ASSÉMANI, B. 0., ni, part. I
religieux. Assémani en a donné une analyse dans sa Bibl. Orient., II, 303 et suiv. Le Livre de la colombe Uaij ii>Lj, du même auteur, est une œuvre analogue, à l'usage des ascètes et des ermites ; il est aussi divisé en quatre parties. Il existe des versions arabes de ces deux ouvrages ^ .
Pour les autres écrits sur la vie monastique, nous renvoyons aux numéros IX, § 4; XII, § 2.
\. Le P. Bedjan a publié le texte syriaque de ces deux livres, Ethicon seu Moralia Gregorii Barhebrsei, Paris et Leipzig, 1898. Un appendice, à la fin du volume, reproduit une petite composition de Barhebrœus en prose rimée, intitulée L'enfance de l'esprit, \jo6if ojioJLi^, et qui est du même genre. Le P. Cardahi a publié aussi le Livre de la colombe sous le titre de Abulfaragii Gregorii Bar-Hebrœi Kithâbhâ Dhijaunâ seu Liber columbse, Rome, 1898. L'enfance de l'esprit se trouve également dans cette édition.
§ 1. — La philosophie syriaque.
Le plus ancien texte syriaque, après la version de la Bible, est un dialogue sur le destin entre Bardesane et ses disciples.
Bardesane naquit à Edesse, le H juillet 154 ^ de ^ parents riches et nobles. Son père, dit Barhebrseus, s'appelait Nouhama, et sa mère, Nahschiram -. Selon saint Épiphane, il fut l'ami d'enfance du prince d'Édesse, Abgar, fils de Manou, qui régna trente-cinq ans, de 179 à 214. Il ne fut sans doute pas étranger à la conversion de ce prince qui devint chrétien vers 206. Bardesane, selon Barhebrœus. vécut soixante-huit ans et mourut en 222. « 11 avait d'abord été élevé, ajoute cet historien, dans le paganisme par un prêtre de Mabboug, mais il reçut ensuite le baptême et fut élevé dans la doctrine de l'Église à Edesse ^. Il écrivit des traités
1. Date fournie par la Chronique d'Édesse et confirmée par la Chronique ecclcsiastique de DaiihebR/ELs, I, 47.
2. Chron. eccl.,1, 47. Sur ces aoias, \oir KOFFUxyy, Auszûge aus syr. Akten, p. 137. note H62.
3. Son maître dans l'étude des sciences occultes aurait été un certain Scuthinos, le précurseur de Mani et l'auteur de ((uatre li\res (Écipuane,
contre les hérésies et, à la fin, il se laissa entraîner par les théories de Marcion et de Valentin, Il nia la résur- ,• section ; il considéra l'union charnelle comme un acte de pureté et prétendit que « tous les mois, la lune, la mère de la vie, émettant sa lumière et entrant dans le soleil, le père de la vie, recevait de celui-ci l'esprit de conservation qu'elle répandait sur tout l'univers ' ». Cette notice ne s'éloigne pas beaucoup de ce que rapporte Épiphane. Suivant Eusèbe, au contraire, Bardesane, après avoir été un partisan de Valentin, serait revenu, à la fin de sa vie, à l'orthodoxie, mais sans se laver complètement de son hérésie. Cette dernière hypothèse, admise aussi par pseudo-Moïse de Khorène, semble trouver un appui dans un passage du Livre du destin, où Bardesane combat Tastrologie, à laquelle il s'était, dit-il, adonné autrefois.
/ Somme toute, on sait peu de chose de la vie et des ; écrits du célèbre gnostique. Pseudo-Moïse, qui s'entend à combler les lacunes de l'histoire, fait de Bardesane un apôtre fervent; il aurait tenté d'évangéliser l'Arménie; il aurait écrit l'histoire de cette contrée et un autre livre d'histoire ou de mémoires sur l'Inde, d'après les renseignements que lui avait procurés l'ambassade indienne députée à l'empereur Héliogabale ^. I Saint Ephrem représente Bardesane comme un f homme du monde, aimant le luxe, et l'oppose à Mar-
ÏHÉODORET, etc. ; comp. aussi Paul de Lagarde, Prœtermissorum libri duo, Gœttiiisue, 1879, p. 96, /. uU.). La plus ancienne des notices qui attribuent à Bardesane l'invention d'un alphabet mystique est de Jésu bar Noun élu catliolicos en 824; Kuayyath, Syri orientales, Rome, 1870, p. 176, note 2.
1. Barhebrœus a emprunté ses renseignements à la Chronique de Micliel le Syrien, qui donne d'autres détails légendaires sur la vie de Bardesane, éd. Chabot, p. 110 (trad., I, p. 183).
2. Renan, dans son Marc Aurèle, Paris, 1882, p. WS, note 3, pensait que l'auteur de ces ouvrages était un autre Bardesane, originaire de la Bal)ylonie. Renan, ibid., p. 436-439, a tracé un joli portrait de Bardesane d'Édesse.
cion, l'ascète, qui se vêtissait d'étoffes grossières; il\ j mentionne les cent cinquante hymnes que ce gnostique j ^ écrivit pour répandre sa doctrine dans le peuple'.; Malheureusement ces hymnes sont perdues; perdus aussi les traités ou dialogues contre les hérésies dont parlent Eusèbe, les Philosophoumena et Barhebrœus, ainsi que le traité d'astronomie, dans lequel Bardesane établissait, par le calcul de la durée des révolutions des planètes, que le monde prendrait fin après six mille ans d'existence^. Le Kitâh al-Fihrist (éd. Fluegel, Leipzig, 1871, p. 339) donne les titres d'autres ouvrages de Bardesane, mais on ne peut se lier aux données de cet auteur pour une époque si éloignée du temps où il vivait. 11 ne nous reste donc, pour étudier le système) philosophique de ce Syrien, que le Livre siw le destint et quelques notices éparses dans le recueil des hymnesde saint Éphrem conti^e les hérétiques, et notamment! dans les hymnes 53-55 ^. Encore ces notices doi-| vent-elles être utilisées avec circonspection ^. Reconstruire la doctrine de Bardesane d'après les théories de Valentin ou d'autres gnostiques, comme ont tenté de le faire Hahn, Merx et Hilgenfeld, est un travail fondé sur de pures hypothèses ^.
Le livre sur le destin intitulé : Livre des lois des pays, fut d'abord connu par deux longs extraits qu'Eusèbe a insérés dans sa Prœparatio evangelica, vi, 9. Le second de ces extraits se trouve aussi dans le IX® livre