Collatio codicis Lewisiani rescripti , Oxford
LES ANCIENNES VERSIONS
n’a collationné que la Curetonienne ; le second a ajouté la collation de la Peschitto et a tenu compte des nouveaux déchiffrements de Mme Lewis que M. Holzhey ne connaissait pas encore. D’un autre côté, l’étude de M. Holzhey est plus développée; elle discute les problèmes que soulève la version récemment découverte et que M. Bonus s’était contenté de signaler. Ces deux publications ont donc chacune leur utilité et se complètent l’une par l’autre.
Le problème qui se pose d’abord est de savoir s'il existe quelque rapport de parenté entre cette version et les autres versions syriaques connues précédemment. Voici dans quel ordre M. Holzey classe ces versions d’après leur âge : la Sinaïtique, la Curetonienne et la Peschitto. Le Diatessaron, dépendant de la Sinaïtique, est postérieur à celle-ci , mais il est douteux qu'il soit plus moderne que la Curetonienne. Quant à la Peschitto , c’est la plus récente de toutes les versions. Ces conclusions sont fondées sur les arguments suivants :
« L’examen de la Sinaïtique , comparée avec le grec et les autres versions syriaques , montre que cette version a été faite directement du grec par un auteur qui possédait également la langue grecque et la langue syriaque. La version est en général littérale et fidèle; elle ne décèle nulle part une tendance à s’éloigner de l’original d’après un point de vue particulier. Dans des cas tout à fait secondaires , l’auteur se permet seulement d’abréger une locution; cà et là il omet un verset.
« La Curetonienne semble être une recension du texte précédent , entreprise dans le but de serrer davantage le texte grec. Les abréviations de la Sinaïtique sont supprimées ; les versets omis sont rétablis ; quel-
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ques expressions sont remplacées par des synonymes , mais le texte reste foncièrement le meme. L’auteur de la Curetonienne ne laisse de côté aucun mot grec; il fait au contraire quelques petites additions pour rendre le texte plus clair.
« La Peschitto enfin est le résultat d’une révision de la Curetonienne d’après le grec et en suivant les mêmes principes que celle-ci , mais avec encore plus de soin et de conséquence; ainsi les petites additions de la Curetonienne ne sont pas maintenues. C’est ce texte révisé qui fit tomber en désuétude, après l’an 400, les versions précédentes. »
Dans un certain nombre de cas cependant la Peschitto concorde avec la Sinaïtique et s’écarte de la Curetonienne. Ce fait qui semble en contradiction avec l’ordre de succession admis pour les trois versions, M. TIolzhey l’explique de la manière suivante : « Ou bien l’auteur de la Peschitto avait sous les yeux la Sinaïtique et la Curetonienne et il a choisi dans l’une de ces deux versions les leçons qui lui paraissaient les meilleures; ou la Sinaïtique et la Curetonienne avaient primitivement les mêmes leçons dans ces cas, et elles ne différèrent que plus tard par suite d’altérations du texte ». Tout cela est fort douteux. La question peut être envisagée d’une autre manière. La Curetonienne serait la première version des Evangiles séparés., contemporaine du Diatessaron ; la Sinaïtique serait une révision de la Curetonienne pour laquelle le Diatessaron aurait été consulté. Ainsi on s’expliquerait, d’un côté , l’analogie frappante qui existe entre la Curetonienne et la Sinaïtique, et, d’un autre côté, les abrévations que la Sinaïtique présente en' beaucoup d’endroits sous l’influence du Diatessaron. La Peschitto serait une recension de la Sinaïtique , puisque , dans de nombreux cas , ces deux
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versions sont d’accord entre elles contre la Curetonienne.
Le titre à? Evangile des textes séparés , que portent la version Sinaïtique et la version Curetonienne ne paraît pas avoir été donné à la Pescliitto. Il y a là un indice que les deux premières versions existaient pendant que le Diatessaron, dont elles étaient ainsi distinguées , était encore en usage en Syrie , tandis que la Pescliitto ne fut répandue qu'après que l’Harmonie de Tatien fut tombée en désuétude. Dans le lexique de Bar Bahloul, sous les mots Bar Ab a , il est fait
allusion au verset 17 du chapitre xxvn de l’Evangile de saint Mathieu, et on y lit ce qui suit : « Ce Bar Aba s’appelait Jésus, comme il est écrit dans l’ Evangile des textes séparés. C’est évident aussi par les paroles de Pilate : « Et Jésus qui est appelé le Messig,, que feraije de lui? » Donc Bar Aba s’appelait Jésus. Mais l’évangéliste n’a pas voulu écrire son nom , afin que dans le Livre il n’y eût pas de synonymie entre Bar Aba et Notre Seigneur. » L’auteur de ce passage nous informe que dans V Evangile des textes séparés on lisait Jésus Bar Aba, tandis que la Pescliitto porte seulement Bar Aba; et son information est confirmée par la Sinaïtique qui porte : « Lequel voulez-vous que je vous livre ? Jésus Bar Aba ou Jésus qui est appelé le Messie? » Le passage du lexique de Bar Bahloul montre avec évidence c[ue le titre A Evangile des textes séparés ne s’appliquait pas à la Pescliitto.
Si la version Sinaïtique est, comme nous le croyons, postérieure à la Curetonienne et au Diatessaron , on ne peut songer à y trouver des traces ébionites. Il y a cependant au commencement, dans la généalogie de Notre Seigneur, un verset qui a beaucoup intrigué les critiques. C’est le verset 16 du premier chapitre
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de saint Mathieu, ainsi conçu : « Jacob engendra Joseph; Joseph, auquel était fiancée la Vierge Marie, engendra Jésus, qui est appelé le Messie. » Il n’y a aucun doute sur le sujet du second verbe engendra; c est bien de Joseph qu’il s'agit. Cette leçon est propre à la Sinaïtique , mais son auteur ne doit pas être accusé d’hérésie intentionnelle puisque, plus loin, il rapporte exactement les passages relatifs à l’incarnation de Notre Seigneur. Certains théologiens , comme M. Charles en Angleterre, ont supposé que la généalogie placée en tête de l’Evangile de saint Mathieu manquait au texte primitif de la Sinaïtique, et qu’elle y fut ajoutée plus tard par un Ebionite. Mais, objecte le P. Durand 1 , nous savons par saint Épipliane que cette généalogie ne se trouvait pas dans l’Evangile selon saint Mathieu dont se servaient les Ebionites. La leçon en question doit plutôt être considérée comme « une tentative , à la fois exégétique et apologétique , dont le dessein était de marquer d'une façon explicite que le Christ descendait légalement d’Abraham et de David par Joseph. »
1. Dans les Études religieuses, janvier 1893, p. 133 et suiv.
LES LECTIONNAIRES SYROPALESTINIENS .
Les chrétiens originaires de la Palestine parlaient un dialecte syriaque très voisin du judéo-araméen du Talmud de Jérusalem et des Targoums dits palestiniens. Il nous est parvenu, dans ce dialecte, plusieurs documents de la littérature sacrée, dont les plus importants sont des lectionnaires , dans lesquels les leçons pour les différents offices de l’année sont disposées suivant le rite melkite.
Nous savons par Eusèbe ] que « tous les chrétiens d’origine juive quittèrent Jérusalem et la Judée sous Vespasien, avant la prise de la Ville sainte et se retirèrent à Pella, dans la Décapole , au delà du Jourdain. » Cette communauté transjordanienne nous a laissé un évangéliaire conservé dans le ms. 19 du Vatican. Ce manuscrit a été écrit en 1030 par le moine et prêtre Elias , originaire d’Aboud , dans le monastère de Moïse à Antioche des Arabes ; il avait été porté ensuite par son auteur avec d’autres ms. au couvent d’Elie, désigné sous le nom du couvent de l’Etoile1 2.
1. Histoire eccl ., III, 5; comp. Land, Anecdota syr., Leide, 1802-1875, t. IV, p. 229.
2. Ces localités se trouvent dans la Pérée, comme l’a établi M. Land, Anecd. syr., IV, p. 227 et suiv. Le ms. du Vatican était connu par le catalogue des Assémani et l’étude ({u’Adler lui a consacrée dans ses Novi Testamenti versiones syriacæ , Copenhague, 1789. Il a été édité avec
LES LEGTIONN AIRES
Une colonie de ces chrétiens de la Palestine a dû s’é-
tablir, à une époque inconnue , en Egypte. Un manuscrit récemment acquis par le Musée britannique est écrit dans le dialecte syropalestinien et renferme des parties de la Genèse , des Rois , d’Amos et des Actes des Apôtres ] . L’une des trois leçons pour la crue du Nil que renferme ce ms. est tirée de la Genèse, n, 4-19. En outre, plusieurs fragments syropalestiniens conservés dans les Bibliothèques de l'Europe proviennent de l’Egypte, et Mrs. Lewis a acquis un lectionnaire au Caire en 1895.
Les fragments qui se trouvent à Londres et à Saint- Pétersbourg contiennent des portions du Deutéronome, d’Isaïe, des Psaumes, des Proverbes, de Job, des quatre Evangiles, des Actes des Apôtres; d’homélies et d’hymnes ; des Actes de saint Philémon, martyr, et de saint Saba le Cénobite 2.
Des fragments , provenant d’Egypte et acquis par la Bibliothèque d’Oxford, la Bodléienne, renferment : les uns, une partie des Nombres et des Epîtres Paulines 3; les autres, une partie de l’Exode et de la Sagesse de Salomon L
une version latine parle comte Miisiscalchi Erizzo, à Vérone, 1861-1864, et réédité par Paul de Lagarde, d’une manière plus critique, dans sa Bibliotheca sijriacci, Gœttingue, 1892. L’édition Erizzo a servi de base à l’esquisse grammaticale que M. Nœldeke a faite du dialecte syropalestinien dans la Zeitschr. (1er deut. morgenl. Gesell. XXII, 443 et suiv.
1. Ce ms. a été publié par M. G. Margolioutii dans le Journal of tlie Royal Asiatic Society , octobre 1896, p. 667-731 (tirage à part en 1897) sous le titre de The Liturgy of tlie Nüe. The Palestinian syriac Text , edited from a unique Ms. in the British Muséum with a translation , etc. M. Margolioutii a annoncé une reproduction des portions bibliques en onze planches photographiques avec des notes philologiques.
2. Ces fragments ont été édités dans le IVe vol. des Anecd. syriaca de M. Land, Leide, 1876.