronique de pseudo- Denys de Tellmahré déclarait avoir composé la trou sième partie de son ouvrage avec la seconde partie de Ihistoire de Jean d'Asie ; mais on supposait que cette compilation postérieure ne fournirait rien de plus que les fragments conservés dans les ms. de Londres, et qu'il n'y avait aucun intérêt à éditer cette troisième partie de pseudo-Denys. M. l'abbé Nau a montré qu'il en était autrement, et il est arrivé à la conclusion que le pseudo-Denys de Tellmahré avait transcrit littéralement dans sa compilation toute la seconde partie de Jean d'Asie dont on ne croyait posséder que des fragments. M. Nau a reconnu en effet que les fragments publiés par Land se retrouvent tout entiers dans cette x:ompilation et en meilleur état; il suppose que le surplus de la seconde partie de Jean y est également reproduit intégralement '.
La troisième partie de l'histoire de Jean d'Asie est conservée, avec de nombreuses et importantes lacunes, dans le vcv&.Add. 14640, du YII'' siècle et probablement de la même main que le ms. Add. 14647, qui renferme des fragments de la seconde partie. Cette troisième partie a été publiée par Cureton à Oxford en 1853, sous le titre de The thiicl part uf ccclesiastical histoty of John hishop of Ephesus. Elle a été traduite
1. Bulletin critique, 25 août 1896; Journal asiatique, 1896, 9"= série, t. vni, p. 346 et suiv.; Analyse des parties inédites de la chronique attribuée àDcmjsde Tellmahré. 1898, extrait du Supplément de l'Orient chrétien, 1897. Dans ce dernier travail, p. 33 et suiv., M. Nai a donné une analyse de la seconde partie de Jean d'Asie. M. Kuceneii remarque cependant que les extraits de pseudo-Denys qu'il a publiés dans la Vie deSévère par Jean deBeith-Aphlhonia dans la Palrologia orientalis, t. n, fasc. 3, sont écrits dans un style qui ne semble pas être celui de Jean d'Asie, ibid.. p. 299, note 2.
en anglais par Payne Smith en 1860, et en allemand par Schœnfelder en 1862. Elle commence en 571 sous la persécution de Justin II contre les Monopliysites. Jean, un ardent défenseur de la nouvelle secte jacobite, souffrit durement de cette persécution ; jeté en prison ou obligé de fuir de lieu en lieu et de se cacher, il écrivait à la hâte des feuillets de son histoire qu'il devait mettre en lieu sûr; de là le désordre qui règne dans cette composition et, sans doute aussi, un certain nombre des lacunes qui s'y rencontrent. L'auteur s'en excuse dans le chapitre 50 du second livre ' : « Il arrive que des personnes instruites, en lisant ces histoires, blâment l'auteur au sujet de la confusion qui règne dans le récit d'un même événement, mêlé et dispersé dans plusieurs chapitres. Mais, à propos des chapitres exposés à ce blâme, il faut savoir que beaucoup d'articles ont été écrits au temps de la persécution et sous la contrainte de toutes les adversités. Les cahiers où se trouvaient ces articles devaient nécessairement être mis à l'abri avec d'autres papiers et livres dans différents endroits, et être cachés dans plusieurs lieux, parfois pendant deux ou trois ans. Lorsqu'il se présentait des faits dont il voulait conserver par écrit la mémoire, et dont il avait déjà fait mention dans des chapitres rédigés précédemment, l'auteur, n'ayant pas sous ses yeux ses premiers écrits, ne se rappelait pas en avoir déjà traité, et les rapportait de nouveau. Telle est la cause de la répétition des mêmes faits dans plusieurs chapitres. Plus tard les loisirs ont manqué pour qu'il soit fait facilement et à l'aise une harmonie des récits, » On peut attribuer aussi aux temps troublés dans lesquels Jean vivait, les défauts de composition, l'exubérance d'un
i. Éd. CURETON, p. liO.
Style peu châtié, plein d'héllénismes et de mots grecs. Il faut ajouter que les différents livres n'ont pas été écrits d'une manière suivie selon l'ordre des faits, mais ils ont été composés de morceaux détachés réunis ensuite en un recueil ; les dates fournies par cette dernière partie sont ' : 581 dans le cli. 39 du livre I ; 577 dans le ch, 15 du livre II ; 582 dans le ch. 22 du livre III; 575, 576, 580 et 585 dans les ch. 13, 19, 53 et 61 du livre IV ; et 584 dans le ch. 25 du livre VI.
Les historiens trouveront dans ce qui nous reste de l'œuvre de Jean d'Asie des informations précises sur les crises que l'Eglise monophysite traversa pendant le VP siècle. Jean se défend de partialité : il se plaint amèrement, il est vrai, des souffrances endurées par ses coreligionnaires, tandis que les calamités qui assaillirent ses adversaires le laissent froid ou méritent son approbation, mais c'est un historien véridique et original, dont l'œuvre domine de haut les compilations historiques que la Syrie nous a laissées.
Les Vies des Bienheureux orientaux, écrites par Jean d'Asie et réunies par lui en un recueil vers 565-566, complètent l'histoire ecclésiastique de cet auteur et offrent un intérêt presque égal à celle-ci. Nous renvoyons le lecteur à ce que nous en avons dit plus haut, p. 150.
A la même époque, un Syrien jacobite rédigea une compilation historique dans laquelle il fit entrer une grande partie de l'histoire ecclésiastique aujourd'hui perdue en grec que Zacharie le Rhéteur écrivit à la fin du V° siècle, et qui comprenait les années 450-491 ^,
i. Voir Lano. Johannes Bischofvon Ephesos, der erste syrische Kirchenfnsloriker, Leide, 183G, p. 8-2.
2. Land, Anecdota syriaca, TU, p. o, l. penuU. : le compilateur dit qu'il
Cette compilatioa, divisée en douze livres, nous est parvenue dans un ms. du Musée britannique, Add. 17202, de la fin du VP siècle ou du commencement du VIP siècle. Dans ce ms., les derniers chapitres du livre X et le livre XI entier manquent; en outre, le livre XII est incomplet au commencement et à la fin. Le texte syriaque a été édité, d'après ce ms., par M. Land dans le troisième volume de ses Anecdota syriaca-. L'histoire de Zacharie occupe dans la compilation syriaque les livres III-VI; les autres livres I-II et VII-XII proviennent de différentes sources. M. Land a donné, dans l'introduction du troisième volume des Anecdota syriaca, p. xvii-xxiii, une brève analyse du contenu des chapitres de chaque livre. Nous lui empruntons quelques citations qui donneront une idée du genre de cette œuvre :
Livre I, ch. vi, Histoire de Joseph et Aseneth (voir ci-dessus, p. 83).
Livre I, ch. vu. Les actes de saint Silvestre, document important pour l'étude des actes légendaires de saint Silvestre et du baptême de Constantin; les ms. grecs et latins qui renferment ces actes n'ont pas l'antiquité de la version syriaque. Cette version remonterait au moins au commencement du VP siècle, si l'ho-
a conduit son histoire jusqu'à l'année 880 (309 de J.-C). Les Syriens avaient qualifié Zacliarie d'évèque de Mélitène par confusion avec Zacharie, évêque de Milylène. D'un autre côté, comme M. Klgener l'a montré dans La compilation historique de pseudo- Zacharie le Rhéteur, extrait de la Revue de l'Orient chrétien, Paris, 1900, on doit distinguer Zacharie le Rhéteur, auteur de l'Histoire ecclésiastique, de Zacharie le Scolastique, devenu évêque de Milylène, qui ont été confondus entre eux par les auteurs grecs.
-2. Ahrens et Krieoeii ont publié une traduction allemande de cette compilation avec des notes critiques, Die sogenannte Kirchengeschichte von Zacharias R/tetor, Leipzig. 1899; Hamiltox et Buooks ont donné en même temps une traduction anglaise, The syriac chronicle knomn as that of Zachariah of Milylène, Londres, 1899.
mélie syriaque sur le baptême de Constantin est réellement de Jacques de Saroug'.