‹ Anciens évêchés de Bretagne;Chapitre 12 sur 41 · XVIII PROLÉGOMÈNES · texte numérisé non relu

XVIII PROLÉGOMÈNES

siècles est encore debout. Elle releva sur plusieurs points la vie monastique, bien déchue depuis les grandes austérités des pieux compagnons de Gwenolé , de Jacut et de Gildas, comme nous le voyons par les premières chartes du cartulaire de Redon (1).

Une réforme d'une autre nature allait porter sur le clergé régulier. Le fondateur de l'abbaye que nous venons de nommer , Gonvoïon , fut pour Nominoë , devenu maître de toute la Bretagne , ce que saint Gwenolé avait été pour Gradlon , saint Brieuc pour Rigwal , saint Pol pour Witur : un conseiller sûr et dévoué. A toutes les époques et dans tous les pays , Tunion du spirituel et du temporel a fondé et mené à bien les grandes entreprises ; Tantagonisme de ces deux forces n'a produit que tiraillements et luttes stériles.

Saint Gonvoïon , indigné de la simonie que pratiquaient hautement plusieurs évèques , et comprenant que toute réforme doit commencer par la tète , adressa ses plaintes à Nominoë , en l'adjurant de faire cesser ce désordre. Gette accusation servait peut-être les vues du nouveau chef des Bretons : après cinq ans de lutte , le joug que les Francs fesaient peser sur la Bretagne depuis 799 avait été définitivement secoué , et l'indépendance de la péninsule entière , moins les marches de Rennes et de Nantes , était reconnue en 846. Mais, dans les quarante années de leur domination, les Garlovingiens avaient placé sur les sièges épiscopaux des prélats étrangers, qui avaient demandé la consécration au métropolitain de Tours. C'était là un souvenir de l'ancien ordre de choses qui pouvait avoir ses dangers : au jeune royaume il fallait un clergé indigène , indépendant de la métropole française.

n) D. Mor. 1 , 268.

PROLÉGOMÈNES. xix

Nominoë déféra les coupables au S'- Siège et envoya l'abbé de Redon soutenir l'accusation a Rome ; les évêques de Quimper et de Vannes allèrent y présenter leur défense et celle de leurs confrères de Léon et de Dol (1). Les lenteurs de la cour romaine ne se prêtaient pas aux projets du roi des Bretons : il força les quatre accusés à se dépouiller eux-mêmes des insignes de leur dignité devant une assemblée réunie au châleau de Coatlou , près Vannes ; il plaça sur leurs sièges des évêques de son choix , créa deux nouveaux diocèses fixes dans les anciens monastères de saint Brieuc et de saint Tugdwal (2); il agrandit peut-être les limites de Févêché d'Àlet ; et de Tévêque de Dol , dont la juridiction s'étendait à toute la Domnonée » il fit le métropolitain de ses États.

Tel est à nos yeux le résumé du coup d'Etat religieux et politique de 848.

Comme tout ce qui repose sur la force et non sur le droit, l'œuvre de Nominoë ne pouvait , du moins dans sa partie essentielle, la province ecclésiastique bretonne, avoir une longue durée. Tours et l'Eglise des Gaules tout entière ne cessèrent de réagir contre la violence faite à l'autorité de l'archevêque et aux évêques dépossédés (3). En chassant

(1) Les chroniques de Nantes et dn Mont-S -Michel supposent que l'un des prélats déposés fut Salacon , évéque d*Âlet (ap. D. Mor. 1 , 140 , 288) ; mais la lettre adressée au Pape par les Pères dn concile de Soissons, en 866, dit formellement que Salacon était évéque de Dol (D. Mor. I, 322). La chronique du Val-Dieu a écrit Dioletensem, pour Dolensem. Les autres éféques déposés furent Suianntu de Vannes, Félix de Quimper, Liberalis de Léon.

(2) Ce dernier existait encore, semblerait-il , à la fin du ix* siècle, d*aprè8 le Cartulaire de Landerennec (D. Mor. 1 , 337).

(3) Lettres des papes Nicolas I*' et Adrien II an roi de Bretagne ; lettres des Conciles de Tours , de Savonnière et de Soissons (D. Mor. 1 , 291 , 309, 311, 316, 318, 319, 320, 321, etc.).

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