‹ Anciens évêchés de Bretagne;Chapitre 11 sur 41 · XVI PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

XVI PROLÉGOMÈNES

Et contre ces deux actions distinctes , Tune aspirant k l'indépendance , Tautre se rattachant an nouvel empire des Francs , qu'on n'invoque pas des rapprochements fortuits et momentanés, tels par exemple que les voyages à Paris de saint Paul de Léon, de saint TugdwaI et de saint Samson. Nous aurons bientôt occasion d'expliquer ces faits particuliers.

Toutefois , malgré la séparation que nous venons de signaler, il est permis de croire que l'exemple du clergé breton ne fut pas sans influence sur celui des trois cités , et que tous finirent par travailler de concert à faire disparaître les derniers restes de l'idolâtrie. C'est ce qu'on voit par le concile de Nantes, qui dut se tenir vers 658 : outre les règles de discipline ecclésiastique qui y sont formulées, un canon anathématise le culte rendu à certains arbres consacrés aux démons, et à certaines pierres qui s'élèvent au milieu des ruines : <i arbora demonibm consecrate. . . lapides quoque quos in ruinosis locis et silvestribus demonum ludificationibus decepti venerantur » (1). Malheureusement , on ignore quels évèques prirent part à cette assemblée ; mais certes les Armoricains en faisaient partie. Le troisième canon de ce concile dit assez que les membres du clergé des Marches françaises étaient encore loin d'une grande pureté de mœurs , que les femmes , même les parentes qui vivaient avec eux, n'étaient pas à l'abri de tout soupçon , et qu'elles se mêlaient souvent du service de l'autel (2).

(1) ConcxL antiq. Gall. III, 607. — D. Mor. 1 , 220. — Saint Thurian renyersa ane stèle qae le peuple allait furtivement adorer au viii« siècle , au milieu des débris d*un temple païen dont les ruines se voient encore près de Gorscul (D. Lob. Vie des Saints, 178}.

(2) D. Mor. I, 215. — D. Lob. I, 26.

PROLÉGOMÈNES. xvii

Les documents certains manquent pour l'histoire ecclésiastique de la Bretagne pendant les dernières années du VII* siècle et la plus grande partie du viii* [\]. Quelques figures de Saints apparaissent encore : nous citerons Emilien, rhéroïque évèque de Nantes , qui entraîna une partie de son peuple au-devant du flot de Sarrasins envahissant la Gaule, en 725. (Toujours Tévêque armoricain à la tête du peuple.) Après avoir détruit une de leurs armées qui assiégeait Autun , il alla , deux lieues plus loin , avec une poignée de braves , donner contre un autre corps de Musulmans et y trouva un trépas glorieux (2).

Dans les trois cités soumises aux Francs , l'Eglise eut souvent a souffrir de la cupidité des comtes ou gouverneurs : ceux-ci profitaient de leur éloignement et aussi des désordres qui signalèrent la fin de la dynastie mérovingienne. Dans les autres diocèses « elle eut à supporter une forte part de souffrances pendant les longues luttes que les Bretons soutinrent pour leur indépendance contre Charlemagne et Louis le Débonnaire.

' Ce dernier opéra une importante réforme , en imposant aux moines bretons la règle adoptée par tous les monastères de l'empire des Francs ; cette règle tracée par saint Benoit (3), nommée sainte par les conciles, après treize

(1) Nous ne savons rien da synode tenu à Àlet , le 3 des calendes d'octobre 788.

(2j Pour ce mémorable épisode de Thistoire de Bretagne , encore trop peu connu, on peut consulter la vie du Saint (Bolland. juin, V) ; la Notice de M. Tabbé Cahonrs (Nantes, 1859) ; et l'Ann. hist. de la Bretagne pour 1862, p. 208 et suiv.

(3) Saint Benoit était né à Norcia , dans le duché de Spolète , vers 480 ; c'est dans la célèbre abbaye du Mont-Cassin , chef d'ordre de la chrétienté , qu'il donna sa règle : celle-ci fut apportée dans le nord des Gaules vers 540 , peu d'années avant la mort du Saint.

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