‹ Anciennes littératures chrétiennesChapitre 84 sur 200 · GôtliiKj. Gelehrle Anzeigen, 18"jG, p. CGI · texte numérisé non relu

GôtliiKj. Gelehrle Anzeigen, 18"jG, p. CGI

descendre, pour la date de ce document, plus bas que le IV*" siècle, où le paganisme apparaît encore à Sarriosate. Ce texte appartient donc à la plus ancienne époque de la littérature syriaque ^ .

Mara lui-même, quoiqu'il reconnût un Dieu unique, n'était pas chrétien. Il parle de Jésus-Christ en termes qui ne laissent aucun doute à cet égard : « Quel profit, dit-il, les Athéniens ont-ils retiré du meurtre de Socrate, qui a été vengé par la famine et la peste qui les accablèrent? Ou les habitants de Samos, du supplice de Pythagore, eux dont le pays fut en une heure couvert de sable? Ou les Juifs, (du supplice) de leur sage roi, car à partir de ce temps le pouvoir leur fut enlevé? C'est justement que Dieu vengea ces trois sages, par la famine et la mort des Athéniens, par une pluie de sable à Samos, par la dévastation et l'exil des Juifs dispersés dans tous les lieux. Socrate ne mourut pas à cause de Platon, ni Pythagore à cause de la statue de Junon^, ni le sage Roi à cause des lois nouvelles qu'il avait établies. »

Une notice ajoutée à cette lettre témoigne aussi de la philosophie stoïcienne de Mara. Un de ses amis, enchaîné près de lui, lui demanda : « Par ta vie, dismoi ce qui excite ton rire ! » Mara répondit : « Je ris du temps qui me rend le mal qu'il ne m'a pas emprunté. »

Jacques, évêque d'Édesse, est l'auteur d'un traité intitulé La cause première, créatrice, éternelle, toutepuissante et non créée, qui est Dieu consen^ateur de toute, chose. Ce renseignement nous est fourni par

1. C'est évidemment un texte original et non une traduction du grec, comme le supposait Renan, Journal asiatique, 4<= série, t. XIX, p. 33.

2. Confusion avec le sculpteur Pythagore, comme le remarque M. Scliutliess, d'après M. ■^Vilamo^vitz.

une note de Georges, évêque des Arabes, qui acheva VHexamcron de Jacques d'Edesse ^ Ce traité, dont l'Hexaméron formait la suite, est perdu. On croyait le retrouver dans une œuvre syriaque, connue sous le nom de Causa causariun et dont le titre exact est Livre de la connaissance de la vérité ou de la cause de toutes les causes'^. Mais la publication de cette œuvre par Kayser^ a permis de constater que sa rédaction était de beaucoup postérieure à Jacques et ne pouvait être placée avant le XP ou même le XIP siècle '. L'auteur, p. 8, se donne comme un évêque d'Édesse qui, après avoir occupé pendant trente ans le siège épiscopal, a renoncé au monde dont l'ont dégoûté les épreuves qu'il a subies de la part de son clergé. 11 s'est retiré dans la solitude auprès de deux ou trois ascètes et y a composé son livre pour le bien de l'humanité. Si ces lignes visent le célèbre évêque d'Edesse, Jacques, elles avaient pour but de placer sous l'autorité de celui-ci, au moyen d'un mensonge, un livre qui avait la prétention de réaliser une utopie bien décevante.

Ce que l'auteur se proposait, en effet, c'était de réunir dans une seule communauté religieuse tous les hommes séparés par des dogmes différents, c'est-à-dire les Chrétiens, les Juifs et les Musulmans. Il traite de la divinité, de son essence et de ses attributs, mais il passe sous silence les articles de foi qui ne seraient pas

1. Voir Kyssf.l, Geortj's des Araberbiscliofs Gedichle und Briefe ans dem Syrischen uebersetzt, Leipzig, 1891, p. 137 et '227. Nous écrivons Hexamcron pour nous conformer à l'usage, quoiqu'il soit plus logique de dire Hcxaérni-ron.

2. AssÉJiANt, B. 0., I, ifii et suiv.; Poiilmann, Zcilschr. der dent, morgenl. GeselL, XV, 048 et suiv.

3. Das Buc/i von der Erkenntniss der Wahrheit oder der Ursache aller Vrsaclien, Leipzig, 18H9. La traduclion allemande de Kayser a été publiée, après la mort de celui-ci, par M. Sikgfuied, à Strasbourg, 1803, avec le même titre.

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