ITI
PROPHÈTES ET HOMÉLISTES.
La prophétie, soit don surnaturel, soit genre littéraire, tient une place que l’on soupçonne trop peu dans les plus anciennes expressions de la conscience chrétienne. Comme genre elle dérive de la littérature prophétique de l'A. T., plus particulièrement de Daniel; et aussi elle a subi l'influence des écrits apocalyptiques
juifs de la dernière époque. Le voyant écrit toujours en
un temps qui crie vengeance et revanche : l'avènement du Messie attendu, l'inauguration de la Jérusalem céleste ou du millenium, l’écrasement des ennemis de Dieu et de ses élus : tout une théodicée historique s’exprimant en une imagerie éclatante et avec une passion
comme aucune autre littérature humaine n’en exprime :
les apocalyptiques juifs constituent une famille d’écrits unique. Or ces apocalyptiques ont été lus beaucoup dans les deux premières générations chrétiennes, pour leur messianisme surtout, et dans les milieux chrétiens de culture juive ils ont eu une influence. Cette influence s'est exercée sur les éléments les plus exaltés de l É-
glise naissante : les communautés chrétiennes primitives ont eu leurs prophètes : tels Agabos (Act. xr, 28; xx1, 10), Barnabé, Siméon le Noir, Lucius de Cyrène,
Manaën (Act. x, 1), telles les quatre filles de Philippe (Act. xxt, 9). On voit par saint Paul que les réunions de fidèles des premières générations comptaient des prophètes prêts à parler selon ce que l'Esprit leur suggérait (7 Cor. x1v, 26-40). Paul désigne de tels discours du nom d’apocalypses (26 et 30). Il trouve de tels prophètes de l'Esprit dans toutes les églises par où il passe, en Asie notamment (Act. xx, 23). Les églises toutefois mettront vite de l'ordre dans ces manifestations de l'enthousiasme. On commencera par en exclure les femmes : « Vous pouvez tous [hormis les femmes] prophétiser l'un après l’autre, afin que tous apprennent et que tous soient consolés » (7 Cor. xiv. 31 et 34). Miltiades défendra plus tard à « tout prophète de parler en extase ». Les prophètes deviendront alors de simples prédicateurs et l'homélie remplacera la prophétie. Il reste de cette prédication des premiers jours l’Apocalypse johannine. Le Pasteur d'Hermas n’en est qu'une imitation artificielle, un apocalyptisme virgilien. La Secunda Clementis est une homélie. Le prophétisme ne renaitra plus que dans les conventicules montanistes, pour être alors répudié et combattu par toutes les églises.
$ 1. — Les apocalypses avant l’Apocalypse.
Nous ne nous occuperions pas ici des apocalypses d'origine juive si les plus importantes de ces pièces, négligées par les juifs de la tradition talmudique, ne nous avaient été conservées par des mains chrétiennes, non sans interpolations, il est vrai!.
Le livre d'Énoch, hébreu ou araméen d'original, et
1. Sur les apocalypses juives voir E. Scuuerer, Geschichte d. jüd. Volkes im Zeitaller I. C., t. IL (Leipzig 1886).
qui en grec n'était pas un ouvrage de moins de 4,800 stiques (Nicéphore), s'est conservé intégralement en éthiopien, et le manuscrit d'Akhmîm en a restitué un large fragment grec. Il est attesté dans la tradition chrétienne par l'épitre de Jude et celle de Barnabé, par Irénée, Tertullien, Clément d’A., Origène, Eusèbe… Descriptions du ciel, visions de la physique du monde, visions messianiques et eschatologiques, visions de la succession des règnes historiques, le livre d'Énoch est une apocalypse typique et plus que toutes les autres d’une étincelante poésie. Elle se compose de morceaux d'origine diverse : une vision historique, datant du règne de Jean Hyrkan et plus précisément de l’an 110 en-
viron; trois paraboles messianiques, datant du règne
d'Hérode le Grand {40-4 av. J.-C.), avec de sensibles retouches chrétiennes !.
L'Assomption de Moïse, dont l'original perdu était hébreu ou araméen, a été en grec une pièce de 1,400 stiques (Nicéphore) : on n'en a qu'un fragment de version latine ancienne d’après le grec. Ce livre est attesté
par l'épître de Jude, par Clément d’A., par Origène,
par Didyme, par Evodius.. Vision de toute l’histoire du peuple juif, depuis Josué jusqu’à la fin du monde annoncée comme devant suivre de peu un règne qui n’est autre que celui d'Hérode Antipas et de Philippe, l'Assomption de Moïse est de très peu postérieure à la mort d'Hérode le Grand (4 av. J.-C.). Ici les retouches chrétiennes sont douteuses !.
1. R. CuarLes, The book of Enoch (Oxford 1893). ACL, L. 1, p. 563. — Le « Livre des secrets d’Enoch » retrouvé récemment en slavon et publié par R. CraARLes, The book of the secrets of Enoch (Oxford 1896), est une œuvre juive hellénistique de la première moitié du I‘ siècle ACL, 1, c. 2, Le texte dans Frirzsoue, Libri apocryphi V.T. (Leipzig 1871).
L'Apocalypse [ou Quatrième livre] d'Esdras était |
grecque d'original, mais ne s’est conservée que dans
des versions (latine, syriaque, éthiopienne, arabe, ar-
ménienne). Elle est citée par l’épitre de Barnabé, par Irénée, Clément d’A., Tertullien, Ambroise, Jérôme... C'est une annonce de la venue du Messie, de ses combats contre les méchants, de son règne avec les élus sur terre, composition d’une rare et émouvante beauté qui a exercé une influence exceptionnelle sur la pensée populaire chrétienne. Une vision d'un aigle à trois tètes [Vespasien, Titus, Domitien], six paires d'ailes [César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude, Néron] et quatre paires d’ailerons[Galba, Othon, Vitellius, Nerva], symbolise l'Empire romain et fait penser que le Quatrième livre d'Esdras, sûrement postérieur à 70, date de la fin du règne de Nerva (97°) : ilse peut qu'il soit plus ancien (Domitien). [ei encore des retouches chrétiennes.
Nicéphore connaît une Apocalypse d'Élie de 316 stiques en grec. On en veut retrouver la trace dans saint Paul (7 Cor. u1, 9 et Ep. v, 54). Elle est attestée plus sûrement par Tertullien, les PAilosophoumena, Origène, Jérôme, Épiphane… On en a des fragments en copte dans un papyrus de Berlin. — Le même Nicéphore donne 600 stiques à une Apocalypse de Sophonie dont on a une citation grecque dans Clément d'A. et une version copte : c'est une pièce juive forte-
ment remaniée par un chrétien. — L’Apocalypse de Ba=
ruch a dù être composée en grec, comme celle d'Esdras, mais n'existe plus qu’en syriaque : postérieure à la ruine de Jérusalem, elle est attribuée à la dernière période du règne de Trajan {+ 117)2.
1. BENsLy et JAMES, The fourth book of Ezra (Cambridge 1895).
2. Sur Élie, ACL, t. I, p. 853. Sur Sophonie, ACL, t.I, p. 854. Sur
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LES PRIMITIFS. en $ 2. — L’apocalypse de saint Jean.
« Apocalypse de Jésus-Christ, qu'il a reçue de Dieu pour découvrir a ses serviteurs ce qui doit se produire
bientôt, et qu'il à manifestée par son ange envoyé à .
Jean son serviteur... Moi Jean, votre frère, participant avec vous à la tribulation, j'ai été dans l’île appelée Paimos », ainsi débute le livre, de l’Apocalypse de Jean. Saint Irénée (v, 30), cité par Eusèbe (mr, 18),
= assure que l’Apocalypse est de l’apôtre et qu’elle « ne
date pas de longtemps, mais presque de notre génération, savoir de la fin du règne de Domitien ». Toutefois dans l'Apocalypse même ({xvir, 10), la vision des rois donne à entendre qu'il y en a cinq de morts [César, Auguste, Tibère, Caligula, Claude], « et un qui est, et un {septième] qui n'est pas encore mais qui, quand il
- sera venu, demeurera peu » : à ce compte l’Apocalypse
daterait du règne de « celui qui est », soit de Néron (+ 68). Ces données, et il en est d’autres, sans oublier Gun, 18) le fameux cryptogramme 7£c où depuis Be-
nary (1836) on s’ingénie à reconnaître Nour Koïou, ces données font de l'Apocalypse la pièce la plus difficile
à dater. On n’en est pas moins assez d'accord pour J’attribuer, avec saint Irénée, à la fin du règne de Domitien (Cornely, Harnack). L'Apocalypse est sans doute un recueil de prophéties appartenant à différentes époques ; les plus anciennes remonteraient à la persécution néronienne, les dernières à celle de Domitien. Les
Baruch, Frirzscue, 0. c. et R. Cnar-Les, The apocalypse of B. (Londres 1896).
points de contact du quatrième évangile et de l'Apocalypse sont indubitables.
D'autre part, on fait grand état des doutes exprimés par Caius, par Denys d'A., sur l'authenticité de l’Apocalypse. Elle doit avoir pour auteur un chrétien d'Asie, un judéo-chrétien ; le nom de Jean qu'il se donne n’est pas un pseudonyme, mais l’auteur n’est sûrement pas un apôtre, plutôt un prophète comme l'Église primitive en a tant connu. Quand a-t-il écrit? On se divise. Les uns interprètent la vision des rois comme l'indice du règne de Galba (68-69), c'est l'opinion popularisée par Renan, d'autres de la fin du règne de Vespasien (69-79), c’est l'opinion de Mommsen. On tient pour incertaine l'interprétation du cryptogramme. Quelquesuns pensent que le chapitre x1 n’a pu être écrit que pendant la guerre juive (66-70) et peu avant la prise de Jérusalem. Mais il est question de martyrs de Rome
et c'est peut-être une allusion à la persécution néro-:
nienne (64). Les noms d'églises mentionnées en Asie, les erreurs signalées comme s'y répandant, la sévérité des réprimandes adressés aux fidèles, peuvent être des indices d’une époque tardive, l'extrème fin du [°" siècle? Jülicher, pourtant, tient pour la période qui va de la mort de Néron à la prise de Jérusalem (68-70).
Le problème s'est compliqué d'une hypothèse nouvelle. En 1886, Vischer proposa de voir dans l'Apocalypse, non plus la juxtaposition de plusieurs morceaux chrétiens différents, mais une apocalypse juive, d’original araméen, traduite en grec et développée par un chrétien : à ce rédacteur chrétien appartiendraient les chapitres 1-n1 et xxm, 6-21, plus tous les traits chrétiens interpolés dans le reste : le morceau 1v, 1-xxnr, 5 représenterait l’apocalypse araméenne juive concernant la fin de tout et
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l’exaltation de Jérusalem, et daterait de l'an 69, tandis
que ladaptation is serait des dernières an- = nées de Domitien (a. 95*). À l'heure actuelle, l'opinion
tend à se faire jour qui verrait dans l’Apocalypse une
œuvre chrétienne d’une unité philologique incontestable,
mais dont l’auteur aurait utilisé de nombreux morceaux apocalyptiques plus anciens pris soit à une, soit à plusieurs apocalypses, d’origine soit chrétienne, soit juive : mais en tout cela rien de plus que des conjectures et aucune solution décisive (Jülicher). Harnack, qui place la compilation de l'Apocalypse sous Domitien (a. 93-
}, l’attribue au même auteur que le quatrième évan-
gile.
$ 8. — Apocalypse de saint Pierre.
Le même manuscrit grec d’Akhmîm auquel on doit une part du Livre d'Énoch et un fragment de l’évangile selon saint Pierre, nous a restitué un fragment (130 stiques environ) de cette apocalypse de saint Pierre que Nicéphore signalait comme une pièce de
300 stiques, et dont le Muratorianum écrivait : « Apo-
calipses etiam Iohannis et Petri tantum recipimus, quam quidam ex nostris legi in ecclesia nolunt ». Cette apocalypse est attestée par Clément d’A., peut-être par l’épitre des Lyonnais (a. 177). Le fragment conservé débute aux derniers mots d’un discours de Jésus aux Douze sur les signes de la fin; suit une description de la félicité des justes et du châtiment des méchants en l’autre vie. L'apocalypse de saint Pierre n’a rien de commun soit avec l'évangile de saint Pierre,
soit avec l'apocalypse johannine; mais ses points de
contact avec la seconde épiître de saint Pierre sont nombreux et énigmatiques. C’est la première en date des descriptions de l'au-delà chrétien, et elle a influé sur toute la longue série qu'on en a, et plus directement sur l'enfer des Acta Thomae et sur la vision de Saturus dans la passion de sainte Perpétue. Notre apocalypse aurait été composée entre 110-160 et serait d'origine palestinienne ou égyptienne".
$ 4. — Le Pasteur d'Hermas.
Le livre singulier en tête duquel on lit simplement Lou s'est conservé, pour deux morceaux dans un ne. papyrus (V°s.) rapporté du Faioum à Berlin, pour un autre dans le Codex sinaiticus K de la Bible ([V°s.), pour la presque totalité dans un manuscrit de l’'Athos (XIVE-X Ve $s.) aujourd'hui en partie à Leipzig. On en a, en outre, deux versions latines anciennes indépendantes : l’une dite Vulgate, pour la première fois pu= bliée par Lefèvre d’ Hianles (1513) et dont on a de nom-
4. Le texte dans BOURIANT, GEBHARDT-HARNACK , ROBINSON, LODs (voyez p.37). ACL, t.1, p.29. A. Drerericu, Nekyia, Beiträge zur Erklärung der neuentdeckten Petrusapokalypse (Leipzig 1893). HARNACK, Zwr Pelrusapokalypse (Leipzig 4893). ACL, t. Il, p. 470. 2
Épiphane (XXXVIIE, 2) attribue aux gnostiques caïnites une apocalypse de Paul, Æ4ya6arix0r Ilavlou développement du passage (II Cor. XII, 4) où l’apôtre parlait de son ravissement au troisième ciel, — Sozomène (VII, 49) parle d’une autre apocalypse de Paul, développement catholique du même thème et fiction sans intérêt du temps de Théodose; Tischendorf en a publié le texte grec, Apocalypses apocryphae (Leipzig 1866), p. 34. On l'a en syriaque, en copte, en slavon, en latin. — Le catalogue gélasien mentionne, en même temps que cette apocalypse de Paul, une apocalypse de Thomas (perdue) et une apocalypse d’Étienne (perdue). — Sur l'apocalypse de Zacharie (le père de Jean Baptiste), voyez Anal. bolland. t. XVI (1897), p. 92.
: breux manuscrits, remonte peut-être au Il° siècle: . l’autre dite Palatine, publiée par Dressel (1857) d'après = un ms. du fonds Palatin du Vatican (Zat. 150, XIV° s.),
ne serait pas antérieure au V® siècle. On a enfin une
version éthiopienne.
La circulation du Pasteur est attestée par [rénée, par le Muratorianum, par Tertullien, par le De aleatoribus, par Cyprien, Clément d’A., Origène, Eusèbe, Athanase, Jérôme... Rome et Alexandrie sont les deux . églises où il a été lu davantage. L'auteur a adopté la forme apocalyptique : il s'exprime en cinq visions, - douze commandements et dix paraboles. L'Église Jui révèle le secret de l'édification de l'Église et le devoir de la pénitence; l'ange de la pénitence, le Berger, lui expose les douze commandements, puis, par des sym- boles ou paraboles, des enseignements spirituels dont - le thème est toujours l'édification de l'Église et la pénitence. C’est une introduction à la pénitence pleine de traits de mœurs révélant un église déjà bien relâchée : c’est aussi un manifeste anti-encratite, « scriptura Pastoris quae sola moechos amat », dira Tertullien (Pudicit. 10).
L'auteur du Pasteur est indiqué dans le Muratoria- . num : « Pastorem nuperrime temporibus nostris in __urbe Roma Hermas conscripsit sedente <Z in >> eathedra urbis Romae ecclesiae Pio episcopo fratre eius ». De même la Chronique d'Hippolyte citée dans le Cata- » Jogue Libérien : « Sub huius [Pii] episcopatu frater eius Hermes librum scripsit, in quo mandatum continetur quod ei praecepit angelus cum venit ad illum in habitu pastoris » (Lib. ponuf. t. T, p. 5). À ce compte, le Pasteur daterait du temps du pape Pius (140*-155*) et aurait cet Hermas pour auteur. De fait, les indices historiques y sont significatifs d'une époque de paix [le
règne d'Antonin le Pieux, 138-161), qui succède à un temps de persécution (le règne de Trajan, 98-117). Mais il faut admettre que l'auteur aura archaïsé son personnage, dont il fait un contemporain de saint Clément, ét archaïsé son langage même, les termes qui lui servent à désigner la hiérarchie témoignant d’un état assez primitif. Il y a une grande part d'artifice dans la naïveté d'Hermas! Le système (Spitta) qui tendrait à faire du Pasteur une œuvre juive retouchée par un. chrétien est un simple paradoxe. Le système (Baumgärtner, Harnack) qui, tout en reconnaissant l’unité philologique et doctrinale du Pasteur, tout en le tenant pour une œuvre publiée vers 140, en ferait une œuvre formée de sections successivement agglomérées autour de la Vision II comme noyau, sections dont la plus ancienne remonterait aux premières années du second siècle, est un système qui nous paraît s'accorder mal avec l'unité de tendances du Pasteur !.
$ 5. — La prétendue seconde épitre de Clément.
La pièce qui porte le nom de seconde épitre de saint Clément n'a rien qui permette d'y reconnaître une épitre. C'est en réalité une homélie, qui s'adresse à des « frères » et à des « frères et sœurs », une instruction morale, une vovbeoiæ (Cf. xvir, 3 et 5), prononcée sans doute par un presbytre. Cette homélie est incontestablement antique : l’auteur semble encore peu prévenu contre le
1. GEDHARDT-HARNACK, Hermae Pastor (Leipzig 4877). FUNK, Opp. patr. apost. t. I (Tübingen 1887). — Ducnesne, Or’gines chr. p. 486. SALMON, art. « Hermas » du DCB. BARDENNEWER, p. 51. ACL, t. I, p. 49 ett. IL, p. 257. P. BAUMGAERTNER, Die Einheitl des H. (Freiburg (1887). F. SpiTTA, Séudien zum Hirten des H. (Gôttingen 1896).
gnosticisme, il ignore la littérature johannine, il cite (outre les Synoptiques) l'évangile selon les Égyptiens;
enfin et surtout entre le Pasteur d'Hermas et notre ho-
mélie on constate une telle conformité de pensée en ée qui concerne la vie chrétienne et la pénitence, que l’on incline à voir dans la Secunda Clementis une œuvre, sinon du même écrivain, au moins du même milieu et du même temps que le Pasteur. Le texte grec en est
établi sur le Codex alexandrinus (V° s.) et sur le ma-
nuscrit qui nous a rendu la Didachè (X[° s.) : on a une version syriaque, pas de version latine. La plus ancienne attestation que l’on puisse produire est celle d'Eusèbe {nr, 38, 4), encore ne connaït-il une soi-disant seconde épiître de Clément que par oui dire. L'hypothèse (Zahn, Lightfoot) qui ferait de la Secunda Clementis une pièce d’origine corinthienne, plutôt que romaine, ne se soutient pas; l'hypothèse (Harnack) qui l’identifierait avec l’épitre perdue de Soter {166*-175*) aux Corinthiens, a contre elle le caractère homilétique de notre prétendue épitre.!
A. Le texte dans les éditions GEBHARDT-HARNACK, FUNK, LIGHTFOOT, ul sup. CPG, t. I, p. 329 (texte de Cotelier). ACL, 1, T, p.47 et t. IT, p. 438.
Chaque église a une fonction didactique continue, qui s'exerce par ses presbytres, vocable archaïque D ooun les évèques, les prêtres, les didascales, tous ceux que l'Église a investis d'une prééminence : et en chaque église les presbytres constituent une force de - stabilité qui partout également s'oppose aux nouveautés. Lorsque, à la fin du Il° siècle, l'hérétique . Noët est cité devant les presbytres de Smyrne pour - rendre raison de ses nouveautés, les presbytres se bor- - nent à opposer à ses affirmations leur symbole, et d’ajouter : «… xaù rudra léyouer & éudhouer : Nous disons ce » que nous avons appris » (Hippol. Contra Noet. 1). Cette . méthode ne suppose aucune spéculation, à peine une -exégèse. Le symbole est le tout des presbytres. De là l'importance qu'il convient d'attacher à l'étude des ,symboles, en particulier au symbole type, celui de Rome ou des Apôtres, comme expression de la foi cano- nique des églises primitives. — Le gnosticisme n'est - pas né dans le sein des églises : les fidèles qu'il arrive
à séduire sont sans merci séparés, « multos extermi- navit », comme dit Irénée de Marcellina (1, 25, 6) : les docteurs qu'il se donne sont excommuniés et réduits à
n'être que des teneurs d'écoles et de conventicules :
les livres apocryphes qu'il met en circulation sont dénoncés et proserits. Mais malgré tout, si les synerétisations théosophiques du gnosticisme sont une tentative avortée et de nulle action sur la pensée catholique, cette tentative à elle seule est un effort d'explication de la nature et de l'histoire conformément aux données introduites par le christianisme, et cet effort, qui est légitime, va se perpétuer, parce que les premiers pères qui auront à réfuter les gnostiques auront à leur emprunter leur méthode. — Cette évolution de la méthode ecclésiastique est tardive : aux gnostiques, l'Église n’a opposé que ses symboles et ses presbytres. va ez la préface de l'Anonyme antimontaniste d'Eusèbe (v, 16. 3), où cet écrivain s'excuse d'avoir longtemps hésité à écrire « appréhendant d’être accusé de vouloir ajouter quelque chose à la parole du Nouveau Testament de l'Évangile, à laquelle il n’est possible ni d'ajouter ni de retrancher ». Ce sont des laïques, ce sont des « philosophes » de profession, qui, défendant le christianisme comme société au nom du droit des gens, en viennent à le défendre comme religion au nom de la
philosophie : le christianisme est pour saint Justin une
philosophie révélée : on montre par l’exégèse qu'il est révélé et par la dialectique qu'il est une philosophie. Le jour où des évèques, comme Apollinaire, comme Méliton, comme Irénée, entreprennent de réfuter Mareion et de convaincre Marc-Aurèle, la théologie catholique est fondée.
$ 1. — Les symboles.
Le formulaire de foi que nous appelons symbole des. Apôtres est le formulaire qui dans l'église romaine -
était appris par cœur par les catéchumènes au début de leur initiation catéchétique (éraditio symboli), et qu'à = la dernière séance avant leur baptème ils devaient réciter publiquement (redditio symboli). Le symbole n'était jamais écrit. Le symbole romain, en grec à l'origine, devait être primitivement constitué par les termes suivants :
FOR \ ILiorevow ets [va] 0eoy Taréou TaYTO4QUTOQX; at ebs [éva #Vo107] 2 L2 \ CR ns 2 Al 22 Ioovr Xg:07T07 vi0y aûrov Toy uoyoyerÿ, TÔr yevrmOérTa ëx mao0évov, A > LA 22 Tor érrt Ioyriov Illdrov oruvowOéyra nat Tapéyra, T7 Toit quéoa 2 LA 2 Ld ni La 2 4 2 4 LA 2 22 dvaoTévTa èx VEx007, dvabdryre els Tous ovourous, xaÜmueror ëy dE 22 LA LY __ - TOÙ Taro0e, OÛer Éoyerar xoirar Coyras #at vexçous, #ul ei TO
e ver TTVEV UC ‘HO œy10V3 #GL 00x05 GVGOTaOu’.
Le texte latin aujourd'hui reçu est le texte gallican du Ve siècle. Le texte gallican a été le texte en usage dans les églises de l'Italie du Nord {diocèse métropolitain de Milan), de la Gaule, de l'Espagne, de la Bretagœne, de l'Irlande : il est dérivé du texte pur romain dans lequel il introduit l'article [Conceptus] de Spiritu Sancto, interpolation d'origine milanaise et dont la plus ancienne attestation est du IV£ siècle. Le Descendit ad inferos apparaît à Aquilée à la fin du IV siècle,
la Communio sanctorum et la Vita aeterna au début du V°chez Nicetas de Romatiana. Le texte pur romain était en usage dans les églises de l'Italie péninsulaire (y compris le diocèse métropolitain de Ravenne) et de PAfrique latine : l'introduction de Creatorem caeli et terrae est attestée par Tertullien et vise le dualisme gnostique et manichéen; celle de Remissionem peccatorum et de Sanctam ecclesiam, attestée par Cyprien, est antérieure aux Novatiens, et vise plutôt les Montanistes; pour exclure l'erreur monarchienne modaliste on aura supprimé £»« devant 6ecr, mis ë&y« devant
pet LITTÉRATURE GRECQUE.
xvouov, et introduit TOVTOAQÉTOQU. On attribue la rédaction du symbole romain à la première moitié du
II° siècle (Harnack), mais il ne peut qu'être plus primi-.
tif, étant une formule liturgique connexe à la liturgie du baptème. x
Si l'Occident latin a un type de symbole universel
et indépendant, il n’en est pas de même de l'Orient. Le symbole de l'église alexandrine est connu par Origène; celui des églises de Palestine et de Syrie par les Constitutions apostoliques, par la sentence de dépo-
sition de Paul de Samosate, par saint Cyrille de Jéru-
salem, par saint Épiphane, et des éléments en appa— raissent dans les épiîtres ignatiennes; celui des églises
d'Asie Mineure est aisé à retrouver dans l’épitre de
Polycarpe, dans celle de Polycrate, dans Méliton et Irénée, dans le traité d'Hippolyte contre Noët. Mais loin de dépendre d'un mème type oriental, c'était la conclusion de Caspari, ces symboles orientaux, avant tout celui de Syrie et Palestine, ont pour archétype le
symbole romain, c'est la conclusion de Kattenbusch!..
4. Pour le texte du symbole, voir la diss. « Vetustissimum ecclesiae
romanae symbolum » appendice (p. 145 et s.) à la Barnabae epistula (Leipzig 1878) de GEBHARDT-HARNACK. — ACL, t. I, p. 415 et t. II, p. 524.
Pour l’histoire du symbole, deux livres : C. P. Caspant, Quellen zur Geschichte des Taufsymbols (Christiania 1866-1879) et F. KATTENBUSCN, Das apostolische Symbol, t. I (Leïpzig 1894). — Cf. Dom BAEUMER, Das apost. Glaubensbekenntnis (Mayence 1893); Revue bibl. t. III (1894), p. 80; Revue bénédictine, t. XI (1894), p. 358. Theol. Lileraturz. t. XIX (1894), p. 579. HARNARCOK, art, « Ap. Symb. » de RES.
LES PRIMITIFS. Re
$ 2. — La Didaché et les Didascalies.
Le catalogue stichométrique de Nicéphore mentionne une ÆAduyn' änooréiwr à laquelle il attribue 200 stiques. Le titre complet en grec est ÆAduyr rü&r dudsxu äxootéwv. Les plus anciennes attestations certaines qu’on en ait sont, pour l'Occident latin, le De aleatori-
bus (ch. 4) du pseudo-Cyprien; pour l'Orient grec,
Clément d'AL. (Strom. 1, 20, 100 etc.) et Origène (Hom.
VI in ludic., etc.). Elle a été retrouvée et publiée par Bryennios (1883), d'après un ms. unique qui appar- - tient à la bibliothèque grecque orthodoxe de Jérusalem et provient du fonds de l’ancien patriarcat, ms. daté de - l'an 1056. Funk a découvert un petit fragment d’une - ancienne version latine dans un ms. de l'abbaye de … Melk; Iselin, la première partie de la Didachè dans
une version arabe de la vie du moine Schenoudi.
La Didachè se divise en deux parties, l’une morale et l’autre disciplinaire. La partie morale (r-vi) est présentée en une sorte de parabole : il existe deux chemins, celui de la vie et celui de la mort, celui des préceptes essentiels, celui des fautes capitales. La partie disciplinaire traite du baptême, des jeûnes, de l'eucharistie (vri-x), puis de la hiérarchie, apôtres,
1. Bovérrios, Ada y ri dwd. dr. (Constantinople 1883). Nombreu des éditions. Retenir celle de Harnack, Die Lehre der zwôlf Ap. (Leipzig 188% et 1893); Fun, Doctrina XII app. (Tübingen 1887). Scuarr, The oldestchurch manual called the Teaching of the XII (New-York,1885 et1889), E. JacquiEr, La doctrine des douze ap. (Paris 4891). — R. Harris, The
teaching of the Ap. (Baltimore 1887) reproduiten phototypie les feuillets du ms. — L. IsELIN, Eine bisher unbekannte Version des ersten Theiles der Apostellehre (Leipzig 1895). G. SALMON, art. « Teaching of the twelve Apostles » du DCB. Harxarox. art. « Apostellehre » de la RE3. ACL, t. 1,
p. 86; L, IT, p. 428.
prophètes, didascales, évêques, diacres (xi-xv). L’opus-
cule se clôt (xvi) par une exhortation à la vigilance et
sur la parousie. C’est, moins le symbole, une façon de ‘catéchisme, et de catéchisme sans aucune tendance hérétique.
Tout n’est pas dit, il s’en faut, sur les sources de la Didachè. On conjecture qu’elle dépend d’un texte primitif juif, sorte de catéchisme moral pour les prosélytes qui pouvait s'intituler Duae viae et qui comprenait, non seulement le développement sur les deux chemins qui forme la première part de la Didachè, mais encore un certain nombre des préceptes de la seconde partie. Les Duae ypiae seraient la source du dernier chapitre de l'épitre de Barnabé, et on en pourrait retrouver la trace dans le Pasteur d'Hermas (Mand. 11, 4-7). Il n’est pas prouvé dans ces conditions que la Didachè dépende
de l’épître de Barnabé, et que par conséquent elle soit .
postérieure à l'an 130, comme le voudrait Harnack. Ily a quelque parenté entre les prières eucharistiques de la -Didaché et maintes expressions du quatrième évangile, Resch l’a bien montré; mais que la Didachè dépende du quatrième évangile, cela non plus n’est pas prouvé, Harnack le concède. La Didachè ignore la littérature pauline et elle fait allusion à un état du développement de la hiérarchie antérieur à celui que révèlent les épitres ignatiennes et l’épitrede saint Clément. À cecompte, il semble impossible de la dater avec Harnack de la période 130-160. Aussi la tendance générale est-elle actuellement de vieillir davantage la Didachè : elle serait de la période 80-100, selon Funk, Zahn, Schaff, et peut-être même plus ancienne selon nous.
Une pièce qui portait le titre de Tlérçov xrovyua est citée d’après le valentinien Hérakléon par Origène (/n Lo. xt, 17), et peut-être directement par Clément d’AI.
(Sérom. vi, G, etc.) à plusieurs reprises. Eusèbe la . mentionne (111, 3, 2) comme un apocryphe. Origène - mentionne ailleurs (Periarchon, praef. 8) une Térçov - Üduoxchiu, qui est sans doute le même [érçov xfovyuu. - On n'est pas d'acccord sur le contenu possible du LI£é- ToOv xmovyua : peut-être conviendrait-il d'y voir le dé- - veloppement de la vision de Pierre à Joppé (Act. x, 9- 16). Il dépendrait de l'évangile selon les Hébreux; et l'apologie d'Aristides en dépendrait à son tour. Il n'ya - aucun lien entre la Secunda Petri et le Kyovyuu. On en fait une pièce égytienne de la première moitié du - I: siècle (Harnack) !
- Le titre de Duae piae vel iudicium secundum Petrum est donné par Rufin (72 symb. 38) à un apocryphe que - saint Jérôme aussi a connu sous le nom de /udicium Petri (Vir. int. 1).— On identifie cette pièce, sans toutefois que cette identification soit décisive, avec celle que lon peut désigner sous le titre de Constitution apostolique égyptienne (\ « Apostolische Kirchenordnung » des Allemands), une description en trente petits cha- -pitres de la morale chrétienne et de la discipline ecclé- -siastique, rédigée sous forme de procès-verbal d'une ‘assemblée où les apôtres prennent tour à tour la parole pour énoncer des préceptes et des règlements. Il est probable que les chapitres de morale {r1-xv), simple adaptation de la Didachè, sont un complément intro- duit après coup dans l’opuscule primitif qui était purement disciplinaire (ta Duchesne contre Harnack). Cette partie disciplinaire a-t-elle pour sources deux écrits
4. Les fragments dans HILGENFELD, 0. 0. p. 51 et NESTLE, 0. C. p. 82. E. v. Dosscuürz, Das Kerygma Petri (Leipzig 1893). ACL, t. 1, p.25; +. IT, p 472. — Rien de commun avec la « Prédication de Pierre » arabe publiée par M. Gison dans ses Sudia sinailica (Londres 1896).
plus anciens l’une, une Karaoraois Tis éxximotug, l'autre + une Kardo raois Toù xAmoov, deux écrits d’origine égyptienne et remontant à la période 140-180? La question . reste indécise. La Constitution ap. égypt. telle que. nous l'avons remonte à la fin du III siècle; mais la rédaction primitive, composée des chapitres TI-IT, XVI-XXX, pourrait être de la fin du IT. En titre : 4 duurayai ai dia KAmuertos rai xuvôvec ExxNoLuOTIxOÙ Tor dyiwy Gxootékwy : titre impropre donné par l'unique ms. grec qu'on en ait (Virdob. hist. gr. 45). L'opuscule existe en copte, en éthiopien, en arabe. Il est sûrement d'origine égyptienne ”. :
De Lagarde a le premier publié (1854) un texte SY= riaque qui s'intitule Didascalia sive doctrina XII apostolorum et sanctorum discipulorum nostri Sal- « patoris, et qui s’est conservé en un ms. syriaque unique (Sangerm. syr. 38). Tout récemment on vient d'en retrouver une version latine dans un ms. palimpseste de Vérone : cette version peut remonter au IV° siècle et est d'origine milanaise. Il est certain que les six premiers livres des Constitutions apos-* toliques (IV° siècle) sont une adaptation de l'original M grec perdu de cette pièce syriaque, original qui, sous le nom de ÆAarauñis Tüv änooréwy, était aux mains de saint Épiphane (xuv, 2; Lxxv, 7; Lxxx, 7; etc.) L'aus | teur grec de cette exposition de la discipline ecclé=" siastique à dù écrire dans la première moitié du nn.
= ad caturioatachnatt dit
béni
siècle, si nous en jugeons d’après l’état de la hiérarchie
1. Le texte de la Const. apost. égypt. dans Pirra, Luris eccl. gr. t., p. 7 et dans HILGENFELD, 0. c. p. 111. — ACL, t. I, p. 451, et t. If, p. 532. Hannack, Die Quellen der sog. apostolischen Kirchenordnung (Leipzig à 1886). CF. Bull. crit. L. VIL (1886), p. 361, une importante critique de Harnack par Duchesne. La partie éthique de la Const. apost. égypt. (HI-XV) existe séparément dans deux mss. grecs et un syriaque, PITRA, : l. ce. et GEBNARDT-HARNACK, Barnabae epistula, p. XXIX. 4
LES PRIMITIFS. Vis)
et de la pénitence qu'il décrit. Ce doit être un syrien (ou un palestinien). La version syriaque de son grec - peut remonter à la seconde moitié du IIT° siècle, et présenter un texte un peu rajeuni. Ces estimations (Harnack, Funk) sont probables. La conjecture (Kattenbusch) qui voit dans la Didascalia une pièce émanée du cercle de Lucien d’Antioche (fin du III siècle), l’est infiniment moins. Parmi les sources de Didascalia, on reconnaît la Didachè, les épitres ignatiennes, le IV* livre des Oracles sibyllins, peut-être Justin et Hégésippe (Funk), peut-être une récit apocryphe de la passion de Jésus
(Resch) !
$ 8. — La littérature gnostique.
Le plus ancien gnosticisme, tel qu’on l’entrevoit dans - les hérésies que combattent les épitres aux Colossiens et aux Éphésiens, les épiîtres pastorales, johannines, ignatiennes, n'a pas de littérature : Cérinthe (Kyov0oc). contemporain de Jean à Éphèse, Saturnin (Sarogvivoc) à Antioche (ca. 100-120), ne sont connus que par ce que les hérésiologues catholiques ?, rapportent d'eux. Mais
4, Le texte de la Didascalia, dont Funk promet une édition, est à - chercher encore dans Buxse x, Analecla antenicaena, t.1I (Londres 1854). — ACL, t. 1, p. 515. Funx, Die apost. Konstitulionen (Rottenburg 1891), p. 28. E. HAuLEr, Eine laleinische Palimpsestüberselzung der Didasc. , Ap. (Vienne 1896). KATTENBUSCIH, Apos!. Symb. p. 394. 2, Les controversistes se sont appliqués à dresser des sortes dinventaires des hérésies, contenant l’exposition et la réfutation de cha- - cune d’elles. On connaît trois hérésiologies principales : celle que saint Irénée a incorporée (I, 22-27) dans son traité et qui a dû être composé vers 170; — puis celle de saint Hippolyte, composée vers 200, et dont a) l’appendice au De praescriptionibus de Tertullien, b) le Liber de haeresibus de Philastrius de Brescia vers 385, c) le Contra haereses de saint Épiphane, sont dérivés; — enfin les Philosophoumena. Sur les sources de l’histoire du gnosticisme, ACL, t. I, p. 143-2.
au second siècle, au moment (ca. 120-150) où le gnos- | ticisme est en pleine floraison, il se produit une littérature gnostique, que les controversistes catholiques font … connaître en la réfutant, et dont quelques découvertes modernes ont restitué des morceaux originaux !. Basilides (Buoikstdns), contemporain d'Hadrien (117- 138), a enseigné à Alexandrie, et il ne semble pas que sa, à secte se soit ee hors del'Égypte : il se donne pour disciple de Glaukias interprète (£ouyrevç) de l'apôtre Pierre. Après lui, son fils Isidore (Ioidwgoc) continue son enseignement. La secte basilidienne disparaît passé la fin du Ie siècle. — L'œuvre écrite de Basilides consistaiten unrecueil intitulé E£yyqrixc, en 23 livres au moins (Strom. 1v, 12), le même qu'Eusèbe (1v, 7, 7) d'après. - Agrippa Castor signale comme un traité en 24 livres Eiç TO evuyyelor. Ce titre est à rapprocher du titre de Pa= … pias, Eënyroais. Il est possible que l’évangile de Basilides dont parle Origène (Hom. I in Le.) ne soit qu'une périphrase désignant les ’Efnyquux. De ces derniers de nombreuses traces ou citations existent dans les … Stromates et les Philosophoumena, qui demanderaient à être soigneusement relevées. — Un fragment d'Ori=. gène, recueilli dans une chaîne, attribue des hymnes à Basilides, et de mème, semble-t-il, les dernières lignes … du Muratorianum : aucun vestige de ces hymnes: — Isidore avait composé des ” Eëyynrixo Toù noogrrov Iüo= 3 zu, le Barkoph ou Barkabbas personnage légendaire de la littérature Zoroastrienne; il avait composé aussi des
1. Les fragments des gnostiques sont réunis dans l’édition de s. Iré-
née de dom Massuer (CPG, t. V, p. 1263). Ce recueil serait à refaire. — ACL, LI, p.14 et t. Il, p. 533 est capital. Pour la chronologie des gnostiques, AC L, t. If, p. as1. Sur le gnosticisme en général, DUCHESNE, ra < chrét. p. 133 el SeEBERG, Dogmeng. t. 1, p. 54.
?Hbixd où ITuçorerixt, sortes d'homélies ; et enfin un ITeoù AQ00pvoic wvyc où de la seconde ame. Tous ces titres -nous sont connus par Clément d’A. en ses Séromates!. Originaire d’ Égypte, Valentin (Ovuhevrivog) aenseigné à its puis en Chypre; il enseigne à Roue du temps d’Antonin le Pieux (138-161); à a manière de Ba silides, il se donne pour disciple d’un Théodas familier de l’apôtre saint Paul. Son enseignement semble avoir été surtout oral et ésotérique. On voit signaler de lui par Tertullien, Clément d’A., les Philosophoumena, des hymnes ou psaumes, des épîtres, des homélies. Mais ce peu d’écrits ne donne pas l’idée de l'influence exercée par Valentin : son enseignement est celui qui tient le plus de place dans les réfutations de Justin, d'Hégésippe, d'Irénée, de Tertullien; sa secte aux allures secrètes est traitée de « frequentissimum plane conlegium inter haereticos » (Tertull. Ado. Valentinian. 1)?
Dans cette secte on écrivit beaucoup. On a un re-
cueil fait par Clément d’A. d'extraits valentiniens at-
tribués à un disciple nommé Théodotos, inconnu d'ailleurs, Ex rür Osodôrov roi Tfc wraroluxis xakov-
1 / \ \ 2 / / > / uevnce daoxakios aura Toùc Ovulerrivou yo0vovc EmTouuL. Epiphane (xxxr, 5 et 6) cite un important fragment valentinien qui appartient peut-être à ce Théodotos. Les disciples de Valentin étaient partagés en deux écoles ou didascalies, celle d'Italie (éralorixn duoxala), celle d'Orient (dyarouxr d.), cette indication est fournie par les Philosophoumena (vi, 35). Avec Theodotos, Axionikos, dont on n’a rien, et Bardesanes, qui appartient à la littérature syriaque, représentent l’école
4. HILGENFELD, Ketzergeschichtè des Urchristenthums (Leipzig 1884), p. 207. Horr art. « Basilides » du DCB. KRuEGER art. « Basilides » de la RE3, et ACL, t. 1, p. 157.
2. ACL, t. J, p. 480, t. II, p. 289. Laipsius, art. « Valentinus » du DCB.
orientale : l’école italienne est représentée par Héra-
kléon et par Ptolémæos. De ce dernier (e&. 150-175), on a une importante épître à une femme Mer Flora, épître conservée par Épiphane (xxxr1, 3-7), e un fragment de commentaire du prologue de 6 Jean, cité par Irénée (1, 8, 5), qui a dû faire partie d'un ouvrage plus étendu. D'Hérakléon (ca. 175-200), on a des fragments d'un commentaire sur l'évangile de , Saint Jean cités par Origène (/n lo. passim), et d’une réelle importance. Il faut joindre à ces Valentiniens, l'Alexandre dont Tertullien (Carr. Chr. 17) cite un écrit qui a pu porter le titre de Syllogismes; et le Théotimos dont Tertullien encore (Ado. Valentinian. 4) rapporte que « multum circa imagines legis operatus est », allusion à quelque traité fortement allégoriste ; mais surtout le Markos (ca. 150) dont Irénée fait le maître des Markosiens. Ce Markos, qui a dû séjourner en Asie, était auteur au moins d'une sorte de liturgie gnostique, dont Irénée cite plusieurs formules consécratoires, et pour laquelle Tertullien le traite de « magus » (Z. ce.) : elles vaudraient la peine qu'on les réunit et qu'on les étudiât !.
À Rome, du temps du pape Anicet {155*-166*), une femme du nom de Marcellina vint prècher la doctrine
carpocratienne et lui obtint une certaine vogue (ren.
1, 25, 6). Irénée parle d’écrits des Carpocratiens (r, 25, 5) : Clément d'A. cite un traité Lleo dixoodrme d'un carpocratien du nom d'Épiphanes (Strom. 11, 2) dont il fait le fils de Carpocrates. Ce dernier té même (XKagroxgurns) élait un alexandrin et contem-
1. HILGENFELD, 0. ©. p. 292 et suiv. À. BROOKE, The fragments of Heracleon (Cambridge 1891). P. RumEN, Clementis A. Excerpta ex Theodoto (Leipzig 1891). — ACL, t. I, p.174; t.IL, p. 540. Lipsius art. « Ptolemaeus » et SALMON art. « Mareus » et « Heracleon » du DCB.