‹ Anciennes littératures chrétiennesChapitre 35 sur 63 · ACL, p · texte numérisé non relu

ACL, p

D’ATHANASE A JUSTINIEN. s 213

un sermon De laudibus martyrum de moindre valeur. 4 Des lettres d'Eusèbe ont dû être réunies en recueil : ilen reste une entière écrite de Nicée à ses diocésains, …. Lloûc roùc Tic nugouxius aëroë, et traces ou fragments de plusieurs autres {à Alexandre d'Al, à Euphrasios, à. l’impératrice Constantia) ‘.

$ 2. — Philippe de Side, Hélikonios de Byzance.

Socrates (vir, 26-27) parle de ce Philippe, originaire de Side en Pamphylie, comme d’un encyclopédiste : diacre de saint Jean Chrysostome à Constantinople, écrivain dans la « manière asiatique », fécond et prolixe. So- . crates le mentionne surtout pour sa Xgcoriamixn ioTogiu, - en trente-six livres, chaque livre en plusieurs tomes, - Géométrie, astronomie, arithmétique, musique, géo-

graphie, tout rentrait dans cette compilation « aussi inutile aux doctes qu'aux ignorants ». L'Histoire chrétienne commençait à la création du monde et allait jusqu'au règne de Théodose IT, du moins jusqu’à - l'an XII de ce règne, car elle contenait un récit de l’élection de Sisinnios au siège de Contantinople (28 fév.

426) : Philippe, prêtre alors, avait été concurrent de

Sisinnios, et se vengea de lui par un récit dont Socrates »* se refuse à rapporter les détails tant ils lui semblent odieux. Photius (cod. 35) a eu en main l'Histoire chrétienne, les vingt-quatre premiers livres seulement, chacun de ces livres comptant vingt-quatre tomes

1. Le De laud. C. dans CPG, texte de VaLois, et dans HEINICHEN, t. IT. Sur les discours, ACL, t. I, p. 582; sur les lettres, p. 583. Pour les Opuscula XIV de Sirmond, voir aux Pseudépigraphes.

comme Socrates, il lui reprochela prolixité et lesdigressions, et en outre sa monotonie et son style sans grâce. L'Histoire chrétienne ne nous est point parvenue. Le ms. Baroccianus 142 (XIV--XVe) à Oxford cantient une suite de fragments historiques : huit sont pris à l'Histoire chrétienne; sept autres, qui sont des citations d'Origène, de saint Jean Chrysostome, d'Hégésippe, de Papias, de Piérios, doivent en venir de même et témoignent de quelques-unes des sources de ladite Hés-

toire. — Socrates (vir, 27) parle d'écrits volumineux con-

sacrés par le même PAUSE à refuter les livres de l'empereur Julien : rien n’en subsiste.

Il convient de rapprocher de Philippe un autre historiographe catholique contemporain, mentionné par

le seul Suidas, Héliconios (ÆEluxcrioç), comme un-«so-

phiste de Byzance, qui écrivit une chronique abrégée, …

depuis Adam jusqu'à Théodose le Grand, en dix livres»

(s. p. Elu).

$ 3. — Historiographes ariens.

Parmi les sources de la Chronique pascale, il est aisé de reconnaître un récit textuellement cité à plu=

sieurs reprises, et qui a dù appartenir à une sorte. d'histoire ecclésiastique des règnes de Constance et de | Julien. Cette histoire à été utilisée par Philostorge et par Théodoret. L'auteur semble avoir été un Syrien, contemporain de Valens et de préférence des dernières années du règne (ca. 375); il n’était ni apollinariste, mi

1. C. DE Boon, Neue fragmente. E. VENABLES, arts « Philippus (10) » du DCB. KRUMBAGUER, p. 247.

consubstantialiste, mais homéen, c'est-à-dire du parti d’Acace de Césarée. Nous avons extrait de la Chronique pascale les morceaux, au nombre de dix, qui doivent lui être attribués. Il est inconnu d’ailleurs. - Selon Jérôme(Vér. int. 130), Gélase (l'skdovoc), évêque . de Césarée de Palestine (367-395), auteur « accurati lima- $ Lique sermonis », passait pour avoir écrit des choses qu'il - ne publiait point, « fertur quaedam scribere sed celare ». É pipiphane {Lxxi1, 37) nous apprend que Gélase était le neveu de Cyrille de Jérusalem; et Théodoret le loue de son éloquence et de sa vertu (A. E. v, 8). Or Photius - a possédé un exemplaire d'une Histoire ecclésiastique, -dont l’auteur, en son prologue, se donnait comme neveu de Cyrille de Jérusalem et comme ayant entrepris son 3 travail à l'instigation de son oncle {+ 386) : en tète on + Jlisait ui on à ETLOKOTOV Nuorairs Hukaovivme eig TÈ 4 uerè Tr éxxAnouuotixnr torogiur EroeBiov tot Ilauqpirov (cod. 89). Qu'est devenue cette Histoire ecclésiastique ? Si elle a été écrite avant Théodose, était-elle rédigée dans un esprit consubstantialiste ou dans un esprit homéen? Dans cette seconde hypothèse, elle ne paraît - pas devoir être identifiée avec l’anonyme homéen mentionné plus haut?.

Sabinos (Saëivoc), évèque d'Héraclée en Thrace, un semi-arien du parti de Macédone, est l’auteur d'une histoire documentaire des controverses ariennes depuis l’ori- gine jusque vers 375. Son travail, intitulé Zvruyowyn ro ovrodwr (Socr. 11, 17) ou mieux ourodixwy (ur, 10 et 25;

s - 4. H. Gwarki, Studies of Arianism (Cambridge 1882), p. 246. P. Barir-

FOL, « Un historiographe anonyme arien du IV° siècle » dans la Rômiseche Quartalschrift, t. IX (1895), p

2. TILLEMONT, t. VILI, p. 786. Gélase de Cyzique (1, 7) confond Rufin

et Gélase de Césarée; Photius (cod. 89) note que cette confusion se

. faisaitencore, et qu’en outre on confondait Gélase de Gyzique et Gélase

de Césarée.

iv, 12), était un récit des événements en même temps

qu’une analyse ou une collection de pièces synodales. Il n’en reste rien. Socrates, qui lui a beaucoup emprunté pour les trois premiers livres de son Hist. eccl., lui reproche (1, 8; 11, 15}ses calomnies contre les Nicéens et ses silences calculés sur tout ce qui chargerait le parti semi-arien : cette Zvraywyy semble avoir été un essai de justification du semi-arianisme par les conciles. Sozomène l’a utilisée largement pour sa propre Hist. ecel. L'opinion de Tillemont est seule probable qui date Sabinos et son livre de la fin du règne de Valens!.

Georges après avoir quitté Alexandrie avec Arius, après avoir résidé à Antioche, a été fait par le parti antinicéen évêque de Laodicée de Syrie (ca. 332). Photius (cod. 85) le met au nombre des auteurs qui ont écrit contre le Manichéisme. Socrates (1, 24) lui attribue un éloge ou biographie d'Eusèbe d'Émèse, éloge auquel il a puisé (11, 9) et qui est perdu.

Philostorge (raocrooyroc), originaire de Borussos en Cappadoce {il est né vers 364), élevé par son père dans l’anoméisme, s’est établi à Constantinople (vers 384) où il a été le familier d'Eunomios, chef du parti anoméen. Il se peut qu'il ait été rhéteur : il ne fut sûrement pas clerc. Nous tenons de lui-même {x, 10) qu'il écrivit une apologie du christianisme contre Porphyre, Kara Logpvotov à joindre à celles d'Eusèbe, de Méthodios, d'Apollinaire : cet ouvrage est perdu. Il écrivit aussi un Evrouiov &yxduov (ir, 21), biographie d'Eunomios perdue également. Il écrivit enfin une /féstoire ecclésiastique, en douze livres, commençant aux débuts de l'arianisme (a. 315*) et s’arrêtant à l'avènement de Va-

1. TILLEMONT, t. VI, p. 536. FABRICIUS, t. XII, p. 182. On pourra voir notre prochain mémoire sur « Les sources de Sozomène ».

lentinien IL (a. 495). Elle serait perdue si nous n'avions . pas les longs extraits que livre par livre en a faits Pho- tius. Plone sy montre violent panégyriste du parti anoméen et critique haineux de tout ce qui n’est . pas anoméen; il puise à des sources qui lui sont parti- 4 Rares pour la plupart, et, soit par ses sources, soit par ses informations personnelles, il est un témoin ori- . ginal autant que peu sûr!.

£ 4. — Socrates, Sozomène, Théodoret.

Nous possédons complète en sept livres l'Aést. eccl.

de Socrates (Zwxoérns), dédiée à un personnage in-

. connu du nom de Théodore, et embrassant la période (323- 439) de Constantin à Théodose IT. Elle a dû être

- achevée entre 439 et 443. Socrates nous apprend qu'il

est né à CP., qu'il a été élève des grammairiens Hella-

. dios et Ammonios, et qu'il est scolastique, c’est-à-dire

avocat. Il entendit donner une continuation à Eusèbe et

+ commença par faire une simple adaptation du supplé-

- ment que Rufin avait ajouté à Eusèbe; puis il reprit

son essai, en recourant à une documentation plus sûre

- et plus étendue. II faut citer parmi ses sources : Eusèbe,

- Athanase, Sabinos, Épiphane, Georges de Laodicée,

- Palladios.. Mais Philostorge lui est inconnu. fe

., sources profanes sont moins reconnaissables : Eutrope,

- Eunape, Olympiodore ? plus sûrement des fastes ana- - logues à ceux d’Idatius. Aussi bien l'étude des sources - de Socrates reste à faire. Photius (cod. 28) trouve l'Histoire de Socrates insignifiante pour le style et

É ne

1. CPG, t. LXY (texte de Varois).P. BariFror, Quaestliones philostorgianae (Paris, 4891). J. Asmus, « Ein Beilrag zur Reconstruction der K G. des = philostorgios » dans la Byzant. Z. t. IV (1895), p. 30. LITTÉRATURE GRECQUE. 13

d'une orthodoxie suspecte; on l’a accusé d'être novatien, il ne l’était pas. Socrates est un laïque bien informé des faits, tenant l'orthodoxie pour chose jugée et les controverses des cleres pour une mêlée où il ne

veut pas entrer (Harnack), impartial avec de la sympa- |

thie pour les dissidents".

Photius (cod. 30) a lu aussi l’AHist. eccl. de Salamanes-Hermias-Sozomène (Zwboueroc), comme il l’appelle : et il la trouve mieux écrite que celle de Socrates. Nous l'avons en neuf livres, embrassant la même période que Socrates (323-439) : mais en réalité elle s’arrête brusquement à l’année 423, les derniers chapitres sont perdus ou ont été supprimés par l’auteur luimême. Elle est dédiée à l'empereur Théodose II et a dû être achevée en 443 ou 444. Sozomène nous apprend qu'il est né dans le pays de Gaza en Palestine et qu'il a grandi là au milieu des moines, disciples de Hilarion. Au moment où il écrit son ZJist. il est avocat à CP. Il a entendu lui encore donner une continuation à Eusèbe ?, mais c’est en réalité une contrefaçon de Socrates qu'il exécute, le suivant dans son plan et le plagiant dans son texte sans le citer jamais. Il faut dire aussi qu’il le contrôle dans ses sources et l’enrichit d’après ses sources mêmes, Sabinos notamment, et qu'il puise à des sources nouvelles, profanes comme Olympiodore,

ecclésiastiques comme en tout ce qui a trait aux moines, «

aux martyrs perses, enfin contribuant de sa propre in-

4. CPG, L LXVII (Lexte de VaLois). HARNACK, art, « Socrates » de la RE2, Byzant. Z. 1. IV (1895), p. 4841. :

2. Sozomène (1, 4) nous apprend qu'il avait composé au préalable en deux livres un résumé de l’histoire ecclésiastique de l’asceusion du Sauveur à la mort de Licinius, d'après Hégésippe (le De excidio?), Clément (est-ce le Xlyuys ioroewxôs dont parle Suidas, ou simplement les Recognitions?), Jules Africain, Eusèbe : ces deux livres ne sont mentionnés par personne autre.

RP EP PPT

formation qui est celle d'un homme qui a beaucoup circulé et beaucoup noté. Sozomène est un laïque, — point versé dans les controverses de clercs, très préoc- - cupé de défendre la religion contre les attaques des Grecs !.

Théodoret est l'évêque de Cyr dont il sera plus : longuement question ailleurs. Lui aussi a composé une - Jlist. eccl., que Photius (cod. 31) juge supérieure aux - précédentes pour le style. Complète en cinq livres, elle embrasse une période moindre (323-429) que Socrates ou Sozomène, s’arrêtant à la mort de Théodore de - Mopsueste, pour n'avoir point à parler de la condamna- - tion de Nestorios. Elle a été composée en 448 ou 449. … Théodoret a, lui aussi, entendu donner une continuation … à Eusèbe et refaire et compléter Rufin, semble-t-il. Ses sources principales sont (outre Rufin) Socrates, » Sozomène, Athanase, Eusèbe, Sabinos.. : il n'a pas utilisé Philostorge. Moins complet et moins ordonné que Socrates et que Sozomène, il est sur trop peu de points indépendant pour donner des informations que nous ne possédions d’ailleurs et de meilleure main?.

> Nos trois historiens synoptiques ont été mis en latin. Post historiam Eusebii apud Graecos Socrates, D'or et Theodoretus sequentia conscripserunt, . quos a viro disertissimo Epiphanio in uno corpore duo- … decim hbris fecimus, Deo auxiliante, transferri, ne insul- D tet se habere facunda Graecia necessarium duod nobis

iudicet esse subtractum » (Cassiodor. De énstit. 17).

4. CPG, t. LXVII (texte de VaLors).— HarNack, art. « Sozomenos » de la RE?, Nous avons en préparation un mémoire sur « Les sources de Sozomène ».

2, CPG, t. LXXXII (texte de ScHurzr, Halle 1769). Citer de préférence l'édition de VaLois. — GULDENPENNING, Die Kirchengeschichte des Th.

(Halle 1889).

C'est la célèbre istoria tripartita si populaire au

moyen âg Ce:

$ 5. — Historiographes nestoriens et monophysites.

Le comte Irénée accompagnait Nestorios à Ephèse

en 431 en qualité d’ami : c’est lui qui intervint pour in= .

timider le concile en faveur de Nestorios, puis pour faire agréer à Théodose II l'anticoncile d'Éphèse. Nestorios condamné, Irénée fut par l'empereur exilé à Pétra. Il y demeura jusque vers 445 où il fut fait évèque de

Tyr, sans doute par l'intervention de Théodoret dont 1

il avait gagné l'amitié. Il fut déposé en 448 et mourut, pense-t-on, avant le concile de Chalcédoine. Ce fougueux

nestorien avait composé (ca. 437-8 selon Tillemont) un . exposé historique intitulé Toaywdiu, en trois livres,

récit des événements auxquels il avait pris part (431- 433). L'ouvrage est perdu en grec, mais il est cité et

réfuté par l’auteur latin anonyme (VI° s.) du Synodicon

adversus tragoediam Irenaei!.

Le Synodicon marque (p. 762 à 764) que la Tragédie

du comte Irénée dépendait, pour une part au moins, « ex

Nestor dictis in libro de historia ». Cette Æistoria.

semble avoir été une simple apologie de Nestorios par

lui-même : Évagrios (1, 7), qui a dû la connaître, la …

donne comme écrite par Nestorios exilé à Oasiset comme un pamphlet débordant de colère.

L'Histoire ecclésiastique de Jean d'Égée, connue

de Photius Gi 41), était une histoire en dix tomes,

dont Photius n’a eu en mains que les cinq premiers.

Elle commençait aux préliminaires du concile d'Éphèse :

1. Le texte du Synodicon, dans Mans, t. V, p. 743. TILLEMONT, t. XIV,

p. 613. MAASSEN, p. 733.

le cinquième livre se terminait sur la déposition de Pierre le Foulon (a. 488). Photius ne sait pas à quelle date se terminait le dernier livre. Théodore le Lecteur (x, 31) a-t-il connu l'Histoire de Jean d'Égée? Pho- ‘4 tius apprécie le style fleuri de Jean; mais il dénonce - son attachement à Dioscore, l'éloge qu'il fait du « Bri- 3 gandage d’ Éphèse » et les calomnies dont il charge le 2 concile de Chalcédoine!.

L'Histoire ecclésiastique de Zacharie le Rhéteur est citée par Evagrios (1r, 2, 8; ur, 5, 6, 7, 9, 12, 18), de facon à faire penser qu'elle commençait au règne de - Marcien et au concile de Chalcédoine et s’étendait au moins jusqu'à l'élection de Jean Talaia au siège d’A- . lexandrie (a. 482). Évagrios reproche à Zacharie d’être

favorable aux monophysites. Cette Histoire est perdue en grec, mais on en a une traduction ou adaptation syria- É {cinq livres), insérée dans une compilation syriaque (en douze livres) que nous a conservée un ms. unique (Add. 1202, VI-VIT: siècle) : ces cinq livres portent le nom de « Zacharie le Rhéteur » : l'identification de ce … Zacharie et du Zacharie d'Évagrios est certaine. L'ÆHis- doire syriaque commence au règne de Marcien {a. 450),

et s'étend jusqu'à la fin du règne d’'Anastase (4. 518).

D, auteur, sûrement monophysite, a dû être contem- porain du règne de Justin Ie (518-527) ?

4. E. MILLER, « Fragments inédits... de Jean d’Égée », Rev. Archéol. t. XXVI (1873), p. 273, 396. KRUMBACHER, p. 53. Sur une simple conjecture … de Photius (4. c.), on a coutume d’identifier ce Jean, historien monophy- - site, avec un Jean, polémiste nestorien, dont Photius(cod. 55) mentionne ailleurs le livre contre le concile de Chalcédoine. Cette identification ne va pas de soi.

9, Le texte syriaque dans Lann,« Zachariae episcopi Milylenes aliorumque scripta historica graece deperdita, » dans Anecdota syriacæ, L. WII (Leyde 1870).0n trouvera dans CPG, t. LXXV, p. 1150, la traduction latine > par Mar de 19 chapitres traduits du syriaque sur un manuscrit du Vatican. Il nous manque une version latine de tout le syriaque de LAND. —

La Xoovoyoupia de Jean Malalas (Muldhaç du syriaque #alal, rhéteur) est une chronique qui s’arrète actuellement à 563 et a dû se poursuivre jusqu'à . 565, sinon plutôt jusqu'à 573. D'après Krumbacher elle a dû être achevée à CP. au temps de Justin IF, et c’est le type d’une histoire universelle, populaire de langue et monacale d'esprit. Mais il semble que le Malalas existant soit une réfection d’un Malalas plus ancien, monophysite et dont les traces de son monophysisme apparaissent encore, incomplètement effacées qu'elles ont été par le correcteur orthodoxe. Les dix-sept premiers livres et le début du dix-huitième auraient été composées par ce monophysite, à Antioche, entre 528 et 540. La fin du dix-huitième livre daterait de Constantinople et de 473 environ. L'auteur antiochien et monophy-. site serait-il à identifier avec Jean le Rhéteur ! ?

$. 6. — Historiographes catholiques, de Marcien à Justinien.

Les trois synoptiques, Socrates, Sozomène, Théodoret, ontété mis en une histoire tripartite, non chez les seuls Latins (Cassiodore), mais chez les Grecs aussi : cette tripartite grecque est l'œuvre d’un lecteur de Sainte-Sophie, du nom de Théodore, et de cette œu-

Il a existé un Zacharie évêque de Mitylène (à Lesbos) qui prit part au concile de Constantinople de 536 (Manst, t. VIII, p. 926, 933, 975). On trouvera de lui dans le CPG, t. LXXXV, p. 1012, une Disputatio de mundi opificio, dialogue sur la non-éternité du monde. Une 4yréogyois contre les Manichéens est inédite. FaBriGius, t. X, p. 635. SALMON, art. « Zacharias 3» du DCB, à la suite de Lan», confond les deux Zacharie. Weicur. Cat. of the syr. mss. in the British Museum, t. WI, p. 4196, attribue au Rhéteur une vie d’Isaie de Scete et un récit de la mort de Théodose évêque de Jérusalem. KRUMBACHER, p. 403.

1. Les fragments dans C. MuELLER, Fragm. L. IV, p. 536. KRUMBACHER, P. 247.

vre on a la première moitié en ms. (elle s'arrête à l'avènement de Julien, a. 361). La préface seule a été publiée par

- Allatius. — Ce même Théodore avait composé une suite

à sa tripartite. Cette suite est perdue, mais il en reste ies extraits qu'en a faits Nicéphore Calliste (XIV: siècle), à la façon de ceux que Photius a faits de Philostorge, "Exloyoi ên Tic Exnhnowuotixs ioroglag Osodwigov dvayvuotov dn0 porc Nixnpogov Kukliorovu Toù Æuvyronothov. On y voit que l’Aist. eccl. de Théodore comptait deux livres seulement ; elle commençait aux préliminaires du concile d'Ephèse et s’arrêtait au règne de Justin I°* (518-527). L'auteur a dû être contemporain de ce prince !.

L'Histoire ecclésiastique de Basile de Cilicie est connue par la notice qu’en donne Photius (cod. 42), encore Photius n’a-t-il eu en mains que le second des trois livres dont elle se composait : le premier livre était l'histoire des règnes de Marcien, de Léon T°" et en partie de Zénon (450-483); le second allait de la mort du pape Simplicius (a. 483) à la fin du règne d'Anastase (a. 518); le troisième était consacré au règne de Justin (518-527). Le second livre à lui seul étaitun grosouvrage, dit Photius, car il était documenté d’épiîtres justificatives d'évèques. Ce Basile, qui écrivit l'histoire du con-

cile de Chalcédoine et du monophysisme, était-il mo- nophysite? Photius, pourtant très attentif à noter la

4. CPG, t. LXXXVI (texte de VaLois). E. MILLER, « Fragments inédits

- de Théod. le L. » Rev. Archéol. t. XXVI (1873), p. 273, 396. KRUMBACHER,

p. 247. — Sur les Exloyai C. de Boon dans la Zeitschrift für Kircheng.

.&: NI (1883-4), p. 489. G. DANGERS, De fontibus indole et dignitate librorum

quos de h. e. scripserunt Theodoruset Evagrius (Géttingen 181); et dans les Commentationes philologicae Jenenses, t. 1(Leipzig 1881), p. 163-238, un mémoire de SARRAZIN, « De Theodoro L. Theophanis fonte praecipuo. » — Signalons l'intérêt que présenterait pour l’étude de nos anciens historiens (Eusèbe, Philostorge, Sozomène, Socrates, Théodoret, Théodore le Lecteur, Basile de Cilicie, Évagrios, d’autres sans doute) la détermination des sources de Nicéphore Calliste.

doctrine de ses auteurs, ne le marque pas. Basile a dû |

être de peu postérieur à Théodore le Lecteur !. Photius (cod. 15 et 88) mentionne et analyse un ou-

vrage en trois livres qu'il intitule d’abord Tlouxtixdr »

Ts nou tns ovvodov, puis Ta xurè tir êv Nixaio oévodor

nouy0évræ. C'était une histoire du concile de Nicée qui. avait pour auteur un Gélase, originaire de Cyzique et

contemporain de la rébellion de Basilisque (a. 476), au début du règne de Zénon. Cette histoire s’est conservée. Dans sa préface, l’auteur déclare qu'il l'a entreprise pour mieux combattre les monophysites. Ce n'est qu'une compilation d'Eusèbe et de Rufin, où les erreurs abondent. Mais Gélase affirme avoir mis à contribution

« un très vieux livre écrit sur parchemin », qui était.

venu à son père (prêtre de Cyzique) de Dalmatios « qui

fut archevêque de la sainte et catholique métropole …

des Cyzicéniens » {ce Dalmatios à assisté au concile d'Éphèse), et ce livre renfermait les actes et les discours du concile de Nicée. Ce bon Gélase a cherché manifestement à nous en imposer ! Et de même, probablement, quand il signale au nombre de ses sources, et qu'il met très au dessus d'Eusèbe et de Rufin, ce « Jean prêtre. homme ancien, habile écrivain » (praef. lib. I). Les deux premiers livres de Gélase ont seuls été imprimés; du troisième on n’a publié encore que des extraits ?. Voici un personnage très problématique. Théodore le Lecteur (11, 44), au sujet de la profanation par Pierre Monge des cendres de Timothée Salophakiolos, éerit : one iorogei xaù Oeodwgros. Ce Théodoret-là ne saurait

1. Photius, il est vrai, mentionne ailleurs (cod. 407) un autre Basile de Gilicie, celui-là monophysite enragé : il marque qu'il était prêtre d’An-

tioche, du temps de l’évêque Flavien II (498-512) et de l'empereur Anas-

tase (491-518). 2 2. CPG, t. LXXXV, p. 1191. Sur le troisième livre, voyez Zeitschrift [. wiss. Theol, t. IV (1861), p. 439.

CPR TR VOST D CERT

- être l’évêque de Cyr. D'autre part l'Hist. eccl. de Théodoret ne comptait que deux livres : or on trouve dans S. Jean Damascène une longue citation du «tome quatrième » ayant trait à un événement de l'an 498, et se donnant pour prise à « l’hist. eccl. de Théodoret ». Bill et Valois corrigent, ilest vrai, Théodoret en Théodore, mais sans voir que la mention d’un tome « quatrième » ne peut s'entendre de Théodore. On est amené ainsi à conjecturer (Baronius) l'existence d'une ist. eccl. em-

brassant le récit des événements du V* siècle. Était-ce

une continuation anonyme de celle de Théodoret !? Nous ne mentionnerions pas Évagrios, dont l’œuvre appartient à la fin du VI siècle, si cette œuvre même n'était comme le terme de tout le développement de l'historiographie orthodoxe depuis Socrates. Photius (cod. 29), qui décrit l'Hrst. eccl. d'Évagrios, la donne comme un modele d'orthodoxie, sinon de sobriété. Cette histoire nous est parvenue intégralement en six livres. Elle prétend être, et elle est, une conti- ‘ nuation de Socrates, Sozomène, Théodoret : elle commence aux pirates du concile d'Éphèse (a. 431) et poursuit jusqu’à la douzième année de l’empereur Maurice (a. 593-4). Évagrios a vécu à Antioche depuis sa jeunesse, et la alé de « Scolastique » que Jui donne le titre de son Hist. établit qu'il était avocat, comme Socrates et comme Sozomène. Son récit était pour une part une compilation : il cite parmi ses sources

4. Voyez la diss. de GArNIER, CPG, t. LXXXIV, p. 352. TILLEMONT, É. XV, p. 332. — Pour mémoire , mentionnons l'historien Candidos l’Isaurien, que l’on connait seulement par la notice que lui consacre Photius (cod. 79). Il avait écrit en trois livres l’histoire des règnes de Léon et Zénon (457-491) : il était catholique, c’est-à-dire non monophysile, nous assure Photius. Mais il semble, au résumé que donne Photius, que son histoire était-une histoire civile et non proprement ecclésiastique. CPG, t. LXXXV, p. 1741. à

Jean le Rhéteur, Eustathios d'Épiphanie, Zacharie le Rhéteur.…. Au total, la meilleure histoire ancienne du Nestorianisme et du Monophysisme"!.

Joignons aux histoires les chroniques.

On donne le nom d'/listoria acephala à un document latin que nous a conservé un ms. unique, le ms. 60 de de la bibliothèque capitulaire de Vérone (VII: s.) : c'est une chronique, malheureusement mutilée en tête, de l'épiscopat de saint Athanase, année par année, avec des dates de mois et de jours, une source de premier ordre. Ce document latin est traduit du grec par « Theodosius diaconus », le copiste du ms. L'original grec a servi à l’auteur de l'index préliminaire de la collection syriaque des lettres festales d’Athanase; il a servi aussi à Sozomène. Ce devait être une chronique alexandrine au plus tard éditée au début de l’épiscopat de Théophile (a. 385)?.

Panodoros est donné par Georges le Syncelle (IX® s.), pour un « moine égyptien, historiographe expérimenté pour l'exactitude des dates, qui a fleuri sous le règne d’Arcadius et sous l’épiscopat de Théophile d’Alexandrie, et qui a maintes fois rencontré la vérité » (éd. de Bonn, p. 617). Ailleurs (p. 61 et suiv.) il parle de Pano-

4. CPG, t. LXXXVI (texte de VALois). KRUMBACHER, p. 245. — Eustathios d'Épiphanie , 0 oopotatos yoovoyed(pos, comme l'appelle Jean Malalas, etdont l’histoire (en vingt tomes) commençait à la prise de Troieet s’arrêtait à l’an 502, est cité explicitement à plusieurs reprises par Évagrios (1, 495 LT, 45 : III, 25-29; LIT, 35-37). C'était une histoire civile. Il est probable qu'Évagrios lui a pris tout ce qu’il rapporte de l’histoire non ecclésiastique antérieure à 502. MuELLER, Fragm.t. IV, p. 138. Sur Jean d’Épiphanie lui aussi scolastique ou ayocat, KRUMBACHER, p. 244. Sur Agathias, id. p. 240.

2. CPG, t. XXVI, p. 1443 (texte de MarFEI, par qui l’Hist, aceph. a été découverte). Nous en préparons une édition critique. — MAAssEN, Quellen, p.546. REIFFERSCHEID, Biblioth. pp. lat. ital. p. 35. SiEVERS, « Athan. vita accph. » dans la Z. für die histor. Theol. t. XXXVHIE (1868), p. 89.

D'ATHANASE A J USTINIEN. 227

doros et d'un autre moine son contemporain, Annianos, et rapporte d’eux que « en la vingt-deuxième année de lépiscopat de Théophile ils composèrent ro1@ yonouu xepilox ioroguu ». Il estime Annianos plus concis, plus soucieux du détail de la tradition de sa patrie (si c’est bien le sens du Syncelle), Panodoros au contraire plus abondant, plus varié, plein d'informations intéressantes et ne s’en tenant pas seulement aux dates. L'un et l’autre critiquent Eusèbe vivement. La chronographie de Pun et de l’autre commençait à Adam et s’arrétait à la vingt-deuxième année de Théophile (p. 59).

Jean le Rhéteur est connu par Évagrios qui l’a cité textuellement à plusieurs reprises (r, 16; 11, 12; 11, 10 et 28), et qui marque la date précise où s'arrêtait son récit, savoir l’an 526 (1v, 5). Les faits au sujet desquels il le cite sont contemporains de Théodose If, de Léon [*, de Zénon, de Justin I (444-526), et tous ont trait à l’histoire locale d’Antioche, tremblements de terre, dédicaces d’églises, monuments et inscriptions. Ces fragments importants pour l'histoire monumentale d’Antioche font penser à une chronique antiochienne d'origine.

Signalons comme une recherche à entreprendre celle des sources grecques du Breviarium causae Nestorianorum et Eutychianorum de Liberatus : il a, luimême nous l'apprend (prol.), utilisé la tripartite latine exécutée par Épiphane le Scolastique sur l’ordre de

.Cassiodore, et les actes des conciles, et Les lettres des Pères, y joignant à leur date « illa quae in graeco Alexandriae scripto accepi vel gravissimorum hominum didici narratione fideli ». L'éditeur de Liberatus, Garnier, conjecture qu'il désigne par ces mots Nestorios évêque de Phragonis, Zacharie le Rhéteur, Priskos le Rhéteur, Basile de Cilicie, Jean le Rhéteur, d’autres encore. (CPL, t. zxviu, p. 969). Garnier identifie ce

Me PR du LS 1 se,

Nestorios avec le Neoroguaros, que la Chronique pas-

cale (CPG, &. xeu, p. 832) qualifie de « très sage chro- nographe » ayant conduit son histoire jusqu’à l’époque

de Léon le Jeune {«. 474). Jean Malalas cite ce Nestorianos deux fois (CPG; t. xaur, p.485 et 560) : la première fois sur la mort de Constantin, la seconde fois sur la mort de Léon le Jeune.

Domninos est cité par Jean Malalas (CPG, t. xcevur, :

p- 172, 324, 361, 404, 433), lui encore comme un « très sage chronographe ». L’antiquité grecque et romaine et l'histoire de l'empire marquent seules dans les citations de Malalas. Il était probablement d’An-

tioche (p. 241 et 413), mais il ne semble pas qu'il ait été

chrétien.

$ 7. — Hagiographie.

Pour le siècle antérieur à Constantin, il faut mettre à part les actes authentiques peu nombreux qui nous sont

parvenus : la passion de saint Pionios de Smyrne (4.250), les actes de la comparution de saint Akakios d'Antioche de Pisidie, les actes de saint Maxime à Éphèse ou à Lampsaque, des saints Lucien et Marcien à Nicomé-

die, autemps de Dèce ; —desaint Nicéphore «en Orient» (ca. 260); — des saints Claude, Astérios, Néon, à Egée

en Cilicie (a. 303); de saint Prokopios, lecteur à Césarée (a 303); des saintes Agapé, Chionia, Irène à Thessalonique (a. 304); des saints Didymos et Théodora à Alexandrie (&. 304); de saint Irénée à Sirmium (a. 304); de saint Philippe d'Héraklée à Andrinople (a. 304); des saints Tarachos, Probos et Andronikos à Tarse (4. 304); des saints Philéas et Philoromos à Alexandrie (a. 306). Krueger, à qui j'emprunte cette liste, propose d'y joindre

ARRET EX D a ENT 2 si duc. de 2 mt DNS

Lh (

D'ATHANASE A JUSTINIEN. Ts 229

la passion des quarante martyrs de Sébaste (ca. 320)!. L'usage d’honorer liturgiquement l'anniversaire d’un martyr au lieu-même où il était enterré est attesté dès le milieu du second siècle, mais c'est seulement au . IIIe siècle que cet usage devient universel. Les anniversaires demeurent toutefois des fêtes locales, chaque église a les siens. Chaque église a ainsi son calendrier de fêtes fixes et propres. Les plus anciens calendriers qui se soient conservés sont ceux de Rome, de Tours, de Carthage : celui de Rome représenté par les Depositiones episcoporum et les Depositiones martyrum qui figurent dans le Chronographe de 354, celui de Tours, établi par l’évêque Perpetuus (4490), conservé dans l’Æistoria francorum (x, 31) de Grégoire de Tours; celui de Carthage, tiré d'un ms. du VIF siècle (perdu), postérieur à 505. — En réunissant les calendriers des diverses églises, ceux des grandes métropoles principalement, on forma ce qu'on appelle les martyrologes : les plus anciens paraissent avoir été constitués vers le milieu du IV° siècle, en Afrique et en Asie Mineure. Ils ne se sont pas conservés sous leur forme primitive, nous ne les avons que dans le Martyrologe dit Aïéronymien, compilation exécutée en Italie vers le milieu du V° siècle, puis remanié vers 590 à Auxerre, recension d’où dérivent tous les mss. actuellement existants ?. — Le martyrologe constitué en Asie Mineure nous est parvenu aussi en une traduction syriaque très abrégée, publiée par Wright d'après un ms. unique daté de l’année 412 (Add. 12150). Tout ce qui, dans ce texte syriaque, a trait aux saints de l'empire romain (d'Orient), car il est question aussi des saints de Babylonie et de Perse, constitue un véritable « Marty-

Page 1