ET LA POÉTIQUE
Sévère bar Schakako a disserté de la rhétorique et de la poétique dans le premier livre de ses Dialogues après avoir parlé de la grammaire. Le dialogue sur la poétique vaut une mention particulière. Il nous a conservé un fragment de la version syriaque de la poétique d’Aristote, relatif à la définition de la tragédie , lequel nous permet de vérifier, au moins sur ce point, la fidélité de la version arabe d’Abou BaschrL Ce dialogue renferme en outre un traité sur la versification syriaque qui est unique en son genre1 2. Malheureusement les règles qui y sont établies sont basées sur la poésie décadente des siècles postérieurs, et ne nous apprennent rien des principes qui régissaient l’ancienne poésie syriaque.
Barhebræus ne visait point à l'originalité quand il écrivit son livre de La crème de la science qui comprenait la philosophie aristotélienne tout entière, comme nous l’avons rappelé plus haut, p. 262, et dans lequel la rhétorique et la poétique occupent les deux derniers chapitres de la première partie. M. Margoliouth a édité la poétique dans ses Analecta ortierrtalia ad poeticam Aristoteleam y Londres, 1887, p. 114-139.
1. Margoliouth, Op. cit ., p. G. Ce fragment est imprimé à la suite de la version d’Abou Baschr.
2. Édité, sous forme d’extraits avec une traduction française par l’Abbé Martin, De la métrique chez les Syriens, dans le vol. VII, fasc. 2, des Abhandlungen für die Kunde des Morgenlandes , Leipzig, 1879.
XYII
VERSIONS SYRIAQUES
Nous n’avons pas réservé un chapitre spécial à la théologie , à cause de la diversité des écrits syriaques que cette science a produits. Quelques-uns de ces écrits ont été mentionnés dans les chapitres précédents ; les autres, en plus grand nombre, seront cités dans les notices de la seconde partie consacrées à leurs auteurs et qui suivent l’ordre chronologique. A cette place leur caractère et leur objet ressortiront peut-être mieux. Mais on dira ici quelques mots des versions des œuvres des Pères grecs qui ne rentrent pas dans les genres littéraires traités ci-dessus. Ces versions témoignent de l’influence de la théologie grecque sur la théologie syriaque. Ce sera l’objet du premier paragraphe de ce dernier n°. Dans un autre paragraphe, nous ajouterons les versions d’œuvres profanes.
Les premières versions syriaques sortirent du mouvement scientifique qui se produisit dans la Mésopotamie au Ve et au VIe siècle de notre ère et qui eut
d’abord son centre à Edesse (comparer ci-dessus n° XI Y, § 2). Ces premières versions sont littérales et terre à terre: elles jurent avec le génie littéraire des Syriens et maltraitent leur langue. La renaissance des
VERSIONS D’ŒUVRES
sciences en Mésopotamie , qui commence au IXe siècle, favorisée par les califes de Bagdad, marque une ère de progrès : les traducteurs s’efforcent de rendre autant l’esprit que la lettre du livre traduit; ils sont familiarisés avec la langue technique, et leur style est de meilleur aloi.
§ 1. — Versions d’œuvres des Pères grecs.
Les œuvres des Pères grecs ont passé presque toutes en syriaque. Quelques versions sont très anciennes, suivant de près parfois l’original grec qu’elles transmettaient aux Syriens, telle est la version du traité De recta ftde de Cyrille, que Rabboula, évêque d’Edesse, fit sur un exemplaire qui lui avait été envoyé par l’auteur. La plupart de ces versions sont conservées dans les bibliothèques de l’Europe ; mais , malgré l’intérêt qu’elles présentent, peu d’entre elles ont été éditées; nous nous bornerons à quelques indications sommaires; le lecteur trouvera d’autres informations dans La littérature grecque de M. Batiffol, à laquelle il nous suffira souvent de renvoyer. Le catalogue d’Ebedjésu renferme, dans sa première partie L une liste des livres de la patrologie grecque traduits en syriaque; cette liste est précieuse, car elle fait connaître le titre d’œuvres grecques qui ne sont pas connues d’ailleurs, mais ce n’est pas ici le lieu de la reproduire.
Cureton édita en 1845 l'ancienne version syriaque des trois Epîtres de saint Ignace à Polycarpe, aux Ephésiens et aux Romains 2. Cureton croyait que cette version reproduisait les épîtres originales qui avaient été interpolées et altérées dans la recension grecque con-