ENT PUN
savoir si c'est Luc qui parle à la première personne dans la seconde moitié des Actes. Le troisième évangile, serait postérieur à l’an 70, sa théologie catholicisante conviendrait au deuxième siècle, la période 80-120 serait vraisemblablement celle de sa composition (Jülicher).
Mais ces conclusions tendent à se modifier dans un sens plus conforme à la tradition ecclésiastique, la eritique libérale, à l'heure actuelle, paraissant plutôt disposée à la réaction contre ses propres hardiesses. Ainsi Harnack date Marc de la période 65-70, Mathieu, sauf quelques retouches, de 70-75, Luc de 78-93. Nul doute que pour Luc la critique en vienne bientôt à une appréciation plus conforme à la tradition et Blass en a peutêtre donné le premier symptôme .
$ 3. — Les Actes des apôtres.
La question des Actes des apôtres est trop strictement liée à celle des évangiles pour ne pas provoquer les mêmes dissentiments entre critiques ecclésiastiques et critiques libéraux. Les Actes ont été composés en grec et dédiés, comme le troisième évangile, à Théophile. L'identité de l’auteur du troisième évangile et de l'auteur des Actes n'est niée par personne. Ils contiennent le récit des événements qui se sont succédé de l'ascension de Jésus au temps où Paul captif arrive à Rome pour deux années {(62*-64*) : il est naturel que l'auteur ait écrit au moment où s'arrête son récit : dans la dernière partie des Actes il parle à la première personne et se donne comme un compagnon de Paul : le narrateur du tout est done sûrement celui qui dit zous
dans cette partie des Actes que l’on désigne aujour-
d'hui sous le nom de Wärstücke. L'idée qu'un écrivain comme lui aurait inséré dans sa composition des fragments du journal de voyage d’un compagnon de Paul sans effacer le rous ou sans prévenir, manque de vraisemblance (Cornely, Blass).
Les critiques libéraux concluent autrement : les
Wärstücke seraient une source de Luc et non son récit personnel, les Actes n'auraient donc pas pour rédacteur un compagnon de Paul. On ne trouve pas de trace sûre
de l'existence des Actes avant le second siècle : postérieurs au troisième évangile, ils auraient été composés vers 100 ou 105 (Jülicher).
Toutefois, l’auteur des Actes ne dépend d'aucune des épîtres paulines et semble en ignorer l'existence; il écrit en un temps où le nom chrétien n'est pas poursuivi par les lois impériales. Nous en conclurions qu’il a écrit avant la persécution néronienne (a. 64) : Harnack, qui tient le troisième évangile pour postérieur à 70, conclut que les Actes sont simplement antérieurs à la persécution de Domitien, et qu'ils ont du être composés entre 78 et 93.
Pour ce qui est des sources, on tend à tomber d’accord que les Actes ont deux sources principales À et B. La première (A) est représentée par les Wirsticke, savoir les passages où le récit est à la première personne {xin-XxvIn, moins xv); la seconde {B) se retrouve
* dans les douze premiers chapitres; le rédacteur (A) aurait combiné ces deux sources, en y ajoutant beau-
. coup de son propre fond. La source paulinienne (À) est une source historique de premier ordre, étant le récit du voyage de l’apôtre par un de ses compagnons de route; la source judéo-chrétienne (B) serait plus légendaire, elle se retrouverait dans le troisième évangile
(source hiérosolymite de Resch). Ces divinations suppo-
sent.toujours À distinct de À, ce qui n'est pas acquis".
$ 4. — L'évangile selon saint Jean.
Le quatrième évangile est unanimement tenu par
les critiques ecclésiastiques pour l’œuvre de l’apôtre saint Jean : nombre de traits du récit indiquent assez clairement que l’auteur est un juif, un juif palestinien, un témoin oculaire des événements, un apôtre et l'apôtre Jean lui-mème. Sur la foi de saint [rénée, on pense que l'évangile a été écrit à Éphèse, où saint Jean mourut et fut enterré. L'évangile a été écrit en grec, pour les fidèles d'Asie que pouvaient égarer les premiers gnostiques et les juifs : il doit dater du dernier decennium du premier siècle {Cornely).
Mais le quatrième évangile est aujourd’hui le plus vivement attaqué par les critiques libéraux. L'auteur était-il palestinien? était-il asiate? Il est impossible qu'il ait été un apôtre. L'identifier avec le « presbytre » auteur de la seconde et de la troisième épitre johannine, ne nous apprend rien; l'identifier avec le « presbytre Jean » d'Éphèse dont parle Papias (Euseb. x, 39) souffre autant d’objections que de l'identifier avec l'apôtre Jean. Postérieur à l'an 100, le quatrième évangile serait une fiction philosophique traduisant -les tendances religieuses de la troisième génération chrélienne, sans valeur comme source de l'histoire du Christ, mais source primitive de l'idée que la théo-
1. Nous ne voulons qu’indiquer le probième de deux récensions textuelles des Actes, dont la seconde serait une révision exéculée par l’auteur lui-même : c’est la théorie à laquelle M. F. Brass a récemment attaché son nom. Acta Apostolorum, edit. philolog. (Güttingen 1895).
CRE er = < =
logie ecclésiastique a popularisée du Christ (Jülicher). On aurait tort toutefois de prendre ces conclusions extrêmes comme le dernier mot de la critique libérale. Resch, qui est ici encore le leader de la réaction, croit retrouver des emprunts au quatrième évangile dans la Didachè (qu'il date de 80-90), dans le quatrième livre d’Esdras (ca. 95), dans l’épître de saint Clément (ca. 95); le quatrième évangile aurait été composé vers 70, par saint Jean à Pella en Palestine; Jean serait un historien et un prophète, mélant ses souvenirs historiques aux inspirations qu'il a de l'Esprit, et de là le caractère singulier de son évangile où le Christ parle autant que l'Esprit. Harnack, qui a tenu jadis l’origine des écrits johanniques (évangile, épitres, apocalypse) pour «la plus prodigieuse énigme que présente l'histoire la plus an-
cienne du christianisme », en vient à croire que Papias
(ca. 145-160) sûrement s’est servi des écrits johanniques sans les attribuer explicitement au fils de Zébédée, et que Justin (ca. 155-160) considérait vraisemblablement le quatrième évangile comme l’œuvre de l'apôtre; le quatrième évangile n'aura pas été écrit par le fils de Zébédée, mais porte puissamment son empreinte, composé qu'il aura été dans un cercle de palestiniens réfugiés en Asie après la catastrophe de 70, composé sans doute par le presbytre Jean, qui, auteur de l’Apocalypse sur la fin du règne de Domitien, aura écrit les épitres johannines et « l'évangile de Jean le presbytre selon Jean, fils de Zébédée », entre 80 et 110.
& 5. — Évangiles non canoniques.
L'existence d’un évangile selon les Hébreux (Ævayyélioy atà ‘Eboaiouc) est attestée par saint Ignace (Smyrn. ui, 2: cf. Vér, int. 16), par Hégésippe (Euscb,
iv, 22, 7), par Clément d’A., par Origène, par Eusèbe, par Jérôme : le catalogue de Nicéphore ! le mentionne comme une pièce de 2200 stiques. Il y a trace de deux éditions, sinon même deux compositions distinctes : l'une ébionite, propre aux chrétiens non catholiques de ce nom signalés par frénée (1, 26,2), et grecque de texte; l’autre nazaréenne, propre aux chrétiens de ce nom signalés par Épiphane (XXIX, 9), et rédigée en araméen. Jérôme a trouvé le texte araméen dans la bibliothèque de Césarée et aussi à Béroë aux mains des Nazaréens de cette ville, et il le traduisit en grec et en latin. Aucune de ces recensions ou versions ne nous est parvenue, et l'on n'a que les citations qu'en ont faites les susdits écrivains, Jérôme notamment. On y peut constater que l’évangile selon les Hébreux n'est en aucune façon l'original araméen de saint Mathieu ; qu'il représente une tradition analogue à celle de Mathieu et de Luc, sans paraître dépendre de l’un ni de l’autre évangile. La tendance judéo-chrétienne est manifeste dans l'édition ébionite comme dans l'édition nazaréenne. Dans son état le plus ancien, l’évangile selon les Hébreux, rédigé en araméen, serait un évangile palestinien, dont la rédaction daterait de la période 65-100 (Harnack) ?.
4. Les catalogues anciens auxquels nous aurons à faire appel, sont les suivants. — a) le Muralorianwm; — b) le catalogue Gélasien se donne pour une prétendue décrétale De recipiendis et non recipiendis libris, qui aurait été publiée par le pape Gélase en un concile tenu à Rome en 495-496 ; il est en réalité fait de pièces rapportées en partie plus anciennes que Gélasé, il a dû être arrêté officiellement à Rome au début du VI siècle. — c) Le catalogue de Nicéphore (patriarche de C. P. + 828) en grec, donne une lisle des livres canoniques et non canoniques, avec l'indication du nombre de stiques de chacun d’eux. (Le stique est une unité de longueur usitée par les copistes et qui équivaut à une ligne normale.) On trouvera ces trois catalogues dans les Analecta de PREUSCIIEN.
2. Les fragments en sont réunis dans A. HiLGENrezD, Novum Testa-
- Dans le tombeau d'un moine égyptien, à Akhmim (l’ancienne Panopolis), on a découvert, dans l’hiver 1886-7, un paquet de feuillets d’un petit ms. grec (VIIIe- IX* s.), contenant un fragment (9 pages) d'un évangile
de saint Pierre, un fragment (7 pages) d’une apocalypse
de saint D un ne plus étendu (45 pages) du livre d'Énoch : ces textes ont été publiés par M. Bou-
riant, en 1892. L'existence d'un évangile selon saint
Pierre (Evuyy£hov xara Ilétoov) était attestée par Sérapion d’Antioche dans son épître aux chrétiens de Rossos (Euseb. vi, 12, 2) : peut-être saint Justin mème (Dial. 106) l'a-t-il connu : le catalogue gélasien le mettait au nombre des écrits prohibés. Le ms. d’Akhmim nous en a rendu 174 stiques environ, donnant la fin du récit de la passion et le récit de la résurrection. Il n'apporte aucun élément nouveau à l’histoire évangélique, mais est un repère pour l'histoire de l’altération du souvenir par la légende et une précieuse attestation de la très primitive autorité des quatre évangiles canoniques. Le rédacteur de cet évangile a en effet connu nos trois synoptiques et très probablement saint Jean {v. Schubert, Harnack). Le crucifiement présente quelques traits de docétisme à rapprocher de ceux que saint Ignace reproche aux docètes de son temps. L'évangile selon saint Pierre doit dater de la première moitié du deuxième siècle (ca. 110-130 Harnack) !.
mentum extra canonem receplum, Î. IV, ed. secunda (Leipzig 1884), et dans E. Nesrce, N. T. Suppl. p. 75. — R. HANDMANN, Das Hebrüerevangelium (Leipzig 1888). Rescu, Agrapha, p. 322. ACL, t.T, p.6;t. IE, p.625.
4, U. BouriAnT, Fragments du texte grec du livre d'Énoch et de quelques écrits attribués à saint Pierre [Mémoires publiés par les membres de la mission arch. franc. du Caire, t. IX] (Paris 4892). A ROBINSON ef M. JAMES, The Gospel according lo P. and the Revelalion of P. (Londres
L'évangile selon les Égyptiens (Eèayy£luov ur Aiyvrziowc) est ‘une pièce attestée par Clément d’A., par les
Philosophoumena, par Origène. Il circulait chez les
gnostiques Naasséniens du deuxième siècle, nous apprennent les PAilosophoumena (v, 7), et chez les disci= ples de Sabellios au troisième, selon Épiphane (Lxr, 2). La Secunda Clementis le cite comme une écriture autorisée. On n’en a que trois brèves citations d'un caractère
encratite et sabellien très accusé. Faut-il voir dans cet évangile une fiction égyptienne hérétique du deuxième
siecle (ca. 150)? Ouserait-ce un évangile grec d'Égypte, l'analogue de l'évangile araméen « De nel Fa Hébreux »,
de: dite inconnue mais antérieur à 130, et un ion reçu pour canonique en Égypte (Harnack) ? ! £
L'évangile selon saint Mathias, comme l’appellent le 1
catalogue gélasien et Origène, ou « Traditions de Mathias » (Marbiov nugudacas), comme dit Clément d’A., est perdu : il était sans doute identique aux discours
ésotériques soi-disant adressés au seul Mathias par le
Seigneur, et dont le gnostique Basilides faisait grand état {Philosophoum. vir, 20). On y peut voir une production gnostique égyplienne de la seconde moitié du deuxième siècle. Épiphane (xxvr, 13) cite un fragment d'un évangile au nom de Philippe, recueil de discours ésotériques prètés au Seigneur ressuscité, autre production gnostique égyptienne de la même époque. Le
1892). A. Lons, Evangelii sec. P et P.apocalypseos quae supersunt (Paris 1892). HarNaCk, Bruchstücke des Ev. und des Ap. des P. (Berlin 1893). O. v. Gennarpr, Das Ev. und die Ap. des P. (Leipzig 4893), reproduit en phototypie le ms. aujourd’hui au musée de Gizeh. NesrLe, N. T. Suppl. p.68. — Rescu, Parallellexte, t. II, p. 34. Theol. Lz.t. XIX (1894), p. 9. Rev. des études grecques, t. VI (1893), p.59 et 267. Rev. bibl. t. III (1894), p. 522. ACL, t. I, p. 403t, IL, p. 474.
1. Les fragments dans HILGENFELD, 0. ©. NESTLE, O0. €. — RESCH, Agra-
pha, p. 316. ACL, t. I, p. 12; t. II, p. 612.
livre de la Pistis Sophia présente les trois apôtres 3 Philippe, Thomas, Mathias (le texte dit « Mathieu »), comme chargés par Jésus d'écrire ce qu'ils entendront et verront de lui et d’être les « trois témoins du royaume des cieux ». Les évangiles Philippe-Thomas-Mathias gnostiques seraient les restes de cette trilogie égyptienne gnostique !.
2 L'existence d'un évangile selon saint Thomas (Evuy- - yéor xar0 Quuër) est attestée par Origène et par Eu- “ sèbe : les Philosophoumena (v, 7) le signalent chez
= les gnostiques Naasséniens du deuxième siècle : le cata- - logue de Nicéphore le mentionne comme une pièce de 1300 stiques : le catalogue gélasien le condamne comme un évangile en usage chez les Manichéens. La question de savoir si saint Justin (Dial. 88) a connu cet évangile grec gnostique, n'a pas encore été tirée au clair. — : Nous possédons, en deux recensions grecques, une la- tine et une sy riaque, un soi-disant évangile de saint Thomas ou « Évangile de l'enfance » (To rod Toù » xvgiov), récit des miracles accomplis par Jésus depuis - sa cinquième année jusqu’au jour où il paraît au milieu des docteurs. Une étude critique comparée de ces diverses recensions reste à faire : dans l’ensemble le récit : paraît être de rédaction catholique (IV-V®s.) et expurgé = de toute malsonnance, sauf peut-être de quelques tra- - ces de docétisme : il dépend vraisemblablement de 3 l'évangile selon Thomas gnostique du I° siècle ?
» On a donné le nom de Protévangile à un roman “ commençant à l’annonciation de l'ange à Anne, racon-
. 4. HILGENFELD, 0. C., NESTLE, 0. ©, — ACL, t. I, p.414; t. 11, p. 595. Har* nack fait des Ioçadooes un livre distinct de l’évangile de M., un livre non hérétique et plutôt analogue au Hérçou #ovyuu.
9, C. TiscHENDORF, Evangelia apocrypha (Leipzig 1876), p. 140. NESTLE, 20e — ACL, LI, p.45 et t. II, p. 598.
tant la naissance et l'enfance de Marie, son mariage, la nativité de Jésus, le meurtre de Zacharie, le tout soidisant raconté par saint Jacques. — Le titre fort impropre du tout est ‘lorogiu ‘luxd6ov neo Tis yevvioews Magias : on l'a en grec et en latin : peu de livres ont été plus populaires. Ce doit être, en grec, une compilation du quatrième siècle (Harnack). — Le latin est une adaptation du grec publiée au V® siècle sous le titre fictif de Liber de ortu beatae Mariae et infantia Salvatoris a beato Matthaeo evangelista hebraice scriptus et & beato leronimo presbitero in latinum translatus, avec en tète une épitre supposée de Chromatius et d'Heliodorus à Jérôme et une réponse non moins supposée de Jérôme. — Le Protévangile est une compilation catholique que l’on croit dérivée d'une Bi620ç”Iuxw6ov concernant l'enfance et le mariage de Marie {fin du II: s.), d'un récit attribué à Joseph de la nativité dépendant de Mathieu, de Luc, de Jean {11° s.?), d’un récit apocryphe sur Zacharie (III s. ?) !.
Il n’est pas démontré que Tertullien (Apol. 21) ait connu un texte se donnant pour le rapport de Pilate à Tibère : « .. omnia super Christo Pilatus, et ipse iam pro sua conscientia christianus, Caesari tunc Tiberio nuntiavit : » et Eusèbe (1x, 2, 1) n’en parle que d'après Tertullien. Justin (Apol. 1, 35 et 48) parle du dossier de Jésus, comme de pièces officielles qui ont d& être transmises à Rome; mais ni Justin, ni personne ne les a connues. Selon Eusèbe (1x, 5, 1) on fabriqua sous Dioclétien de faux actes de Pilate « pleins de blasphèmes contre le Christ », actes que l’on fit répandre dans les villes et les campagnes, et que les maîtres d'école eurent ordre de faire apprendre par cœur aux enfants: