XIV PROLÉGOMÈNES
ont fait la première éducation de ce peuple « n'expliquet-elle pas en partie déjà Tascendant que les Bretons prirent sur les Armoricains ?
Cette différence, trop peu remarquée jusqu'ici, ne portait pas seulement sur l'action et l'esprit chrétien de l'un et de l'autre : elle existait dans l'origine , probablement dans la langue, certainement dans la discipline et la liturgie, comme le prouve assez ce même concile de Vannes. Les évèques présents, tous Armoricains, et qui ne s'adressaient qu'aux autres prélats gaulois de la province de Tours, s'élevaient avec véhémence contre toute liturgie nouvelle. Elle finit pourtant par prévaloir en Bretagne , cette liturgie venue de l'autre côté de la Manche, et elle ne contribua pas peu à maintenir l'antagonisme entre l'Eglise bretonne et la métropole française.
Au reste, à part ce Mamitetus, que nous avons déjà montré au concile de Tours , et saint Samson qui figure au troisième concile de Paris en 557, on ne voit parsatre dans les grandes assemblées ecclésiastiques de ce temps , à Orléans en 511 , à Tours en 566, que les prélats armoricains de Rennes, Nantes et Vannes (1). Bien plus, les évèques bretons firent acte d'indépendance à l'égard du métropolitain, en consacrant des évèques entre eux à Dol, à Tréguier , à Léon et à Quimper ; et ce fut précisément contre cet abus ou ce qu'on regardait comme tel à Tours, que le deuxième concile de cette ville fut dirigé (2).
cette cité la capitale de ses Etats, quand, après la mort de son frère Canao, il monta sur le modeste trône de son père.
(1) Voir les sources précitées : Colleet reg. XII , 613 ; XV , 487.
(%) Àcta SS. Pauli, Sams,, Magl., etc., ap, BoU — D. Lob. 1 , 18. — Nons ayons 'Cité dans rintrodnction le ix* canon de ce concile défendant à tout
PROLÉGOMÈNES. xv
Nous ne saurions trop insister sur ces faits , parce qu'ils attestent hautement la séparation entre cette nationalité bretonne qui naît sur le continent, et cette nationalité gauloise qui , déjà fortement altérée par une longue domination étrangère, allait se fondre dans Tunité française. Lorsque les chefs spirituels des Bagaudes , serrés entre la fiscalité abhorrée de Rome et les sauvages convoitises des Barbares hérétiques ou païens, faisaient appel à la jeuuQ épée de Clovis » comment les évèques de nos trois cités , partout en communion avec leurs frères des Gaules , s'en seraient-ils séparés pour repousser l'influence franqueî Non , ils suivirent leur Métropolitain et les autres prélats de la province ecclésiastique (1) ; à la fin du vi* siècle encore, le clergé de Vannes ne déclarait-il pas que s'il avait été forcé de courber la tète sous le clur joug des Bretons , il était au fond du cœur attaché au roi des Francs (S) ? Il ne faut pas chercher ailleurs l'origine de l'action franque dans ce que nous pouvons nommer désormais la Bretagne ; de la vigoureuse défense de celle-ci sous les Mérovingiens; de ses alternatives de succès et de revers sous les Garlovingiens ; enfin, de la fusion des deux éléments sous le sceptre de Nominoë.
éyêqne, soit breton soit romain, d'en consacrer nn antre sans Tassentiment do métropolitain.
(1) Procope, De bel Got,, 1. 1, e. 18. — Après ayoir été comprises dans le partage du roi de Paris sons les enfants de GloTis , les trois cités armoricaines passèrent dans le lot dn roi de Boissons (D. Lob. Hist. de Bret. 9, 12).
(3) « Quia nihil nos dominis nostris regibus culpabiles fimtuf^ nec unquaim eofUra uHlitatem eorum superbi existimus; sed in eaptivitate Britannorum positi, gravi jugo subditi sumus * {Greg, Tut. Hist Franc. X^ 9). — H est à remarquer qne, comme dans tontes les cités gauloises à cette époqne , c'est le prélat yannetais qui parle an nom dn peuple, comme chef spirituel et temporel tout ensemble.