‹ Anciennes littératures chrétiennesChapitre 12 sur 63 · TISCHENDORF, 0. ©. — ACL, t. I, p. 19 et t. II, p · texte numérisé non relu

TISCHENDORF, 0. ©. — ACL, t. I, p. 19 et t. II, p

LES PRIMITIFS. al

ces actes sont cités dans la passion de saint Taracus et de ses compagnons, martyrisés en Cilicie (a. 304). — I] existe un récit grec du jugement et de la résurrection de Jésus, intitulé “Yrouvfuura toù xvoiov qudr "Mood Xouo- TOù nouy0evra ni Toyriov Iiarow, dont on aune seconde édition grecque (comprenant la descente aux enfers) mise sous le nom de Nicodème (Évangile de Nicodème) plus littéraire et plus récente (Ve-VIe s.), une version copte, une version arménienne, une version latine. Ces Acta Pilati, comme on les appelle communément, sont une . composition apologétique catholique, harmonisant les

données de nos évangiles et aussi des éléments secondaires fictifs : on peut les dater du quatrième siècle ou du début du cinquième. Il n’y a aucune relation entre eux et l’évangile selon saint Pierre !.

$ 6. — Actes apocryphes des apôtres.

Il à existé tout une littérature d'actes apocryphes des apôtres, que le catalogue gélasien condamne en bloc sous la dénomination de « libri omnes quos fecit Leucius discipulus diaboli. » Le nom de ce Leucius, que

-Photius (cod. 114) appelle Æeëxoç Xuoivoc, et dont Epiphane (cr, 6) fait un disciple de saint Jean, était en tête d’une collection d'actes d'au moins cinq apôtres (Pierre, Jean, André, Thomas, Paul), collection que Photius (Z. ce.) a eue en mains et dont il note le style populaire et

les multiples erreurs. Evodius d'Uzala, saint Augustin,

4. Lupsius, Die Pilatus Acten (Kiel 1871 et 4886). TISCHENDORF, 0. c. F. CONYBEARE, « Acta Pilati », dans Studia biblica,t. IV, (Oxford 1896), p. 59. ACL, t. I, p. 21 et 865 ct t. IN, p. 603.

Innocent [°*, saint Léon dénoncent Leucius comme l'auteur ou le collecteur d'actes pareils en circulation chez les Manichéens et les Priscillianistes. Ephrem les signale chez les Bardesanites, et Epiphane chez les Ébionites, les Encratites, et autres sectes. Cette collection s’est perdue, mais il nous reste, en des recensions plus ou moins expurgées, des pièces qui y figuraient !.

Le catalogue de Nicéphore connaît une Tegtodoc Iléroov de 2,750 stiques, actes grecs attestés par Commodien, Eusèbe, Isidore de Péluse. — Les textes catholiques qui en dérivent sont : un Magréguor Teroov grec récemment retrouvé en deux mss. (l'un à Patmos, l'autre à Vatopédi) et publié par Lipsius (1886); un Actus Petri cum Simone renfermant un récit du martyre de l’apôtre, morceau latin découvert dans un ms. de Vérceil {VII siècle) et publié par Studemund; un Martyrium ss. Petri et Pauli app. a Lino papa graece conscriptum et ortentalibus ecclesiis destinatum, sûrement d'original grec, mais qu'on n'a qu'en latin, slavon, copte, éthiopien; enfin un Marcelli quem discipulum Petri ap. ferunt, de mirificis rebus et ar-. tibus bb. Petri et Pauli et de magicis artibus Simonis magi, qui existe en grec et en latin. — Le pseudo- Marcellus ne dépend pas d'actes ébionites perdus, où Paul aurait été identifié avec Simon le Magicien, comme l’a soutenu Lipsius, mais est une œuvre catholique (comm. du quatrième siècle) qui dépend indirectement de la lsgiodos Lléroov. Le pseudo-Linus dans

1. CG. TISCHENDORF, Acta aposlolorum apocrypha (Leipzig 1831). R. A, Lipsius et M. BONNET, Acta app. apocrypha, t. I (Leipzig 1891). Lrpsius, Die apokryphen Apostelgeschichten und Apostellegenden (Braunschweig 1883-90). DUCHESNE, « Les anciens recueils de légendes apostoliques » dans le compte rendu du Congrès sc. internat. des cath., 189%, f. V, p. 67. SALMON, art. « Leucius » du D C B.

Son texte latin peut être du cinquième ou sixième siècle : l'original grec perdu, antérieur au quatrième siècle, . doït dépendre très directement de la Teçiodos Tléroov, dont le martyrium de Patmos et celui de Verceil déri- - vent aussi mais de beaucoup plus loin. La Ileotodoc Hérgov perdue serait une composition gnostique de la seconde moitié du IT° siècle, selon Lipsius et Zahn; elle est pour Harnack une œuvre catholique du IIIe siècle !.

Nicéphore connaît une Ilegtodos ’Iwdyvou de a stiques. Les actes sont signalés par Eusèbe (nr, 25, 6) et par Épiphane (xLvu, 1). Ce dernier en fait une pièce en circulation dans les milieux encratites. On a plusieurs fragments de ces actes grecs primitifs. Le second concile de Nicée {a. 787) cite trois morceaux d’un discours de Jean. Un quatrième, plus étendu mais retouché, c'est le récit de l’arrivée de Jean à Éphèse, est fourni par un ms. grec (Marcianus 363). Un cinquième est restitué d’après le latin d'Abdias : Jean à Ephèse convertit le grand prêtre d’Artémis et le proconsul. Un sixième, le morceau final ou Merdoraoic ?Iodyvov, la mort de Jean, est donné par deux mss. (Paris. gr. 1468, et Vat. gr. 654). Ces quelques morceaux comptent, avec le roman de Thékla et les Acta

Thomae, parmi les plus caractéristiques de cette littérature. — Les textes catholiques dérivés de la Iegtodoc Lwdyvov sont : les actes grecs de saint Jean qui portent le nom de Prochoros, l’un des sept diacres, actes qui ont passé en latin, en slavon, en arménien, en copte, en éthiopien, en arabe, et qui sont probablement une œuvre syrienne du IV* siècle au plus tôt. Joignons-y le pseudo-Méliton De passione loannis. — La Ilegiodoc

4. Les textes dans Lirsius-BONNET, 0. c. — Bibl. hag. gr. p.106. Bull. cri. t. VIII (4887), p. 161. ACL, t. I, p. 431; L. IT, p. 549.

’Iwdyvov doit être une composition gnostique de la seconde. moitié du IT° siècle !.

Nicéphore ne parle pas de Ilegtodos *Ardoëov, mais Épiphane signale chez les Encratites et autres gnostiques (xzvu, 1; Lx, 1; Lxin, 2) des actes de saint André. Tandis que Photius les met sous le nom de Leucius Charinus, le pape Innocent I‘ (Jaffé n° 293) les dit composés « a Nexocharide et Leonida philosophis ». — Les textes catholiques qui en dérivent sont : le récit grec des aventures d'André et de Mathias dans la cité des anthropophages, récit qui a passé en syriaque, en copte, en éthiopien; puis le récit grec des aventures d'André et de Pierre dans la cité des barbarès, récit qui a passé en éthiopien et en slavon; enfin des Acta Andreae cum laudatione contexta (VIII° IX! siècle). — Les actes gnostiques perdus, dont on a deux fragments caractéristiques chez Evodius (De jide, 38), seraient de la seconde moitié du IT° siècle ?.

Nicéphore donne la Lleotodos Quu& pour une pièce de 1,600 stiques ; des actes gnostiques de Thomas sont cités par Eusèbe et par Épiphane conjointement avec ceux de Jean et d'André, et signalés par ce dernier comme circulant chez les Encratites. M. Bonnet en a publié un texte grec très voisin du texte primitif, M. Wright une recension syriaque catholicisée. IL est douteux que l'original gnostique ait été syriaque : du moins les hymnes, comme l'hymne à la Sagesse et l'hymne à l'Ame (cette dernière peut-être de Bardesanes), sont d'origine syriaque. Les actes gnostiques

1. Les textes dans Zau, Acta Tohannis (Erlangen 1880). — Bibl. hag. gr. p. 59. ACL, t. I, p. 424; t. II, p. 541.

2. Les textes dans Tiscuenporr, Acla app. ap. et dans Apocalypses

apocryphae (Leipzig 1886). BoNNET, Acta Andreae cum laud. cont. (Paris

1895). — Bibl. hag. gr. p.6. Byzant. Z.t. IV (1895), p. 458. ACL, t. I, p. 116; (II, p. 543.

de saint Thomas seraient de la première moitié du ITF siècle ?.

Nicéphore enfin cite une Ilegiodog Tutrov de 3,600 stiques, et le catalogue stichométrique du Codex claromontanus des « actus Pauli » de 3,560 versets. Eusèbe (111, 25, 4) a connu des actes apocryphes de Paul. De même Origène. Hippolyte dans son commentaire sur Daniel (nr, 29), y fait allusion comme à un récit connu de tous ses lecteurs. Ils seraient donc antérieurs à l'an 200. Harnack les date de la période 120-170. Ils sont perdus. — Nous possédons un Magréoor Iaërov grec, joint à celui de saint Pierre dans le ms. de Patmos et dans le ms. de Vatopédi, publié par Lipsius (1886) : on. en a des versions slavonne, copte, éthiopienne, latine. Le pseudo-Linus à son tour a adopté ce Magoriquoy Iluéiov. Ce Mugriouor Ilutlov serait, d'après Zahn, un extrait des actes de Paul ?.

Il faut joindre à ces pièces de la collection de Leucius les actes de saint Philippe. Nicéphore ne les mentionne pas, mais le catalogue gélasien cite des « actus nomine Philippi apostoli », et il se peut qu'Eusèbe ur, 31; v, 24) les ait connus. Des quinze rod£éag où sections dont se composaient ces actes, la seconde (Acta Philippi in Hellade) et la quinzième (Martyrium Philippi) ont été retrouvées en grec et publiées par Tischendorf; les sections 1, 3-9, ont été retrouvées en grec et publiées par nous. On pense qu'il y a lieu de distinœuer deux groupes primilivement indépendants : le premier (1-7), sans attache locale, d'esprit encratite; le second (8-15), légende locale d'Hiérapolis en Phry-

4. Boxner, Acla Thomae (Leipzig 1883). — Bibl. hag. gr. p. 123. ACL, t. 1, p.116; t. IT, p. 545.

2, Les textes dans Lipsius-BonneT, 0. c. — Bibl. hag. gr. p. 10%. ACL, t. I, p. 498; t. IL, p. 491.

LA

gie, et d’un gnosticisme très accusé. La légende de saint Philippe a passé du grec en syriaque, en éthiopien, en copte, en slavon. La composition gnosticisante primitive peut remonter à la première moitié du IIIe siècle (Lipsius) !.

Tertullien a connu des actes de Paul et Thékla (Bapt. 17) et savait qu'ils avaient pour auteur un presbytre d'Asie que son église avait déposé pour s'être rendu coupable de cette fiction. Nous en avons un texte grec en de nombreux manuscrits, plusieurs versions (deux latines, une arménienne, une slavonne, une arabe), car ce roman a été des plus lus. On y voit Paul, à Iconium, convertir Thékla à l'amour de la virginité, conversion d'où naissent mille tribulations pour Thékla et pour l’apôtre : c'est un roman d'aventures à personnages historiques, avec mème des souvenirs de bon aloi {tel le portrait de Paul au ch. im). Mais le texte existant est-il celui qu'a connu Tertullien? Gwynn nous semble avoir solidement prouvé {contre Lipsius) que l'affirmative est probable; que si notre roman s'inspire des données des épîtres pastorales, il ne vient pas du même milieu catholique, mais est une œuvre encratite; enfin qu'il peut remonter à la période 130-170 et plutôt aux entours de 160-170. Ce doit être une pro duetion catholique antérieure à l'apparition du montanisme ?.

1. Les textes dans TISCHENDORF, Acta app. ap. et dans Analecta Bol.

land. t. IX (1890), p. 205. — Bibl. hag. gr. p. 109. ACL, t. I, p. 138. Bull. ecrit. L. XI (1890), p. 478.

2, Les textes dans Lipsius-BONNET, 0. €. et TISCHENDORF, AC{Q app. ap. — Bibl. hag. gr. p. 404 ACL, t. I, p. 136; t. II, p. 493. J. GWYNN, art. « Thecla » du DCB. Ramsay, The church in the roman Empire before A. D. 170 (Londres 1894), p. 375. Rev, Étude sur les Acta Pauli et Theclae (Paris 1890). E. LE BLANT, « Les Actes de sainte Thécle »

dans son recueil Les perséculeurs el les martyrs (Paris 1893), p. 9.

$ 7. — Apocryphes Clémentins.

Sous le nom d’apocryphes clémentins on groupe les pièces suivantes : — 1° Vingt soi-disant homélies (Eusèbe, 11, 38, 5, les appelle déioyo) portant en titre : Kimusrroc Tüv ITéroov émoômuiwr xngvyudrov èmrour [De praedicationibus Petri inter peregrinandum epitome] : on en a deux manuscrits grecs (Paris. 930, XIE s.: Vat. Ottobonian. 443, XIV° s.). — 2° En tête de ces. vingt homélies figurent une ’Exoroin Tléroov roùç * IdxwBov, et une Emoroin Kijuevros nodc Idxw60v, destinées à justifier l'authenticité supposée des homélies.

— 3° Un ouvrage en dix livres, dont l'original grec est perdu et dont on a seulement la version latine qu'en fit Rufin (ca. 400), sous le titre de Recognitiones : on en connaît plus de soixante et dix manuscrits. — De Lagarde a publié une version syriaque partielle des Homélies et des Recognitions, d’après un manuscrit daté de 411 (Br. Mus. Add 12150); et Dressel un abrégé (Erurour) grec des Aomélies, résumé de basse époque et sans intérêt critique.

Clément raconte comment à Rome il a été converti

par saint Barnabé, puis mené par lui, à Césarée, à saint . Pierre dont il devient l'historiographe : le récit commence alors des rencontres et controverses de saint Pierre et de Simon le Magicien, à Jérusalem, à Césarée, à Rome; des prédications de Pierre à Tripolis; comment Clément retrouve sa mère naufragée dans l'ile d'Aradus, et ses deux frères naufragés aussi à Laodicée; comment à Laodicée Clément réfute un vieil ouvrier matérialiste, qu'il reconnait à la fin être son père Faustinianus: comment saint Pierre achève la conver-

sion de Faustinianus, l'envoie à Antioche confondre Simon, et, l'y ayant rejoint bientôt, établit là sa demeure. Tel est dans ses plus grandes lignes le roman des Recognitions. Les Homélies, qui n'ont d'homilétique que le titre, racontent les mèmes fables, fables bien déchues aujourd'hui du rôle que l’école de Tübingen prétendait jadis leur faire jouer dans les origines du catholicisme.

La plus ancienne attestation que l'on ait des apocryphes clémentins est dans un passage d'Origène cité dans la Philocalie (ch. 23) et qui donne, comme un fragment du livre quatorzième des Llsgiodou de Pierre par Clément, un long morceau du dixième livre des Recognitions. Eusèbe (nr, 38, 5) connaît un « verbeux et long écrit » attribué « depuis peu » à saint Clément et dans lequel on trouve des dialogues de saint Pierre et d'Apion : ce dialogue appartient au livre IV des Homélies. Le catalogue gélasien proscrit | « Itinerarium nomine Petri apostoli quod appellatur S. Clementis ».

Étant donné que la substance des Recognitions est la mème que celle des Homélies, on peut se demander si l’un des deux écrits est copié sur l’autre, ou si, indépendants l’un de l'autre, ils ne sont pas tous deux des contrefaçons d'un original perdu. Ces diverses hypothèses ont été proposées sans qu’on puisse dire que le problème ait été résolu. À prendre les deux textes ensemble et dans leur forme actuelle, ils représentent une production de la première moitié du IT siècle (Lagarde, Harnack, Zahn). Ils doivent leur forme actuelle à des “atholiques, qui n’y ont vu qu'une matière à s'édifier et un roman didactique pouvant servir à la réfutation du paganisme (Harnack). Ils peuvent avoir reçu leur forme actuelle soit à Rome, soit en Syrie, sûrement pas à

Alexandrie. Les thèmes fondamentaux (monarchie de Dieu, prophétie, stoïcisme) fait penser que la source de cette littérature doit être cherchée dans le syncrétisme judéo-chrétien du IT° sièele !.

$ 8. — Hégésippe et les catalogues épiscopaux.

Eusèbe a possédé un traité qu'il déclare avoir utilisé

à maintes reprises dans les premiers livres de son Hist. eccl. et dont il extrait finalement {1v, 22) ce que l’auteur donnait à savoir de lui-même : il se nommait ‘Hypouxoc, paraissait être juif palestinien de naissance à en juger par la connaissance qu'il manifestait de l'hébreu et du syriaque, comme aussi de la tradition non écrite des juifs ; il s'est rendu à Rome et a circulé d'église en église, notamment à Corinthe du temps que Primos était évêque ; il a séjourné longtemps à Rome, Anicet étant évêque |[155*-166*] avec Éleuthère pour diacre, puis sous Soter [166*-174*] qui a succédé à Anicet, et jusque sous Éleuthère [174*-189*] successeur de Sotér. Eusèbe (Z. c.) nous apprend que les ‘Yrouvñuara d'Hégésippe comptaient cinq livres. Il cite (11, 23) un im- portant fragment du livre V°, le récit de la mort de Jacques, frère du Seigneur ; un second fragment{nr, 20)

1. Les textes dans C P G,t. I-II (éd. Dressez, Gôttingen 1853, pour les Hom.; éd. Gersporr, Leipzig 1838, pour les Recogn.). Nouvelle édition des Hom. dans DE LAGARDE, Clementina (Leipzig 1865) el Clem. rom. Recogn. syriace (Leipzig 1861). Frirzscue, Epist. Clem. ad Iacobum et Ruf. interpret. (Zurich 1873). Sur l'arabe des Recogn., M. GIBSON, Studia inailica, t. N (Londres 1896), n. II. — ACL, t. 1, p.212. Doymenge schichte 3, t. I, p. 292. G. SALMON, art. « Clementine literature » du DCB. C. BIGG, « The Clementine homilies » dans S{udia biblica, t. IT (Oxford 4890), p. 457. Voir notre recension du livre fantaisiste de J. LANGEN, Klemensromane (Gotha 1890) dans la Revue historique, t. XLVIIL (1892), p. 379.

a trait à la comparution des proches du Sauveur de-

vant Domitien; un troisième fragment (rrr, 32) à la mort de Siméon fils de Klopas, fragment qui a dû faire corps avec le précédent. Dans le premier fragment précité, Hégésippe fait allusion aux sept hérésies juives dont il a parlé déjà êy rois dnouvuaour :

un quatrième fragment (1v, 22) énumère ces sept hérésies (Esséniens, Galiléens, etc.), hérésies dont Hégésippe fait sortir celles de Ménandre, de Marcion, de Carpocrates, de Valentin, de Basilides, de Saturnin. Un dernier fragment (iv, 8), où il est question de l’empereur Hadrien et d'Antinoûüs, donne à Eusèbe l'occasion de rappeler qu'Hégésippe « en cinq livres du style le le plus simple a exposé la sûre tradition de l’enseignement apostolique. » L'œuvre d'Hégésippe n’est connue que par cette notice et ces citations d'Eusèbe : on a voulu y voir une sorte d'histoire ecclésiastique (Overbeck), il est plus sûr d'y voir une œuvre analogue à celle de Méliton. Hégésippe entend opposer à la spéculation gnostique la tradition des églises, tradition qu'il étudie sur place, dont il constate l'unanimité, et la continuité qui la rattache aux apôtres. C’est la méthode que nous verrons être celle des presbytres et du catholicisme primitif dans la réfutation du gnosticisme. Le traité d'Hégésippe peut avoir été écrit vers 180 en Palestine ou en Syrie!.

Hégésippe ne dresse pas seulement un catalogue des hérétiques, il recueille la suite des évêques, « pour

1. Les fragments d’'H. dans CPG, t. V, p. 1307; y joindre DE Boon, Neue Fragmente des Papias, Hegesippus und Pierius (Leipzig 1888). ACL, 1, p. 483 et L. IT, p. 341. F, Overnrck, Ueber die Anfänge der Kirchengeschichtsschreibung (Bale 1892). — Le De excidio urbis hierosol. latin qui porte le nom d’Hégésippe (corruption de celui de Josèphe) est une adaptation par saint Ambroise du De bello iudaïco de Josèphe (CPL, TEXN),

LES PRIMITIFS. 5l

s'assurer qu'il y a dans chaque église, ou plutôt dansles principales d’entre elles, une continuité absolue entre l’enseignement des apôtres fondateurs et celui des

. évêques contemporains » (Duchesne). Eusèbe dans sa

Chronique a donné des catalogues épiscopaux, remon-

tant jusqu’à l’origine, aux quatre églises de Rome, Antioche, Jérusalem, Alexandrie. Ces catalogues sont incontestablement des pièces préexistantes à Eusèbe; toutefois les catalogues d'Alexandrie et de Jérusalem n'ont pas d’attestation antérieure à Eusèhé; celui d'Antioche est attesté par Jules l’Africain seul; celui de Rome, s’il n’a pas servi de prototype aux autres, du moins a les plus anciennes références. Eusèbe en a connu deux rédactions, différant, non sur la suite des noms, mais sur la durée des pontificats; Hippolyte en avait dressé une s’arrètant au pape Pontien (+ 235), et qui a servi de base au document que l'on appelle Catalogue Libérien; à la fin du Il° siècle pareilles listes étaient connues assez pour que, soit Tertullien {Praescr. 30), soit le traité anonyme contre l’hérésie d'Artémon (Euseb. v, 28, 3), soit le rédacteur du fragment de Muratori, aient pu se servir des noms de papes pour dater certains événements; Irénée a inséré dans son Contra haereses (m1, 31) la liste papale de son temps, elle s'arrêtait à Eleuthère !.

$ 9. — Actes des martyrs.

L'interrogatoire de tout accusé était sténographié par des notari ou exceptores, et les procès-verbaux

1. DUCuESNE, Le Liber pontificalis, t. I (Paris 1886) p. I-VI. HARNACR, Die’ Zeit des Ignatius (Leipzig 1878), et tout le chapitre « Die ältesten Bischofslisten » dans ACL, t. II, p. 70 et suiv.

étaient conservés dans les archives publiques (archioum proconsulis, doyeïoy dmudoror). On pouvait se procurer une copie de pareils procès-verbaux, soit en payant les archivistes (spiculatores) pour les transcrire, soit en profitant de leur connivence pour en prendre copie. On lit par exemple dans la passion de saint Taracus et de ses compagnons : « Voulant réunir toutes les pièces relatives à leur confession, nous avons obtenu de transecrire ces documents au prix de deux cents deniers : payés à Sebastos l'un des spiculatores ». Apollonios l’antimontaniste, dans un passage cité de lui par Eusèbe (v, 18, 9), parlant d'un aventurier qui prétend indûment au titre de martyr, écrit qu'il comparut devant Aemilius Frontinus, proconsul d'Asie, non pas comme chrétien, mais pour des vols commis alors qu'il avait apostasié : « Ceux qui voudront s'instruire complètement de cette affaire, n’ont qu'à recourir à l'archive public [de la province] d'Asie! ».

Pareils extraits des greffes nous sont parvenus : tels les Acta proconsularia martyrum Scillitanorum, martyrs de Scillium exécutés le 17 juillet 180 à Carthage, sous le proconsul Vigellius Saturninus. La pièce originale, latine, est perdue : on en a une recension grecque qui doit être très voisine de l'original dans un ms. (Paris. gr. 890, IX* s.); elle a été découverte et publiée par Usener (1881). On en a aussi deux recensions latines secondaires ?. — Eusèbe {v, 21, 5) a connu des actes du martyr romain Apollonius sénateur, actes qui reproduisaient « les paroles et les réponses prononcées devant le juge Perennius ». Un mot un peu emphatique

1. E. LE BLanr, « les Acta martyrum et leurs sources » dans son recueil Les persécutleurs et les martyrs (Paris 1893), p. 4. 2. A. ROBINSON, The passion of S. Perpetua with in appendix on the

Scillilan marlyrdom (Cambridge 1891). — Bibl. hag. gr. p. 86 et - Anal. bolland. &. XI (4892), p. 101.

d'Eusèbe (Z. c.) a fait croire à saint Jérôme (Wir. ént. 42) qu'Apollonius avait présenté au sénat pour sa défense un «insigne volume » -qui était une apologie en règle du christianisme. Pareille apologie n'a jamais existé. Mais on a une passion grecque d'Apollonius, qui pour le fond semble reproduire fidèlement l’interrogatoire officiel, dans un ms. (Paris. gr. 1209, XI-XII° s.); elle a été découverte et publiée par les Bollandistes. On en a une recension arménienne dont M. Conybeare avait donné une traduction en anglais. Le martyre d'Apollonius doit dater du temps où Perennius était préfet du prétoire (a. 183-5) !. ‘ Dans d’autres occasions, les chrétiens, qui sont témoins du martyre, en font le récit pour le communiquer aux églises ou en garder par écrit le rapport. Telle est la Passio Polycarpi, épitre de l’église de Smyrne à toutes les églises « en tout lieu de l'Église catholique ». Telle est la passion des martyrs de Lyon, épître des chrétiens de Lyon et de Vienne aux chrétiens d'Asie et de Phrygie. Nous les avons mentionnées parmi les lettres. Comme actes, on peut citer ceux des saints Carpos, Papulos et Agathoniké, martyrisés à Pergame en Asie, qui sont signalés par Eusèbe (rv, 15, 48) et dont ‘Aubé a retrouvé en 1881 dans un ms. unique (Paris, gr. 1468, XI° s.) un texte grec qui peut être celui qu'Eusèbe a connu. Le texte que Métaphraste avait accrédité attribue les martyrs à la persécution de Dèce : le texte retrouvé ne marque aucune date, et l’on conjecture que ces martyrs appartiennent plutôt au temps de Marc-Aurèle 2. 1. F. CONYBEARE, The apology and acts of Apollonius (Londres 1894). Anal. bolland. t. XIV (1895), p. 284. Cf. Theol. Lileraturz. t. XX (1895),

p. 590. Sitzungsberichte, 1893, p. 721 et 189%, p. 497. 2. Harnack, Die Akten des Karpus, des Papylus und der Agathonike

(Leipzig 1888). Bibl. hag. gr. p. 23.

Eusèbe ne parle pas d'actes de saint Justin {rv, 16, à 1). On a cependant une passion grecque de Justinetde » ses compagnons de martyre, morts à Rome du temps de Junius Rusticus, qui fut préfet du prétoire de 163 à 167. Cette passion s'est conservée dans un ms. (Vas. gr. 655), et elle a été publiée par les Bollandistes : on | est d'accord pour y voir une relation contemporaine du martyre !.

Les actes des saintes Félicité et Perpétue de Carthage (7 mars 203) sont un admirable morceau, d’origine: | montaniste et contemporain, mais l'original en était très probablement latin, et le texte grec qu'on en a n'est qu'une ancienne version ?.

Tels sont les actes de martyrs que l’on est en droit d'attribuer au II° siècle : pièces bien rares au regard du nombre des actes authentiques qui ont dû exister, mais pièces d'une valeur de premier ordre comme pures sources historiques.

4. Acta sanctorum tunii, t. I (1695), p. 20. Orro, Corpus apologetarum, t. III (Iena 1879), p. 266. — Bibl. hag. gr. p. 68. ACL, t. I, p. 817.

2. R. Harnis et S. GiFFORD, The acts of the martyrdom of P. and F. (Londres 4890). Bibl. hag. gr. p. 106, et Anal. bolland.t. X (189), p. 67. ï

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