XII PROLÉGOMÈNES
Noas avons précédemment publié (1} le texte prouvant que Judwal , rétabli sur son trône par saint Samson , donna à cet évèque juridiction sur toute la Domnonée ; ce texte très-précis ne perd rien de sa valeur, nous le reconnaissons volontiers « par les assertions sans preuves des chroniques de S -Brieuc et de Nantes. Les successeurs de saint Samson se suivent assez régulièrement jusque dans le viii'' siècle ; donc nous devons encore reconnaître là un siège régulier.
Pour ce qui est d'Alet , après la conversion de cette ville» saint Malo en fut évèque. De sa mort , en 6â7 » jusqu'au ix^ siècle, quatre de ses successeurs sont certains : nous les voyons prendre le titre, tantôt de episcopus in Aleta civitate, tantôt de Lan-Aletensn monasterii episcopus^ tantôt de episcopm in Poutrecoet , quelquefois même de episcopm macliern in Poutrecoet (2). Nous inclinons à penser avec M. de La Borderie (3) que ces prélats exerçaient leur ministère habituel dans le monastère , la cité et le territoire d'AIet. Quand ils le portèrent au-delà , était-ce par délégation de Tévèque domnonéen , ou poussés par leur zèle, ou appelés par quelque peuplade perdue dans les forêts du Poutrecoet et qu'ils administrèrent en qualité de mactierns ? Ce sont-là des conjectures entre lesquelles il nous semble permis d'hésiter.
£n un mot, l'organisation ecclésiastique de la Bretagne, de la seconde moitié du vi* siècle à la réorganisation de Nominoë, vers le milieu du ix*, nous apparaît aujourd'hui ainsi :
Trois évêchés armoricains ou gallo-romains : Nantes, Rennes et Vannes;
(1) Introd. p. XLix.
(2) Cart. Rot. ap. D. Mor. I, 266. 269, 271 , 293.
(3} Précis des Origines, Aan. de Bret. 1862, p. 160 cl suiv.
PROLÉGOMÈNES. xiii
Trois éYêchés bretons , régulièrement établis : Cornonailles, Léon et Dol. A Àlet, un ëvèque dont la juridiction ne sortait qu'exceptionnellement de la cité.
Quant à S-6rieuc et à Tréguier, les monastères de leurs fondateurs avaient subsisté ; mais rien ne prouve que les successeurs de ces évêques-abbés aient été, du moins constamment, revêtus du caractère épiscopal (1}.
Nous avons montré la piété , Taustérité , la science » la propagande du clergé breton à son arrivée en Ârmorique. Il n'en était pas ainsi du clergé gallo-romain : à part quelques exceptions , comme saint Àmand , saint Helaine , saint Paterne « qui ont pris rang dans le martyrologe de rSglise de Bretagne « rien n'indique que des efforts bien énergiques aient été faits de ce côté en faveur de la civilisation. À en juger par les canons du concile de Vannes de 468 (2] , la vie du clergé armoricain ne semble pas avoir été très-régulière alors : il comptait plusieurs de ses membres qui , se faisant les continuateurs des druides , étudiaient les augures , vendaient des sortilèges et révélaient Tavenir [3]. Celte différence entre les deux clergés (4] qui
(1) Les lignes qui précèdent disent assez qne nons abandonnons Tbypothèse d*an éréché de Porhoët» anssi bien qne d'an pagui Porrihocmtis dans Tévéché de S'-Brienc (Introd. p. Lvin et lxit). Des étodes plus appprofondies ne nous ont révélé que le doyenné de ce nom en Vannes et Tarcbidiaconé en S^Malo. Quant au Porhoët féodal , nous en parlerons en son temps.
(3) Noos adoptons la date fixée par le sarant Bénédictin D. Le Gallois (Voir son mémoire imprimé aux Pr. de D. Lobin. col. 13 et snir.).
(3) ConciL omfi. Col reg. X» iOS. ^Sismond., ConciL Gall. IIL ^D. Mor. 1 , 181.
(4) Nons ne parlons pas ici de faits exceptionnels , tels qne les scandales donnés par Madian , évéqne et comte du Browerech. On sait qne , fïrère dn souTerain de cette contrée , et proscrit , il se réfugia à Vannes, où il fat promu à répiscopat ; et qu'il n'en quitta pas le siège , roulant sans doute faire de