NA TE LT RAD SR CE
Marcion (Muoxiwr) est de Sinope, dans le Pont, la . patrie, vers le même temps, du juif Aquila : comme Va- - lentin, il a enseigné à Rome vers le temps d'Hadrien (117-138). Saint Justin, qui le réfutait dans un livre Spécial, Iloûc Magçxiwra, parle de lui dans sa première Apologie (ch. 26 et 58), comme d'un hérétique vivant de son temps (ca. 150) et comme d’un redoutable séducteur de fidèles!'. À la différence des autres gnostiques qui n’ont formé que des sectes ou des écoles, les Marcionites formèrent des églises. dissidentes, dans toute l'Asie Mineure et la Syrie, dont il subsistera encore un grand nombre au IV* siècle (Épiph. xzir, 1). Marcion procède du syrien Cerdon, lui aussi venu à Rome (ca. 130); mais Cerdon n'a rien écrit qui soit connu. Marcion était l’auteur d’un traité intitulé ?4ytidéoas, savoir de l'antagonisme irréconciliable de l’Ancien et du Nouveau Testament : « Separatio legis et evangelii proprium et principale opus est Marcionis : nec poterunt negare discipuli eius quod in summo instrumento habent, quo denique initiantur et indurantur in hanc haeresim : nam hae sunt Antitheses Marcionis, i. e. contrariae oppositiones quae conantur discordiam evangelii cum lege committere » (Tertull. Ady. Marcion. 1, 19). Tertullien a eu en main les Antitheses de Marcion, mais il n’est guère possible de
sième est une lo@Ë£ Iéreov, apparentée sans doute aux acles apocryphes de saint Pierre. Ces pièces ont été découvertes par C. Scuminr dans un papyrus du V° siècle, aujourd’hui à Berlin. Voir la comm. de Scnmipr dans les Sifzungsberichte, 1896, p. 839, et ACL, t. I, p.712.
4. Sur la chronologie de Marcion, de Cerdon et d’Apelles, ACL, t. IT, p. 297. 11 y a dans Épiphane (XLII, 4) un curieux récit, que l’on croit avoir pour source le Io0; Magxiwra de Justin, et où l’on voit Marcion essayant de surprendre la bonne foi des presbytres de Rome « formés par les disciples des apôtres », el repoussé par eux : les dits prêtés là aux presbytres romains ont un caractère d'authenticité.
restituer le livre d'après la réfutation qu'il en fait. Tertullien {o. c. 1, 1 et 1v, 4) mentionne encore une épitre de Marcion, comme une pièce fort connue ayant trait aux rapports de Marcion et de l’église romaine. La préface aux canons arabes de Nicée (Mansi, t. Il, p. 1057) écrit : « Apostolorum Actus e medio omnino sustulerunt [Marcionistae], alium substituentes Actorum librum qui faveret opinionibus ac dogmatibus, illumque nuncuparunt Librum propositi finis. Psalmos quos recitent inter preces fundendas alios a Davidis psalmis sibi effinxerunt ». Le fragment de Muratori cite aussi un « novum psalmorum librum Marcionis » !.
Parmiles disciples de Marcion, Hermogènes (‘Eouoye- -vns) est à citer, contre qui Tertullien et Théophile d'Antioche écrivirent.A citer mieux encore Apelles Æ4re11%c), dont le catalogue hérésiologique appendice au De praescriptionibus de Tertullien, rapporte que « habet privatas sed extraordinarias lectiones suas quas appellat Phaneroseis Philumenes cuiusdam puellae quam quasi prophetissam sequitur. Habet suos libros quos inscripsit Syllogismorum, in quibus probare vult quod omnia quaecunque Moyses de Deo scripserit vera non sint.… » (Praescript. 51). Des révélations de la prophétesse, il ne reste rien. Origène a eu en main les Syllogismes (Contra Cels. v, 54) et l'on en a quelques fragments dans le De paradiso de saint Ambroise ?.
Cassien (Kaoow»6c) est donné par Clément d'Al.
4. ACL, t.I,p. 491. Zaux, Geschichte, &. I, 585 ett. II, p.409 (surle canon du N. T. admis par Marcion et sur les remaniements qu’il faisait subir au récit évangélique). À. Han, Antitheses Marcionis (Kônigsberg 4823), à refaire. SALMON, art. « Marcion » du DCB.
2. HARNACK, De Apellis gnosi monarchica (Leipzig 1874). In. Sieben
Bruchstücke der Syllogismen des A. (Leipzig 1890). Honr art. « Apelles »
et SALMON art. « Hermogenes » du DCB.
pour un docète {Strom. 11, 13) : ce devait être un valentnien dissident de la seconde moitié du IT° siècle (ca. - 170), sans doute alexandrin. Clément, qui le cite à plusieurs reprises textuellement, donne des titres : un traité en plusieurs livres, ?Efyynruxd ; un traité dogmatique de l’ascétisme Lleoi êyroureius 7 neo sdrovylac (Strom. 111, 13 etc.). Selon Eusèbe, Clément aurait
utilisé une Xç0r0yoaqpia de Cassien qu'Eusèbe ne semble pas avoir connue (vi, 13, 7) non plus que Jérôme (Vér. inl. 38), et qui n’est sans doute qu'une part des ?E£r-
yatixa |.
$ 4. — Les presbytres, Papias.
Si les gnostiques sont des dissidents, c'est qu'il y a un canon ecclésiastique solidement maintenu. C'est l’œuvre des « presbytres » : ils sauvent, comme dit Clément d'A., « la tradition de la didascalie bénie des apôtres » : lui-même en appelle plusieurs fois aux « traditions reçues des vieux presbytres ». Les presbytres par excellence « sont ceux qui ont vu les apôtres » dans une acception plus récente, ce sont les homélistes et didascales des églises. Un trait leur est commun, ils n’écrivent pas. Dès la fin du IT° siècle on ne peut que rappeler de mémoire leurs dits. Dans Clément d'A. et dans Origène on relève des dits de ce genre, qui sont pour la plupart des explications de passages scripturaires. Origène par exemple écrit : « Audivi quemdam de sapientibus ante nos dicentem cum explanaret hunce locum... » (/n Ps. xxxvi, 4, 1). Chose curieuse, c’est toujours avec une pareille formule respectueuse
4. ACL, t. 1, p. 201 ett. I, p. 535. Zaun, Geschichte, t. I, p.632. SALMON, art. « Cassianus » du DCB.
et anonyme que les dits des presbytres sont cités. Épiphane (xt, 2), d'après Hippolyte, reproduit un fragment d'homélie ou d'explication scripturaire qu'il at-
tribue aux presbytres de Rome « instruits par les disciples des apôtres ». Hippolyte (Contra Noët. 1) rapporte un dit fort curieux d’un presbytre de
Smyrne : ila dû en connaître nombre d'autres, puis-
qu'il parle ailleurs des drouvmueromoi où éd Tür noeoOvréqur drayeyoauuero (CPG,t. x, p. 632). Irénée cite à maintes reprises les dits anonymes de presbytres, qu'il appelle « le meilleur que nous », ou « ceux
qui furent avant nous et meilleurs que nous », où « les
presbytres », ou « les presbytres qui ont vu Jean »,
ou « les presbytres disciples des apôtres », où « le presbytre », ou « le vieux disciple des apôtres », ou « un certain presbytre formé par ceux qui ont. vu les
apôtres et ont été instruits par eux », ou enfin « le divin vieillard et héraut de la vérité », désignations obscures
où l’on a voulu reconnaitre Papias, et avec raison, mais où d'autres autorités sont à retrouver. Papias mention-
nait comme « disciples du Seigneur » Aristion et le presbytre Jean; il témoignait avoir vu et entendu ces deux personnages, et citait volontiers leurs traditions et leurs récits (raoaddcac, dimyoais : Euseb. 11, 39, 14). Au presbytre Jean appartient la citation fameuse faite par Papias (nr, 39, 15) d'un dit concernant les évangiles de Marc et de Mathieu. Papias devait à Arisüon des récits des choses du Seigneur (nr, 39, 14), des dumypoais comme celles du presbytre Jean et aussi de Luc (1, 1). Conybeare a récemment signalé un manusecrit arménien où les douze derniers versets de Mare sont attribués à « Aristion le presbytre! ».
1. ACL, LI, p.63, 288, 291,589, Les presbytres d’Irénée dans GEBHARDT-
Papias lui aussi est un presbytre, et Irénée (v, 33, 4) < le cite comme « un auditeur de Jean, un familier de Po- lycarpe, un homme ancien ». Eusèbe {nrr, 39) en fait un . évêque de Hiérapolis en Phrygie et l’auteur d’un traité en cinq livres, Æoyior xvouuxov &énpynouc. Ce traité a été aux mains d'Irénée, d'Eusèbe, de Philippe de Side - (ca. 430), d'André de Césarée (fin V°s.). Peut-être a-t-il été anciennement traduit en latin : on en a trace dans un évangile latin (Rome, A/exandr. 14, IX° s.) et dans deux catalogues du moyen âge (cathédrale de Nimes XIII Ss., abbaye de Stams XIV°s.). Il ne subsiste plus - que les citations, assez toutefois pour avoir une idée du sujet et de la méthode de Papias. Du fragment de préface cité par Eusèbe {/. c.), il ressort que Papias, à la . façon de l’auteur du troisième évangile, s'adresse à un personnage (le nom manque), et lui exprime que, en - outre des sources écrites, « tout ce qu'il a pu apprendre des presbytres et qu'il se rappelle bien, il J'ajoute à ses explications (£oumyretouc).… Si quelqu'un se présentait qui avait fréquenté les presbytres, je m'in- - formais des dires des presbytres : que disait André, = Pierre, Philippe, Thomas, Jacques, Jean, Mathias ou tel autre des disciples du Seigneur, et Aristion et le - presbytre Jean, disciples << des disciples = du Seigneur que disent-ils ? Je croyais que les choses qui sont dans les livres me serviraient moins que les choses attestées par une parole demeurée vivante ». (Com-
» parez la prétention de Basilides et de Valentin d'être - disciples de disciples des apôtres). Papias ramasse les … récits (tel le mort ressuscité par les filles de saint Phi-
Hannack, Barnab. epist. p 105. FUNK, Opp. patr. aposl. t. IT, p. 301. Ceux d’'Origène dans Pirra, Analecta sacra, t. II, p. 335. Sur la découverte de F. Conbyeare (1893), voir Theol. Literaturz. t. XVIII (1893), p. 561. Sur les presbytres d’Irénée, ACL, t. I, p. 333, note 2.
lippe à Hiérapolis , tel le trait de Juste Barsabbas bu- 3
vant du poison sans en être incommodé), aussi bien que les paraboles et sentences attribuées à Jésus par la tradition non écrite et souvent mêlées de fables : ces éléments étrangers et fabuleux (£évæ, uvdxoteoæ) qui n'appartiennent point à la tradition écrite s'ajoutent pour Papias à ceux qu'il prend aux livres éerits, parmi lesquels il a certainement connu les trois synoptiques, les Actes et le quatrième évangile. L'hypothèse de Schleiermacher qui voulait que Papias eût commenté
des Aôyiu Kugiov, un recueil primitif de simples
maximes de Jésus, n’est plus défendable. Les Exégèses de Papias étaient une réfutation des gnostiqués (Basilides?) : elles sont postérieures au temps d'Hadrien (117-138) et peuvent dater de 150 environ.
$ 5. — Les apologistes.
L'apologétique chrétienne fait valoir les motifs de raison, de conscience ou de fait qui décident ou qui justifient une conversion, et en ce sens elle est aussi ancienne
que la prédication apostolique. Saint Paul rappelant.
aux Thessaloniciens comment « ils ont quitté les idoles pour servir le Dieu vivant et véritable et pour attendre son fils Jésus qu'il a ressuscité d’entre les morts » ({ Thess. 1, 9-10), esquisse un apologie et résume une
1. Les fragments dans GEBUARDT-HARNACK, Barnab. epist. p. 87, et FUNK, Opp. pp. ap., LIT, p. 276, auxquels on joindra Prrra, Analecta sacra,t. II, p. 457-9 et DE Boon, Neue Fragmente des Papias.… (Leipzig 1888). — ACL, t.I, p.65 et t. If, p.356. Le fait que les Exégèses sont postérieures à Hadrien est déduit du fragment découvert par de Boor. Sur une trace de Papias dans l'écrivain arménien Vardan Vardapet (XII° s.) relevée par Conybeare, voyez Theol. Literaturz. t. XIX (1894), p. 583.
LES PRIMITIFS. Lg
prédication qu'il dut faire mille et mille fois aux Gentils qui ne connaissaient point l'Écriture. Son discours sur l'Aréopage donne l'idée de la méthode. Mais ce morceau est unique dans le N. T., les bons presbytres semblent avoir perdu le contact du monde hellénique! Il faut venir au temps d'Hadrien pour rencontrer des «philosophes » devenus chrétiens se poser, non en prédicateurs, mais en avocats du christianisme.
Tel est Quadratus {(Kodoroç) , un athénien peut-être, qui vers 125-126 remit à Hadrien de passage à Athènes une apologie du christianisme, qu'Eusèbe (iv, 3) a possédée et qui était répandue encore de son temps: il en cite textuellement le morceau où, parlant des miracles du Sauveur, malades guéris et morts ressuscités, Quadratus écrit que ces miraculés « ont survécu à ce point que quelques-uns ont atteint notre époque même ». Eusèbe {1v, 23, 3) citant Denys de Corinthe a conservé le nom d’un Kodgäros, évêque d'Athènes vers 170, différant évidemment du philosophe : Jérôme (Vir. énl. 19) confond les deux personnages en un.
- Quant à identifier notre philosophe avec le prophète Kodoëros, compagnon des filles de saint Philippe à Hiérapolis, dont parle Eusèbe (nr, 37, 1 et v, 17, 2-4), de façon à faire du personnage un asiate et un disciple des apôtres que Papias aura pu connaître, c’est jouer sur un nom propre des plus répandus. Il ne reste de l’apologie à Hadrien que le morceau cité par Eusèbe*. Aristides Aouoreidnc) est un autre écrivain men-
tionné par Eusèbe (iv, 3, 3) comme ayant lui aussi
4. Sur les apologistes en général, Harnack, Die Ueberlieferung der griechischen Apologeten des zweiten Jahrhunderts in der allen Kirche und im Mittelalter (Leipzig 1882). Bull. crit. t. III (1882), p. 184. ALLARD, Hist. des persécutions, t. I (1885), p. 235 et suiv.
2. Sur Quadratus, Orro, Corpus apologetarum christianorum saec. II Iena 1851-1881), E. IX, p. 333. — ACL, t. 1, p.95 ett. ll, p. 269.
ET RE pe ETS LR 2 ra
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Roue LITTÉRATURE GRECQUE.
présenté à Hadrien une apologie du christianisme. On pouvait croire cette apologie perdue, lorsque Harris en découvrit une version syriaque; puis Robinson établit que le grec dont ce syriaque était la
version avait été incorporé, non sans remaniements, dans le discours d'un des personnages (Nachor) de la légende de Barlaam et Josaphat (composition du VIIes.); enfin on put identifier avec le début de l’apologie un fragment arménien (V® s.) publié dix ans plus tôt par les PP. Méchitaristes. Ainsi restituée l’apologie porte le nom de Markianos Aristides, « philosophe d'Athènes »;elle n'est pas adressée à Hadrien comme l'indiquait inexactement Eusèbe, mais à Antonin le Pieux, son successeur (138-161). Aristides « expose d’abord la vraie notion de la divinité, puis décrit successivement les quatre catégories entre lesquelles l'humanité se partage : Barbares, Grecs, Juifs, Chrétiens : il flétrit l'idolâtrie et le polythéisme des premiers, reproche aux juifs leur attachement à des usages surannés : puis vient l'exposition du christianisme, dont il. fait ressortir la supériorité morale. De théologie proprement dite, il n'y en a pas ici... Aristides est un philosophe pratique, chrétien de foi et de cœur, dont la raison n'a ni inquiétudes, ni exigences » (Duchesne). L'auteur dépendrait de la Didaché, du Pasteur d'Hermas, du Kxevyuu Ilergov, de l'épitre à Diognète même {?), et de Justin (Harnack).!
4. Aristidis philosophi atheniensis serimones duo (Venise 1878). REN- DEL HARRIS et A. ROBINSON, The Apology of Aristides (Cambridge 1891). E. HENNECKE, Die Apologie des Aristides (Leipzig 1893). R. SEEBERG, Der Apologet Aristides (Leipzig 1894). ACL, t. I, p. 96 et t. I, p.271. Bull. crüt. t. XII (1891), p. 221. — On a trouvé en arménien deux autres pièces sous le : nom d’Aristides, un fragment d'une Epistula ad omnes philosophos insi gnifiante, et une homélie sur Le. xxn1, 42 : aucune de ces pièces n'est | défendable, elles paraissent être d’un écrivain antinestorien. P. Pare,
LI Aa * CU
Ariston (4oicrwr) de Pella est connu grâce à Eusèbe (iv, 6, 3), qui invoque son témoignage au sujet de la prise de Bether (a. 135) par où prit fin la révolte de Barcochébas ; et le titre de sonlivre, grâce àOrigène (Contra Cels. 1v, 51), qui rapporte que Celse a connu le « dia-
logue de Jason et de Papiskos » et le traite d'œuvre
qui serait ridicule, si elle n'était pitoyable et haïssable, en quoi, ajoute Origène, les lecteurs de cet opuscule ne seront pas de l’avis de Celse, quand ils verront « le
chrétien disputer contre le juif d'après les Écritures
juives et montrer les prophéties messianiques accom-
- plies en Jésus ». Jérôme (Comm. in Gal. 1x, 13) cite
cette « altercatio [asonis et Papisci quae graeco ser-
> mone conscripta est. » On a retrouvé dans un manuscrit de saint Cyprien (Vat. Reginen. 118, X° s.) une
lettre latine d’un inconnu, du nom de Celsus, adressée à Vigile de Tapse, Ad Vigilium episcopum de iudaica incredulitate : cette lettre était la préface de la
- traduction latine du dialogue d’Ariston. Mais l'original
grec non plus que la version latine ne sont retrouvés. Harnack a établi que l’Altercatio Simonis iudaei et Theophili christiant, œuvre gallo-romaine du V° siècle qui porte le nom d’un Evagrius inconnu, a pour base le
dialogue de Jason et de Papiskos. Ariston a dû écrire
après 135 (prise de Bether) et avant 165* {date de Celse). Le titre de son opuscule est donné par Origène : ’I06ovos xai Tlanioxov dvrioyia negt Xgiorod. La lettre à Vigile appelle Jason un hébréo-chrétien, et Papiskos un juif alexandrin. Ici pour la première fois un apo-
logiste s’adressait à un juif et prouvait le christia-
nisme par l'Ancien Testament : c'est l'argument de
Die Predigt und das Brieffragment des A. (Leipzig 1894). HARNACK, art. « Aristides » de RES.
prophétie et de figure : non pas que les juifs aient beaucoup controversé contre les chrétiens au IT° siècle et qu’on sentit le besoin de les réfuter, mais parce que l’apologiste entendait personnifier dans un juif toute une série d'objections.des païens, sinon des chrétiens même. Il n’est pas invraisemblable que saint Justin, quand il écrivit son dialogue avec Tryphon, ait connu le livre d’Ariston de Pella#.
Tatien (Turiwvdg), originaire de la province de Syrie (Syrie euphratésienne) et né de parents syriens, c'est-à-
dire non grecs, mais élevé dans l’hellénisme, est venu à
Rome où il est devenu chrétien et a été auditeur de saint Justin, ce qui nous reporte au règne d'Antonin le Pieux (138-161). Il est resté à Rome un certain temps après la mort de Justin (a. 167‘), comme lui laïque, rhéteur de profession, sans attache hiérarchique. Puis il
rompt avec l'église romaine sous l'influence d'opinions
valentiniennes et encratites, s’il faut en croire [rénée (1,28, 1), et se retire finalement (a. 172*) dans sa province natale, où il meurt à une date inconnue, mais sans que rien de positif permette de le tenir pour non-catholique, au contraire : « Aucun contemporain, où même qui . que ce soit avant Eusèbe, n’a représenté Tatien comme chef où membre d'une secte quelconque : à Rome même, l'auteur du Petit Labyrinthe le cite au milieu des éeri-
vains catholiques les plus respectés, Justin, Miltiades,
Clément... Plusieurs de ses idées [sur les éons, sur l'ascétisme, sur Adam] sont considérées [par Irénée, par Rhodon, par Clément d'A., par Origène] comme
4. HARNACK, Die Allere. Simonis iud. et Theophili christ. nebst Untersuchungen über die antijüdische Polemik in der alten Kirche (Leipzig 1883). Ib. art. « Aristo » de RE3. P. CorsseN, Die Alierc. Simonis iud. et Theophili christ. auf ihre Quellen geprüft (Berlin 4890). Bull. ecrit. t. IV (1883), p. 404. ACL, t. I, p.92 et t. IT, p. 268.
1h on T5 nl dat te + 1e,
. dangereuses et on les combat; mais ce n’est pas un sectaire » (Duchesne). Eusèbe {1v, 29, 7) parle vaguement - d’un « certain grand nombre d’écrits » de Tu Nous ne parlerons pas du fameux Déatessaron où harmonie des quatre évangiles (1v, 29, 6), qui, rédigé en syriaque, appartient à la littérature syriaque. On signale un Ileoù Cao et un Iloûc roc Gnogyrauérovs Tr neo 0eoù [Adversus e0s qui de rebus divinis asseveraverunt], men- tionnés par Tatien même {Orat. 15 et 40), un 1oo8àn- » udror B6kior (Euseb. v, 13, 8) et un Llsoù rod xurè Toy Zwriou xarugriouod [De perfectione secundum Salvatorem] (Strom. 11, 12). Mais le plus connu de ces opuscules grecs et le seul qui nous reste est le Æ46y0oç aoûc Élimrac, attesté par Eusèbe (1v, 29, 7), par Origène (Contra Cels. 1, 16), et qui s'est conservé dans un manuscrit unique (Paris. gr. 451, X°s.). Cette apologie a dû être écrite à Rome, vers 163-167 (Funk), plutôt qu’en Orient peu après 150 (Harnack). Le plan en est peu méthodique'. Tatien expose d’abord la doctrine chrétienne de l'unité de Dieu, de la création et de la réparation par le Logos, de la résurrection, pour conclure à la supériorité de cette doctrine; puis c’est au tour de la démonologie à expliquer le mal et le paga- nisme, et Tatien tire de là toute la critique de la civilisation hellénique; énfin l'antiquité transcendante des sources de la religion révélée ; Moïse comparé à Homère lui fournit un HUE thème apologétique. Érudit,
14. Orro, Corpus, t. VI. E. Scuwanrrz, Tatiani oralio ad Graecos (Leipzig 1888). — L'hypothèse de Harnack que le Diatessaron aurait été composé en grec el publié à Rome n’a pas prévalu contre le système de Zarn qui en fait un travail d’original syriaque et destiné à l’usage liturgique des églises syriaques. ZAuN, Forschungen, t. I. Bull. crit. t. II. (1881), p 223 et t. III (1882), p. 187. P. MarTIN, « le Diatessaron de Tatien » dans la Rev. d. quest. hist. t. XLIV (1885), p. 5. J. FULLER, art. « Tatianus » du DCB.— ACL, t. I, p. 485 et t. Il, p. 284.
sarcastique, paradoxal, Tatien défend le christianisme … de haute lutte : il inaugure l’apologétique qui sera celle d’un Tertullien ou d'un de Maistre.
Rhodon (‘Péduwr) était un asiate venu à Rome et formé par Tatien, « ainsi qu'il l’a lui-même rapporté », dit Eusèbe {v, 13). Rhodon écrivit divers livres, ajoute-t-il, l'un contre Marcion et Apelles, dédié à Callistion (personnage inconnu d'ailleurs), et un autre ÆEic Tr é£ufueoor. Du premier l'on a deux fragments très caractéristiques donnés par Eusèbe : Rhodon y énumère les dissidences des disciples de Marcion, d'une part, et y rapporte quelques propos d'une conférence qu'il eut avec Apelles, d'autre part. Eusèbe témoigne encore qu'il écrivit un ouvrage spécial pour réfuter le livre Des problèmes de Tatien. Ces divers livres auraient été composés avant 172* à Rome‘. |
Miltiades (Miarrtdne), nous ne savons sur quoi on se : fonde pour faire de luiunasiate, est qualifié par Tertullien de «ecelesiarum sophista », c'est-à-dire de porte-parole des églises (Ado. Valentinian. 5). L'Anonyme antimontaniste d'Eusèbe {v, 17) mentionnait un traité de Miltiades où cet écrivain montrait « qu'il ne faut pas qu'un prophète parle en extase » : ce n'est pas nécessairement un traité contre le montanisme. Tertullien (Z. c.) présente Miltiades comme un auteur qui a écrit contre Valentin. Eusèbe (Z. c.) connaît de Miltiades un - Tloôc Elmras en deux livres, un Toûdc iovdaiorc en deux livres aussi, un Llo0c toùc &pyovruc, soit une apologie adressée aux gouvernants (sans doute Antonin, Mare- Aurèle et Verus), probablement contemporaine de la
4. ACL,t. I, p. 599, L'hypothèse de Voicr, Eine verschollene Urkunde des Antim. Kampfes (Leipzig 1891), supposant au ch. XLVIII, 2-13 d'Épiphane une source antimontaniste qui serait Rhodon, « n’est pas fondée » (ibid.). ACL, t. II, p. 343.
- première apologie de Justin (ca. 150). Tous ces écrits sont perdus !.
Athénagore | ÆOmvuy6ouç) est encore un « philosophe athénien chrétien » ; ainsi du moins le qualifie le titre de son apologie; on ne sait rien d'autre de lui, et il n’a été connu d'aucun ancien, sauf de Méthodios. Les deux livres qui portent son nom se conservés dans un ms. unique (Paris. gr. 451, X°s.). Le premier, Iosc6sia TEQÙ XQ16Tuuv@r, est adressé Mare: Aurèle et à Commode, ce qui en fait un écrit postérieur à 176 (où Commode fut associé à l'empire) et antérieur à 180 {où Marc-Aurèle mourut) : c'est une apologie toute politique où Athénagore réclame le droit commun pour les chrétiens accusés faussement d’athéisme et de crimes contre nature. Le second, Lleoi éracrécews, est davan- tage philosophique : c’est une exposition toute de raison
et s'adressant aussi bien aux fidèles qu'aux incrédules, des fondements de la foi à la résurrection des corps et à limmortalité de l'être humain ?.
Le Ioûs Æ6yvnroy ou épiître à Diognète est, non pas une épître, mais un court et élégant opuscule, adressé à un personnage sans doute fictif du nom de Diognétos, et présentant en quelques pages claires et sympathiques l'apologie du christianisme à un païen supposé désireux de le connaître. Cet opuscule a la mauvaise chance de n'avoir été cité par personne jusqu'au XVI s.; de nous être parvenu grâce à un manuscrit unique (Argentoraten. 9, XII°-XIV* s.), lequel a péri
4 Orro, Corpus, t. IX, p. 364 ACL, t. I, p. 255, ett. IL, p. 361. SALMON, art. « Miltiades « du DCB.
2, Orro, Corpus, t. VIL CPG, t. VI (texte de dom Maraw, Paris 1742). É. Scrwartz, Athenagorae libellus pro chr., oralio de resurr. cadaverum (Leipzig 4891). — ACL, t. I, p. 599 et t. If, p. 313. ACL, t. 1, p.256 et t. II, p. 317. HARNACK, art. « Athenagoras » de RES.
en 1870 au cours du siège de Strasbourg; d'y être attribué à saint Justin, SHmbation que Tillemout a le premier montré qu'elle était injustifiée; d'être mutilé de sa fin. On a voulu en faire une composition postérieure à Constantin (Overbeck), datation improbable ; ou postérieure à 170 et antérieure à 310 (Renan, Zahn, Harnack), opinion plus prudente que l'opinion qui en fait une œuvre du Il° siècle (Dräseke, Kihn, Krüger). L'auteur reste inconnu et la conjecture l'identifiant avec Aristides (Kihn), ou avec Apelles (Dräseke) ne paraît pas justifiée !.
Les deux derniers chapitres (xi-xn) n'appartiennent pas à l’épitre à Diognète. Ils constituent un fragment homilétique avec traces de rythme. L'auteur se donne
pour un « disciple des apôtres ». L'origine de ce frag-
ment reste indéterminée encore (IT° siècle ?) ? « Hermias le philosophe » Ægueiac) est le nom qui se lit en tête d’un fragment de traité intitulé Æacvoudc
Tüy £&w quhocépur, où Persiflage des philosophes du
dehors, et l’auteur en est compté d'ordinaire au nombre des apologistes du IT° siècle. Les manuscrits en sont récents (XVe et XVI°s.), sauf un (Patmen. 202, X°5.), qui constitue le plus ancien témoin d’'Hermias, car aucun écrivain ancien ne l'a connu. C'est moins un traité, qu'une sorte de sermon adressé à une réunion de fidèles (Renan), il viendrait probablement de Syrie (Renan). L'auteur y raille lourdement les contradictions des philosophes non chrétiens et ce persiflage est toute son apologie. Il y a lieu de douter que cette pièce médiocre
1. Orro, Corpus, t. XIE, p. 458. GEBHARDT-HARNACK, Barnabae epislula, p. 142, FUNK, Opp. patr. apostol. t. I, — Romnsox, The apology of Aris= tides, p. 95. ACL, t. I, p. 757 ett. II, p. 513.